L'accès à l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) est un droit fondamental, mais sa pérennité est constamment remise en question. À Bruxelles, comme ailleurs en Europe, des défis persistent et une vigilance accrue est nécessaire pour protéger ce droit. Cet article se penche sur la situation actuelle, les obstacles rencontrés et les enjeux pour l'avenir.
La situation préoccupante du planning familial de Mons
À quelques kilomètres de Bruxelles, le planning familial de Mons, situé près de la frontière française, tire la sonnette d'alarme concernant le droit à l'avortement. Depuis plus de dix mois, ce centre belge ne peut plus pratiquer d'IVG en raison d'un manque de médecins formés et, surtout, de volontaires. Hayet Admini, assistante sociale et accompagnatrice IVG du planning, déplore l'inutilisation de "l'agenda IVG" depuis des mois, avec les derniers rendez-vous remontant à juin 2024.
Le planning familial de Mons est le seul centre extra-hospitalier de la région du Hainaut. Cette situation est difficile pour l'équipe, les professionnels et les femmes, qui ont l'impression d'avoir perdu leur spécificité. Contrairement à la France et à de nombreux pays européens, la Belgique n'autorise pas les sages-femmes à pratiquer l'IVG, et le délai légal est limité à 12 semaines. Céline Honorez, coordinatrice du planning de Mons, se bat pour faire évoluer ces réglementations.
Les obstacles à l'accès à l'IVG
Plusieurs facteurs contribuent à la difficulté d'accès à l'IVG à Mons. Le centre a dû refuser 144 interventions en cinq mois, contre 200 demandes par an habituellement, suite à la disparition d'un médecin et au départ d'un autre. De nombreux médecins ne sont pas formés, car les formations pour pratiquer l'IVG sont longues et contraignantes, durant deux ans. De plus, le manque de temps des médecins, déjà surchargés, constitue un obstacle supplémentaire.
Un autre facteur préoccupant est le tabou qui entoure l'avortement en Belgique, exacerbé par la montée des pensées conservatrices. Certains médecins hésitent à révéler à leurs confrères qu'ils pratiquent l'IVG, ce qui témoigne d'une société où l'IVG reste un sujet culpabilisant, tant pour les femmes que pour les médecins.
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La coopération entre les centres et l'accompagnement des femmes
Face à ces difficultés, le planning familial de Mons travaille en étroite collaboration avec d'autres centres pour orienter les patientes. Hayet Admini consulte un planning partagé pour trouver des rendez-vous disponibles dans d'autres structures, en milieu hospitalier ou extra-hospitalier. L'objectif est d'éviter aux femmes de devoir répéter leur histoire et de justifier leur choix.
Céline Honorez et Hayet Admini accompagnent également les femmes qui souhaitent avorter au-delà du délai autorisé en Belgique, en les renvoyant à l'étranger. Elles insistent sur l'importance d'expliquer la situation aux patientes, souvent en grande détresse, et de leur faire comprendre que les difficultés rencontrées ne sont pas dues à un manque de volonté de leur part, mais aux circonstances.
Le témoignage de Sophie : un parcours difficile
Sophie, une femme de 37 ans et mère de trois enfants, témoigne des difficultés rencontrées pour accéder à l'IVG. Après avoir appris que le planning familial de Mons ne pratiquait plus l'IVG, elle a contacté plusieurs gynécologues, qui ont refusé de l'aider en invoquant la clause de conscience. Elle a finalement dû se déplacer à Tournai, à 40 minutes de Mons en transport, pour obtenir l'intervention.
Sophie souligne le jugement que peuvent subir les femmes qui choisissent d'avorter, un choix qu'elle décrit comme "difficile" et "pas anodin". Elle déplore également le refus de ligature des trompes qu'elle a essuyé après ses grossesses, et craint que les femmes ne soient contraintes de recourir à des avortements clandestins, comme dans le passé.
La menace des mouvements anti-avortement et la nécessité de rester vigilant
Céline Honorez s'inquiète de la montée des idées conservatrices et des mouvements dits "pro-vie", qui s'opposent à l'avortement. Elle prend l'exemple de la Pologne, où le droit à l'avortement a été fortement restreint, et met en garde contre la possibilité d'un recul similaire dans d'autres pays européens.
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À Bruxelles, des organisations anti-avortement mènent une bataille discrète mais organisée. Certaines d'entre elles ont même bénéficié de fonds européens. Il est donc essentiel de rester vigilant et de défendre le droit à l'avortement, qui n'est jamais définitivement acquis.
La bataille pour le droit à l'avortement en Europe
Le droit à l'avortement est menacé dans plusieurs pays européens. En Pologne, la législation est devenue très restrictive, tandis qu'en Hongrie et en Italie, des entraves concrètes à l'accès à l'IVG ont été mises en place. Malgré le soutien majoritaire des citoyens européens au droit à l'avortement, des forces conservatrices s'emploient à le remettre en question.
Comme le souligne Sophie in 't Veld, ancienne eurodéputée, le danger n'est pas immédiat, mais structurel. La bataille pour le droit à l'avortement est engagée à Bruxelles, et elle nécessite une mobilisation constante pour protéger ce droit fondamental.
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