Introduction

La maternité des Lilas, située en Seine-Saint-Denis, est un établissement emblématique de la lutte pour les droits des femmes. Fondée en 1964, elle s'est distinguée par son approche novatrice de la naissance et de l'avortement, plaçant les femmes au cœur de leurs décisions et de leur expérience. Cependant, après plus de 60 ans d'existence, la maternité a été confrontée à des difficultés financières et à des pressions administratives qui ont conduit à sa fermeture définitive le 31 octobre 2025. Cet article retrace l'histoire de cette institution unique, son combat pour survivre et l'héritage qu'elle laisse derrière elle.

La Création et les Premières Années : Un Établissement Pionnier

La maternité des Lilas a été créée en 1964 par la comtesse de Charnière, animée par des médecins venus des Bluets, la maternité des métallos de la CGT. Dès ses débuts, elle s'est démarquée par son engagement envers le bien-être des femmes et par son ouverture aux nouvelles pratiques médicales. Elle a notamment été l'un des premiers établissements à proposer la péridurale, ainsi que des méthodes alternatives telles que la gym douce, l'haptonomie, le yoga et la danse.

L'établissement a intégré toutes les nouveautés au fil des années : de la « naissance sans violence », importée d'Inde par le best-seller de Frédéric Leboyer dans les années 70, au bain des bébés prôné par Michel Odent, obstétricien, sans oublier le chant prénatal inventé par Marie-Louise Aucher.

Un Engagement Fort pour les Droits des Femmes

La maternité des Lilas a joué un rôle crucial dans la lutte pour la légalisation de l'IVG (Interruption Volontaire de Grossesse). Elle accueillait les réunions du MLAC (Mouvement pour la liberté d'avortement et de la contraception), prêtait du matériel et des ordonnances vierges aux avorteuses clandestines. Une fois l'IVG autorisée, elle pratiquait des avortements, même au-delà des limites légales si nécessaire.

Au-delà de l'IVG, la maternité s'est engagée à faire de ses patientes des actrices de leur grossesse, leur permettant, dans les années 80, de mener des groupes de parole sur leur maternité, à rebours de la relation de domination entre médecins et patientes. Cette passion de l'égalité était aussi mise en musique entre les salariées, où tous et toutes, du médecin chef jusqu'à la femme de ménage, étaient conviées aux réunions de staff pour échanger sur la meilleure manière d'accompagner les patientes.

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Des Difficultés Financières Chroniques

Cette manière de soigner, qui met l'humain au centre, et qui en nécessite beaucoup, d'humains, a un coût. Et ce coût a toujours été trop élevé pour les financeurs : dès 1977, la comtesse de Charnière, lasse de combler sur ses fonds le déficit lié à un remboursement trop faible du prix de journée par la Sécurité sociale, démissionne de l'association Naissance, qui gère la maternité.

Malgré des soutiens politiques et une reconnaissance comme « participant au service public hospitalier », l'ARS Ile-de-France empêche, en 2011, la reconstruction de la maternité des Lilas aux Lilas, opposée à un établissement de mono-activité, et favorable à la concentration et à la technicisation des établissements de santé. C'est une sentence de mort pour l'établissement et son esprit. Commence alors un mouvement de protestation de quatre ans mené en coopération entre citoyens et salariés.

La Lutte pour la Survie et la Fermeture

A la veille des élections présidentielles de 2012, François Hollande promet même la reconstruction de la maternité des Lilas dans la ville. Mais les manifestations, les chansons de Catherine Ringer des Rita Mitsouko, les témoignages de l'actrice Karin Viard n'y feront rien. En 2013, Marisol Touraine, ministre socialiste de la santé, raye définitivement le projet de la carte.

Depuis lors, la maternité est à la dérive. Aucun des projets d'adossement avec d'autres hôpitaux, indispensables à la survie de la maternité, n'est mené à bien. Brillant par son absence, Louis Fabiano, le président de l’association Naissance qui gère la maternité, laisse se développer un climat de violences. En octobre 2020, la maternité s'arrête : les sages-femmes se mettent en arrêt maladie pour protester contre les agissements d'un anesthésiste à leur encontre.

En février, la Haute autorité de santé (HAS) a retiré sa certification à l'établissement de l'est parisien pour des raisons de sécurité, de baisse de l'activité, et des risques de cessation de paiement. L'Agence Régionale de Santé (ARS) Ile-de-France n'a plus eu qu'à annoncer la date officielle de fermeture, le 31 octobre 2025.

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Le 30 octobre 2025, les soignantes vêtues de leur légendaire blouse violette ont fait leurs adieux en chanson aux patients de leur maternité venus en nombre pour leur rendre hommage.

Une Pétition pour Sauver la Maternité

En 2022, une pétition lancée pour éviter sa fermeture a recueilli 72 000 signatures. Cette mobilisation témoigne de l'attachement des citoyens à cet établissement unique et de leur volonté de préserver son esprit et ses valeurs.

L'Héritage et l'Avenir

Malgré sa fermeture, la maternité des Lilas laisse un héritage important dans le domaine de la santé des femmes. Elle a été un lieu d'innovation, d'écoute et de respect des choix des femmes. Son esprit continuera de vivre à travers les sages-femmes qui se sont éparpillées dans d'autres structures de santé et à travers le centre de santé dédié aux femmes qui prendra sa place.

La fermeture de la maternité des Lilas est une immense perte, surtout à l'heure où l'extrême droite est aux portes du pouvoir et fait de la question de la natalité l'une de ses priorités. Quel lieu de santé saura écouter les femmes et leurs désirs, faire corps autour d'elles, questionner les lois, voire les transgresser lorsqu'elles représentent une aliénation ?

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