Introduction
Face aux crises environnementales et à l'essor de l'écologie politique, la plupart des religions mondiales ont pris position sur les enjeux du développement durable, de l'écologie et de la défense de l'environnement. Le second Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, en juin 2012, a été marqué par une forte imprégnation spirituelle dans les discours et les prises de position. Cet article explore l'intersection complexe entre la procréation médicalement assistée (PMA), le catholicisme, et l'éthique, en particulier dans le contexte de l'Amérique du Sud, tout en tenant compte des influences indigènes et des débats sociétaux contemporains.
L'Écologie et le Spirituel en Amérique Latine
Lors de la Conférence officielle du Sommet de Rio, la Pacha Mama, la terre-mère, a été évoquée par Evo Morales, président de la Bolivie, et par Rafael Correa, président de l’Équateur. Ils ont fait référence à une loi de la terre-mère adoptée par la Constitution équatorienne, inspirée de la Convention relative aux peuples indigènes et tribaux de l'ONU. Au Sommet des peuples, forum alternatif de la société civile, de nombreuses réunions ont débuté par des séances consacrées à la mystique ou par des phases de recueillement invoquant les esprits de la nature ou les ancêtres, tandis que les Indiens Potigoras priaient pour la réussite du sommet.
L'Évolution de la Doctrine Catholique sur l'Environnement
Dans la doctrine de l’Église catholique, le souci écologique de la terre ne s’est imposé de manière explicite que depuis l’encyclique Caritas in veritate de Benoît XVI (29 juin 2009). Cependant, l’intérêt pour les questions environnementales, via notamment le thème de la défense de la création, s’est accru depuis la proclamation de saint François d’Assise comme patron des écologistes par Jean-Paul II en 1979. L’engagement de l’Église, et plus généralement de toute la chrétienté, dans la protection de la nature s’est considérablement accru, générant de nouveaux mouvements au sein des fidèles et pesant sur la vie de la cité.
Jean Bastaire (1927-2013), écrivain et poète chrétien, était un spécialiste de Charles Péguy et de Paul Claudel. Jacques Arnould, ancien dominicain, a un parcours scientifique original qui lui permet de traiter des sujets à cheval sur la théologie et les sciences de la nature. François Euvé, physicien, prêtre, théologien, est professeur de théologie au Centre Sèvres (facultés jésuites de Paris) dont il a été doyen jusqu’en 2012. Dominique Lang, assomptionniste, est journaliste à l’hebdomadaire Pèlerin. Jean-Marie Pelt (1933-2015) fut professeur honoraire de biologie végétale de l’université de Metz, ville dont il a longtemps été maire-adjoint.
Le collectif chrétien Vivre Autrement regroupe 25 associations qui mènent des actions communes pour le développement durable, car la Bible enseigne que la terre est un don de Dieu que l’homme doit gérer avec sagesse, et nos modes de vie infligent de graves atteintes à l’environnement mettant en péril l’avenir de l’humanité. Le Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne, les Chrétiens Unis pour la Terre, l’atelier Chrétiens coresponsables de la Création, le CCFD-Terre Solidaire… multiplient les campagnes de sensibilisation et d’actions comme le jeûne pour le climat, le carême écologique, Noël autrement, les journées de la création. Ces mouvements sont rejoints par des groupes régionaux ou départementaux comme Chrétiens et Écologie du Loiret ou encore les Assises chrétiennes de l’Écologie du diocèse de Saint-Étienne. Tous participent à de riches débats animés par des revues comme les Cahiers de Saint Lambert-ensemble contre la crise écologique, la revue jésuite Études, des réseaux comme Églises et Écologies (E&E), Actualités de la prise de conscience écologique chrétienne, Chrétiens, indignons-nous et relayés par la presse catholique à grand tirage comme La Vie, La Croix, Le Pèlerin ou Prier.
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Une étude en cours de B. Sajaloli et E. Grésillon estime que la part des producteurs très engagés dans leur foi catholique atteint environ 40 % alors que les catholiques pratiquants ne représentent que 15 % de la population régionale. L'encyclique Laudato Si (mai 2015) du pape François évoque l’écologie intégrale, c’est-à-dire les relations des humains entre eux, avec leur environnement et avec la transcendance. Elle dénonce la société de consommation, la mondialisation financière de l’économie et invite l’Église catholique à jouer un rôle spirituel et social dans la défense de l’environnement.
Les Tensions et les Divergences au Sein de l'Église Catholique
Pourtant, relever la radicalité et le caractère très récent de cet engagement soulève bien des questions. D’une part, sur quelles nouvelles lectures spirituelles se fonde-t-il et pourquoi intervient-il si tardivement dans la pastorale chrétienne ? D’autre part, l’Église catholique ayant été accusée de porter la responsabilité de la crise écologique par l'historien américain Lynn White en 1967, quels sont les liens entre discours profanes et religieux, et en quoi les conceptions religieuses de la nature sont-elles des modèles partagés voire co-construits par la société civile et la communauté scientifique ? Enfin, si les prises de position du Vatican sont claires, elles sont loin d’être unanimement partagées et divisent les fidèles et leurs prélats. Certains, libéraux, dénoncent la dérive décroissante de François ; d’autres, plus traditionnalistes, trouvent même dans l’écologie intégrale des arguments en faveur d’une lecture très conservatrice des faits de société avec un hymne à la procréation et à la puissance de l’homme.
L'Anthropocentrisme Chrétien et la Domination de la Nature
Le positionnement anthropocentrique génésiaque sous-tend le discours environnemental de l’Église : la nature est au service de l’homme et celui-ci est son maître. « Emplissez la terre et soumettez-la » (Gn 1, 29) : la Bible, dès sa première page, nous enseigne que la création entière est pour l'homme, à charge pour lui d'appliquer son effort intelligent à la mettre en valeur, et, par son travail, la parachever pour ainsi dire à son service. Pour le Vatican, cette domination doit permettre un développement de l’humanité. « Pour les croyants, une chose est certaine : considérée en elle-même, l’activité humaine, individuelle et collective, ce gigantesque effort par lequel les hommes, tout au long des siècles, s’acharnent à améliorer leurs conditions de vie, correspond au dessein de Dieu.
L’humain est ainsi le couronnement du processus de création du monde. Il est à l’image de Dieu et doit donc être distingué des autres vivants : les textes génésiaques placent l’homme au centre du monde. Sa domination est d’ailleurs peu discutée jusqu’à l’arrivée des crises écologiques (marée noire du Torrey Canyon, notamment) et des critiques de White qui poussent l’institution catholique à réinterroger la Genèse.
L'Évolution de la Pensée Catholique Face aux Crises Écologiques
L’année 1970 apparaît comme charnière. D’une part, l’Église connaît une émulation spirituelle avec l’hypothèse Gaïa avancée par James Lovelock (1972, 1999). D’autre part, Paul VI consulte beaucoup de scientifiques s’alertant de la destruction de l’environnement par l’homme et de l’épuisement des ressources naturelles. « Il a fallu des millénaires à l’homme pour apprendre à dominer la nature, "à soumettre la terre" selon le mot inspiré du premier livre de la Bible (Gen. 1, 28). L’heure est maintenant venue pour lui de dominer sa domination, et cette entreprise nécessaire ne lui demande pas moins de courage et d’intrépidité que la conquête de la nature. La prodigieuse maîtrise progressive de la vie végétale, animale, humaine, la découverte des secrets même de la matière aboutiraient elles à l’anti-matière, et à l’explosion de la mort ? En cette heure décisive de son histoire, l’humanité oscille, incertaine, entre la crainte et l’espoir. Qui ne le voit désormais ?
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Le 27 mars 1971, prononçant un discours sur les problèmes de la pollution de l’air et de l’eau, Paul VI cite Teilhard de Chardin (1956, 1962), longtemps mis à l’index de l’Église, en évoquant « la puissance spirituelle de la matière » et évoque « l’anxiété, désormais mondiale, suscitée par la pollution de ces éléments naturels auxquels est liée d’une façon inéluctable la vie physique et même morale de l’homme ». De même, le cardinal Villot, secrétaire du Vatican, énonce la même année cette phrase fondatrice : « toute atteinte à la création est un affront au créateur », qui ne connaîtra pourtant que peu d’échos immédiats au sein de l’Église et chez les croyants.
Cette préoccupation s’accompagne d’un glissement de posture théologique. La nature prenant figure de création divine, le monde devenant le reflet de la puissance de Dieu, le rapport de l’homme avec cette création s’inscrit désormais sous la figure tutélaire de Dieu sans que l’axiome anthropocentrique soit pour autant reconsidéré. Il existe donc une ambigüité dans cet anthropocentrisme chrétien : Dieu confère un pouvoir omnipotent à l’homme tout en soumettant ce pouvoir à un examen critique divin. Ainsi, l’inflexion anthropocentrique, qui conduit de l’homme-maître à l’homme-gardien, fournit à l’Église une première réponse aux critiques émises par White. Elle repose principalement sur deux arguments : l’idée de soumission est étrangère au christianisme, la traduction des versets génésiaques est mal interprétée.
Cette inflexion se nourrit aussi, dans les années 1970, d’une riche actualité scientifique, politique et liée aux catastrophes écologiques (accident industriel de Seveso, marée noire de l’Amoco Cadiz, accident nucléaire de Three Mile Island) à laquelle l’Église, interpellée par l’ampleur du débat public, doit répondre. Comment se situer, en effet, devant les conclusions du rapport Meadows et son fameux « Halte à la croissance », comment accompagner ou dénoncer, en France, les luttes contre l’extension du camp militaire du Larzac ou contre la centrale nucléaire de Creys Malville ?
Durant la décennie 1970, les travaux de Bernard Charbonneau, Jacques Ellul, Ivan Illich, Ernst Friedrich Schumacher publiés en 1973, dénoncent le développement, critiquent la société technicienne et prônent de nouvelles valeurs sociales, d’autres modes du vivre-ensemble dont les fondements éthiques - sobriété, humilité, partage - sont proches de l’enseignement des Évangiles et de la morale chrétienne.
Figures Clés de la Pensée Écologique et Chrétienne
Bernard Charbonneau (1910-1996), agrégé d’histoire-géographie, est un des pionniers de l’écologie politique. Chrétien, proche de la revue Esprit, ami de 60 ans de Jacques Ellul, il dénonce dans une œuvre brillante mais encore peu diffusée la « totalisation sociale rendue inévitable par l’accélération du progrès technique ». Jacques Ellul (1912-1994) est un théologien protestant dont la critique de la société technicienne se réfère aussi bien à Marx qu’à la Bible. Ivan Illich (1926-2002), penseur de l’écologie politique, est aussi prêtre et philosophe chrétien. Ernst Friedrich Schumacher (1911-1977) est un économiste britannique influencé par le bouddhisme, converti sur le tard au catholicisme (1971), qui estime que la société industrielle est incapable d’apprécier et de préserver son capital naturel. Murray Bookchin (1921-2006), écologiste, animateur de la Nouvelle gauche aux USA, est le fondateur de l’écologie sociale qui promeut le municipalisme libertaire et l’autogestion. André Gorz (1923-2007), philosophe et journaliste français, est un des principaux théoriciens de l’écologie politique. Nicholas Geogescu-Roegen (1906-1994), mathématicien et économiste, confronte dans ses travaux sur la bioéconomie les principes de la thermodynamie à ceux de l’économie et conclut sur la notion de décroissance.
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Si l’Église demeure silencieuse durant la décennie 1970 marquée par la mort de Paul VI, celle de Jean-Paul I et l’intronisation de Jean-Paul II, sa réflexion chemine à la fois vers une prise de conscience des enjeux écologiques contemporains et vers la nécessité d’élaborer une doctrine spirituelle intégrant les rapports homme-nature.
La PMA : Définition et Contexte Légal en France
La PMA signifie « procréation médicalement assistée ». Elle est aussi appelée « assistance médicale à la procréation » (AMP). C’est une solution proposée aux personnes ayant des difficultés pour concevoir naturellement un enfant, à savoir les couples hétérosexuels infertiles, les couples lesbiens, ainsi que les femmes seules. Le taux de réussite de la PMA varie entre 10 et 22 %. En France, trois techniques de PMA sont autorisées par la loi : la fécondation in vitro (FIV), l’insémination artificielle et l’accueil d’embryon. Toutes les PMA ont lieu dans un centre spécialisé : soit un centre public associé à un hôpital, soit une clinique privée. La France compte une centaine de ces centres clinico-biologiques. Les équipes intervenant dans ces centres sont constituées à chaque fois d’un gynécologue obstétricien, d’un médecin urologue, d’un médecin biologiste, d’un psychiatre ou d’un psychologue, et d’un assistant social. Le premier enfant issu d’une fécondation in vitro en France, Amandine, naît en 1982 en France. Douze ans plus tard, en 1994, la première loi de bioéthique encadre la procréation médicalement assistée. L’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules est ensuite promise par le candidat socialiste à l’élection présidentielle François Hollande. Élu président de la République en 2012, il ne touche finalement pas à la loi de bioéthique durant son mandat. Emmanuel Macron reprend la promesse et le projet de loi de bioéthique est finalement adopté au Parlement en juin 2021 à 326 voix pour et 115 contre. Toutes les femmes de 45 ans et moins peuvent donc bénéficier d’une PMA, qu’elles soient mariées, pacsées, ou en couple. Depuis, d’après les premiers chiffres de l’Agence de biomédecine publiés en mars 2023, 21 bébés de couples de femmes et de femmes célibataires avaient vu le jour dans le cadre de ce dispositif. À cette date-là, 450 grossesses étaient en cours et 2 000 premières tentatives avaient été effectuées. Les derniers chiffres globaux remontent à 2020 : 123 174 tentatives de PMA avaient été recensées, regroupant toutes les techniques (FIV, insémination artificielle et accueil d’embryon. Cette année-là, d’après l’Insee, 735 196 nouveau-nés ont vu le jour dans l’Hexagone.
Les Questions Éthiques et le Catholicisme en Amérique du Sud
La PMA soulève des questions éthiques complexes, particulièrement dans le contexte du catholicisme en Amérique du Sud, où l'influence de l'Église reste forte. Les débats portent sur la moralité de la PMA pour les couples de femmes et les femmes seules, le statut de l'embryon, et le droit de l'enfant à connaître ses origines.
Les Arguments Contre la PMA
Certains catholiques s'opposent à la PMA au motif qu'elle viole le caractère sacré de la procréation, qui devrait se dérouler naturellement au sein d'un mariage hétérosexuel. Ils estiment également que la PMA peut conduire à la marchandisation du corps et à la déshumanisation de la procréation. L'utilisation de donneurs de sperme ou d'ovules est également critiquée, car elle rompt le lien biologique entre parents et enfants.
Les Arguments en Faveur de la PMA
D'autres catholiques adoptent une position plus nuancée, reconnaissant le désir légitime des couples et des femmes seules d'avoir des enfants. Ils soulignent que la PMA peut être une solution pour surmonter l'infertilité et permettre à des personnes qui ne pourraient pas procréer naturellement de fonder une famille. Ils insistent également sur l'importance de l'accompagnement psychologique et spirituel des personnes recourant à la PMA.
L'Influence des Cultures Indigènes
En Amérique du Sud, les cultures indigènes apportent une perspective unique sur la relation entre l'homme, la nature, et la procréation. La Pacha Mama, la terre-mère, est vénérée comme une source de vie et de fertilité. Certaines communautés indigènes considèrent la PMA comme une forme de collaboration avec la nature pour favoriser la vie.
Le Débat Sociétal : Ordre, Liberté et Émancipation
Le débat éthique sur la PMA nécessite des références philosophiques claires, notamment en ce qui concerne l'émancipation sociale et la désaliénation idéologique. Il est essentiel d'aborder les questions sociétales d'un point de vue de classe prolétarien et communiste, en considérant l'émancipation sociale et la désaliénation idéologique.
L'Ordre et la Liberté
La question de l'ordre et de la liberté dans la vie sociale doit être abordée d'un point de vue de classe prolétarien et communiste. Il est crucial de distinguer l'ordre prolétarien de l'ordre bourgeois, en mettant l'accent sur l'émancipation et la fraternité.
Les Questions de Genre et de Sexualité
Les questions de genre et de sexualité sont intrinsèquement liées aux rapports de classe. Il est essentiel de lutter contre les discriminations et les inégalités, tout en reconnaissant les spécificités de chaque situation. La question du "mariage pour tous" et de l'adoption par les couples homosexuels doit être abordée dans une perspective marxiste, en tenant compte des enjeux de classe et de l'évolution des rapports de parenté.
La Procréation et la Filiation
La question de la procréation et de la filiation est au cœur des débats sur la PMA. Il est essentiel de garantir les droits des enfants, notamment le droit de connaître leurs origines. La gestation pour autrui (GPA) doit être proscrite, car elle conduit à la marchandisation du corps et à l'exploitation des femmes.
Le Rôle des Prêtres et la Masculinité Sacerdotale
Les travaux de Josselin Tricou mettent en évidence la pertinence de continuer à s’intéresser à la figure du prêtre catholique, dans une actualité catholique française aussi tendue qu’effervescente sur les questions de genre et de sexualité. Le chercheur se saisit directement de la figure du prêtre catholique pour scruter comment ces clercs performent la masculinité, analyser la manière dont ils se rapportent à leur sexualité, et ainsi dévoiler les effets collatéraux du vœu de chasteté et du célibat obligatoire au sein de l’Église.
La Crise de l'Idéal Sacerdotal
Les travaux de Tricou soulignent un décalage entre les modèles de masculinité laïque et sacerdotale. L’Église promeut une identité masculine que l’on peut associer à celle qui est dominante (qui correspond à l’homme hétérosexuel marié) et perçue comme étant « l’ordre naturel des choses » selon l’Église, mais il parle également d’une seconde norme masculine « explicitement surnaturelle » : celle du clerc appelé à la continence sexuelle, chez qui il est attendu des vertus traditionnellement réservées au féminin.
Homosexualité et Église Catholique
La place supposément prépondérante de l’homosexualité dans le monde de la prêtrise s’accompagne, au sein même de l’Église, d’un regain de discours homophobes et opposés à l’accès des femmes à l’ordination. L’Église est devenue une « figure inversée de la démocratie sexuelle », en ce qu’elle réactive le « verrou sacerdotal » et, par extension, le mécanisme du « placard ecclésial ».
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