L'accouchement prématuré, défini comme une naissance survenant avant la 37e semaine d'aménorrhée (SA), suscite des préoccupations légitimes chez les futurs parents. Cet article vise à explorer les risques associés à un accouchement à 34 semaines de grossesse, tout en apportant des éclaircissements sur la prise en charge médicale et les perspectives de développement du nouveau-né.

Prématurité : Définition et Épidémiologie

La prématurité se définit exclusivement en fonction de l’âge gestationnel, compté en semaines d’aménorrhée (SA). Un enfant né avant 37 SA est considéré comme prématuré. En France, environ 8,3 % des naissances surviennent avant ce terme. Ce taux a connu une augmentation ces dernières années, en partie due à l'accroissement des grossesses multiples grâce aux techniques de procréation médicalement assistée, ainsi qu'à la prématurité induite pour des raisons médicales liées à la mère ou au fœtus. L’augmentation de l’âge de la procréation des femmes ainsi que la précarité socio-économique sont des facteurs favorisant ces pathologies.

Il est important de distinguer :

  • Âge gestationnel : Le terme de la grossesse au moment de la naissance, exprimé en semaines d'aménorrhée. Il demeure inchangé pour un individu donné.
  • Âge corrigé : L'âge que l'enfant aurait eu s'il était né à terme.

On distingue trois niveaux de prématurité :

  • La prématurité moyenne, qui correspond à une naissance entre la 32e et la 36e semaine d’aménorrhée révolue (7 mois à 8 mois de grossesse)
  • La grande prématurité, pour les naissances qui interviennent entre la 28e et la 32e SA (6 mois à 7 mois de grossesse)
  • La très grande prématurité, pour les naissances avant 28 semaines, soit en deçà de 6 mois de grossesse.

Développement Fœtal à 34 Semaines

À 34 semaines de grossesse, le fœtus continue de se développer activement. Il mesure environ 44 centimètres et pèse en moyenne 2,3 kg. Ses organes sont presque tous fonctionnels, et son cerveau est en voie de développement complet. Les connexions neuronales se multiplient, et le bébé reconnaît la voix de sa mère et de son/sa partenaire. Le lanugo, ce fin duvet qui protège la peau du futur bébé, commence à disparaître, en prévision de l'accouchement. Le vernix caseosa, un enduit cireux qui recouvre son corps, est toujours bien présent. Il permettra de faciliter le passage du bébé lors de l'accouchement et l'aidera à réguler sa température durant les premières heures après sa naissance.

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Toutefois, les poumons nécessitent encore quelques semaines pour atteindre leur pleine maturité. Le fœtus continue d'avaler de grandes quantités de liquide amniotique, filtré par ses reins et rejeté dans ses urines. Il dort environ 20 heures par jour, étant souvent plus agité le soir que pendant la journée.

Risques Associés à un Accouchement à 34 Semaines

Un accouchement à 34 semaines de grossesse place le nouveau-né dans la catégorie de la prématurité moyenne. Bien que les progrès de la médecine néonatale aient considérablement amélioré les chances de survie et réduit les complications à long terme, certains risques demeurent.

Immaturité des Organes

  • Système nerveux central : L'immaturité du système nerveux central nécessite, surtout chez le prématuré de moins de 32 semaines d’âge gestationnel, une surveillance régulière en pratiquant des électro-encéphalogrammes et des échographies cérébrales régulièrement au cours du 1er mois de vie. Une surveillance du fond d’œil est également pratiquée.
  • Poumons : Les poumons d'un bébé né à 34 semaines peuvent ne pas être totalement matures, ce qui augmente le risque de difficultés respiratoires. La production de surfactant, une substance essentielle au bon fonctionnement des alvéoles pulmonaires, peut être insuffisante. Il en résulte des difficultés respiratoires qui vont nécessiter une assistance ventilatoire de quelques jours et l’administration, dès les toutes premières heures de vie, d’un surfactant médicamenteux délivré à l’intérieur des poumons par l’intermédiaire d’une sonde d’intubation.
  • Fonction digestive : Les différentes composantes de la fonction digestive (motricité, digestion, absorption) d’un nouveau-né sont d’autant plus immatures que l’enfant est plus prématuré. Cette immaturité, associée à des besoins nutritionnels particuliers, sont à l’origine de modalités spécifiques d’alimentation. Avant le terme de 34-36 semaines, le prématuré doit être nourri par l’intermédiaire d’une sonde en raison de l’immaturité de la coordination de la succion, de la déglutition et de la respiration. Des rejets secondaires à un reflux gastro-œsophagien sont fréquemment observés chez le prématuré. L’évolution se fait, avec la maturation, vers la disparition spontanée du reflux en quelques semaines à quelques mois.
  • Apnées : Les nouveau-nés prématurés de moins de 34-36 semaines font fréquemment des pauses respiratoires (apnées), dues à l’immaturité de la commande neuro-respiratoire. Ces pauses peuvent entraîner une diminution de la quantité d’oxygène transporté par les globules rouges, qui va se révéler sur les appareils de surveillance par une « désaturation ».
  • Canal artériel : C’est un vaisseau, faisant communiquer l’aorte et l’artère pulmonaire, qui existe pendant toute la vie fœtale et s’obstrue normalement, spontanément et définitivement dans les jours qui suivent la naissance. Il arrive chez le prématuré que ce vaisseau tarde à se fermer et soit responsable d’une mauvaise tolérance cardio-respiratoire (surtout chez ceux de moins de 32 semaines).
  • Ictère : Les prématurés ont, presque tous, un ictère (jaunisse) qui débute vers le 2-3ème jour de vie et dure quelques jours. Cet ictère est dû à l’immaturité d’une des nombreuses fonctions du foie : le métabolisme et l’élimination de la bilirubine (molécule provenant de la dégradation naturelle des globules rouges).
  • Reins : Les reins ont de nombreuses fonctions qui vont se développer progressivement après une naissance prématurée.

Autres Risques

  • Infections : L’immaturité du système immunitaire rend les prématurés plus vulnérables aux infections.
  • Difficultés d'alimentation : La coordination de la succion, de la déglutition et de la respiration peut être immature, nécessitant une alimentation par sonde.
  • Problèmes de thermorégulation : Les prématurés ont du mal à maintenir leur température corporelle, ce qui nécessite un placement en couveuse.
  • Peau : Une des fonctions essentielles de la peau est sa « fonction barrière » qui régule et limite les échanges entre le milieu intérieur de l’organisme et l’extérieur. La peau du nouveau-né prématuré est d’autant plus immature et perméable que l’enfant est né trop tôt.

Prise en Charge Médicale

La prise en charge d'un accouchement prématuré à 34 semaines nécessite une équipe médicale spécialisée et un environnement adapté. Les maternités de type 3, dotées d'un service de réanimation néonatale, sont les plus aptes à accueillir ces naissances.

Avant la Naissance

  • Corticothérapie : En cas de menace d'accouchement prématuré, l'administration de corticoïdes à la mère dans les jours précédant la naissance permet d'accélérer la maturation pulmonaire du fœtus.
  • Transfert vers une maternité de type 3 : Si le risque d'accouchement prématuré est élevé, la mère doit être transférée vers une maternité disposant d'un service de réanimation néonatale.

Après la Naissance

  • Soins en unité de néonatologie : Les prématurés sont placés dans des couveuses chauffées et humidifiées pour maintenir leur température.
  • Assistance respiratoire : En cas de difficultés respiratoires, une assistance ventilatoire peut être nécessaire.
  • Alimentation : L'alimentation est adaptée à l'âge gestationnel et aux besoins spécifiques du bébé, pouvant inclure le lait maternel, le lait de lactarium ou des préparations spécifiques pour prématurés. Avant le terme de 34-36 semaines, le prématuré doit être nourri par l’intermédiaire d’une sonde en raison de l’immaturité de la coordination de la succion, de la déglutition et de la respiration.
  • Surveillance : Une surveillance continue des fonctions vitales, des bilans sanguins et des examens neurologiques sont effectués pour détecter et traiter d'éventuelles complications. Une surveillance du fond d’œil est également pratiquée.

Favoriser le Bien-Être de l'Enfant

La prise en charge des enfants nés prématurés doit intégrer la protection de leur développement, notamment cérébral, en limitant le stress lié à l’environnement des unités néonatales et aux soins dans le plus grand respect de leurs rythmes veille/sommeil (niveau bas de lumière, alternance jour/nuit, faible niveau sonore, postures qui respecte la position physiologique en flexion…).

Les soins de développement, dont la forme la plus aboutie est le NIDCAP (programme néonatal individualisé de soins de développement avec évaluation) permettent d’individualiser au mieux cette prise en charge après une observation attentive du nouveau-né prématuré par les soignants. Ces programmes visent aussi à redonner aux parents une place prépondérante, en favorisant notamment leur présence (le « zéro séparation ») et un contact direct grâce au peau à peau. Ce « peau à peau » diminue les apnées, favorise le sommeil calme, diminue les manifestations douloureuses lors des soins, et soutien la lactation chez la mère.

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Devenir à Long Terme

L’évolution de l’état de santé d’un bébé né prématurément dépend de chaque enfant. Aucun marqueur ne permet de savoir avec précision si un enfant va développer des complications ou des difficultés à long terme. Certains facteurs sont néanmoins plus favorables : un âge gestationnel plus avancé (il existe une relation continue entre l’augmentation de l’âge gestationnel et la baisse de la morbi-mortalité néonatale), un poids dans la moyenne pour l’âge gestationnel ou encore le fait d’être une fille.

Généralement, les enfants peuvent rentrer à la maison lorsqu’ils sont devenus autonomes du point de vue respiratoire et digestif, et que leur croissance est satisfaisante. L’hospitalisation à domicile se développe en France et permet de raccourcir la durée d’hospitalisation.

Au moment de la sortie de l’hôpital, des modalités d’accompagnement et de suivi doivent être mises en place avec des relais en ville (médecin traitant, pédiatre, PMI…). Une surveillance systématisée et organisée des enfants prématurés est également mise en place par le biais des « réseaux de suivi des enfants vulnérables ».

Par la suite, le développement de l’enfant est suivi dans des consultations dédiées afin de pouvoir dépister précocement des trajectoires neurodéveloppementales atypiques qui pourraient bénéficier de prise en charge. En effet, ces enfants peuvent présenter un certain nombre de difficultés, a fortiori lorsqu’ils ont été grands ou très grands prématurés : les difficultés neurologiques sont relativement fréquentes. Elles peuvent se manifester par des troubles moteurs avec un retard à la marche ou des difficultés à marcher, des troubles cognitifs avec des difficultés de langage oral ou écrit (troubles dys), des troubles de l’attention et du comportement (hyperactivité, difficultés dans les interactions sociales…),et des troubles sensoriels, visuels ou auditifs.

Les consultations de suivi ont également pour objectifs de soutenir les parents dans cette parentalité atypique et de dépister les syndromes dépressifs ou de stress post-traumatique, plus fréquents chez les parents d’enfants nés prématurément que dans la population générale. Ce dépistage est d’autant plus important que des prises en charge adaptées sont maintenant possibles.

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Causes de l'Accouchement Prématuré

Environ 70 % des naissances prématurées sont spontanées, dues à des contractions précoces dont la cause est rarement identifiée, ou encore à la rupture prématurée des membranes fœtales (ces ruptures étant parfois d’origine infectieuse).

Les autres naissances prématurées sont provoquées et ont le plus souvent lieu par césarienne. Il s’agit alors d’une décision médicale : une naissance prématurée peut être décidée en raison d’un risque majeur pour la santé du fœtus ou de la mère en cours de la grossesse. Ce risque peut être lié à un retard de croissance grave du fœtus, une hypertension artérielle sévère chez la mère, ou une hémorragie maternelle dont l’origine n’est pas toujours expliquée.

L’hypertension maternelle sévère et ses conséquences L’hypertension maternelle sévère est l’origine d’environ 20 % des accouchements provoqués avant 32 semaines de grossesse. Elle peut en effet entraîner des complications graves comme la pré-éclampsie, caractérisée par des anomalies rénales, ou l’éclampsie qui se manifeste chez la mère par des convulsions liées à une souffrance cérébrale. L’hypertension maternelle sévère peut aussi entraîner des troubles hépatiques, ainsi qu’une destruction des globules rouges et des plaquettes sanguines.

Parmi les autres causes possibles d’accouchement prématuré, citons : certaines infections (génito-urinaires ou généralisées), des anomalies de l’utérus et/ou du placenta (comme le placenta prævia qui peut se compliquer d’une hémorragie), un diabète maternel ou encore un hématome rétro-placentaire (décollement prématuré du placenta accompagné d’un hématome).

Le taux de naissances prématurées est également plus élevé en cas de grossesses multiples : il atteint 52,6 %, contre 5,5 % lorsque la mère porte un seul enfant (source : Enquête nationale périnatale 2021).

D’autres facteurs comme des conditions socio-économiques défavorables, un âge plus avancé des mères, le stress ou encore la consommation de tabac sont aussi impliqués. Par exemple, le risque d’un accouchement prématuré est deux fois plus faible chez les femmes cadres que chez les ouvrières et les employées.

Prévention de l'Accouchement Prématuré

Bien qu'il ne soit pas toujours possible d'éviter un accouchement prématuré, certaines mesures peuvent contribuer à réduire les risques :

  • Suivi médical régulier : Un suivi médical attentif pendant la grossesse permet de dépister et de prendre en charge les complications potentielles.
  • Hygiène bucco-dentaire : Les femmes qui souffrent d'une parodontite ont un risque accru d'accouchement prématuré.
  • Alimentation équilibrée : Une alimentation saine et équilibrée est essentielle pour la santé de la mère et du fœtus.
  • Éviter les facteurs de risque : Il est important d'éviter le tabac, l'alcool et les drogues pendant la grossesse.
  • Gestion du stress : Un stress important peut déclencher des contractions précoces et ainsi entraîner un accouchement prématuré.

Impact Psychologique sur les Parents

La prématurité bouleverse la façon dont la parentalité se construit après la naissance. Le raccourcissement inattendu de la durée de la grossesse impacte une période au cours de laquelle l’attachement naît et grandit. Après la naissance, l’hospitalisation de l’enfant, la séparation d’avec sa mère imposée par les soins, et sa grande fragilité influencent le processus d’attachement et celui de parentalité au sein du couple. De leur côté, les parents peuvent en effet souffrir d’inquiétude, de culpabilité, d’anxiété ou de dépression et d’un sentiment d’isolement par rapport à la situation vécue. Ces difficultés peuvent impacter la qualité de la relation entre les parents et leur enfant.

Les associations de parents jouent également un rôle important dans le soutien aux familles après une naissance prématurée, pendant et au-delà de l’hospitalisation.

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