Dans un monde médiéval dominé par les hommes et la religion, les femmes cherchaient des moyens de contrôler leur fertilité, malgré les interdits et les risques encourus. L'Église considérait la procréation comme le but ultime du mariage, et s'y opposer était considéré comme un péché passible de lourdes sanctions, allant parfois jusqu'à la peine de mort. Cependant, certaines femmes, pour diverses raisons, ne souhaitaient pas concevoir et recouraient à des méthodes contraceptives ou abortives. Cet article explore l'utilisation des plantes abortives au Moyen Âge, en mettant en lumière les savoirs populaires, le rôle des guérisseuses, et la répression dont elles étaient victimes.

Sexualité et contraception au Moyen Âge

La sexualité au Moyen Âge était un sujet complexe, influencé par les doctrines religieuses et les normes sociales. Le coït interrompu était connu et pratiqué, décrit dès le XIIe siècle par André le Chapelain comme "les amants veulent se baiser sans outrecouler". Cependant, l'Église le classait parmi les actes contre nature, et sa pratique restait clandestine.

Les guérisseuses : détentrices de savoirs ancestraux

Au Moyen Âge, les guérisseuses jouaient un rôle essentiel dans les communautés rurales, faisant office de médecins de campagne. Elles étaient consultées pour soigner les maladies, mais aussi pour attirer la bonne fortune et conjurer les mauvais sorts. Ces femmes d'origine modeste possédaient une connaissance empirique approfondie des plantes locales, qu'elles cultivaient, séchaient et conservaient. Leurs connaissances leur permettaient de soigner, et de guérir le petit peuple, parfois avec une efficacité plus remarquable que celle des médecins masculins qui conseillaient alors les seigneurs régnant sur les duchés et les royaumes.

Mona Chollet souligne dans son ouvrage "Sorcières" que les guérisseuses étaient des membres respectés de la communauté, jusqu'à ce que leurs activités soient assimilées à des agissements diaboliques. Cette persécution a débuté avec la structuration de la médecine et la création des premières universités de médecine vers 1200. Ces institutions interdisaient aux femmes de pratiquer la médecine, scellant ainsi le sort des guérisseuses pour plusieurs siècles.

"Faiseuses d'anges" : l'avortement clandestin

Les guérisseuses étaient également sollicitées en tant que sages-femmes et "faiseuses d'anges", c'est-à-dire pour pratiquer des avortements. C'est peut-être cet aspect qui explique les accusations de "manger des enfants" que l'on retrouve dans les traités de démonologie.

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Plantes abortives : un savoir empirique

Les guérisseuses utilisaient diverses plantes pour provoquer des avortements, souvent sous forme d'infusions. Parmi les plantes les plus couramment utilisées, on retrouve :

  • L'aristoloche (Aristolochia clematis) : Connue depuis l'Antiquité pour ses propriétés médicinales, notamment emménagogues, abortives, antivenimeuses et diurétiques. Son rhizome contient de l'acide aristolochique. Elle était même utilisée dans le fameux remède de la Thériaque.
  • La rue officinale (Ruta graveolens) : Plante toxique dont l'ingestion provoque de puissantes contractions abdominales, entraînant l'avortement. Son utilisation était souvent mortelle pour les femmes. Elle était également utilisée pour se protéger contre les sortilèges et la peste.
  • Le génévrier : Mentionné par Pline l'Ancien pour ses vertus abortives, les baies étaient frottées sur le pénis ou placées dans le vagin avant le coït. Des tests ont confirmé que l'administration orale d'extrait de génévrier abaissait de 60% la fertilité des rats.

L'Hortus sanitatis : un témoignage des savoirs sur le corps féminin

L'Hortus sanitatis, un ouvrage de vulgarisation des savoirs médicaux, botaniques et zoologiques, accorde une place importante au corps des femmes. Sur les cinq cent vingt entrées que compte l'index médical consacré aux plantes, trente-quatre indiquent, par leur intitulé même, qu'elles concernent les seules femmes. On y retrouve des pathologies de l'utérus, des problèmes liés à la grossesse et aux règles, ainsi que des conseils d'hygiène et de beauté.

L'Hortus sanitatis témoigne de l'attention portée au corps féminin au Moyen Âge et à la Renaissance, malgré une infériorité historique et congénitale. La médecine du corps féminin demeurait étroitement circonscrite par la question de la génération et par la comparaison avec le corps masculin.

Le capitulaire De Villis : un recueil de plantes médicinales

Le capitulaire De Villis, un recueil de lois et d'instructions commandé par Charlemagne, énumère 73 herbes et 16 arbres reconnus pour leurs vertus thérapeutiques et/ou alimentaires. Ce texte témoigne de l'importance accordée à l'agriculture et à l'autosuffisance économique pendant le règne de Charlemagne, ainsi que de son engagement en faveur de la santé et du bien-être.

Parmi les plantes mentionnées dans le capitulaire De Villis, on retrouve :

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  • La cataire : Utilisée pour traiter l'agitation, les rhumes, les grippes et les fièvres, et pour faciliter la digestion.
  • Le lis : Utilisé pour traiter les affections de la peau, les problèmes digestifs et les inflammations.
  • Le cresson : Possède des propriétés diurétiques, expectorantes et stimulantes.
  • Le pissenlit : Contribue à la bonne santé digestive et soutient les fonctions d'élimination de l'organisme.
  • Le noyer : Contribue à la bonne santé cardiovasculaire.
  • La moutarde : Utilisée sous forme de cataplasme pour dégager les bronches.

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