L'assistance médicale à la procréation (PMA) est une voie empruntée par de nombreux couples confrontés à des difficultés pour concevoir un enfant. Cependant, un tabou majeur persiste et complexifie ce parcours déjà ardu : l'infertilité masculine. Le déni ou le manque d'informations conduisent de nombreux hommes à se sentir peu concernés par les questions d'infertilité. Pourtant, les études révèlent que, contrairement aux idées reçues, l'homme est à l'origine des difficultés de conception dans 50 % des cas. Cet article explore les témoignages poignants de couples confrontés à cette réalité, les raisons de ce tabou persistant et les évolutions récentes dans la prise en charge de l'infertilité masculine.
Le poids du tabou : quand l'infertilité masculine est invisible
Pour de nombreux couples, le parcours de PMA est semé d'embûches, tant sur le plan médical que psychologique. Lorsque l'infertilité masculine est en cause, le tabou qui l'entoure peut rendre l'expérience encore plus difficile. Elodie et Nicolas, un couple qui souhaitait fonder une famille à 40 ans, ont été confrontés à cette réalité. Elodie, qui avait une réserve ovarienne élevée et régulièrement contrôlée, n'avait jamais envisagé que le problème puisse venir de son compagnon. Les médecins ne l'ont pas non plus encouragée à explorer cette piste. Après deux ans d'essais infructueux, le couple a découvert que Nicolas était stérile.
Elodie souligne que l'obsession de l'horloge biologique féminine conduit souvent à négliger la dimension masculine de la fertilité. Les femmes sont régulièrement suivies par un gynécologue, tandis que les hommes consultent moins fréquemment un urologue. Pour Elodie, le tabou se manifeste dans les regards gênés de leurs amis lorsque Nicolas parle de sa stérilité, ainsi que dans l'attitude des médecins qui ont tendance à la considérer comme la principale responsable.
Virginie Rio, co-fondatrice du collectif Bamp, qui accompagne les personnes en parcours de PMA, confirme ce sentiment d'invisibilité ressenti par les hommes lors des consultations médicales. Elle souligne un sexisme des deux côtés : les femmes sont souvent considérées comme les coupables désignées, tandis que les hommes sont mal détectés et peu accompagnés, avec un accès plus rare à un suivi psychologique.
Les racines du tabou : virilité, culpabilité et recherche en pause
Plusieurs facteurs expliquent la persistance de ce tabou autour de l'infertilité masculine. Pour certains hommes, évoquer la mauvaise qualité de leur sperme est perçu comme un aveu d'échec. Marika Donadieu-Mallion, médecin spécialiste de la fertilité, souligne que beaucoup d'hommes confondent virilité et fertilité, alors que ces deux notions sont distinctes. Certains refusent même de faire un spermogramme ou considèrent que le problème ne peut pas venir d'eux. Charlotte Methorst, urologue à l'hôpital Foch, ajoute que l'annonce d'un spermogramme anormal peut être vécue comme une dévirilisation, suscitant la peur d'être stigmatisé.
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La culpabilité est un autre facteur important. De nombreux hommes se sentent responsables d'imposer à leur partenaire les traitements lourds et contraignants de la FIV, même lorsque la femme ne présente aucun problème de fertilité. En effet, c'est la femme qui subit les piqûres d'hormones, les prises de sang, les rendez-vous médicaux et les ponctions.
Enfin, la recherche sur l'infertilité masculine a été mise en pause pendant plusieurs années. François Olivennes, gynécologue spécialiste de la fertilité, explique que la révolution de la FIV avec micro-injection intracytoplasmique (ICSI) dans les années 1990, qui permet d'injecter un seul spermatozoïde dans l'ovocyte, a mis un frein à la recherche sur les causes et les traitements de l'infertilité masculine.
Une prise de conscience progressive : les mentalités évoluent
Heureusement, les mentalités évoluent et la prise de conscience de l'infertilité masculine progresse. Rachel Lévy, chef du service de biologie de la reproduction de l'hôpital Tenon à Paris, constate un intérêt croissant pour cette question, avec une augmentation exponentielle des publications scientifiques sur le sujet. Les médecins affinent également leur prise en charge. François Olivennes regrette que pendant des années, seuls les femmes étaient traitées. Aujourd'hui, un bilan masculin est presque systématiquement prescrit en parcours de PMA.
Virginie Rio, du collectif Bamp, note également un changement générationnel, avec des jeunes hommes moins réticents à parler d'infertilité. Cette évolution est essentielle, car la baisse de la qualité du sperme est une réalité préoccupante.
Une étude publiée dans Human Reproduction a révélé qu'entre 1973 et 2011, le nombre de spermatozoïdes a diminué de moitié en moyenne en Amérique du Nord, en Europe, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Les causes de cette baisse sont multifactorielles et liées à l'évolution de notre mode de vie (tabac, alcool, sédentarité, obésité, malbouffe) et de notre environnement (pollution, perturbateurs endocriniens, stress, ondes des téléphones). Il est donc crucial de briser le tabou pour améliorer la prévention.
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Charlotte Methorst souligne l'importance de sensibiliser les jeunes aux effets néfastes du tabac, du cannabis et de l'alcool sur la spermatogenèse dès le collège.
Témoignages et parcours de PMA : espoirs et défis
De nombreux couples témoignent de leur parcours de PMA, partageant leurs espoirs, leurs déceptions et leurs défis. Elodie, après plusieurs mois d'attente, exprime sa lassitude et sa difficulté à gérer l'infertilité inexpliquée. Elle dénonce la culpabilisation des femmes et le manque de reconnaissance de leurs sentiments.
Marie, maman solo, a choisi de réaliser une FIV au Danemark en raison de la législation plus souple et de l'ouverture des donneurs. Elle témoigne de la "sororité de fou" qu'elle a trouvée en France via les réseaux sociaux, mais dénonce également les discriminations liées à l'âge, au chômage ou à la grossophobie.
Chloé et Charlotte, un couple de femmes, ont d'abord tenté des inséminations illégales avec une banque de sperme danoise, avant de se lancer dans un parcours de PMA en France après l'adoption de la loi sur la PMA pour toutes. Elles saluent l'accueil et la rapidité de leur parcours à l'hôpital Femme Mère Enfant de Bron, mais reconnaissent que les délais s'allongent pour les nouvelles demandes.
Audrey, une femme célibataire de 38 ans, a été confrontée à des discriminations liées à son âge et à sa situation familiale lors de sa demande de PMA à Lyon. Elle dénonce la régionalisation des banques de sperme et le manque d'anticipation de la loi de bioéthique, qui a entraîné des délais d'attente importants et des difficultés financières.
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Agathe et Elodie, un autre couple de femmes, témoignent de leur impatience et des difficultés administratives rencontrées lors de leur parcours de PMA à Rennes. Elles regrettent l'absence de possibilité d'avoir le même donneur ou de recourir à une Ropa (réception des ovocytes de la partenaire) en France.
Les enfants nés de PMA : des études rassurantes
Depuis les années 1970, plus de 8 millions d'enfants sont nés grâce à la FIV dans le monde. En France, ils représentent 27 180 naissances en 2019, soit un enfant sur 28. Les risques liés aux grossesses obtenues après FIV sont bien documentés : augmentation de la prématurité, du nombre de bébés de faible poids et de grossesses multiples.
Cependant, il existe peu de données sur la santé des personnes nées d'une AMP. L'Agence de la Biomédecine souligne le petit nombre d'études, la taille réduite des échantillons et le faible recul. Il est difficile d'affirmer avec certitude que la méthode de conception est directement liée à tel ou tel risque.
Malgré tout, l'Académie Nationale de la Médecine a publié un rapport en 2023 pour faire le point sur les connaissances actuelles. Les études n'ont pas trouvé de lien entre la FIV et les troubles du neurodéveloppement, hormis les séquelles dues à la prématurité. Des études suggèrent un risque cardiovasculaire modéré, justifiant un suivi précoce préventif. Aucune différence n'a été observée dans le taux de cancer chez les enfants conçus par FIV.
Sur le plan psychologique, les enfants nés de PMA sont souvent très désirés et surprotégés, mais leur devenir psychologique ne diffère pas de celui des enfants conçus naturellement. Des études sont en cours pour étudier les relations parents-enfants à l'adolescence.
Concernant la fertilité des enfants nés par FIV, aucune étude n'a démontré que les techniques d'AMP étaient délétères. Amandine, le premier "bébé-éprouvette" français, a donné naissance à une petite fille conçue naturellement en 2017.
Globalement, les résultats sont rassurants et l'incidence de pathologies est relativement modérée par rapport aux enfants conçus naturellement. L'Académie Nationale de la Médecine rappelle que l'augmentation modérée de certains troubles pourrait être due à une "sur-analyse" des enfants nés de FIV.
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