L'affaire Paule Guillou, surnommée « l'empoisonneuse de Vendays-Montalivet », reste une énigme judiciaire marquante du milieu du XXe siècle en France. Accusée d'avoir empoisonné le pharmacien de Vendays, sa femme et leur fils, Paule Guillou a été condamnée aux travaux forcés à perpétuité en 1946, avant d'être graciée en 1956. Son histoire, faite d'amours déçues, de soupçons et d'aveux rétractés, continue de fasciner et de susciter des interrogations sur la justice et la vérité.

Contexte des Faits

Le 24 septembre 1945, Mme Ferlut, femme du pharmacien de Vendays-Montalivet, décède après une période de rémissions et de rechutes. Le 10 décembre, son fils Jean, médecin, meurt à son tour. Peu de temps après, M. Ferlut père succombe à une embolie. L'autopsie révèle la présence d'arsenic dans les corps des trois victimes.

L'enquête s'oriente rapidement vers Paule Guillou, une jeune femme de 26 ans, employée à la pharmacie Ferlut avec sa sœur. Mariée en 1938 à un officier de la Marine, elle avait commencé à travailler à la pharmacie en 1939, alors que son mari rejoignait les forces de la France libre. Une liaison amoureuse s'était nouée entre Paule et Jean Ferlut.

L'Enquête et les Aveux

La presse régionale et nationale s'empare de l'affaire, évoquant un possible empoisonnement à l'arsenic lors d'un repas de champignons servi le 12 septembre. Paule Guillou, décrite comme une « jeune et jolie femme de 26 ans, au visage d’ange », devient la principale suspecte.

Face aux policiers, Paule Guillou, enceinte de six mois, reconnaît sa liaison avec Jean Ferlut et admet que les champignons ont pu être empoisonnés, tout en niant en être l'auteure. Après un interrogatoire de 35 heures, elle finit par avouer, avant de se rétracter.

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Le Procès de Bordeaux

Le 20 novembre 1946, le procès de Paule Guillou s'ouvre à Bordeaux. Dans un contexte d'après-guerre marqué par les camps de concentration et des millions de morts, l'affaire passionne le public. Les débats se concentrent sur les cèpes de Vendays : étaient-ils toxiques ou avaient-ils été empoisonnés à l'arsenic ? Comment Paule Guillou aurait-elle pu administrer le poison durant les phases de rémission des victimes, à la clinique de Bagatelle à Talence et à Vendays ?

Le 22 novembre 1946, Paule Guillou est reconnue coupable de triple empoisonnement et condamnée aux travaux forcés à perpétuité. Elle échappe de peu à la peine de mort.

L'accusée est défendue par Maître Louis Chalès, deux fois bâtonnier de l’Ordre. Son duel avec l’avocat général Lamartinière est ponctué d’applaudissements de la foule. A l’annonce du verdict, on crie, on pleure, on s’effondre, on applaudit.

Doutes et Réhabilitation

Rapidement, des voix s'élèvent pour dénoncer une possible erreur judiciaire. « Sud Ouest » remet en question l'absence de mobile et de preuves directes du triple crime. Le journal publie une enquête approfondie sur l'affaire, relançant le débat public.

En 1954, l'affaire Marie Besnard, accusée d'avoir empoisonné douze personnes, connaît un tournant avec la libération sous caution de l'accusée. Une expertise révèle que le cimetière où étaient enterrées les victimes pouvait être à l'origine de l'arsenic retrouvé dans les corps.

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Le 21 décembre 1956, Paule Guillou est graciée par le ministre de la Justice, François Mitterrand, et retrouve la liberté après onze ans de détention à Haguenau. Elle rejoint sa famille au Bouscat, près de Bordeaux.

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