L'article explore la complexité de la prise de décision concernant la Procréation Médicalement Assistée (PMA) et l'allaitement, en mettant en lumière les informations disponibles, les études menées et les témoignages de femmes confrontées à cette situation. Il aborde les risques potentiels et les considérations à prendre en compte pour prendre une décision éclairée.
Introduction
De nombreuses femmes allaitent encore leur enfant lorsqu'elles désirent en concevoir un autre. Certaines souhaitent poursuivre l'allaitement pendant leur parcours de PMA, pour des raisons affectives ou nutritionnelles. Toutefois, la majorité des médecins recommandent un sevrage avant de commencer un traitement. Le choix entre allaiter et poursuivre un parcours de PMA est propre à chaque femme. Il n'existe pas de solution unique, mais plutôt une nécessité d'adaptation à chaque situation. Il est primordial que les femmes puissent être informées sur les avantages et les risques afin de prendre une décision en toute sérénité.
Impact de l'allaitement sur la fertilité
Vous avez envie de tomber enceinte tout en poursuivant l’allaitement ? Nous allons voir comment l’allaitement influence la fertilité en déchiffrant les mécanismes hormonaux en place et les interactions qui se jouent entre le processus de lactation et les cycles menstruels. En moyenne, le cycle dure 28 jours. La phase folliculaire de J1 à J14. Pendant cette période, le corps est sous l’influence des oestrogènes qui vont permettre aux ovaires d’amener des follicules à maturation. Un pic de LH (hormone lutéinisante) provoque l’ovulation c’est-à-dire la délivrance de l’ovocyte de plus mature. La phase lutéale est la seconde partie du cycle qui débute après la libération de l’ovule. C’est maintenant la progestérone qui est sécrétée en quantité importante et qui agit pour préparer le corps à une éventuelle grossesse. Ainsi, le follicule évolue en corps jaune qui est les prémices du placenta. De plus, l’endomètre se développe pour la nidation.
Mécanismes hormonaux en jeu
L’hormone qui déclenche et soutient la lactation est la prolactine. La sécrétion en grande quantité de cette hormone lors de l’allaitement bloque l’ovulation et les cycles menstruels. Les règles sont absentes : on appelle cela l’aménorrhée. Pour les femmes qui n’allaitent pas, le retour de couches est beaucoup plus précoce, car le corps stoppe la production de prolactine. Avec l’installation pérenne d’un allaitement, la prolactine décroît un peu, ce qui permet aux ovaires de reprendre leurs fonctions. Au début, les cycles sont anovulatoires en raison de l’absence de pic de LH. Ainsi, la sélection de plusieurs follicules s’opère, mais sans libération d’ovule. Le retour de ce pic hormonal de LH n’est possible que si la prolactine baisse suffisamment. Cette involution est consécutive à une diminution de la fréquence des tétées. En effet, la progestérone est l’amie de la grossesse tandis que la prolactine est l’alliée de la lactation. Or les deux sont antagonistes.
Variabilité individuelle et signes du corps
Chaque femme a un fonctionnement corporel et un contexte propre. Ainsi, la présence et la durée des étapes ne sont pas prévisibles. Au moment de l’ovulation, la température corporelle augmente soudainement de 0,3 à 0,5 degré et reste à ce palier jusqu’à la fin du cycle. Ainsi en utilisant un thermomètre précis, chaque matin dans des conditions identiques, vous aurez un indice sur la survenue de l’ovulation. On peut alors repérer des difficultés de fertilité même s’il y a ovulation. En effet, si elle est trop précoce, elle empêche une maturation complète des follicules. Elle est produite au niveau du col de l’utérus. Elle est soit facilitatrice du passage des spermatozoïdes dans la période de fécondité. Elle est alors collante et peut former un fil en étant étirée entre deux doigts.
Lire aussi: Comprendre le lien entre règles et allaitement
PMA et Allaitement : Compatibilité et Risques Potentiels
Les médicaments utilisés en PMA sont généralement classés comme « probablement sûrs » pour l’allaitement. Ils ne sont pas associés à des effets secondaires graves chez l’enfant, mais peuvent réduire la production lactée. Toutefois, cette diminution n’est pas systématique, et la grossesse elle-même a tendance à la provoquer. certains médecins craignent que l’allaitement complique la PMA en empêchant une ovulation optimale ou en rendant l’utérus moins réceptif à l’implantation de l’embryon. Mais cette approche n’est pas unanime. Le taux de prolactine varie d’une femme à l’autre, et un sevrage systématique ne prend pas en compte ces différences. Chaque femme doit pouvoir choisir en connaissance de cause. Certaines préfèrent suivre les recommandations médicales pour optimiser leurs chances de grossesse, tandis que d’autres souhaitent prolonger l’allaitement sans compromettre leur projet parental.
Effets des médicaments de PMA sur l'allaitement
La prolactine est une hormone essentielle à la lactation. Elle est stimulée par la succion du bébé et inhibée par une autre hormone, la dopamine. Son taux varie selon la fréquence des tétées, le cycle menstruel et la grossesse. La plupart des centres de PMA préconisent voire imposent l’arrêt de l’allaitement pour commencer le protocole. Ce dernier comporte des étapes avec des injections d’hormones adaptées à chaque situation. Or, la prolactine sécrétée pendant l’allaitement bloque naturellement ces hormones. En conséquence l’allaitement risque d’interférer avec le dispositif. De plus, à l’inverse, les scientifiques ne connaissant pas les effets néfastes des protocoles de PMA sur le lait et donc l’enfant.
Risque de fausse couche
Cette idée reçue se fonde sur la sécrétion d’ocytocine pendant l’allaitement. Or cette hormone provoque les contractions qui aident l’utérus à retrouver sa taille initiale après l’accouchement. Dans un contexte normal, il n’y a pas de récepteur d’ocytocine donc il n’existe pas plus de risque de fausse couche en allaitant. Cependant, en cas d’antécédents de fausse couche, le principe de précaution déconseille l’allaitement.
Classification des médicaments et allaitement
- L1 (le plus sécuritaire) : Médicament ayant été administré à un grand nombre de mères qui allaitent sans détecter une augmentation des effets néfastes chez le bébé.- L2 (sécuritaire) : Un médicament étudié chez un nombre limité de femmes qui allaitent, sans détecter une augmentation des effets néfastes chez le bébé.- L3 (probablement sécuritaire) : Il n’y a pas d’études contrôlées chez les femmes qui allaitent, mais le risque d’effets néfastes est possible; ou, les études contrôlées démontrent seulement des effets néfastes minimaux et non menaçants. Ces médicaments devraient être administrés seulement si les bénéfices potentiels justifient les risques potentiels chez le bébé.- L4 (potentiellement dangereux) : Il y a des preuves d’un risque pour l’enfant allaité ou pour la production de lait, mais les bénéfices d’utiliser ce médicament chez les mères qui allaitent peuvent être acceptables en dépit du risque pour l’enfant (ex.- L5 (contre-indiqué) : Les études chez les mères qui allaitent ont démontré qu’il y a un risque significatif et documenté pour le bébé basé sur l’expérience humaine ou il s’agit d’un médicament qui risque fortement de causer des dommages significatifs chez un bébé. Le risque d’utiliser le médicament chez une femme qui allaite est clairement plus grand que tout bénéfice possible de l’allaitement.
Expériences et Témoignages
Jennifer Ryan témoigne que prise dans un parcours de procréation médicalement assistée, elle ne s’est pas autorisée à réfléchir à l’après. D’après l’association australienne pour l’allaitement, les difficultés à allaiter pourraient avoir la même origine que celles à tomber enceinte (comme le syndrome des ovaires polykystiques). La procréation médicalement assistée est également associée à « un risque accru de césariennes, de naissance prématurée, de naissances multiples et une moindre confiance à prodiguer les soins maternels. Autant de situations qui peuvent constituer des défis à l’allaitement, même si elles ne l’excluent pas ». Une étude de 2013, co-signée par le Pr Jane Fisher et le Pr Jean Hailes de la Monash University en Australie, met en avant cette complexité. Jennifer Ryan regrette qu’on ne l’ait pas alertée afin qu’elle puisse s’y préparer.
Lire aussi: Comment choisir un soutien-gorge d'allaitement pas cher ?
Défis et Solutions Partagées
Bonjour, après un parcours long et difficile j‘ai eu un enfant il y a un an. Je vais bientôt avoir 40 ans et on voudrait tenter d‘avoir encore un enfant. Le problème c‘est que j‘allaite toujours et j‘y tiens pour différentes raisons. Ma gynécologue ne veut pas me faire une stimulation avant d‘avoir sevré mon enfant. J‘entends ses réserves et je ne souhaite pas prendre de risque pour mon enfant. On va donc tenter une insémination sur cycle naturel mais si ça marche pas va falloir trouver une solution. Est-ce qu‘il y a des femmes qui ont été dans une situation similaire? Je me demande s‘il serait possible de suspendre l’allaitement pendant les jours de la stimulation et reprendre pour la phase lutéale. Merci beaucoup!!!! par Saucisson » 14 janv. Arrêter l'allaitement 10-15 jours, c'est le risque de ne jamais reprendre : si c'est un FIV, ta lactation risque de très fortement baisser à cause des doses importantes. Ton fils va aussi désapprendre à teter. J'ai continué à allaiter ma grande pendant les 3 stim d'IAD et la stim de FIV. Par contre j'avais vérifié mon taux de prolactine dans les pires conditions : juste après une tétée et repos au labo pas optimal pour vérifier qu'il était bien à un taux faible. par Hono » 19 avr. Je suis dans la même problématique, je suis enceinte de bb3, (3e garçon), nous souhaiterions envisager bb4 pour l’année prochaine ( je suis déjà âgée de 44 ans) et tenter une petite fille ! J’ai lu vaguement vos échanges, je ne comprends pas pourquoi ils sont si frileux ! par Saucisson » 19 avr. par Hono » 19 avr. Je te remercie pour ta réponse ! Au vu de mon âge, nous ne voulions pas tarder … effectivement il faut voir comment se passe l’accouchement ! ( AVB: 6 mois, césarienne: 12 mois et si complications post partum …) Et la suite de cette grossesse biensur ! Mille merci pour cette réponse très réactive ! par Hono » 19 avr. celui de la leche league ? 6 mois minimum avant le premier tec, ta prolactine devrait être revenue à un taux très bas et pour le retour de couches, ça peut aller vite. S'il fait ses nuits par exemple, tu auras eu ton retour de couches. ou tu t'absentes une journée ou deux en espaçant tes tirages au delà de 6h et la machine devrait se relancer. par LeaSoleil » 19 avr. Bonjour, je viens à rendre compte que je n’ai jamais répondu au message. Au final au moment de mon post j’ai eu un début de grossesse sans le savoir qui s’est malheureusement terminé en FC. Depuis on a fait des IAC sous cycle naturel. Je me demande toujours si au prochain cycle je suspend l’allaitement pendant les 10 jours d’une stimulation en continuant à tirer du lait pour garder ma lactation. C’est pour mon enfant que je préfère pas faire de stimulation comme il n’existe pas d’études. Il s’agirait d’une stimulation pour IAC. par LeaSoleil » 19 avr.
Ressources et Soutien
• DA 97 - Coin du prescripteur : Procréation médicalement assistée. Procréation médicalement assistée et allaitement, Katel Roddier-Deprez, IBCLC, article paru dans La Voie lactée, Ligue La Leche, Québec, été 2015. Emma : J'ai besoin de FIV pour avoir un bébé, et j'ai déjà contacté deux médecins spécialistes en PMA pour envisager un petit deuxième.La première m'a confirmé qu'allaiter mon garçon ne posait aucun problème (j'avais regardé les sites e-lactancia et le CRAT), mais elle a changé d'établissement, et sa remplaçante refuse le moindre traitement tant que j'allaite. Elle dit que l'allaitement influe sur les ovaires, et que mon traitement sera donc moins efficace, même s'il ne fait pas de mal à mon fils.J'avais lu ça, mais seulement pour les premiers mois, jusqu'à la lactation "automatique" (mon fils avait 15 mois). Mes dosages hormonaux ne l'ont pas choquée non plus… avant de savoir que j'allaitais toujours.Soly tète encore beaucoup, je ne veux pas le sevrer, mais j’ai toujours voulu des enfants rapprochés.J'ai finalement été refusée par l'hôpital de C., car ils doutaient de la compatibilité et préféraient garder une place « pour un couple ayant plus de chances de réussite ».Nous avons donc décidé de retourner au centre de R. qui nous avait donné notre premier fils. Sans parler de mon allaitement puisque, pendant les longs mois où le premier hôpital nous a baladés, j'avais accumulé les infos et avis de professionnels ainsi que quelques trop rares témoignages, et j'étais maintenant persuadée de pouvoir continuer à allaiter Soly sans lui causer de tort (mais en risquant une éventuelle baisse de lactation) et que le traitement PMA ferait tout aussi bien effet que sans allaitement.Et en effet, le traitement s'est extrêmement bien passé, je n'avais même jamais aussi bien (plus vite et plus fort) répondu aux injections !Le premier transfert d'embryons a échoué, mais la deuxième FIV ICSI a fonctionné ! Taux à 154, qui a plus que doublé deux jours après ! La Leche League France a pour but d’aider, par un soutien de mère à mère, toutes les femmes souhaitant allaiter, en leur transmettant l’art, le savoir-faire de l’allaitement.
Facteurs additionnels à considérer
Les médicaments utilisés en PMA n’ont pas d’impact connu sur l’allaitement futur. Cependant, des difficultés peuvent survenir en raison des causes de l’infertilité. Par exemple, le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), qui nécessite souvent une aide médicale à la conception, peut aussi être associé à une production lactée réduite. Par ailleurs, certaines techniques de PMA augmentent le risque de césarienne, d’accouchement prématuré ou de grossesse gémellaire, ce qui peut influencer l’allaitement. Enfin, certaines femmes ressentent un manque de confiance en elles après un parcours d’infertilité, ce qui peut affecter leur vécu de l’allaitement.
Lire aussi: Tétine et allaitement mixte
tags: #pma #et #allaitement #risques
