Temps de lecture estimé : 3 minutes

Trop souvent réduite à son rôle lors de l'accouchement et de la rééducation périnéale, la sage-femme est pourtant une professionnelle de santé aux compétences étendues, capable d'accompagner les femmes à toutes les étapes de leur vie, de la puberté à la ménopause, et ce, même sans être enceinte. Cet article vise à éclaircir le rôle crucial de la sage-femme et les nombreuses façons dont elle peut contribuer au bien-être des femmes.

Un suivi gynécologique complet pour toutes les femmes

Contrairement à une idée reçue, il n'est pas nécessaire d'être enceinte pour consulter une sage-femme. Depuis 2009, un texte de loi stipule que la sage-femme est apte à réaliser des consultations de contraception et de suivi gynécologique de prévention. Elle assure un suivi gynécologique de prévention pour les femmes en bonne santé, et ce, à tout âge, qu'elles aient eu ou non des enfants. Elle est ainsi en mesure d'informer ses patientes et de prescrire tous dispositifs contraceptifs (pilule, implant, anneau vaginal, patch, diaphragme, dispositif intra-utérin aussi appelé stérilet, contraception d'urgence) et de les poser (ou les retirer) le cas échéant. Elle peut également décider de faire pratiquer des examens complémentaires afin de s'assurer qu'il n'y a pas d'intolérances ou de risques avec les traitements prescrits.

La sage-femme peut réaliser des frottis cervico-vaginaux de dépistage et des examens sanguins (dépistage MST, IST, etc.). Elle contribue au dépistage des cancers féminins et sensibilise les femmes à l'autopalpation. En cas de suspicion, elle oriente ses patientes vers un médecin ou un gynécologue. En tant que spécialiste de la femme en bonne santé, elle s'assure que tout se passe bien, et peut réaliser un frottis, prélèvement vaginal.

Il est important de noter qu'elle peut suivre les mineures sans nécessité du consentement d'un parent ou d'un titulaire de l'autorité parentale, et ce, tout en garantissant bien sûr le secret médical.

Lire aussi: Tout savoir sur la pilule du lendemain

Concernant le suivi gynécologique - qu'elle peut assurer pour toutes les femmes en bonne santé -, son rôle est très important dans la surveillance, la prévention et la détection d'une pathologie. Elle orientera sa patiente vers un médecin si besoin. Ainsi, habilitée à pratiquer le frottis du col de l'utérus pour dépister les HPV impliqués dans certaines formes de cancer de l'utérus, elle adressera sa patiente à un médecin en cas de résultat positif. Il en est de même pour le diagnostic d'une infection urinaire : la sage-femme prescrit le test, mais c'est le médecin qui rédige l'ordonnance pour la prise d'antibiotiques (en dehors de la grossesse). Dans le cadre du dépistage du cancer du sein, elle pratique l'examen de palpation et peut prescrire une mammographie et/ou une échographie de contrôle, une biopsie, voire un test génétique.

La contraception et la santé sexuelle au cœur de son expertise

La sage-femme joue un rôle essentiel en matière d'éducation à la santé. En effet, elle peut aborder toutes questions concernant la sexualité, la contraception ou les infections sexuellement transmissibles. Elle est habilitée à poser et retirer tous dispositifs intra-utérins et implants.

La vaccination : une compétence élargie

La sage-femme pratique la vaccination chez les femmes et les nouveau-nés. Un arrêté du ministre chargé de la santé fixe la liste des vaccinations autorisées.

L'accompagnement de la femme enceinte : bien au-delà de l'accouchement

Bien que le suivi de la grossesse et l'accouchement restent des aspects importants de la profession, le rôle de la sage-femme ne s'y limite pas.

La consultation préconceptionnelle : préparer au mieux la grossesse

Consulter un professionnel de santé quand on a un projet de bébé permet de se préparer au mieux. La consultation préconceptionnelle est une consultation médicale. La consultation préconceptionnelle permet de faire un point santé pour préparer au mieux la grossesse. Parfois, on a des questions liées à ce que nous avons vécu auparavant comme une fausse-couche, des difficultés pour être enceinte, ou une première grossesse avec des complications. Le professionnel pourra par ailleurs nous proposer d’autres examens selon notre situation : une prise de sang, un frottis, ou d’autres examens supplémentaires. La sage-femme peut réaliser la visite de préconception, comme le recommande la Haute Autorité de santé. Cet examen, crucial, est destiné à dépister d'éventuelles infections sexuellement transmissibles, à déterminer le groupe sanguin et à s'assurer que les vaccinations sont à jour. Dans le cas contraire, la sage-femme est autorisée à vacciner les femmes, ainsi que les nouveau-nés et les personnes de l'entourage de la future maman ou du bébé. Si elle le juge nécessaire, elle peut aussi conseiller une supplémentation vitaminique. Ce supplément vitaminique permet à l'embryon de se développer au mieux dès les premiers jours. Il limite ainsi les risques de retard de croissance ou de certaines malformations, notamment du système nerveux et de la moelle épinière. Il est prescrit sur ordonnance par le médecin, le gynécologue ou la sage-femme.

Lire aussi: Allaiter après un mois

Suivi de grossesse et préparation à la naissance

La sage-femme assure le diagnostic, la déclaration et le suivi des grossesses « normales ». En outre, dès le quatrième mois de grossesse, il rencontre les parents dans un entretien personnalisé. Il s'agit d'un entretien prénatal où il aborde de nombreux sujets tels que les maladies infectieuses (toxoplasmose, la listériose et le cytomégalovirus), l'allaitement, les séances de préparation à l'accouchement, le diabète gestationnel, la prise de poids, le baby blues… Lors de cet échange, les futurs parents peuvent parler de leurs attentes, leurs inquiétudes ou la volonté d'exprimer un projet de naissance en vertu de la loi de 2002. Dans le cadre du suivi de la grossesse, il prend la mesure du ventre, contrôle le rythme cardiaque du fœtus, effectue un toucher du col, prescrit des examens biologiques comme le test d'évaluation du risque de trisomie 21.

La sage-femme est au centre de la préparation à l'accouchement et de la surveillance des suites de couches, des étapes de suivi qui sont intégralement prises en charge par l'Assurance maladie. Les cours de préparation à la naissance, au nombre de huit et pris en charge par la sécurité sociale, peuvent être orientés selon les besoins de la patiente et l'aider à réfléchir à son projet de naissance. Quand ils sont proposés par une sage-femme libérale, ils peuvent être individuels. De plus, certaines sages-femmes se sont même spécialisées dans des domaines qui peuvent prévenir ou adoucir certains maux de la grossesse, comme l'acupuncture, la sophrologie, l'hypnose et la naturopathie…

L'accouchement : un moment privilégié

La pratique de l'accouchement peut se réaliser à domicile, c'est d'ailleurs le souhait de certaines femmes.

Le suivi postnatal : un accompagnement essentiel

La sage-femme assure la visite post-natale de la mère et l'enfant, accompagne la mise en place de l'allaitement, surveille la cicatrisation d'une épisiotomie…

Une fois de retour à domicile, vous pouvez vous sentir seule et désemparée face à vos nouvelles responsabilités. La sage-femme libérale prend le relais de l'hôpital et s'assure que tout se déroule au mieux. La sage-femme sera encore cette bonne fée à vos côtés. C'est elle qui assurera votre suivi à domicile avec des visites régulières durant les douze premiers jours pour veiller que votre bébé et vous allez bien. Ça, c'est ce qu'on appelle le PRADO. La Sécurité sociale a mis en place le dispositif « PRADO » dès lors que vous quittez la maternité dans le cadre d'une sortie précoce. On propose un accompagnement personnalisé à la mère et son bébé dès la sortie de la maternité, c'est-à-dire dans les 3 jours après la naissance. L‘Assurance Maladie prend en charge à 100% cette surveillance à domicile.

Lire aussi: Tomber enceinte en prenant la pilule : les risques

Dans le cadre du suivi postnatal, deux séances sont proposées aux patientes afin qu'elles puissent exprimer leurs difficultés liées au baby blues, à l'allaitement ou autre… Ces 2 séances sont à réaliser entre le 8ème jour suivant la naissance et l'examen post-natal (examen à faire entre 6 à 8 semaines après l'accouchement).

La rééducation périnéale : un suivi à long terme

Enfin, quelques semaines, quelques mois voire même des années plus tard, c'est à elle qu'il est conseillé de s'adresser pour une rééducation du périnée (prise en charge à 100 % par l'Assurance maladie), indispensable pour ne pas prendre le risque de souffrir d'incontinence urinaire et/ou anale. Plusieurs semaines après l'accouchement, des séances de rééducation du périnée sont recommandées. Leur but est de prévenir des complications comme la descente d'organes ou encore les fuites urinaires.

La sage-femme ou maïeuticien est formée à diverses techniques de rééducation périnéale et abdominale. Un bilan est pratiqué à la première séance, elle évalue l'état du plancher pelvien et débute les séances de rééducation entre la 6ème et 8ème semaine après l'accouchement. Voici un listing non exhaustif des méthodes pratiquées : rééducation manuelle, thérapie cellulaire INDIBA, électrostimulation, biofeedback….Outre l'accouchement, on peut pratiquer la rééducation périnéale tout au long de sa vie.

Des compétences élargies : IVG médicamenteuses et bien plus encore

Les compétences de la sage-femme sont donc bien loin de se cantonner à l'accouchement. Elles se sont encore étendues, puisque depuis 2016, les sages-femmes sont habilitées à pratiquer des interruptions volontaires de grossesse (IVG) médicamenteuses, et ce jusqu'à sept semaines d'aménorrhée lorsqu'elles exercent leur profession en libéral, et neuf lorsqu'elles sont à l'hôpital.

Les sages-femmes peuvent pratiquer l'IVG par voie médicamenteuse ce qui permet de faciliter l'accès à l'IVG et de réduire ainsi les inégalités constatées entre les différentes régions en augmentant l'offre existante. En effet, l'IVG médicamenteuse peut se pratiquer à domicile, sans hospitalisation.

Lorsque l'on consulte une sage-femme pour une IVG médicamenteuse, il est conseillé de choisir une professionnelle diplômée pour pratiquer l'échographie de datation du début de grossesse. Car, en général, les médicaments sont délivrés durant la même consultation, ce qui permet de ne pas perdre de temps (à conditions que les examens sanguins aient été réalisés auparavant). Si nécessaire, la sage-femme prescrit des antidouleurs et des arrêts de travail. Un second rendez-vous deux ou trois semaines plus tard permet de vérifier que tout s'est bien déroulé.

Par ailleurs, de plus en plus de sages-femmes sont formées pour aider au sevrage tabagique et proposent des consultations spécifiques, avec prescription de traitements nicotiniques de substitution. Enfin, certaines sont aussi titulaires d'un diplôme reconnu d'ostéopathie et/ou d'acupuncture. Certaines sages-femmes vont plus loin dans leur formation et obtiennent des diplômes complémentaires pour pratiquer l'ostéopathie, l'acupuncture ou la pratique de l'échographie gynécologique ou obstétricale. Ce dernier diplôme leur permet de pratiquer les trois échographies obstétricales réglementaires.

Comment consulter une sage-femme et à quel coût ?

Les sages-femmes exercent de plus en plus en libéral. En 2018, elles étaient près de 23 000 en France, dont 40 % pratiquent en dehors de l'hôpital. Elles sont plus nombreuses dans le Sud-Est et en Outre-mer (plus de 55 sages-femmes libérales pour 100 000 femmes âgées de 15 à 49 ans), alors qu'en Ile-de-France, Picardie, Yonne, Ardennes, Orne et Indre, elles sont moins de 10 pour 100 000 femmes.

Le coût d'une consultation peut varier si votre sage-femme est conventionnée ou non. Le tarif pour les sages-femmes conventionnées secteur 1 est de 23€. Les sages-femmes non conventionnées pratiquent des honoraires libres pouvant atteindre 40€ ou plus. La patiente a donc un reste à charge minimum de 6,90 €, hors participation forfaitaire et avant intervention éventuelle de la complémentaire santé.

Il est important de préciser que l'écrasante majorité des sages-femmes en France ne pratiquent pas de dépassement d'honoraires.

Si vous êtes enceinte, sachez que L‘Assurance Maladie prend en charge 100 % de l’ensemble des frais médicaux, en lien ou non avec sa grossesse, au titre de l’assurance maternité du 1er jour du 6e mois de grossesse jusqu’au 12e jour après la date de l’accouchement. Le tiers payant s’applique de plein droit.

Les hommes sages-femmes : une minorité qui s'affirme

Le terme sage-femme, attesté sous cette forme en 1212, signifie « celui ou celle qui a les connaissances des femmes », et s'applique donc aussi aux professionnels masculins, appelés alors « hommes sages-femmes ». On peut utiliser le terme maïeuticien ou maïeuticienne, même s'il se réfère à l'accouchement. La profession attire peu d'hommes, qui représentaient 2,6 % des professionnels en 2017.

tags: #sage #femme #sans #être #enceinte

Articles populaires: