La procréation médicalement assistée (PMA) et la gestation pour autrui (GPA) sont des sujets de vifs débats éthiques et sociétaux. L'Église catholique, forte de ses principes moraux et de sa vision de la famille, exprime des positions claires sur ces questions. Cet article explore en profondeur la position de l'Église catholique sur la PMA et la GPA, en tenant compte des évolutions sociétales et des enjeux bioéthiques contemporains.

Transformations de la famille et enjeux bioéthiques

La famille a connu des transformations profondes au fil des ans. Autrefois définie par une autorité hiérarchique, elle est désormais soumise à une double exigence démocratique de liberté et d'égalité. Dans cette nouvelle logique juridique, la famille apparaît de plus en plus comme un espace privé, défini conjointement par ses membres, dont la vocation est de donner libre cours à l'épanouissement personnel. Ces transformations de la famille sont étroitement liées aux techniques d'assistance médicale à la procréation, régulées par les lois de bioéthique.

Ces évolutions soulèvent des questions fondamentales : Qu'est-ce qu'un parent ? Qui a vocation à définir les normes procréatives et familiales ? Doit-il y avoir de telles normes ? Peut-on et doit-on s'immiscer dans l'intimité des corps ?

La PMA : une histoire de débats et de remous

Entre 1982, date de la première naissance française par fécondation in vitro (FIV), et 2020, ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, l'histoire de l'accueil de ces techniques a été mouvementée. Le débat public sur la science, la technique et la parenté a émergé en France après la naissance d'Amandine, le premier « bébé éprouvette » en 1982.

Outre la PMA, les biotechnologies, incluant la recherche sur l'embryon, le diagnostic préimplantatoire (DPI) et le diagnostic prénatal (DPN), ont bouleversé les systèmes symboliques et les ordonnancements du monde que sont les religions. Le magistère catholique, autrefois incontournable dans l'élaboration des normes procréatives et familiales, voit aujourd'hui ses prérogatives remises en question.

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La position de l'Église catholique sur la PMA

La position du Vatican est particulièrement nette en ce qui concerne la PMA. L'Église catholique s'oppose à la fécondation in vitro (FIV) même homologue, c'est-à-dire sans tiers donneur, en raison des atteintes à l'embryon lors du diagnostic préimplantatoire et de la destruction des embryons non implantés. Elle considère que la fécondation doit être le « fruit de la donation sexuelle des époux » et que la substitution d'un acte technique à l'étreinte des corps pervertit la relation à l'enfant, qui n'est plus un don mais un dû.

L'Église catholique interdit également l'insémination artificielle, même intraconjugale, et toutes les formes de fécondations in vitro (FIV) même homologues. Elle met en cause la dissociation de la parenté en cas d'insémination artificielle avec donneur (IAD) ou de FIV avec tiers donneur, car les parents ne sont plus ceux qui ont engendré l'enfant.

Selon l'instruction Donum Vitae (1987) de la Congrégation pour la doctrine de la foi, l'IAD « lèse les droits de l'enfant, le prive de la relation filiale à ses origines parentales, et peut faire obstacle à la maturation de son identité personnelle ». Ces restrictions rendent d'autant plus incompatibles avec la doctrine de l'Église l'AMP pour les couples de femmes.

Cependant, il est important de noter que les catholiques ne s'opposent pas à l'unanimité à l'extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. Selon un sondage de l'IFOP et du quotidien La Croix, 35 % des catholiques pratiquants se déclarent favorables à cette ouverture. Les clivages et les lignes de rupture ne sont pas aussi tranchés qu'il n'y paraît.

La GPA : un rejet catégorique

L'Église catholique rejette catégoriquement le recours aux mères porteuses, appelé aussi gestation pour autrui (GPA). La maternité de substitution est considérée comme « contraire à l'unité du mariage et à la dignité de la procréation de la personne humaine ».

Donum Vitae précise que la GPA « représente un manquement objectif aux obligations de l'amour maternel, de la fidélité conjugale et de la maternité responsable ; elle offense la dignité de l'enfant et son droit à être conçu, porté, mis au monde et éduqué par ses propres parents ; elle instaure, au détriment des familles, une division entre les éléments physiques, psychiques et moraux qui les constituent ».

En 2015, le groupe de travail pour la bioéthique de la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (Comece) a publié un avis sur la GPA, comparée par les évêques à « une forme de traite d'êtres humains ». Toutes les formes de gestation pour autrui constituent une atteinte grave à la dignité humaine de ceux qui sont impliqués dans cet échange, estime cet avis, mettant en cause « l'emprise sur le corps de la mère porteuse », voire son « aliénation ».

Les fondements de la position de l'Église

La position de l'Église catholique sur la PMA et la GPA est formulée à partir de deux références éthiques fondamentales :

  • La dignité de l'embryon, qui doit être respecté comme une personne dès le commencement de sa vie.
  • La dignité de la procréation, qui doit avoir lieu dans le mariage et dans l'acte conjugal compris comme donation mutuelle des conjoints.

L'Église catholique considère que la procréation ne doit pas être l'objet d'une volonté à tout prix, mais le fruit du désir d'accueillir. Elle s'oppose à toute forme de fabrication, de marchandisation ou d'instrumentalisation d'un être humain au service d'autres êtres humains, de la science ou de la société.

Les enjeux éthiques soulevés par la PMA et la GPA

La PMA et la GPA soulèvent plusieurs enjeux éthiques majeurs :

  • Le respect de la dimension procréatrice de l'acte conjugal : L'Église catholique souligne que l'enfant hérite de toutes les dimensions de la filiation, aussi bien psychologiques que biologiques, et que le fait d'avoir été conçu en dehors de l'union des époux a une incidence sur l'enfant.
  • Le respect de l'embryon humain : Le développement de l'AMP a conduit à la production, à la congélation et à la destruction d'un nombre considérable d'embryons. L'Église catholique considère qu'il est illusoire de fixer un seuil d'entrée en humanité de l'embryon.
  • La question des liens familiaux : Le recours à un donneur de gamètes extérieur au couple met à mal les liens familiaux et prive l'enfant de la connaissance de ses origines.

L'Église face aux évolutions sociétales

L'Église catholique est consciente des évolutions sociétales et des nouvelles demandes en matière de procréation. Elle reconnaît la souffrance des couples infertiles et souhaite accompagner ces personnes avec compassion. Cependant, elle ne peut renoncer à ses principes fondamentaux et à sa vision de la famille.

Dans un contexte de sécularisation croissante, l'Église catholique cherche à faire entendre sa voix dans le débat public sur la bioéthique. Elle s'appuie sur un argumentaire séculier pour rendre légitimes ses positions, tout en revendiquant une forme d'expertise et d'expérience dans ces domaines.

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