L'accès à la procréation médicalement assistée (PMA) est devenu un enjeu majeur pour de nombreuses femmes en France, qu'elles soient en couple ou célibataires. Face aux reports successifs de la loi bioéthique et aux restrictions liées à la pandémie de Covid-19, certaines se tournent vers l'étranger, notamment l'Espagne, pour réaliser leur désir de maternité. Cet article explore les conditions de confinement en Espagne, les défis rencontrés par ces femmes et les alternatives qu'elles envisagent.

Un désir d'enfant contrarié par la loi et la pandémie

Pour de nombreuses femmes, le désir de devenir mère est une évidence. Deborah et sa compagne, ensemble depuis neuf ans, attendaient avec impatience l'ouverture de la PMA à toutes les femmes en France. Cependant, les reports répétés du vote définitif de la loi bioéthique ont semé le doute. "Quand on a vu que le gouvernement reportait une nouvelle fois le vote définitif de la loi bioéthique, on s'est dit qu'on ne pouvait plus attendre," explique Deborah.

La pandémie de Covid-19 a ajouté une couche de complexité à ce parcours déjà semé d'embûches. Les protocoles de PMA ont été interrompus, les centres ont fermé leurs portes et de nombreux couples ont vu leur projet de grossesse retardé. Charlotte, par exemple, devait subir un transfert d'embryons en mars, mais le confinement a tout arrêté. "J'ai fait le plus dur, pour moi la ponction a été un moment très désagréable. Je l'ai hyper mal vécu. Arrivée au bout du chemin, on me dit non, tu ne reprends pas parce que des gens ont décidé que tu étais trop grosse et que c'était trop dangereux," dénonce-t-elle.

L'Espagne, une alternative pour les femmes en quête de PMA

Face à ces obstacles, de nombreuses femmes se tournent vers l'Espagne, où la PMA est autorisée pour toutes les femmes. Les cliniques IVI, spécialisées dans la fertilité et la PMA en Espagne, ont constaté une augmentation du nombre de patientes françaises depuis le début de la crise sanitaire. Les premières visites des patientes françaises ont augmenté de 11% par rapport à 2019.

Plusieurs facteurs expliquent cet attrait pour l'Espagne. Tout d'abord, la législation espagnole est plus permissive en matière de PMA. Ensuite, les délais d'attente sont souvent plus courts qu'en France. Enfin, certaines femmes apprécient la qualité des soins et l'expertise des équipes médicales espagnoles.

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Cependant, recourir à la PMA en Espagne n'est pas sans contraintes. Les coûts peuvent être élevés, et les voyages peuvent être compliqués par les restrictions sanitaires. De plus, certaines femmes peuvent se sentir isolées et démunies face à la barrière de la langue et à la distance avec leur famille et leurs amis.

Les conditions de confinement en Espagne et leur impact sur la PMA

Depuis le début de la pandémie, l'Espagne a mis en place des mesures de confinement plus ou moins strictes, qui ont eu un impact sur les activités de PMA. Pendant les périodes de confinement strict, les déplacements étaient limités, ce qui rendait difficile l'accès aux cliniques pour les patientes étrangères.

Cependant, les cliniques de PMA ont rapidement mis en place des protocoles sanitaires stricts pour assurer la sécurité des patientes et du personnel médical. Des tests PCR sont proposés aux patientes, et des mesures de distanciation sociale sont appliquées dans les salles d'attente et les cabinets médicaux.

Le docteur André Guérin, basé à Barcelone, souligne que ses patientes ont pu traverser la frontière avec une ordonnance pour prouver le caractère médical du déplacement. Lorsqu'elles en ont besoin, la clinique peut leur faire passer un test PCR. "Généralement, les femmes n'ont pas besoin de PCR en Espagne parce qu'elles en ont fait un en France remboursé par la sécurité sociale."

Alternatives et solutions de contournement

Face aux difficultés d'accès à la PMA en France et aux contraintes liées à la pandémie, certaines femmes envisagent des alternatives ou des solutions de contournement.

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  • L'insémination artisanale : Laura, qui habite dans le sud-est de la France, a opté pour l'insémination artisanale avec un donneur qu'elle a choisi. "Sans le confinement, on aurait certainement eu recours à une FIV (fécondation in vitro, où la fécondation est réalisée en laboratoire) mais il fallait qu'on la fasse à l'étranger. Alors, on a essayé une insémination artisanale (où le sperme est injecté directement dans le vagin au moment de l'ovulation, sans avoir recours à une technique médicale)," témoigne-t-elle.

  • La "tricherie" : Deborah, dont la gynécologue accepte de l'aider, se déclare en couple avec le donneur pour bénéficier du remboursement de la Sécurité sociale. "Ma gynéco m'a proposé de m'aider tout en sachant que j'étais en couple avec une femme. Alors, comme nous disposons d'un donneur, on triche…"

  • Le recours à des gynécologues "militants" : Léa, qui vit à Saint-Ouen avec sa compagne, a trouvé un gynécologue qui pratique les inséminations pour les couples de femmes grâce au bouche-à-oreille. "La pandémie nous a fait prendre conscience qu'on n'avait pas la main sur l'avenir et donc qu'il ne fallait pas attendre," raconte-t-elle.

  • La PMA dans d'autres pays européens : Émilie et sa compagne Charlotte se sont rendues au Luxembourg pour une insémination. "En amont, on a tout fait par visio et déclenché l'ovulation en France. Pour l'insémination, on l'a faite au Luxembourg où la banque de sperme a envoyé les paillettes," explique Émilie.

Les conséquences psychologiques de l'attente et des obstacles

L'attente de la loi bioéthique et les obstacles liés à la pandémie ont des conséquences psychologiques importantes pour les femmes qui souhaitent recourir à la PMA. Mathilde Bouychou, psychologue, accompagne de nombreux couples confrontés à l'infertilité et constate des angoisses très fortes. "Avec mon mari on a été complètement sonnés," témoigne Émilie.

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Le report des protocoles de PMA, les difficultés d'accès aux soins et l'incertitude quant à l'avenir peuvent engendrer un sentiment d'impuissance, de frustration et de colère. Certaines femmes se sentent "exclues" et "humiliées" par les critères d'éligibilité à la PMA. "Déjà qu'on subit beaucoup durant ce parcours, et là on te dit 'toi tu n'as pas droit de continuer parce que tu es trop grosse'. C'est rageant," déplore Charlotte.

Il est donc essentiel de prendre en compte la dimension psychologique de ces parcours et de proposer un accompagnement adapté aux femmes et aux couples concernés.

L'importance de la réforme de la filiation

Au-delà de l'ouverture de la PMA à toutes les femmes, la réforme de la filiation est un enjeu majeur pour les couples de femmes. Actuellement, seule la mère qui accouche est reconnue comme la mère de l'enfant. La mère "sociale" (celle qui n'a pas accouché) doit entamer une procédure d'adoption, longue et coûteuse, pour être reconnue comme la mère légale de l'enfant.

Lucie, qui a déjà eu un enfant né d'une PMA à l'étranger, témoigne de ce parcours du combattant. "Je n'ai toujours pas l'autorité parentale, avec le Covid ça a perdu énormément de temps, on attend désormais que le procureur se saisisse de notre dossier et qu'on passe au tribunal."

La loi bioéthique prévoit de simplifier cette procédure en permettant à la mère "sociale" d'être reconnue comme mère de l'enfant si les deux femmes sont mariées. Cette réforme est essentielle pour garantir les droits des enfants nés de PMA et pour reconnaître la diversité des familles.

L'attente, même après l'adoption de la loi

Même si la loi bioéthique est adoptée, les premières PMA pour femmes seules et couples lesbiens ne verront pas le jour immédiatement. Les délais d'attente pour un don de sperme ou d'ovules sont déjà longs pour les couples hétérosexuels infertiles, et l'ouverture de la PMA à toutes les femmes risque d'allonger encore ces délais.

De plus, la question du don de gamètes reste un enjeu important. La loi prévoit que les enfants nés d'un don de gamètes pourront accéder à l'identité de leur donneur à l'âge de 18 ans. Cependant, les dons qui ont été récoltés anonymement ne pourront plus être utilisés, à moins que le donneur ne donne son accord.

Il est donc important de prendre en compte ces délais et ces contraintes lors de la mise en œuvre de la loi bioéthique, afin de garantir un accès équitable à la PMA pour toutes les femmes.

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