Introduction
La question de la paternité imposée, particulièrement lorsqu'elle concerne un enfant majeur, soulève des débats complexes et passionnés. Elle touche à des notions fondamentales telles que la filiation, les droits de l'enfant, l'égalité entre les hommes et les femmes, et la liberté individuelle. Cet article vise à explorer les conditions dans lesquelles la paternité peut être imposée, les recours possibles, et les implications juridiques et sociales d'une telle situation.
Cadre Juridique de la Filiation et de la Paternité
Établissement de la filiation
La filiation est un lien juridique qui unit un enfant à ses parents. Elle est définie comme un lien de parenté défini par des droits, des devoirs, des attentes et des interdits particuliers. En France, la filiation peut être établie de différentes manières :
- Par la reconnaissance volontaire : Le père non marié avec la mère peut reconnaître l'enfant avant ou après sa naissance, établissant ainsi un lien de filiation. Cette démarche se fait auprès de l'Officier d'état civil du lieu de résidence de la famille, par acte notarié ou par reconnaissance en justice.
- Par la présomption de paternité : L'enfant conçu ou né pendant le mariage a pour père le mari de la mère.
- Par une action en recherche de paternité : Cette action permet à un enfant d'établir un lien de filiation avec l'homme qu'il pense être son père. Elle est exercée par l'enfant lui-même ou sa mère s'il est mineur.
Action en recherche de paternité
L'action en recherche de paternité est une procédure judiciaire qui permet à un enfant d'établir un lien de filiation avec son père biologique. Elle est encadrée par les articles 340 et suivants du Code civil. L'action est introduite devant le tribunal de grande instance du lieu de résidence du prétendu père, par la mère, durant la minorité de l'enfant ou par l'enfant jusqu'à ses 28 ans.
Pour prouver la paternité, le juge ordonne souvent une expertise génétique, un test de paternité. Bien que cette expertise nécessite l'accord du prétendu père, son refus peut être interprété par le juge comme une présomption de paternité. En l'absence de test ADN, le tribunal se basera sur d'autres éléments de preuve fournis par la mère ou disponibles dans le dossier pour statuer sur la paternité.
L’assignation en recherche de paternité précise les demandes de la partie adverse ainsi que sa version des faits. Elle comporte également certaines mentions légales à prendre en compte. Concernant le délai pour exercer cette action, l’article 329 du Code civil dispose que l’enfant a 10 ans après sa majorité. C’est avec la réforme de 1972 qu’est permis à tout enfant d’établir une filiation par preuve biologique ou sociale avec un parent apparent pour bénéficier des droits afférents. L’article 310-3 du Code civil dispose que la filiation se prouve et se conteste par tous moyens, sous réserve de la recevabilité de l’action. La jurisprudence reconnaît que l’expertise biologique est de droit en matière de filiation, sauf motif légitime contraire. Considérations médicales : des raisons médicales sérieuses peuvent justifier un refus de l’expertise. Opposition du défunt : dans certains cas, la personne présumée être le père peut être décédée. Article 16-11 du Code Civil : cet article dispose que les examens des caractéristiques génétiques d’une personne ne peuvent être entrepris qu’à des fins médicales ou de recherche scientifique. Jurisprudence : divers arrêts de la Cour de Cassation ont précisé ces motifs légitimes.
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Conséquences de l'établissement de la filiation paternelle
L'établissement de la filiation paternelle a des conséquences importantes :
- Obligation d'entretien : Selon l'article 371-2 du Code civil, chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. Lorsque les parents sont désunis, cette obligation prend souvent la forme d'une pension alimentaire fixée par le juge.
- Droits successoraux : Les enfants sont les héritiers de leurs parents selon les règles de dévolution successorale légale. Une fois le lien de filiation établi, l'enfant a, au titre de la dévolution successorale légale, les mêmes droits que les autres enfants éventuels de son père.
- Exercice de l'autorité parentale : Le père peut bénéficier des droits afférents au lien de filiation : droit de voir l'enfant, de l'élever, d'exercer l'autorité parentale.
La Paternité Imposée : Un Débat Sensible
Définition et contexte
La paternité imposée se réfère à la situation où un homme est contraint d'endosser le rôle de père contre sa volonté. Cela peut se produire dans plusieurs cas de figure :
- Action en recherche de paternité : Une femme décide de mener à terme une grossesse et d'imposer au géniteur de l'enfant d'être père, en intentant une action en recherche de paternité.
- Contraintes sociétales : Un homme se sent obligé de reconnaître un enfant en raison de pressions sociales ou familiales.
Arguments contre la paternité imposée
Plusieurs arguments sont avancés contre la paternité imposée :
- Liberté individuelle : L'impossibilité d'échapper à une action en recherche de paternité porterait atteinte à la liberté individuelle de l'homme, en concevant la paternité comme un choix.
- Égalité homme-femme : Les femmes ont gagné le droit d'avoir ou non des enfants en ayant accès à la contraception, elles peuvent choisir de mener à terme une grossesse ou de recourir à l'avortement, elles peuvent décider d'accoucher sous X. Pourquoi en irait-il différemment pour les hommes ?
- Qualité de la relation parent-enfant : Est-il vraiment de l'intérêt de l'enfant de voir établie sa filiation à l'égard d'un homme qui ne l'a pas désiré et qui ne souhaite pas se comporter avec lui comme un père ?
Arguments en faveur du droit à la filiation
D'autres arguments sont avancés en faveur du droit de l'enfant à voir sa filiation établie :
- Droit de l'enfant de connaître ses parents : Selon l'article 7 de la Convention internationale des droits de l'enfant, l'enfant a, dans la mesure du possible, le droit de connaître ses parents et d'être élevé par eux.
- Intérêt de l'enfant : L'existence d'un lien biologique entre un homme et un enfant entraîne le droit pour ce dernier d'établir sa filiation paternelle et de bénéficier des effets qui en découlent, notamment en termes d'obligation alimentaire et de droits successoraux.
Recours et Alternatives à la Paternité Imposée
Action aux fins de subsides
Si la mère ne souhaite pas que soit établi un lien de filiation entre l'enfant et son géniteur, elle peut opter pour l'action à fins de subsides. Prévue par l'article 342 du Code civil, elle permet à l'enfant, et donc à sa mère, d'obtenir une pension alimentaire en se fondant sur la responsabilité que l'homme encourt en ayant des relations sexuelles avec la mère pendant la période de conception.
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Contrairement à l'action en recherche de paternité, il n'est pas nécessaire d'établir la filiation, mais simplement l'existence de relations intimes entretenues avec la mère pendant la période de conception. L'action peut être exercée par la mère pendant la minorité de l'enfant et par l'enfant devenu majeur dans les dix ans qui suivent sa majorité.
Action en responsabilité civile contre la mère
Lorsqu'un homme se retrouve confronté à une paternité imposée sans avoir été informé ou sans avoir consenti à la grossesse, il peut envisager d'engager une action en responsabilité civile contre la mère de l'enfant. La jurisprudence française reconnaît la responsabilité civile pour faute, telle que définie par l'article 1240 du Code civil.
La faute de la mère peut tenir tout d'abord aux circonstances de la conception. La jurisprudence a précisé que la survenance d’un enfant dans le contexte de relations entre adultes consentants, ne constitue pas un préjudice dont il peut être demandé réparation. Sans aborder la question du préjudice, il n’y a donc aucune faute à faire naître un enfant après avoir choisi seule de mener la grossesse à terme. Mais la mère commet-elle une faute lorsqu’elle ment sur les moyens de contraception qu’elle utilise, lorsqu’elle donne à son partenaire des garanties sur « l’infertilité de leurs rapports » ? Un arrêt le laisse entendre. Il y aurait en quelque sorte non-respect du devoir de bonne foi, de loyauté, qui doit exister entre un homme et une femme qui décident d’avoir des relations consenties, lorsque la mère a menti à propos de la contraception ou sur le fait qu’elle était infertile. Le comportement déloyal de la mère lors de la conception de l’enfant semble être la seule façon de caractériser une faute.
Le préjudice du père face à une paternité forcée, c’est la déception causée par les manipulations de la mère, la violence de l’annonce peut-être, l’injustice de la situation au regard du comportement de la mère. Si le tribunal reconnaît la responsabilité de la mère, elle pourra être condamnée à verser des dommages et intérêts au père. Il est crucial de noter que cette action en responsabilité civile n’a pas pour but de contester la parentalité.
Statut de géniteur sous X
D’aucuns ont proposé d’instituer un statut de géniteur sous X, sorte de procédure similaire à celle de l’accouchement sous X pour les femmes. L’homme au moment où il est informé d’une grossesse qu’il ne souhaite pas, pourrait s’opposer à ce qu’elle l’implique. Les femmes auraient alors le choix de mener la grossesse à terme ou non. En toute hypothèse, le père biologique, une fois informé, pourrait faire part de son opposition et échapper, dès lors, à toute action en recherche de paternité ou à fin de subsides.
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Jurisprudence et Évolution du Droit
La jurisprudence en matière de filiation est en constante évolution, notamment sous l'influence de la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH). La CEDH a reconnu le droit à la vie privée, qui permet de contester une paternité contraire à la vérité biologique. Cependant, ce droit fondamental ne saurait permettre d'accepter ou non sa descendance dès lors qu'elle correspond à la réalité biologique.
La Cour de cassation a également été amenée à se prononcer sur la question de la paternité imposée, notamment dans le cadre de questions prioritaires de constitutionnalité (QPC). Elle a écarté l'argument de l'égalité homme-femme, en se fondant sur la suppression de la fin de non-recevoir liée à l'accouchement sous X.
Des décisions ont considéré que des manœuvres pour avoir un enfant, même au sein d’un mariage, est un manquement au devoir de loyauté et ainsi, une cause de divorce (forme de « séduction dolosive »). La notion de préjudice a en outre aussi subi une évolution. Le préjudice peut être direct et certain, mais un problème subsiste quant à sa légitimité. Par ailleurs, un exemple donné par la Cour d’appel de Pau le 16 décembre 2013, mérite d’être mis en exergue. Il s’agissait d’une romance entre une hôtesse de l’air et un pilote de ligne. L’hôtesse a instrumentalisé le pilote en lui faisant croire qu’elle ne pouvait avoir d’enfant et est pourtant tombée enceinte. Par la suite, elle a usé de manœuvres pour qu’il reconnaisse l’enfant pour lui soutirer de l’argent. Si cet arrêt représente une avancée dans ce domaine, il est regrettable d’une part que le père n’ait obtenu que 2.000 euros de dommages et intérêts et, d’autre part, que les juges aient confondu les notions de faute et préjudice. La Cour d’appel d’Aix en Provence a en effet tranché en faveur d’un homme qui avait élevé un enfant comme s’il était le sien alors que l’enfant et la mère savaient qu’il n’était pas le père biologique. Lors d’une action en contestation de paternité, la mère et l’enfant ont refusé le test biologique. Pour finir, une dernière jurisprudence mérite d’être soulignée : l’affaire concernait une mère qui avait caché l’identité du père de ses enfants mais qui a été contrainte de l’indiquer.
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