Paul Lederman, figure emblématique du monde du spectacle français, s'est éteint à l'âge de 84 ans, laissant derrière lui un héritage à la fois brillant et controversé. Producteur, imprésario, découvreur de talents, il a marqué plusieurs générations d'artistes, de Claude François à Coluche, en passant par Thierry Le Luron et Les Inconnus. Son parcours est jalonné de succès éclatants, mais aussi de conflits juridiques, notamment avec les héritiers de Coluche.

Un homme de l'ombre passionné par la lumière

Longtemps resté un nom au générique, Paul Lederman était un homme de l'ombre qui adorait la lumière des autres. Né en 1940 au Maroc, il se passionne très vite pour le monde de la musique. D'abord disquaire, il interroge ses clients sur leurs goûts, inventant sans le savoir les études marketing. Son flair pour dénicher les talents le fait remarquer par les maisons de disques et il bascule logiquement dans la gestion d'artistes.

"Mon talent, c'est de découvrir les talents avant les autres, c'est tout… Quand j'auditionne un artiste, j'essaie de regarder ce que l'œil ne peut pas voir. C'est mon côté psy", déclarait-il à Paris Match en 1997.

Faiseur de stars : de Claude François aux Inconnus

Lederman a du nez et le chic pour dénicher les talents. Repéré par les maisons de disques, il bascule assez logiquement dans la gestion d'artistes. Il s'occupe dans un premier temps de Lucky Blondo (« Jolie Petite Sheila »), puis c'est la première rencontre de sa vie : Claude François. Lâché par tous, celui qui n'est qu'un Franco-Égyptien qui vient de subir un échec cuisant avec Le Nabout Twist trouve en Lederman sa bonne étoile. Ce dernier l'envoie vers Vline Buggy pour l'adaptation de « Girls, girls, girls » (« Belles, belles, belles »). Une star est née.

Il relooke « Cloclo », sélectionne ses titres, importe des mélodies, innove sans cesse par peur d'être dépassé. « Cela s'est passé après un concert à Bruxelles. Le spectacle était triomphal, mais j'ai eu un pressentiment. J'ai dit à Claude : “Si on ne change pas tout, dans six mois on est démodés !” », expliquait-il dans un livre. « On s'est fâchés pendant une semaine. Puis il m'a rappelé et, après avoir vu un concert de James Brown, il a créé les Clodettes et les Fléchettes. Au début, les Clodettes étaient quatre. Je lui ai dit : “Soit on en met huit ou douze, soit on les déshabille.” On les a déshabillées ! »

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Après la chanson (il s'occupera de Mike Brant, Hervé Vilard ou Renaud), Lederman s'attaque à l'humour : il propulse un jeune imitateur de 19 ans en vedette adulée. Avec ses dons, sa bouille de bambin sage et son nom prédestiné (Lederman n'y est, cette fois, pour rien), Thierry Le Luron révolutionne l'imitation et s'en prend au monde politique et au show-business. Toujours en 1971, il repère à l'inauguration d'une agence de publicité un autre monstre des zygomatiques : Coluche. « C'est un génie, j'ai eu un coup de cœur », expliquait à la télévision celui qui a participé à la création des Restos du cœur.

L'empereur du show-business chapeaute les deux rois de l'humour. Le Luron à droite, Coluche à gauche. Selon la formule consacrée : « La France est coupée en deux et pliée en quatre. » En 1985, il a l'idée du siècle. Pour relancer la carrière de Coluche, au ralenti depuis la tragique candidature à la présidentielle de 1981, il l'associe à la grosse blague de Le Luron : parodier le mariage d'Yves Mourousi avec Véronique, qu'il considère comme faux. Lederman, témoin avec Eddie Barclay de l'union factice, déploie un torrent de moyens : calèche, invités, caméras. En mariée, Coluche est LA star du jour ; Le Luron est le dindon de la farce.

La mort des deux stars à quelques mois en 1986 va atteindre le moral de l'imprésario… Qui va vite rebondir avec un nouveau groupe de jeunes humoristes : Les Inconnus. C'est une nouvelle fois un triomphe : les salles sont bondées, leurs émissions plébiscitées, leurs chansons rabâchées, leur premier film (Les Trois Frères) récompensé.

L'ombre des conflits : l'affaire Coluche

L'argent est la face sombre du système Lederman, souvent caricaturé en costume foncé et cigare au bec. « Lederman, je lui dis “vous”, car il me prenait tellement d'argent, je croyais qu'ils étaient plusieurs », se marrait Thierry Le Luron. Il attaque Les Inconnus, furieux d'avoir été écarté du Pari et de L'Extraterrestre. Il sera débouté et en garde une haine tenace. « C'est un accident industriel. Je regrette de les avoir connus », lâche-t-il. C'est réciproque.

Plus tard, ce sont les enfants de Coluche qui l'attaquent. Les fils de Coluche, en conflit ouvert depuis la mort de leur père avec son producteur Paul Lederman, ont obtenu de la cour d'appel de Paris plus de 400.000 euros d'arriérés de redevances pour une série de 12 sketches. La cour a cependant infirmé en partie le jugement de première instance, qui avait condamné le producteur à verser plus d'un million d'euros aux deux héritiers en retenant neuf sketches supplémentaires dont le fameux "Schmilblick", écartés en appel. Les juges ont également condamné Paul Lederman à verser à Romain et Marius Colucci une provision de 20.000 euros à valoir sur l'exploitation des douze oeuvres retenues depuis le jugement de première instance, en septembre 2009.

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Parmi ces douze sketches figurent des grands succès de l'artiste disparu le 19 juin 1986, comme "c'est l'histoire d'un mec sur le pont de l'Alma", "Gugusse", "Je me marre" ou encore "le CRS arabe".

"Cet arrêt confirme que les éditions Paul Lederman n'ont pas tenu leurs engagements contractuels pendant 30 ans", a réagi auprès de l'AFP Me Isabelle Wekstein, avocate des héritiers, tout en se disant "déçue que la cour n'ait pas été aussi loin que le tribunal, en excluant certains sketches de l'évaluation de notre préjudice".

L'affaire remonte à 1988, lorsque Paul Lederman rachète un catalogue de sketchs dont les droits étaient jusqu’alors détenus par Véronique Kantor, l’ex-femme de Coluche. Les fils de l'humoriste estiment que 31 enregistrements de Coluche, effectués avant et après le mariage avec leur mère, soit avant 1975 et après 1981, relevaient de la succession Colucci. Ils réclamaient près de 2,5 millions d'euros de redevances à la société de Lederman.

Après vingt ans de procédure, la cour d'appel de Paris leur a donné partiellement raison. C'est surtout l'"Enregistrement public volume 2" qui posait problème. "De l’autostoppeur, au Schmilblick en passant par "Tel père tel fils (Gérard)", il contient certains des plus grands tubes de l'artiste.

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