Les santons de Provence, figurines emblématiques en terre cuite, sont un symbole incontournable de la culture provençale. Le mot "santoun", qui signifie "petit saint" en provençal, désigne ces personnages qui font partie intégrante de la tradition de la crèche de Noël. Derrière ces figurines familières se cache une histoire riche, qui a traversé les siècles et les époques.
Origines et Évolution Historique
L’origine des santons remonte à la Révolution française. Durant cette période de troubles, les églises furent fermées et les grandes crèches publiques, autrefois exposées pour Noël, disparurent temporairement. Les Provençaux, désireux de conserver leur tradition religieuse, commencèrent alors à fabriquer leurs propres petites crèches à domicile avec ce qu'ils avaient sous la main. Les gens ont alors commencé à exposer leurs propres crèches à la maison.
Cependant, l’histoire des crèches et des figurines n'est pas entièrement nouvelle. Des représentations religieuses existaient bien avant cette période, notamment en Italie, où les crèches étaient déjà populaires au Moyen Âge.
Après la Révolution, l’artisanat des santons de Provence se développa rapidement. En 1803, Jean-Louis Lagnel, un sculpteur marseillais, perfectionna la fabrication en utilisant des moules en plâtre pour produire les figurines en série. Cette standardisation permit de populariser la pratique de la crèche, jusqu’ici réservée aux milieux les plus aisés. La première foire aux santons eut lieu en 1803 à Marseille et lança la longue tradition des marchés aux santons, dont les plus fameux sont ceux d’Aubagne, d’Apt, dans le Lubéron, d’Aix et de Marseille.
Avec le temps, les santons ne se limitèrent plus aux personnages religieux de la crèche. L’histoire des santons s’enrichit avec l’arrivée de figures issues de la vie quotidienne en Provence : le boulanger, la lavandière, le meunier ou encore le berger. Ces personnages donnent vie à la crèche provençale et reflètent le quotidien et les métiers d’autrefois.
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Les Personnages Incontournables de la Crèche Provençale
La crèche commémore le soir de Noël. Dans chaque crèche, on retrouve donc la Sainte Famille, abritée dans un décor d’étable : l’Enfant Jésus est entouré de Saint Joseph et de la Vierge Marie. Ce sont les santons essentiels de la crèche, vers lesquels convergent tous les autres. Une grande procession s’organise dans le village pour rejoindre l’étable.
- La Sainte Famille : Joseph, Marie, et l'Enfant Jésus sont les figures centrales de la crèche. Marie, jeune femme agenouillée les mains jointes dans un acte d’adoration, est vêtue de bleu, simple et modeste, et porte un voile sur la tête. Elle incarne le bonheur, la maternité, l’amour, et est placée à droite de l’enfant Jésus. Joseph, placé à gauche du nouveau-né, a souvent un genou à terre, mais quelquefois il se tient debout dans une posture méditative. Ses longs cheveux tombent sur ses épaules, il porte la barbe, son costume brun taillé dans de la bure est à la mode franciscaine.
- Le Bœuf et l'Âne : L'âne est un petit âne gris à croix noire sur le dos. Il est allongé à la droite de l’enfant Jésus, les pattes repliées. C’est sans doute lui qui a porté Marie le long de la route conduisant à Bethléem. L’âne était un animal familier, une bête de somme très répandue dans la campagne provençale, il servait notamment d’auxiliaire au meunier, il transportait par les chemins de terre les matériaux, les denrées, et les gens. A ce titre, on le retrouve dans la crèche avec le meunier et c’est lui qui porte Margarido. Le bœuf, placé à la gauche de l’enfant Jésus à côté de Saint Joseph, est allongé sur ses pattes et réchauffe de son haleine le nouveau-né.
- L'Étoile de Noël : Elle est avec l’ange Boufaréu l’autre manifestation de la présence des cieux à l’évènement. C’est une grande étoile rayonnante illuminant le ciel à l’heure de minuit. Elle guide les pas de la foule. Ainsi dans la fameuse Ballade des santons : "Un soir alors Paraît l’étoile d’or Et tous les petits santons Sortent de la boite en carton". Elle symbolise le mystère, apporte la touche du Merveilleux Divin.
- Les Rois Mages : Ils représentent les trois continents connus à l’époque, l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Au XVème siècle, Balthazar est le noir, mais les seigneurs des Baux découvrent en Balthazar un de leurs glorieux ancêtres, et on décide qu’il ne peut être qu’immaculé. A l’opposé de la crèche, la caravane des Rois Mages s’avance vers l’étable qui accueille l’Enfant Jésus.
- L'Ange Boufaréu : L'ange Gabriel, ou plus spécifiquement l'ange Boufaréu en Provence, souffle dans sa trompette pour annoncer la bonne nouvelle de la naissance de Jésus. Yvan Audouard décrit : « Moi je suis l’ange Boufaréu. Ils m’ont appelé comme ça à cause des grosses joues que j’ai fini par attraper à force de jouer de la trompette chaque fois que le bon Dieu est content. Et cette nuit là, jamais il n’avait été aussi content de sa vie, le bon Dieu. Il allait être Papa d’un instant à l’autre. Je vais vous dire comment ça c’est passé, parce que, de l’endroit où j’étais, c’est tout de même moi qui ai le mieux vu les choses. »
- Le Berger et ses Moutons : Ils font partie des santons incontournables.
- Le Meunier : Dans la Pastorale Maurel, le meunier s’appelle Barnabé, c’est un personnage bon enfant qui voue une admiration sans faille à son mulet, lui trouvant toutes les qualités alors même qu’il explique que ce dernier l’a plusieurs fois projeté au sol. Bien entendu, l’effet comique est là. Ce mulet n’en fait qu’à sa tête mais a néanmoins toute l’admiration de son maître qui le couvre d’éloges.
- L'Aveugle et son Fils : Appuyé sur l’épaule d’un enfant qui lui montre le chemin et guide ses pas, l’aveugle incarne les maux qui frappent l’humaine condition et dont la guérison ne peut venir que de la clémence de Dieu.
- Le Ravi : Un santon indispensable mérite une attention particulière : le ravi. “Lou ravi” de la crèche est son nom en Provence. Il représente le fada du village (le fou) ou plutôt le surpris, son étonnement est marqué par ses bras levés en l’air. Il se réjouit de la naissance de l’enfant, mais comme il s’agit d’un homme plutôt pauvre, il n’a rien à offrir si ce n’est sa joie et son sourire.
- Les Métiers et la Vie Quotidienne : Différents personnages représentent des métiers provençaux. A côté des offrants, il y a tous ceux qui poursuivent leurs activités. Ils ne sont pas sourds au message divin, et le travail souvent pénible auquel ils se livrent a valeur de prière.
- Le rémouleur : C’est l’aiguiseur de couteaux, de ciseaux.
- Le pêcheur : Pêcheur de rivière, son bonnet rouge le protège du soleil. Il est debout la canne tendue, image même de la patience. On le place sur le pont enjambant le torrent ou sur la berge. Il peut y avoir un autre pêcheur : lou pescadou, celui du bord de mer.
- La fileuse : Elle est debout, porte un grand chapeau noir, elle tient le fuseau enrobé de laine, elle file. En Provence, on travaillait également d’autres fibres comme le chanvre, le lin et la soie. Le fil tiré de ses doigts représente la vie.
- Le bûcheron : Le bois jouait un rôle très important dans l’économie du village et des mas. C’est un homme rude mais bon, son bois servira à chauffer la crèche. On peut le placer descendant vers l’étable, ou le laisser dans les taillis.
- La poissonnière : Solide petite femme au verbe haut, une main sur les hanches, elle porte un panier plein de poissons d’argent, sa balance romaine pourrait peut-être servir à peser les âmes de tout ce petit monde. Sa seule touche de coquetterie est le beau fichu couvrant ses épaules.
- Le tambourinaïre : Maître de la farandole, c’est tout le folklore de la Provence qui apparaît à sa suite. Son offrande est la fois modeste et sublime, elle tient toute entière dans sa bonne humeur, et dans les sons harmonieux et entraînants que son souffle joyeux tire du galoubet, pendant que sa main rythme la danse sur son tambourin.
- La porteuse d'eau : De sa main droite elle maintient en équilibre sur sa tête une cruche de terre cuite vernissée. L’eau qu’elle porte est le précieux symbole de la vie sur ces collines le plus souvent vouées à la sécheresse.
- Autres Personnages : On y retrouve des personnages traditionnels : les bergers et leur troupeau, l’aveugle et son fils, les boumians ou bohémiens, le vieux et la vieille, le ravi, et différents personnages représentant des métiers provençaux.
- Le couple de personnes âgées : Couple attendrissant, ils marchent en se tenant par le bras, ils ont mis leurs plus beaux habits pour honorer le Seigneur. Ils portent un panier de friandises.
- Le bohémien : Personnage inquiétant, marginal, il marque la présence des nomades, il porte des vêtements criards, un couteau à la ceinture. Il peut être accompagné de la bohémienne avec un panier en osier ou un enfant qui lui tien la main.
- Le maire : Ce personnage est apparu dans la crèche en 1837, il est l’unique notable, et tranche un peu avec son costume et son air empesé. Il tient un registre de naissance de la main gauche et une canne de l’autre. On peut s’étonner de trouver ce personnage dans la crèche, acte d’adoration, célébration de l’amour des créatures, mais il fait partie de la tradition provençale et la crèche restitue la vie rurale. Comme dans tout village, il y a le maire (Lou Conse en provençal, arborant fièrement l’écharpe tricolore il est particulièrement bien vêtu, et porte toujours son haut de forme ainsi qu’un parapluie.
- Personnages de la Pastorale : La crèche s’est doublée de nouvelles représentations, et s’est vue enrichie par la pratique de la pastorale, pièce traditionnelle provençale ayant pour thème la Nativité. Cette tradition remonte au XIXème siècle et s’inspire directement des personnages de la crèche provençale. Chaque santon de la crèche voit son histoire développée dans ces pièces.
- Margarido et Monsieur Jourdan : Monsieur Jourdan est un notable donc un bourgeois pour qui un sou est un sou, il est intéressant mais il est moins flamboyant que son épouse Margarido (Marguerite), seule femme de la Pastorale Maurel qui dans la pièce apparaît comme une mégère, une femme maîtresse dominant de son comportement un peu acariâtre son époux : Monsieur Jourdan. Les santonniers représentent souvent Margarido sur son âne dans une posture altière. Le couple Margarido et M.Jourdon est aussi connu sous le nom de Grasset et Grassette issus de la pastorale Chave (Grasset et Grasseto), ils sont représentés sous la forme d’un couple dont l’homme tient un parapluie rouge et la femme une pompe à huile et un panier.
- Pistachier/Bartoumieu : On sait de lui que c’est un pauvre hère qui a perdu ses parents lorsqu’il était jeune, il est un peu faible d’esprit et ne sait rien faire sauf garder son âne. Malmené par la vie, il n’a pas su ou pu acquérir une capacité de réflexion c’est le ressenti que l’on a en lisant la pièce, c’est un suiveur. Il nous touche car on le sent fragile et son histoire personnelle est émouvante. Ce qui est drôle est qu’au fil du temps, certains artisans santonniers ont pensé qu’il y avait deux personnages distincts mais non, il s’agit du même personnage, et du coup, Jiget a été en quelque sorte éclipsé par ce personnage débonnaire qu’est Pistachier/Bartoumieu. Et in fine, tous deux ont été considérés comme des valets de ferme, phénomène toujours lié à ces réinterprétations selon que l’on parle de telle ou telle pastorale.
La Fabrication des Santons : Un Art Minutieux
La fabrication d'un santon est un travail d'amour et de passion. La personne qui fabrique des santons est le santonnier. C’est un véritable artiste puisqu’à base d’argile, il fabrique une multitude de personnages à l’apparence vivante prenant place dans la crèche. La minutie et la patience sont deux qualités essentielles pour réaliser de belles pièces. La part d'imagination du santonnier dans sa réalisation est très importante, puisque les santons peuvent aussi représenter des personnes réelles. Il existe par exemple un santon à l’effigie de Lino Ventura. Des scènes de vie issues des romans de Marcel Pagnol sont également dépeintes à l’instar de la célèbre partie de manille ponctuée par une once de triche. La célèbre “Fanny” qui présente ses fesses aux boulistes fait également l’objet d’un santon.
Au fur et à mesure, un santon prend vie et les détails font leur apparition. Ensuite, il faut passer au séchage complet du santon, à l'air libre. Premièrement, il faut atteindre le "petit feu", cela signifie que la température monte progressivement et lentement jusqu'à 500 degrés, puis atteindra les 975 degrés. Le santon étant brut, il est à ce stade terminé.
Les Foires aux Santons et la Tradition Provençale
Aujourd'hui, les santons de Provence continuent d'être au cœur des traditions de Noël en Provence. De nombreux santonniers perpétuent cet art ancestral, souvent transmis de génération en génération. Parmi eux, les Santons Richard se distinguent par la qualité et l’authenticité de leurs créations.
Les foires aux santons, organisées chaque année dans plusieurs villes de Provence, attirent des milliers de visiteurs. 17 déc. Foires aux santons dans toute la Provence dès la mi-Novembre (celle de Marseille date de plus de 150 ans !), expositions de crèches du monde entier et meilleurs santonniers d’art de France à Sisteron, crèches vivantes (à Aubagne), crèche au laser (à Allauch), santons à l’effigie des gens du village (à Grambois), Route des Crèches de Manosque à Esparron du Verdon et même crèche contemporaine réalisée par un artiste niçois … En ce mois de décembre, toute la Provence se prépare à fêter Noël !
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Les santons de différentes tailles sont soit vendus déjà peints, soit à peindre. À Aubagne, le petit Monde de Marcel Pagnol présente une belle collection de 200 santons, œuvres de santonniers du pays d’Aubagne et de l’Etoile. La foire aux santons de Marseille débute chaque année le troisième week-end de novembre et se termine à la fin des vacances scolaires, début janvier.
La Pastorale : Une Tradition Théâtrale Associée à la Crèche
Si au départ l’argument de la pièce est très fortement imprégné de l’esprit religieux, petit à petit, du fait de la baisse de l’utilisation de la langue Provençale, cette Pastorale Maurel revêt un caractère plus culturel voire identitaire. La Pastorale la plus représentée dans les paroisses aujourd’hui est sans doute celle écrite par Yvan Audouard, en français et accessible à ceux qui ne pratiquent pas le provençal.
C’est à la fois un conte et une ouvre de piété. Dans la nuit de Noël, les miracles s’accumulent : les avares deviennent généreux, les voleurs honnêtes, Mireille et Vincent sont toujours amoureux… et la paix règne sur le monde. Beethléem se situe dans les Alpilles et les Bergers parlent provençal.
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