L’expression « Paysan, sois fier, ton œuvre est féconde » est une invitation à reconnaître et à valoriser le travail agricole et son importance vitale. Cet article explore les différentes dimensions de cette affirmation, en s'appuyant sur des symboles, des traditions et des réflexions sur le travail et la dignité humaine.

L'arbre de vie : un symbole de fécondité et d'alliance

Le symbole de l’arbre de vie est central pour comprendre la fécondité de l’œuvre paysanne. Marie est souvent associée à cet arbre, devenant ainsi « Marie, l’arbre de vie, notre mère ». Françoise Breynaert, spécialiste de Montfort, a exploré cette symbolique dans son livre L’arbre de vie, Myriam, Montfort et la grande tradition hébraïque. L'ouvrage reprend le plan de l'histoire du salut, comme dans L’amour de la Sagesse éternelle, et le symbole de l'arbre de vie, qui conclut Le Secret de Marie.

L’arbre de vie symbolise la vie du cosmos, car il se régénère sans cesse. Dans le jardin de la Genèse, il représente à la fois l’arbre de l’Alliance et de la Torah, source d’immortalité, et l’arbre de la transgression. Jésus, arrêté au jardin de Gethsémani, a son tombeau au jardin de Joseph d’Arimathie, rappelant volontairement le jardin de la Genèse.

La mère de Jésus est également considérée comme l’arbre de vie. Selon la liturgie arménienne, Marie répare, par le fruit de sa maternité, les conséquences de l’arbre de la Genèse, dont le fruit avait donné la mort. Ainsi, Marie hérite de tout le patrimoine des justes de l’Ancien Testament, car « l’arbre de vie germera du fruit de la justice » (Pr 11,30).

L'Alliance : un fondement de l'histoire biblique

L’Alliance au Sinaï est le fondement de l’histoire biblique, et ce que nous vivons avec Marie doit y correspondre. L’Exil à Babylone fut comme une tempête où la foi de nos pères a tenu bon parce qu’elle avait de bonnes racines. Ce que nous vivons avec Marie doit être ferme comme un arbre qui a de bonnes racines. L’arbre de vie porte du fruit, un fruit mûr qui se donne en plénitude, attirant les nations vers la lumière.

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Dieu, que nous pouvons appeler Adonaï, prit Adam et le mit dans le jardin. Elohim fit alliance avec Adam et Eve auprès de l’arbre de vie. Nous n’avons pas été créés sans but, mais pour une Alliance avec le Très-Haut. L’arbre de vie est le lieu de cette Alliance. Marie, à Cana de Galilée, nous invite à obéir au commandement du Seigneur en vue de renouveler ce contrat d’Alliance : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jn 2, 5).

L’Alliance ne peut coexister avec l’occultisme, la captation magique, ou toute forme d’oppression. C’est au pied de l’arbre de vie, en entrant dans l’Alliance, que nous est enseigné le respect de l’autre, la loi morale, et la relation au Dieu vivant. Libérés de toutes formes d’oppression, la relation avec Adonaï éveille à l’amour, à l’émerveillement, et à la liberté de l’esprit.

La croissance spirituelle : un parallèle avec la nature

La vie mariale est sous le signe du possible et de l’inaccompli, d’où le dynamisme de la croissance. L’image mariale de la croissance de l’arbre de vie est comme celle du grain de sénevé qui est la plus petite des semences et devient « un grand arbre » où s’abritent les oiseaux du ciel (SM 70). Elle exprime le mystère du « royaume des cieux » qui est déjà là et pas encore là.

Adonaï est comme un soleil : « Mais pour vous qui craignez mon Nom, le soleil de justice brillera, avec la guérison dans ses rayons » (Malachie 3, 20). Si l’arbre représente l’homme et si le soleil représente Adonaï, la croissance de l’arbre exprime combien le Seigneur ne peut pas être contenu dans l’horizon de celui qui le reçoit : il ouvre son horizon.

L’arbre s’élève vers le soleil, il s’offre au soleil. L’offrande est une élévation, et se tourner vers le soleil est un acte d’offrande. Nous prenons toute notre vie, nos actions, nos pensées, tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons, et nous nous élevons vers Adonaï. Tout peut être offert à Adonaï, le Très Haut nous aime et nous attend.

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L'épreuve et la résilience : l'arbre face à la tempête

Les prophètes comparent l’exil à un vent de tempête. De même, nous comparons souvent les épreuves de nos vies à des « tempêtes ». Saint Louis-Marie témoigne avoir subi une « bourrasque » à Poitiers. La spiritualité mariale est symbolisée, elle aussi, par l’arbre de vie. Le vent souffle et pourrait faire tomber l’arbre (SM 77), mais l’arbre résiste par son bon enracinement.

Marie nous aide en jetant dans nos cœurs des racines d’humilité et de foi profonde. Jérémie est réaliste, il nomme le désastre et se plaint longuement à Adonaï. L’humilité de Job est une humilité fière, il est conscient de ce qu’il a fait de juste. De même, Saint Louis-Marie a su vivre de l’humilité très profonde d’Ezéchiel : « Le Très-Haut, l’Incompréhensible, l’Inaccessible, Celui qui Est, a voulu venir à nous, petits vers de terre, qui ne sommes rien. » (VD 157).

L'humilité et l'amour : les fondements de la spiritualité

Le ton de Louis-Marie correspond surtout au second Isaïe, à cause de sa perception d’un amour qui ne calcule pas. L’humilité du second Isaïe (Is 40-55) est amoureuse, l’amour tient lieu d’explication à tout. Dieu « a voulu venir à nous, petits vers de terre, qui ne sommes rien » (VD 157), Louis-Marie s’écrie : « Marie…Vous êtes toute à moi par miséricorde… » (SM 68). Louis-Marie adhère à la grande tradition prophétique et hébraïque.

Un arbre descend (enracinement) et monte (croissance), c’est un paradoxe vital, sans lequel l’arbre ne pourrait pas vivre. Prêtre jugé trop zélé, Louis-Marie doit quitter l’hôpital de Poitiers en 1703. Il écrit son désir de « la possession de la divine Sagesse », c’est-à-dire Jésus-Christ ; une demande motivée par « les besoins des pauvres », c’est-à-dire par la mission (L 15).

Le travail : une valeur à travers l'histoire

Le travail est une valeur fondamentale qui traverse l'histoire. Le 1er mai, fête du Travail, trouve ses racines dans les revendications ouvrières pour la journée de huit heures. La réforme des retraites met en lumière le travail, parfois vécu comme une corvée, rappelant l’étymologie latine du « tripalium », instrument de torture.

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Au Moyen Âge, les paysans ont dû payer l’équipement de leurs seigneurs, battus à Crécy, puis à Poitiers. La paupérisation des pauvres fut mesurée : de 1480 à 1580, les salaires n’ayant pas augmenté malgré la hausse des prix, le pouvoir d’achat du manouvrier diminue des deux tiers.

Henri IV avait le vœu pieux d’améliorer la condition de son peuple. Sully privilégie l’agriculture et prend des mesures pour pallier les injustices et les misères les plus criantes. Cependant, la fiscalité écrase à ce point la masse paysanne qu’elle est à l’origine de révoltes continuelles.

Vincent de Paul se consacre à la misère humaine de son temps. Il groupe les dames de la bonne société en charités paroissiales et fait appel à des femmes du peuple, réunies en une congrégation des Filles de la Charité (1633).

Omer Talon, avocat général au Parlement de Paris, en appelle avec courage et dignité à la régente Anne d’Autriche, rappelant que le peuple, et d’abord les paysans, est toujours la première victime de l’histoire.

Louis XIV, de tous nos rois, fut le plus « laborieux », travaillant douze heures par jour à son métier de roi. Voltaire parle au nom de la justice sociale pour l’ensemble du peuple qui travaille et surtout pour les « laboureurs qui exercent la plus noble et la plus méprisée des professions ».

Diderot, homme de son siècle, est aussi à l’aise avec les petites gens qu’avec les intellectuels des salons et les Grands. Il observe que les impositions indirectes frappent les pauvres paysans, appauvrissant ainsi le royaume.

Turgot, partisan de la liberté du travail, abolit les corporations, maîtrises et jurandes en janvier 1776. Il demande au Conseil l’abolition de la corvée royale des paysans (les Jacques), remplacée par une taxe additionnelle payable par tous les propriétaires terriens.

Danton, à la Convention, associe la liberté des esclaves et la fin du travail forcé avec la volonté de ruiner l’Angleterre. La Convention décrète, par acclamation, l’abolition de l’esclavage dans les colonies.

Napoléon Ier, infatigable dans son cabinet, épuise ses collaborateurs, dormant quatre heures et travaillant dix-huit heures par jour.

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