Introduction

La procréation médicalement assistée (PMA), également connue sous le nom d'assistance médicale à la procréation (AMP), soulève des questions fondamentales sur la nature de la reproduction humaine, le rôle de la médecine et de la technologie, et les valeurs qui guident nos choix en matière de filiation et de parentalité. Cet article explore les aspects humanistes de la PMA, en examinant les enjeux éthiques, sociaux et psychologiques qui se posent face à ces technologies biomédicales en constante évolution.

La Technicisation de l'Engendrement : Vers une Néo-Anthropologie ?

La médicalisation et la technicisation croissantes de l'engendrement nous amènent à nous interroger sur les contours d'une éventuelle néo-anthropologie de la reproduction humaine. L'attrait pour la "nouveauté" véhiculé par les médias au sujet des techniques de PMA pourrait nous le faire croire. Cependant, au-delà des mots, cette expérience humaine, désormais partagée avec le médecin et le biologiste, est-elle fondamentalement révolutionnée ?

La rupture avec le passé réside-t-elle dans les actes de laboratoire, l'éviction de la sexualité comme opération nécessaire à la reproduction, ou dans l'idée de recourir à la science pour pallier les défaillances biologiques et les "inégalités" liées à l'orientation sexuelle ?

Le "Droit à l'Enfant" et la Pression Normative sur les Femmes

Au nom de la lutte contre la stérilité et du "désir d'enfant" omniprésent, de nouvelles prescriptions sanitaires et comportementales s'appliquent massivement aux femmes recourant à ces technologies. L'échographie et les diagnostics néonataux exercent une pression normative accrue, exigeant toujours plus de transparence et de prédiction.

À rebours de l'émancipation fantasmée, ces méthodes ont parfois replacé les femmes dans une condition de génitrices, dépendantes de leur fonction de reproduction, renouant ainsi avec l'assignation des femmes décrite par des anthropologues.

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Rêves Technologiques et Rhétorique Biomédicale

Malgré cette dimension d'assujettissement, la promotion des techniques de fertilisation s'est poursuivie, portée par les progrès thérapeutiques et les rêves technologiques tels que la guérison du "mal d'enfant", l'ectogénèse, la grossesse masculine, la sélection embryonnaire et le clonage.

La rhétorique biomédicale justifie les procréations artificielles en affirmant qu'elles répondent à la souffrance et au manque occasionnés par la stérilité, au désir conjugal d'avoir un enfant biologique, et à l'inquiétude parentale concernant la normalité de l'enfant à naître.

En France, l'indication médicale s'oppose explicitement à l'eugénisme et aux demandes de "convenance", traçant ainsi une frontière de respectabilité en affranchissant l'essentiel des demandes conjugales tout en rejetant certaines demandes jugées irrecevables.

Hypercontrôle et Normalisation de la Reproduction

En dépit de cette rhétorique, les PMA ont une logique interne d'hypercontrôle, voire de mainmise biomédicale sur la grossesse et la santé néonatale. La pression sociale en faveur de la médicalisation de la procréation et l'injonction médicale au diagnostic renforcent la normalisation de la reproduction humaine.

La stérilité, bien que sortie des silences, de la culpabilité et de la honte, a conduit à l'émergence de la notion de "couple stérile", inventant ainsi une pathologie conjugale. Ce schéma "conjugaliste" a servi de matrice aux revendications regroupées sous le terme de "droit à l'enfant", dont se sont emparés les couples homosexuels.

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L'Artificialité de la PMA : Techniques, Symboles et "Tiers"

L'artificialité de la PMA peut être entendue de plusieurs manières. Elle renvoie aux techniques médicales lourdes, à l'activation in vitro des matériaux biologiques de la reproduction, et à un "faire semblant" par lequel la médecine résout ce que la "nature" ne parvient pas à produire.

Une autre artificialité réside dans le montage symbolique associant à la procréation de nouvelles figures, des "tiers" : techniciens (médecins, biologistes) ou pourvoyeurs de substances (donneurs de gamètes ou d'embryons). Ces "tiers" font partie d'une nouvelle configuration de l'enfantement qui échappe à la conjugalité et à son intimité, bousculant parfois les règles de la filiation.

Histoire et Évolution des Débats sur la Procréation Artificielle

À la fin du XIXe siècle, l'insémination artificielle intra conjugale, destinée à pallier certaines formes d'infertilité masculine, avait déjà suscité des débats sur le droit des médecins à s'immiscer dans la vie intime des couples et sur la légitimité de la procréation par une technique médicale.

Un siècle plus tard, les techniques plus sophistiquées impliquant des actes de laboratoire ont été acceptées par la société sans provoquer beaucoup de défiance, si ce n'est à propos des problèmes de gestion qu'elles posaient. La problématique de la filiation a surtout questionné les esprits, conduisant aux lois de bioéthique de 1994.

Aujourd'hui, le procédé de fécondation artificielle n'est plus perçu comme scandaleux, et le signifiant "artificiel" semble avoir perdu de sa charge émotionnelle négative. Le trouble social ressenti dans les années 1980-1990 a tenu principalement à la revendication de l'accès à ces techniques par des individus ou groupes de pression au nom d'un "droit à l'enfant" allant contre les règles médicales.

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La Place de la Médecine et la Biologisation de la Filiation

Aujourd'hui, la fonction médiatrice de la médecine et l'introduction de la technique au cœur de la relation sexuelle et conjugale ne semblent plus provoquer de réserves. La génération de la "libération sexuelle" ne s'est pas montrée choquée de l'introduction de tiers dans la procréation.

Le médecin occupe désormais une place reconnue de conseil privilégié pour les questions concernant la sexualité et la procréation. L'institution médicale neutralise la dimension de la sexualité en enveloppant le processus de la reproduction dans l'anonymat et le secret, et participe à la réification des "matériaux biologiques".

Si la figure du "bio-médiateur" permet de refouler la sexualité, un autre imaginaire - génétique - a pris le relais, biologisant la filiation et l'hérédité à travers les gènes.

Mythes et Récits d'Anticipation

L'enfantement "artificiel" n'est peut-être plus le "bricolage sexuel" qu'il fut au XIXe siècle. Le récit d'anticipation qui l'accompagne s'emploie à en effacer toute trace, se construisant entre deux figures extrêmes : Prométhée et le Meilleur des mondes, la démiurgie et la rationalisation industrielle de la reproduction.

Ce récit futuriste concerne le projet de s'affranchir de la sexualité pour procréer, et de promouvoir la grossesse en machine.

Un Mythe de la Procréation Postmoderne

C'est au nouage des techniques biomédicales et du discours biologique, avec les ajustements imaginaires qu'il suppose, que l'on peut voir fonctionner une sorte de mythe de la procréation postmoderne. Cet imaginaire, si fantasque soit-il, a partie liée avec les transformations du rapport à la parentalité et à la filiation.

La Bioéthique : Entre Espérance et Inquiétude

L'assistance médicale à la procréation est née de l'espérance de traiter la stérilité et de soulager la souffrance. Cependant, elle suscite aussi l'inquiétude en interpellant la morale, le droit et les représentations de l'homme.

En développant l'insémination artificielle, le don de sperme, le don d'ovocytes, la congélation d'embryons et le diagnostic préimplantatoire, les médecins ont peut-être transgressé un ordre des choses qui paraissait naturel.

Les lois de bioéthique ont fixé le cadre de l'exercice, mais de nombreux débats sont nécessaires pour être en phase avec les évolutions sociétales.

Responsabilité et Maîtrise de la Reproduction Humaine

Le médecin doit se situer devant cette aventure ouverte et ses conséquences, en faisant preuve de responsabilité et de maîtrise de la reproduction humaine tant au niveau individuel que collectif.

L'éthique peut donner un cadre serein à la réflexion sur le devenir de l'homme. Il ne peut être question d'arrêter l'élan vers la connaissance, mais il faut porter notre attention sur l'utilisation des connaissances, afin de toujours les restituer dans le respect du droit de l'être humain.

PMA : Un Débat Apaisé ?

Le débat autour de l'extension de la PMA suscite moins de passions que redouté, notamment en raison de la familiarisation des Français avec ces thèmes et des débats préparatoires organisés par le Comité National d'éthique.

Les sondages montrent que les Français sont favorables à l'élargissement de la PMA, mais des questions essentielles subsistent : Faut-il forcément un papa et une maman pour le bon développement de l'enfant ? Quid de l'anonymat des donneurs ? La PMA est-elle un premier pas vers la GPA ?

Les Ruptures Fondamentales Introduites par la PMA

Au-delà de la "PMA pour toutes", le projet de loi relatif à la bioéthique introduit des ruptures plus fondamentales : il sépare totalement la procréation de la sexualité, rend indépendant de l'âge la faculté de procréer, encourage l'eugénisme, libéralise l'exploitation et la modification génétique des embryons humains, favorise l'avortement, supprime la frontière entre l'homme et l'animal, et substitue la volonté à la biologie comme fondement de la filiation.

Transhumanisme et Transformation de l'Homme

Ces mesures participent d'un vaste projet de transformation de l'homme qui a des racines profondes dans la pensée des Lumières et dans le transhumanisme.

Selon cette vision, l'homme est un être spirituel issu de la matière, un mutant engagé dans un processus constant d'évolution par émancipation de la matière et de la vie animale. Le progrès, comme processus de spiritualisation, devient la condition et la mesure de notre humanité.

Le corps est dévalorisé, ramené à de la simple matière animale, et la vie n'est plus qu'un matériau. Cela explique l'eugénisme et la valorisation des formes de sexualité non-fécondantes.

Eugénisme et Révolution Sexuelle

L'eugénisme et la sexualité sont intimement liés, car la maîtrise de la sexualité est une condition et un outil de l'eugénisme. À travers la maîtrise de la sexualité, c'est celle de la procréation, et plus encore celle de la "vie" qui est recherchée.

La maîtrise biologique de la vie permettrait à l'homme d'œuvrer consciemment à la poursuite et à l'accélération du progrès de l'évolution de l'espèce humaine. C'est là le programme du transhumanisme.

Les Étapes de la Séparation

Dans une première étape, ce programme a porté sur l'espèce humaine et les races et eut pour nom eugénisme. Les mouvements néomalthusiens et eugénistes ont compris que leur programme ne pourrait être mis en œuvre qu'à la condition de séparer la sexualité et la procréation.

Au-delà de la séparation de la sexualité de la procréation (par la contraception), puis de celle de la procréation de la sexualité (la première fécondation in vitro de lapines est réalisée en 1934), un troisième degré de séparation est encore possible : celle de la gestation d'avec le corps.

GPA : Une Question Éthique et Juridique Complexe

La gestation pour autrui (GPA) est une question éthique et juridique complexe, qui suscite de vifs débats en France et à l'étranger.

La GPA est interdite en France, mais certains couples français y recourent à l'étranger. La question de la reconnaissance de la filiation des enfants nés de GPA à l'étranger est particulièrement délicate.

La Cour européenne des droits de l'homme a été saisie de plusieurs affaires concernant la GPA, et a rendu des décisions nuancées, reconnaissant le droit des enfants nés de GPA au respect de leur vie privée et familiale, mais laissant aux États une marge d'appréciation quant à la reconnaissance de la filiation.

GPA : Les Enjeux et les Risques

La GPA soulève des enjeux éthiques importants, notamment en ce qui concerne la dignité de la femme, la marchandisation du corps humain, et les droits de l'enfant.

La GPA peut également entraîner des risques pour la santé de la mère porteuse et pour le bien-être de l'enfant.

PMA et Préservation de la Fertilité : Un Choix Personnel et Sociétal

La préservation de la fertilité, notamment par la congélation d'ovocytes, est une option de plus en plus envisagée par les femmes qui souhaitent différer leur projet de maternité.

Cette technique soulève des questions éthiques et psychologiques, et nécessite un accompagnement adapté des femmes qui y recourent.

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