Introduction

La Procréation Médicalement Assistée (PMA) est un domaine en constante évolution, suscitant à la fois espoir et inquiétudes. Cet article explore les multiples facettes de la PMA, en mettant en lumière son histoire, les imaginaires qui l'entourent, les enjeux éthiques qu'elle soulève, et les recherches scientifiques menées sur l'embryon. Il abordera également l'impact des techniques de PMA sur la santé des enfants et les réflexions des couples confrontés au devenir des embryons congelés.

Évolution de la PMA: Des Origines à la Modernité

L'histoire de la PMA remonte à la fin du XVIIIe siècle, avec les recherches pionnières de Lazzaro Spallanzani, qui envisageait la conception sans rapport sexuel. John Hunter réalisa l'une des premières inséminations artificielles connues en 1790. Cependant, ces pratiques furent longtemps confrontées à une forte réprobation morale. L'externalisation du processus de fécondation date du début du XXe siècle, et la naissance du premier bébé éprouvette en 1978 marqua une étape décisive. La conservation hors du corps des cellules reproductrices et des embryons représente une autre avancée majeure.

Simone Bateman souligne que cette fragmentation des pratiques procréatrices, issue d'un imaginaire scientifique et technique, nourrit en retour l'imaginaire social sur les possibilités futures en matière de procréation. En 1924, John B.S. Haldane prédisait que l'ectogenèse serait si avancée à la fin du XXe siècle que seulement 30% des enfants naîtraient encore de femmes.

PMA et la loi relative à la bioéthique

La parution de cet ouvrage collectif s’inscrit dans le contexte de l’adoption de la loi relative à la bioéthique le 29 juin 2021, définissant notamment les modalités d’accès à la procréation médicalement assistée (PMA) en France. Il est désormais possible pour toutes les femmes d’accéder à la PMA, quelle que soit leur situation conjugale, et de congeler leurs ovocytes, y compris pour des raisons « sociales », c'est-à-dire non justifiées d’un point de vue médical. Les enfants issus d’un don de gamètes peuvent aussi désormais avoir accès à leurs origines. Enfin, les conditions de recherches scientifiques sur l’embryon et les cellules-souches sont assouplies. Le débat parlementaire a opposé les défenseurs de la loi qui y voyaient un symbole du modernisme humaniste, source d’espoir, à ceux qui craignaient qu’elle ouvre la voie à l’eugénisme, au clonage ainsi qu’à la disparition de la famille naturelle et de la figure paternelle.

Les Imaginaires de la PMA: Science-Fiction, Mythes et Religion

Les débats relatifs à la PMA suscitent de nombreuses réactions opposées, nourries par des imaginaires multiples. La littérature et le cinéma de science-fiction sont souvent convoqués, avec des œuvres telles que La Servante écarlate de Margaret Atwood, Bienvenue à Gattaca, Frankenstein de Mary Shelley, Herland de Charlotte Perkins Gilman, et surtout Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley. Ce dernier, décrivant une société futuriste où les masses sont domestiquées par le contrôle biologique, est souvent cité comme le pire scénario possible.

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Marika Moisseeff estime que l'idée d'une reproduction exclusivement in vitro est très répandue et que Huxley s'appuie sur les travaux de Freud, qui liait le progrès de l'humanité à la séparation des activités érotiques et reproductives. Elle analyse le roman Mutation de Robin Cook, où un enfant conçu par FIV avec un facteur de croissance neurologique développé devient un criminel, illustrant la crainte des enfants "mutants".

Jean-Marc Rohrbasser et Jacques Véron se penchent sur le clonage à travers Reproduction interdite de Jean-Michel Truong et Auprès de moi toujours de Kazuo Ishiguro, soulignant les obstacles éthiques à la recherche sur le clonage, malgré son potentiel pour réparer les humains. Emmanuel Betta étudie L’anno 3000. Una sogno de Paolo Mantegazza, accusé par l'Église de diffuser des informations scientifiques au grand public. Il note que l'impact de l'imaginaire littéraire a souvent focalisé l'attention sur les aspects les plus controversés de la PMA, au détriment de sa réalité concrète.

La deuxième partie de l'ouvrage s'intéresse à l'influence des imaginaires mythologiques ou religieux. Doris Bonnet étudie le Cameroun, où la tradition animiste influence les représentations de la reproduction. Isabelle Konuma examine la PMA au Japon, soulevant la question de l'adultère dans l'IAD. Séverine Mathieu présente les arguments des catholiques contre la bioéthique, opposant la loi naturelle à la dissociation de l'union et de la procréation.

Statut de l’embryon et du fœtus

Le statut de l’embryon et du fœtus fait encore largement l’objet de débats au sein des sciences sociales et reste à ce jour non tranché tant dans les domaines éthique, philosophique ou encore juridique. C’est d’ailleurs l’une des questions les plus sensibles de l’actualité et l’une des plus controversées en droit contemporain, suscitant de vastes polémiques. Ces réflexions sont certes relancées par l’émergence de nouvelles techniques, mais l’être prénatal est depuis longtemps un moyen de penser la condition humaine et la notion de personne. Une multitude de propriétés, comme la conscience de soi ou encore l’autonomie, fait encore de nos jours débat pour dater et marquer, entre autres, l’apparition d’une personne.

Ainsi, dans le domaine du droit, nous avons assisté en France à l’avènement de l’être prénatal comme une entité légale distincte, bénéficiaire d’un statut juridique qui, en l’absence de consensus, est toutefois marqué d’une certaine indétermination. L’embryon est donc une sorte d’« entité flottante » (Bateman et Salem, 1998), un être ambigu qui fait figure d’hybride face à la traditionnelle distinction entre les choses et les personnes au regard d’un droit ne connaissant pas dans ce domaine de catégorie intermédiaire. C’est pour cette raison que cet inclassable embryon a été désigné par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) comme une « personne humaine potentielle », notion discutée et ambiguë, mais que le Comité a néanmoins maintenue en tant que concept éthique. Il est donc à ce titre protégé non pas parce qu’il est une personne, mais parce qu’il peut en devenir une.

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L'Approche Relationnelle de l'Embryon en AMP

L’anthropologie a beaucoup analysé l’impact des techniques de visualisation, en particulier l’échographie, sur l’image de l’être prénatal comme « isolat », séparé du corps féminin dans lequel il était autrefois enclos et enfoui. L’AMP et en particulier la FIV (fécondation in vitro) qui a pour conséquence de dissocier physiquement l’embryon de la femme transforment de manière radicale cette situation et accentuent cette représentation de l’embryon « isolé ». Cependant, l’observation ethnographique des pratiques d’AMP révèle que l’embryon est en réalité toujours pris dans des réseaux relationnels (Thompson, 2005). Relations, d’une part, à des professionnels qui ont à un certain moment, du fait de leur statut, le pouvoir de sélectionner, détruire ou conserver cet embryon. D’autre part, et surtout, en référence à la parenté, à l’ensemble des personnes impliquées dans la procréation, l’engendrement et/ou la filiation et qui de ce fait, ont elles aussi un ensemble de pouvoirs et de devoirs à l’égard de cet embryon.

L’objectif de cet article est d’analyser l’embryon en AMP grâce à une « approche relationnelle » inspirée de l’héritage maussien en matière d’analyse du genre et de la parenté (Théry, 2007). Nous nous baserons pour cela sur une enquête par entretiens semi-directifs auprès de 70 professionnels de l’AMP. La première partie, après un bref état des lieux de la recherche sur l’être prénatal, expose l’intérêt d’une telle approche. Elle permet de décrire autrement la scène de l’AMP et de comprendre comment l’embryon alterne entre diverses représentations, entre enfant potentiel et pur matériau organique, selon sa position dans le système de relations instituées. C’est ce que nous exposerons dans une seconde partie en montrant la manière dont les représentations de l’embryon se modifient selon cette position. Notre hypothèse est qu’une telle approche éclaire de façon nouvelle les dilemmes parfois aigus des « parents » confrontés à l’embryon congelé hors projet et aux quatre grandes options prévues par la loi française : garder, donner à la recherche, donner en accueil à un autre couple, détruire. Il s’agit ici d’un article présentant la construction à la fois théorique et empirique d’un objet d’étude, une étape indispensable et centrale pour toute analyse socio-anthropologique (Mauss, Fauconnet; 1901).

L’être prénatal fait l’objet en philosophie, théologie et droit d’une immense littérature, qui s’efforce de définir son statut ontologique. Ces travaux sont orientés à la fois par les controverses sur l’avortement qui, bien que légalisé, fait encore l’objet de vives contestations, et par la problématique croissante de la recherche sur l’embryon. Sans sous-estimer leur importance capitale pour la réflexion socio-anthropologique, nous avons choisi de nous borner ici à un ensemble moins connu de travaux. Ceux des sciences sociales liés au développement des techniques médicales de procréation et qui posent le problème des rapports entre description empirique et enjeux normatifs. En trente ans, des années 1980 à aujourd’hui, les préoccupations et les méthodes des sciences sociales ont nettement évolué en ce domaine.

Dès les années 1980 et 1990, les travaux dans la littérature féministe montrant la nouvelle prééminence de l’être prénatal dans l’imaginaire public et la société sont en effet nombreux. Avec le développement des nouvelles technologies, en particulier des techniques d’imagerie médicale comme l’échographie qui se développe dès les années 1960, l’image de l’être prénatal est devenue un lieu commun, que cela soit dans les livres, les programmes éducatifs ou encore à la télévision (Duden, 1996; Layne, 2003; Pollack Petchesky, 1987; Taylor, 1992; Hartouni, 1993).

Cette littérature féministe américaine et européenne a donné une large part aux approches militantes. L’arrivée de ces nouvelles techniques est en effet perçue principalement à travers ses effets pervers et analysée le plus souvent comme un nouveau pouvoir masculin pour maitriser le pouvoir féminin (Isaacson, 1996; Franklin, 1995; Inhorn, 1996). Ces études ont tendance à isoler l’être prénatal de toutes relations sociales, le comparant à un astronaute flottant dans l’espace, autonome et complètement séparé de la femme enceinte (Pollack Petchesky, 1987). La femme se trouverait donc complètement dépossédée de son corps, aliénée par l’être qui grandit en son sein et disparaitrait peu à peu au profit du fœtus. Ces travaux s’inscrivent dans les débats sur l’avortement et ont principalement pour but de lutter contre la personnification d’un fœtus qui semble menacer les droits de la femme (Cornell, 1995 ; Purdy, 1990 ; Rothman, 1986).

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Un deuxième grand ensemble de recherches appréhende l’embryon et les techniques (échographie, FIV) sous l’angle du contraste entre les systèmes de valeurs et de représentations de l’individu dans les sociétés traditionnelles holistes et les sociétés modernes individualistes.

Sarah Franklin (1993) et Marylin Strathern (1992), notamment, ont érigé la situation contemporaine en une situation exceptionnelle. Rendu visible par les techniques de visualisation, l’être prénatal serait désormais isolé tant au plan cognitif que social et deviendrait un « pur individu » au sens d’une pure entité biologique. Il serait finalement placé en dehors du faisceau de relations sociales qui caractérisait autrefois l’individu social inséré dans un système de parenté. Franklin (1993) va même jusqu’à affirmer que l’anthropologie classique n’aurait pas les outils nécessaires pour rendre compte de la situation contemporaine. Franklin et Strathern comparent donc la situation contemporaine non seulement au passé, centré uniquement sur le système de parenté, mais aussi aux sociétés « autres » dans lesquelles la personne serait éminemment relationnelle. Cette perspective, malgré ses apports très novateurs, a parfois été critiquée comme venant durcir un lieu commun en anthropologie : le clivage entre « l’Ouest et le reste » (« The West and the rest ») et la séparation radicale entre la modernité et la postmodernité de toutes les autres expériences socioculturelles (Porqueres i Gené, 2009). Le fait de ne pas distinguer clairement l’« idéologie » individualiste et la réalité de la vie sociale dans les sociétés modernes est une démarche aujourd’hui critiquée par de nombreux auteurs (Godelier, 2004 ; Porqueres i Gené, 2004, 2009 ; Théry, 2007) qui montrent que l’être prénatal, mais aussi de manière générale le corps, est toujours déjà inscrit dans un monde humain emprunt de significations (Mauss, 2007).

Dès les années 1990, un nouvel ensemble de recherches féministes s’efforce de replacer l’embryon dans un réseau relationnel et se centre sur l’expérience de la grossesse. Nombre de féministes se sont ainsi attachées à étudier l’émergence du « sujet fœtal » (fetal subject) dans la société en ne se centrant plus uniquement sur sa dimension biologique (Morgan et Michaels, 1999; Franklin, 1999; Layne, 1999a, 1999b, 2003; Morgan, 1996). Certaines, comme Franklin (1999), reviennent même sur leurs positions antérieures. Leur but est de repenser la reproduction d’une manière qui prenne en compte tous les participants, en reconnaissant que leurs relations sont culturelles, historiques, et donc variables dans le temps et dans l’espace. Il s’agit désormais d’explorer les contours sociaux de l’être prénatal en étudiant les pratiques, les institutions et les discussions qui l’ont placé au centre des politiques reproductives. Elles étudient les processus itératifs par lesquels les individus et leurs réseaux sociaux produisent, ou choisissent de ne pas le faire, de nouveaux membres de la société (Addelson, 1999; Layne, 1999a, 2003). De même, elles se sont attachées à montrer que la réalité, issue de l’expérience de l’utilisation des nouvelles techniques, était beaucoup plus complexe. Les femmes, malgré ces technologies censées les aliéner, les intègrent dans leur expérience et arrivent à faire de leur maternité un événement personnel. Elles utilisent notamment les échographies pour engager les autres dans la construction sociale de leur « bébé » (Jacques, 2007; Rapp, 1997; Taylor, 2000a, 2000b; Mitchell, 1994).

Avec le développement croissant de la FIV, de plus en plus de chercheurs se sont ensuite attachés à étudier l’embryon dans le domaine des techniques médicales de procréation. Ils s’efforcent non seulement d’étudier les changements que produisent la FIV et la congélation des embryons (Bateman, 2009; Thompson, 2005; Collard et Kashmeri, 2011; Roberts, 2007; Franklin et Roberts, 2001; Becker, 2000), mais ils montrent aussi que ces techniques touchent de manière croissante la vie des personnes à travers le monde (Anderson et Hecht, 2002; Arnold, 2000; Hayden, 2003; Inhorn, 2003; Roberts, 2007).

Bateman et Salem (1998), notamment, ont montré que la sortie de l’embryon hors du corps de la femme et la congélation prolongée, non seulement modifiaient le contexte et l’équilibre des relations se construisant autour de cet être, mais entrainaient aussi une augmentation de l’importance de la place des soignants.

En raison de l’augmentation des stocks d’embryons congelés, des chercheurs (Lyerly et al., 2006, 2010; Nachtigall et al., 2009; Provoost et al., 2010; Mohler-Kuo et al., 2009) ont alors étudiés l’expérience et le raisonnement des personnes confrontées à ces embryons hors d’un projet parental. Ces approches essaient pour la plupart de déterminer les facteurs possibles (âge, sexe, origine sociale, religion, etc.) qui influenceraient les représentations de l’embryon et le choix de leur devenir une fois congelés. Les travaux suggèrent que la décision finale ne se résume pas aux seuls points de vue moral ou religieux que ces personnes peuvent avoir sur l’embryon. Elle découle aussi de nombreux paramètres personnels et familiaux (âge, situation financière, état de santé, etc.) ainsi que d’attitudes relatives au milieu médical et scientifique (confiance ou non à l’égard des médecins et des scientifiques, sentiment de devoir contribuer à la recherche ou non, etc.). Ces travaux montrent en particulier que la représentation de l’embryon est le principal élément décisionnel du devenir des embryons congelés et que ces choix peuvent évoluer dans le temps (Lornage et al., 1995).

Il existe, nous l’avons vu, de nombreux travaux replaçant l’embryon dans un contexte de réseaux sociaux. Si notre travail participe de ce mouvement, la particularité d’une approche relationnelle maussienne est la place donnée à l’institution, c’est-à-dire aux systèmes d’institutions auxquels se réfèrent les individus. Une telle approche appréhende donc toujours la réalité sociale sur deux niveaux : ce que font les acteurs et le système implicite auquel ils font référence et qui peut être soumis à de fortes turbulences.

Une société, d’après Mauss (2007 [1924-1925]), est un « tissu concret de relations » dont la plupart sont à un certain degré instituées, inscrites dans la temporalité, référées à des valeurs et des significations communes permettant aux individus d’agir en référence à des règles - qu’ils peuvent d’ailleurs ne pas respecter ou ne connaître que partiellement. Il est donc toujours artificiel de séparer l’individu du « tout » concret qu’est la société dont il participe comme personne, c’est-à-dire comme agent des actes humains, car ses façons d’agir supposent un minimum de sens partagé. Pour résumer, les statuts modalisent des manières d’agir, ils sont « relationnels » et ne sont pas des attributs intrinsèques des individus, même acquis (Théry, 2007).

L’objet de cet article, et plus largement de notre travail, est d’appliquer pour la première fois à l’embryon l’approche relationnelle des anthropologues maussiens et de contribuer ainsi à l’enrichir et la transformer. Loin d’appréhender l’embryon comme un être « isolé », en ne prenant en compte que ses attributs intrinsèques, ses propriétés ou ses caractères internes, nous étudierons son statut « relationnel », c’est-à-dire les relations que d’autres personnes, possédant elles-mêmes un statut, peuvent entretenir avec lui. Ces relations sont variables, mais sont elles-mêmes référées à des normes et des règles communes, en particulier à l’ensemble des dispositifs juridiques qui peuvent changer et être contradictoires. De même, s’intéresser au statut relationnel de cet être ne signifie pas pour autant oublier le corps, mais signifie que le corps lui-même peut être abordé comme « un ensemble de relations » (Breton et al., 2006). Quant au droit, il n’existe que mis en œuvre et s’actualise donc toujours dans les relations sociales, comme l’a souvent souligné le civiliste et sociologue du droit, J. Carbonnier. La relation qu’on entretient avec l’embryon est modulée par la manière dont la loi le définit, tout en prenant en compte le fait que le monde social évolue et construit des statuts. De même, la manière dont les soignants, géniteurs et/ou parents perçoivent l’embryon et les qualités qu’ils lui attribuent, déterminent leurs comportements avec lui. Les représentations modalisent les systèmes d’attente, et inversement.

Impact de la PMA sur la Santé des Enfants: Études et Perspectives

Les enfants nés par PMA représentent une part importante des naissances. Une attention particulière est accordée à l'impact de ces techniques sur leur santé. Dans leur grande majorité, ces enfants sont en bonne santé, bien qu'on observe une augmentation du risque de perturbations mineures à la naissance, de petit poids de naissance et, dans de rares cas, de syndromes de l'empreinte parentale tels que les syndromes de Beckwith-Wiedemann (SBW), d'Angelman (SA) et de Silver Russel (SRS).

L'utilisation de modèles animaux est pertinente pour rechercher les effets possibles de chaque procédure liée à la PMA sur la reprogrammation épigénétique. Des études menées dans ce contexte mettent en évidence des anomalies de développement chez les animaux après PMA.

Depuis la généralisation de la FIV et de l’ICSI, la question des conséquences de ces techniques sur le développement fœtal et sur la santé des enfants a été posée. Les enfants ont un petit poids de naissance non seulement après une grossesse multiple mais aussi après une grossesse unique. Plusieurs études rapportent une augmentation de l’incidence des malformations congénitales, des aneuploïdies chromosomiques, des troubles de la croissance et du métabolisme avec d’éventuelles conséquences cardio-vasculaires ainsi que des retards de développement psychomoteur ou mental chez l’enfant. Cependant, ces résultats n’ont pas toujours été confirmés et ont été parfois contestés pour plusieurs raisons : les nombreux perdus de vue, les méthodes de suivi non standardisées, le manque de groupe contrôle, etc.

Il semble cependant difficile d’écarter complètement un certain risque lié aux méthodes de PMA indépendamment des complications les plus fréquentes dues aux grossesses multiples. Des perturbations de la fonction thyroïdienne qui pourraient avoir des causes épigénétiques ont été signalées chez les enfants issus de FIV.

Épigénétique et PMA: Comprendre les Mécanismes

L'épigénétique, définie comme l'étude des interactions causales entre les gènes et leurs produits, joue un rôle crucial dans le développement embryonnaire. Les processus épigénétiques, tels que la méthylation de l'ADN et les modifications des histones, confèrent à chaque cellule une identité unique. Le développement embryonnaire, dès la fécondation, est le siège de modifications épigénétiques majeures, orchestrées par des régulations complexes.

L’empreinte parentale correspond à une apposition de marques épigénétiques, au cours de la gamétogénèse, marques différentes chez le mâle et chez la femelle, transmissibles au cours des mitoses après la fécondation . La méthylation de l’ADN est un des mécanismes majeurs de l’initiation et du maintien de l’empreinte parentale. L’haploïdie fonctionnelle des GSE est garante d’un développement correct de l’individu.

Chez la souris, des dérégulations épigénétiques des GSE ont été observées au stade blastocyste avant l’implantation et chez l’embryon après l’implantation lorsque le développement préimplantatoire a été réalisé in vitro dans certains milieux de culture. La composition du milieu de culture influence les altérations épigénétiques et la perte d’empreinte au stade zygote, au stade deux cellules et jusqu’au stade blastocyste.

Lorsque la fécondation a lieu in vitro et qu’elle est suivie de culture embryonnaire, la méthylation du gène H19 ne semble pas s’établir de la même manière quand la cinétique de développement des blastocystes est ralentie. Il est connu que la culture embryonnaire peut modifier les cycles de divisions cellulaires, notamment lorsqu’elle est réalisée en présence de sérum. Dans l’état actuel des connaissances, la relation de causes à effets entre cinétique de développement et maintien des marques épigénétiques ne peut être établie. Cependant, la variabilité épigénétique rencontrée pour les embryons issus de FIV, pourrait expliquer une partie des échecs d’implantation et de développement post-implantatoire observés en PMA .

Réflexions des Couples et Devenir des Embryons Congelés

Au-delà des aspects techniques et médicaux, la PMA suscite des réflexions importantes chez les couples, notamment sur le devenir des embryons congelés. Une étude qualitative menée par Marianne Portmann a exploré la relation entre la vision des couples sur l'embryon congelé et leur décision d'en faire don à la recherche.

L'étude a révélé que la vision des couples sur l'embryon congelé évolue au cours du parcours en PMA, en fonction des informations délivrées par les professionnels et du vécu des couples. Le don à la recherche n'est souvent pas la première intention, mais parfois la "moins mauvaise" des solutions. Le grand potentiel de l'embryon, perçu comme un "bébé" ou un "enfant", complique la prise de décision.

Marianne Portmann a découvert une discipline où la sage-femme a des compétences inconnues, et a rencontré des couples formidables faisant face à un "parcours du combattant". Elle souligne l'importance d'adapter l'accompagnement de ces couples, confrontés à un parcours particulier.

Il y a encore tant de champs à explorer ! Je ne me suis entretenue qu'avec des couples ayant donné à la recherche, il reste encore ceux qui ont choisi la destruction, le don à un autre couple, mais aussi ceux qui ne parviennent pas à faire un choix et qui stockent les embryons pendant de nombreuses années. Tout ceci dans le but de garantir un meilleur accompagnement des couples, pour cette prise de décision, non sans conséquences !

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