La procréation médicalement assistée (PMA) représente un espoir pour de nombreux couples confrontés à des difficultés de conception. Cependant, plusieurs facteurs peuvent influencer la fertilité et les chances de succès de la PMA. Parmi ceux-ci, l'exposition aux perturbateurs endocriniens suscite une inquiétude croissante. Cet article explore les risques liés à ces substances chimiques omniprésentes et leur impact potentiel sur la fertilité masculine et féminine, ainsi que les mesures à prendre pour minimiser l'exposition.
L'Inquiétante Diminution de la Fertilité
Nous assistons actuellement à une diminution de la fertilité masculine et féminine. Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, plus de 20 % des couples en âge de procréer dans les pays industrialisés rencontrent des difficultés à concevoir. En France, l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) estime que 10 % à 25 % des cas d'infertilité restent inexpliqués. Cette tendance coïncide avec une exposition accrue à divers facteurs environnementaux, dont les perturbateurs endocriniens. Ainsi, depuis 1978, les indications tubaires infectieuses de la PMA diminuent pour donner place aux lésions tubaires liées à l’endométriose.
Perturbateurs Endocriniens : Des Menaces Invisibles pour la Fertilité
Les perturbateurs endocriniens sont des substances chimiques capables d'interférer avec le système hormonal. Ils peuvent imiter, bloquer ou modifier l'action des hormones naturelles, altérant ainsi les processus physiologiques essentiels, notamment ceux liés à la reproduction. On les trouve dans de nombreux objets et produits de consommation courante, tels que les pesticides, les plastiques, les additifs alimentaires et les cosmétiques. De nombreux spécialistes estiment que la diminution constante du nombre et de la mobilité des spermatozoïdes constatée en cinquante ans est liée à l’exposition à ces polluants.
Impact sur la Fertilité Féminine
L’exposition prolongée à certains perturbateurs endocriniens pourrait altérer la qualité de l’endomètre, rendant la muqueuse utérine moins réceptive à l’implantation et à la croissance de l’embryon. Les perturbateurs endocriniens sont aussi soupçonnés de jouer un rôle dans l’insuffisance ovarienne précoce, un arrêt définitif du fonctionnement des ovaires avant 40 ans.
L'étude ELFE (Etude Longitudinale Française depuis l’Enfance) de 2011 montre que 74% des femmes enceintes sont imprégnées par du bisphénol A et les principaux modes d’imprégnation étaient les aliments préemballés, le vin et l’air intérieur. L'exposition à des métaux lourds (plomb, mercure, cadmium) ou à des résidus de pesticides contenus dans les sols et dans l’eau peut également jouer un rôle dans la baisse de la fertilité féminine. Idem pour l’arsenic dont le principal mode d’imprégnation est la consommation de poissons et crustacés. Le cadmium était quant à lui retrouvé chez 88% des femmes avec une contamination véhiculée par les légumes racines type poireaux, carottes et oignons. De plus, les particules fines (PM2.5, PM10), les oxydes d’azote (NOx) et d’autres polluants atmosphériques sont reconnus comme des facteurs de risque pour la santé reproductive féminine.
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Impact sur la Fertilité Masculine
Chez l’homme, la fabrication des spermatozoïdes peut être altérée par certains facteurs environnementaux comme l’exposition chronique à un excès de chaleur (position assise pendant de longues périodes, pratique du sauna, prise de bains très chauds, ordinateur portable sur les genoux) ou des microtraumatismes répétés (pratique régulière du vélo). La consommation de cannabis est en nette progression, ainsi une diminution du nombre de spermatozoïdes avec une augmentation des anomalies de la morphologie ont été décrites avec une augmentation de l’hyperactivité entraînant une diminution de la capacité de fécondance.
Effets Transgénérationnels et Périodes de Vulnérabilité
Les femmes enceintes ou en désir de grossesse, doivent être particulièrement vigilantes pour réduire leur exposition aux perturbateurs endocriniens car ce qu’elles consomment est transmis au fœtus via le cordon ombilical. Le développement durant la grossesse est une période sensible au cours de laquelle les perturbateurs endocriniens peuvent avoir des effets à long terme.
Comment Minimiser l'Exposition aux Perturbateurs Endocriniens ?
Afin d’optimiser vos chances de réussite en PMA, il est essentiel d’adopter un mode de vie sain et de tenir compte de certains facteurs qui peuvent influencer la fertilité. Voici quelques mesures concrètes pour réduire votre exposition aux perturbateurs endocriniens :
Alimentation :
- Optez pour des aliments biologiques lorsque cela est possible, afin de limiter votre exposition aux pesticides et aux autres produits chimiques présents dans l’agriculture conventionnelle.
- Évitez de chauffer des aliments dans des contenants en plastique, et préférez le verre ou l’acier inoxydable. Bien que le bisphénol A, contenu dans de nombreux plastiques, soit interdit en France depuis 2015, certains en renferment toujours. Les experts conseillent donc de ne pas faire chauffer d’aliments dans des boîtes en plastique mais plutôt dans du verre, afin de limiter le risque de contamination de la nourriture.
- Filtrez l’eau du robinet pour réduire la présence de substances chimiques potentiellement nocives. Utilisez un filtre à charbon actif ou un système de filtration par osmose inverse.
Cosmétiques et produits d'hygiène :
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- Privilégiez les produits sans paraben, sans phtalate et sans bisphénol A (BPA).
- Concernant les cosmétiques, choisissez de préférence des produits sans parabène. Tous les produits cosmétiques ne sont pas en cause mais certains contiennent des substances dont les scientifiques n’ont pas encore caractérisé les effets. Par précaution, vous pouvez limiter le nombre de cosmétiques que vous utilisez en ne gardant que les produits essentiels. Vous pouvez aussi vous tourner vers des gammes fabriquées à partir d’ingrédients naturels.
Environnement domestique :
- Utilisez des produits d’entretien écologiques et des cosmétiques naturels.
- Aérez régulièrement votre intérieur pour réduire la concentration de polluants et de perturbateurs endocriniens dans l’air de votre habitation.
- Lavez régulièrement vos mains pour réduire le risque de contamination par des substances chimiques présentes sur les surfaces.
Exposition professionnelle :
Certaines substances chimiques présentes dans l’environnement professionnel peuvent nuire à la fertilité. Par exemple, l’exposition à des pesticides, des solvants ou des métaux lourds peut affecter la qualité des ovules et des spermatozoïdes. Il est important de vous informer sur les risques liés à votre métier et de prendre les mesures nécessaires pour vous protéger. Parlez-en à votre médecin du travail et suivez scrupuleusement les recommandations pour minimiser votre exposition. N’hésitez pas à demander des équipements de protection individuelle si nécessaire et veillez à respecter les consignes de sécurité sur votre lieu de travail.
Facteurs de Style de Vie et Fertilité
Outre l'exposition aux perturbateurs endocriniens, d'autres facteurs liés au mode de vie peuvent influencer la fertilité et les chances de succès de la PMA.
- Tabagisme: Le tabagisme est un facteur connu d’infertilité chez les hommes et les femmes, aussi bien lors des protocoles de PMA que pour la fertilité naturelle. Chez les femmes, fumer peut provoquer des problèmes d’ovulation et des anomalies des trompes de Fallope, tandis que chez les hommes, cela peut réduire la production et la mobilité des spermatozoïdes. Ainsi, il est crucial d’arrêter de fumer avant de commencer une démarche de PMA. Pour arrêter, n’hésitez pas à consulter votre médecin ou un professionnel de santé pour vous aider à trouver la méthode la plus adaptée à votre situation, comme les substituts nicotiniques, les médicaments ou les thérapies comportementales. La consommation de 4 cigarettes par jour pendant 2 ans diminue la capacité de spermatozoïdes de se fixer à l’ovule. L’effet serait réversible entre 2 à 3 mois après l’arrêt. Le tabac chez la femme entrainerait aussi une diminution de la réserve ovarienne. Chez l’homme : il existerait une augmentation de FSH, LH, E2 et diminution Testostérone avec une altération du spermogramme.
- Alcool: La consommation d’alcool peut également nuire à la fertilité et réduire les chances de réussite en PMA. Chez les femmes, l’alcool peut perturber l’équilibre hormonal et affecter la qualité des ovocytes, tandis que chez les hommes, il peut diminuer la production de spermatozoïdes et altérer leur fonction. Il est donc recommandé de limiter sa consommation d’alcool ou de s’abstenir complètement pendant la période de traitement. Pensez à remplacer l’alcool par des boissons non alcoolisées et à privilégier les moments conviviaux sans alcool. Chez la femme : diminution du délai de conception avec consommation modérée de vin de plus de deux verres par jour.
- Drogues: Les drogues peuvent avoir un impact négatif sur la fertilité et le développement du fœtus. Par exemple, la consommation de cannabis peut affecter la qualité des spermatozoïdes chez les hommes et perturber l’ovulation chez les femmes. Il est donc essentiel d’éviter toute consommation de drogues pendant la PMA. Si vous êtes en difficulté avec la consommation de drogues, n’hésitez pas à demander de l’aide à un professionnel de santé ou à rejoindre un groupe de soutien pour vous accompagner dans cette démarche.
- Surpoids et obésité: L’obésité peut affecter la fertilité et réduire les chances de réussite en PMA. Chez les femmes, elle peut provoquer des déséquilibres hormonaux et des troubles de l’ovulation, notamment en augmentant les niveaux d’insuline et d’androgènes. De plus, elle peut également augmenter le risque de fausse couche et de complications pendant la grossesse. Chez les hommes, l’obésité peut réduire la qualité et la quantité des spermatozoïdes en affectant la production de testostérone et en provoquant des altérations métaboliques. De plus, elle peut également être associée à des problèmes d’érection et à une diminution de la libido. Adopter une alimentation équilibrée et pratiquer une activité physique régulière sont des clés pour atteindre un poids santé. Pour vous aider à élaborer un plan alimentaire adapté à vos besoins et à vos objectifs, consultez un nutritionniste ou un diététicien. Fixez-vous des objectifs réalistes et progressifs pour la perte de poids. Une perte de poids de 5 à 10% peut déjà améliorer significativement la fertilité. Privilégiez les aliments riches en nutriments, tels que les fruits, les légumes, les grains entiers, les protéines maigres et les graisses saines. Évitez les régimes drastiques et les pertes de poids rapides, car ils peuvent avoir des effets négatifs sur la fertilité et la santé en général. Essayez de vous engager dans une activité physique modérée, comme la marche rapide, la natation ou le vélo, au moins 30 minutes par jour, 5 jours par semaine. Il a également été observé que le tissu graisseux stocke plus facilement les polluants, raison pour laquelle les personnes en surpoids ou obèses auront plus de risques à long terme vis-à-vis de ces substances.
- Gestion du stress: Le stress peut impacter la fertilité et rendre plus difficile la réussite en PMA. Le stress chronique peut perturber les niveaux d’hormones et affecter la fonction ovarienne chez les femmes, ainsi que la production et la qualité des spermatozoïdes chez les hommes. Apprenez à gérer votre stress grâce à des techniques de relaxation comme la méditation, le yoga ou la respiration profonde. N’hésitez pas à consulter un psychologue ou un thérapeute spécialisé en fertilité pour vous accompagner dans cette démarche. Pensez également à inclure des activités de détente dans votre routine quotidienne, comme la lecture, l’écoute de musique ou le jardinage.
- Exposition à la chaleur : Chez l’homme, la fabrication des spermatozoïdes peut être altérée par certains facteurs environnementaux comme l’exposition chronique à un excès de chaleur (position assise pendant de longues périodes, pratique du sauna, prise de bains très chauds, ordinateur portable sur les genoux) ou des microtraumatismes répétés (pratique régulière du vélo).
Perspectives d'Avenir et Recherche
Collectivement, les travaux de Recherche doivent également se poursuivre sans relâche. Cependant, de nombreuses questions sont encore non élucidées : quelle est la proportion exacte de cas d’infertilité liés à ces substances ? Quelles sont les expositions réelles ? Comment se manifeste l’effet « cocktail », autrement dit les interactions entre différentes molécules ? La réglementation doit aussi évoluer en fonction de ces nouveaux résultats scientifiques. La recherche autour des perturbateurs endocriniens est un domaine en pleine évolution.
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Des études récentes (Tanamura, Fertil steril 2009), montrent des actions de la diminution de mélatonine sur la régulation ovarienne, des concentrations de mélatonine abaissés ont été retrouvés dans les follicules de petits tailles et au cours du stress oxydatif en fin de phase folliculaire altérant la régulation ovarienne et une diminution de la fécondité.
La réduction du nombre de stimulations ovariennes et des tentatives de PMA, permettant d’obtenir un résultat plus rapide constitue un objectif essentiel pour les couples désirant un enfant. La prise en compte de tous ces facteurs devraient permettre de réaliser une prévention auprès des adolescents et avoir une action en préconception pas seulement chez la femme mais aussi chez l’homme, la prise de conscience de la société et du personnel soignant permettrait d’améliorer la fertilité.
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