Pierre de Coubertin, figure emblématique du renouveau des Jeux Olympiques, est bien plus qu'un simple fondateur. Son parcours, marqué par une vision pédagogique novatrice et un engagement profond envers les valeurs sportives, mérite d'être exploré en profondeur. Cet article se propose de retracer la vie de Coubertin, en mettant en lumière son enfance, son éducation, ses inspirations, son œuvre olympique et son héritage.

Une Famille Noble et Engagée

Charles Pierre Frédy, baron de Coubertin, naît le 1er janvier 1863 à Paris, au 20 rue Oudinot. Il est le quatrième enfant de Charles Frédy, peintre d’art religieux, et d’Agathe Gigault, musicienne. Issu d’une famille noble d’origine italienne, les Fredy, Pierre de Coubertin passe son enfance entre le domaine de Mirville en Normandie et l’hôtel particulier de la rue Oudinot.

La famille de Coubertin, dont les racines remontent au XVe siècle, est profondément ancrée dans l’histoire de France. Anoblie en 1477 par le roi Louis XI, elle a servi la couronne à travers les âges. Au XVIIIe siècle, Bonaventure-Julien Fredy de Coubertin (1728-1791) sert l’empereur, et c’est Louis XVIII qui fait son fils baron en 1821.

Son père, Charles Fredy de Coubertin (1822-1908), est un artiste peintre reconnu, dont l'œuvre lui vaut la Légion d'honneur en 1865. Sa mère, Marie-Marcelle Gigault de Crisenoy, issue de la noblesse d’épée, renforce la légitimité aristocratique de la famille. Le couple partage son temps entre son domaine de Saint-Rémy-lès-Chevreuse, son hôtel de la rue Oudinot à Paris et le château de Mirville.

La famille de Coubertin est royaliste et catholique, appartenant à une classe sociale qui se sent menacée par la République et sa politique de laïcisation.

Lire aussi: Pierre Denis et l'enfance

Une Éducation Éclectique et une Passion pour l'Antiquité

Enfant, Pierre de Coubertin a pour principale compagne de jeux sa sœur aînée, Marie de Coubertin. De 1875 à 1881, il effectue sa scolarité au sein de l’école libre jésuite Sainte-Ignace. Là, il assiste au cours d’histoire du Père Caron qui suscite chez le jeune Pierre une passion pour l’Antiquité et en particulier pour les Jeux olympiques.

Six ans après, il obtient ses baccalauréats ès-lettres et ès-sciences. Ses parents veulent alors l’inscrire à la très réputée école militaire de Saint-Cyr, mais il refuse et entame un cursus universitaire en droit et en sciences politiques. Durant les années 1880, il prend goût aux voyages et parcourt plusieurs fois l’Angleterre, l’Irlande et les États-Unis. Il découvre alors d’autres systèmes éducatifs qu’il étudie en détail et commence à ébaucher ce qui deviendra plus tard l’idéal olympique.

Coubertin pratique la boxe, l’escrime, l’équitation, l’aviron, etc. Il est persuadé que le sport constitue un tremplin pour retrouver une certaine énergie mentale, qu’il joue un rôle éducatif majeur.

L'Inspiration Anglaise et la Réforme de l'Éducation

À vingt ans, Pierre de Coubertin part pour l’Angleterre et découvre à Rugby l’œuvre pédagogique de Thomas Arnold. Coubertin, impressionné par la grandeur de l’Angleterre victorienne, revient persuadé que l’archaïsme du système éducatif français est l’un des grands maux dont souffre son pays. Il se rendra également aux États-Unis, où il constatera que les préceptes de Thomas Arnold sont appliqués dans les grandes universités outre-Atlantique.

Ses visites dans les public schools britanniques l’ont convaincu que, sous l’expression « sports scolaires », se dissimule un aspect fondamental de la formation morale et sociale des futures élites outre-Manche. Pour lui, transposer en France ces concepts et ce système permettra à la nouvelle génération de prendre conscience de ses forces et de ses responsabilités.

Lire aussi: Portrait de Pierre Fugain, médecin résistant

Coubertin entreprend dès 1883 de combattre les maux qu’il a identifiés et qui gangrènent l’enseignement secondaire français : dressage, conformisme, mensonge, manque d’hygiène et d’éducation corporelle. Aussi le sport devient-il une des composantes majeures du système d’éducation qu’il propose alors. Il multiplie les conférences pour propager ses idées, tente de convaincre l’Université de le suivre. Visionnaire, il comprend rapidement que la presse peut constituer un parfait vecteur pour diffuser ses idées.

La Renaissance des Jeux Olympiques

En 1894, Pierre de Coubertin crée les Jeux olympiques de l’ère moderne qui se tiendront pour la première fois à Athènes deux ans plus tard. Prenant la parole le 25 novembre 1892, au cours d’une séance solennelle de l’USFSA dans l’amphithéâtre de la Sorbonne, il propose d’en reprendre l’idée, et en 1894 le premier congrès olympique réuni dans ce même amphithéâtre, s’engage dans « cette œuvre grandiose et bienfaisante : le rétablissement des Jeux olympiques ». Coubertin propose que les premiers jeux aient lieu à Paris, dans le cadre de l’exposition de 1900, mais finalement c’est à Athènes, le 6 avril 1896, qu’ils ont lieu, afin de les rattacher symboliquement aux jeux d’Olympie.

Le programme olympique contient alors 7 catégories de sports : sports athlétiques, gymnastique, escrime et lutte, sports nautiques, cyclisme, équitation et jeux athlétiques -cricket, tennis. Près de 214 sportifs venant de 14 pays y participent.

Désormais le Comité International Olympique (CIO), dont Coubertin assure la présidence de 1896 à 1925 organise ces jeux tous les quatre ans.

Coubertin est convaincu que le sport peut être un facteur de paix entre les nations.

Lire aussi: Les pierres de naissance idéales pour les Gémeaux

Vie Privée et Familiale

Le 12 mars 1895, Pierre de Coubertin épouse Marie Rothan, fille d’une riche famille alsacienne. Il trouve en elle une compagne forte de caractère, cultivée, très affectueuse et qui le soutiendra tout au long de son œuvre. Ils auront ensemble deux enfants : Jacques, né en 1896, et Renée, née en 1902. Pierre de Coubertin est très proche de ses enfants et accorde beaucoup d’importance à leur éducation, autant intellectuelle que physique. Et même si Jacques et Renée ont des problèmes de santé, causant de nombreux tourments à leurs parents, ils héritent de la passion sportive de leur père.

Pierre de Coubertin ne laisse jamais ses travaux prendre le dessus sur sa vie de famille, privilégiant le plus souvent les sorties et les réunions de famille. Il apprécie les pique-niques et les promenades, qu’il partage avec ses enfants et son épouse pendant les périodes estivales. Les Coubertin se rendent également dans la propriété des Rothan à Lutterbach, où Pierre passe de longues heures à discuter avec sa belle-mère, une personne cultivée avec qui il échange ses découvertes et ses opinions. Parallèlement, il fréquente toujours sa sœur Marie avec qui il entretient une forte relation fraternelle depuis l’enfance. Ainsi, les relations qu’il avait avec les femmes de son entourage ont beaucoup compté pour lui.

Les Dernières Années et l'Héritage

En 1922, les Coubertin s’installent à Lausanne en Suisse, siège du CIO depuis 1915. Vivant plusieurs années à l’hôtel, ils emménagent en 1929 au troisième étage de la villa de Mon-Repos, appartement que la municipalité lausannoise a mis à leur disposition.

Le 2 septembre 1937 dans le Parc de la Grange à Genève, lors d’une de ses promenades de réflexion, Pierre de Coubertin décède à la suite d’un arrêt cardiaque. Deux mois plus tôt, la ville de Lausanne l’élisait « citoyen d’honneur » en hommage à son œuvre. Selon ses dernières volontés, son cœur est embaumé et conservé dans une stèle à Olympie, devant ce qui est aujourd’hui l’Université Internationale Olympique.

Son épouse s’éteint en 1963, à l’âge de 102 ans.

Aujourd'hui, la trentaine de descendants du père fondateur des JO a créé l’Association Familiale Pierre-de-Coubertin qui joue un rôle de représentation devant les instances olympiques. Comme le reste de leur grande famille, Diane et Alexandra de Navacelle de Coubertin oeuvrent à faire respecter les valeurs sportives et de respect érigées par leur célèbre aïeul.

L'héritage de Pierre de Coubertin est immense. Il a non seulement rétabli les Jeux Olympiques, mais il a aussi promu les valeurs de l'olympisme : l'excellence, l'amitié, le respect et le fair-play. Sa devise, "L'important dans la vie, ce n'est point le triomphe, mais le combat. L'essentiel n'est pas d'avoir vaincu, mais de s'être bien battu", continue d'inspirer des millions de personnes à travers le monde.

Controverses et Réévaluations

Bien que célébré comme le père des Jeux Olympiques modernes, Pierre de Coubertin n'était pas sans défauts. Certaines de ses opinions, notamment sur le rôle des femmes dans le sport et sur la hiérarchie des races, sont aujourd'hui considérées comme dépassées et même choquantes.

Coubertin n’imagine pas d’y inviter des femmes, sinon comme spectatrices !« Dans notre conception des Jeux olympiques nous estimons qu’on a cherché et qu’on doit continuer de chercher la réalisation de la formule que voici : l’exaltation solennelle et périodique de l’athlétisme mâle avec l’internationalisme pour base, la loyauté pour moyen, l’art pour cadre et l’applaudissement féminin pour récompense ».

Et il a, en matière de races des idées… de son temps : « Les races sont de valeur différente et à la race blanche, d’essence supérieure, toutes les autres doivent faire allégeance ».

Son adhésion à certaines thèses nazies, l’admiration qu’on lui prête pour Hitler, à partir de l’appui qu’il lui apporte pour que les Jeux de 1936 aient à nouveau lieu à Berlin, lui sont reprochées, et il est progressivement écarté de toutes les instances du CIO.

Il est important de replacer ces opinions dans le contexte de l'époque, mais il est tout aussi important de les critiquer et de les rejeter. L'olympisme moderne doit être inclusif et égalitaire, et il doit rejeter toute forme de discrimination.

Malgré ces controverses, l'œuvre de Pierre de Coubertin reste un héritage précieux. Il a su créer un événement mondial qui rassemble les peuples et qui promeut les valeurs du sport. Il est de notre responsabilité de continuer à faire vivre cet héritage, en l'adaptant aux défis du XXIe siècle.

tags: #pierre #de #coubertin #enfants

Articles populaires: