Le terme de parcours de motricité est fréquemment employé dans le domaine de la petite enfance. Cependant, il est essentiel de s'interroger sur sa signification réelle, son intérêt pour les enfants de moins de trois ans et son adéquation avec leur développement psychomoteur.

Qu'est-ce qu'un Parcours de Motricité ?

Le dictionnaire définit le parcours comme « un chemin pour aller d’un point à un autre ». Il comporte donc une notion de cheminement avec un début, un sens et une fin, une succession d’étapes et d’actions. On retrouve cette idée dans les parcours santé, touristiques, personnalisés ou de formation, où les actions sont souvent dirigées, avec des consignes, des directives et des modèles à suivre.

Les parcours de motricité sont habituellement proposés en école maternelle, à des enfants de plus de trois ans, pour lesquels il peut être intéressant d’expérimenter les notions de succession et d’enchainement d’étapes à réaliser. Mais cette notion n’a pas de sens pour les jeunes enfants de moins de trois ans. Le développement de leur pensée n’en est pas là.

Les Limites des Parcours de Motricité Traditionnels pour les Jeunes Enfants

En crèche, il est courant de voir des professionnels reproduire ce qui est proposé en école maternelle, pensant amener l’enfant à apprendre des règles d’organisation : chacun son tour, attendre, écouter et faire ce qui est demandé, obéir… Lors de ces séances, les enfants doivent alors commencer par le bout déterminé par l’adulte, passer dessus, dessous, selon ce que l’adulte leur dit…Parfois même, ils doivent attendre assis le long du mur, avant de passer un par un.

Or, cette approche peut s'avérer contre-productive pour les jeunes enfants. En effet, elle peut les rendre passifs, voire immobiles, alors que l'objectif est de favoriser leur développement moteur. Imposer un parcours linéaire et dirigé ne respecte pas les besoins fondamentaux du jeune enfant.

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L'Importance de la Liberté de Mouvement

Il est essentiel que le jeune enfant apprenne à respecter les règles de vie avec les autres : respecter les interdits fondamentaux, ne pas faire mal, ne pas déranger. Dans son quotidien, l’enfant rencontre beaucoup de règles, entend beaucoup de non. Cela lui demande beaucoup d’énergie, d’effort, de travail, pour les intérioriser et pouvoir progressivement les respecter.

Un enfant qui cherche, réfléchit, perçoit et analyse ses propres sensations, son environnement, un enfant qui invente sa propre stratégie est un enfant qui apprend beaucoup plus que celui qui simplement obéit, imite et recopie. Il est donc aussi essentiel que l’enfant puisse jouer et bouger librement. Et il apprend plus en cherchant, en créant ses façons de faire qu’en exécutant ce qu’on attend de lui ou lui montre. Lui-même, il expérimente les mouvements, les gestes, dont il a besoin selon son développement. Il regarde lui-même son environnement, il choisit, il crée son jeu, son action.

Ses propres explorations, libres et actives sont plus riches et lui donnent les bases pour pouvoir s’adapter, être réactif, être proactif, lorsqu’il grandit et ultérieurement dans sa vie adulte. C’est le socle de sa prudence mais aussi de l’adaptabilité, et de ce que l’on appelle la pensée innovante.

Alternatives aux Parcours Linéaires : Les Installations Motrices

Face aux limites des parcours traditionnels, il est préférable de privilégier des installations motrices plus ouvertes et stimulantes. L’enfant a donc beaucoup plus à gagner à pouvoir explorer non pas un parcours linéaire, mais « une installation », un « atelier » avec divers matériaux, divers obstacles, qu’il peut lui-même parcourir en tous sens, à sa façon, à son rythme.

Les Avantages des Installations Motrices

Ces installations peuvent comprendre divers éléments :

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  • De quoi grimper, à des hauteurs différentes
  • De quoi descendre, monter, sauter
  • Des éléments pour passer dessous, dessus, entre
  • Du matériel pour se mettre dans diverses positions, enjamber, glisser, rouler, reculer
  • Des objets à manipuler, déplacer, soulever
  • Du matériel pour jouer avec son équilibre

L’enfant peut alors observer, explorer, hésiter, choisir, aller et venir. Il peut faire des pauses, il peut rester au même endroit, il peut recommencer vingt fois le même mouvement, ou y introduire des variantes comme il le sent, comme il invente. Il explore un objet, une situation, une action et ses variantes, dans tous les sens. Il peut jouer avec son corps, expérimenter plusieurs façons de faire, plusieurs stratégies. Ces explorations sont des expérimentations et apprentissages plus profonds que juste reproduire un modèle. Il peut aussi regarder les autres faire, il peut s’en inspirer librement, quand cela a du sens pour lui. Il fait alors sien ce qui l’intéresse. Ce n’est pas l’enchainement qui l’intéresse. Sa pensée n’en est pas là, il entrera progressivement et plus tard dans cette notion de succession, sous l’effet de la maturation de son néocortex et à partir de ce qu’il vit, observe et repère dans son quotidien.

L'Importance de l'Adaptation et de la Sécurité

Certes, nous sommes parfois obligés de mettre quelques règles pour protéger les explorations de chacun, pour permettre à chacun de profiter du temps de jeu, pour qu’ils ne se dérangent pas. Le minimum, pas plus, en sachant que ce n’est pas pour les préparer à l’ordre, à l’école, que c’est une contrainte très difficile à comprendre et impossible à respecter jusqu’à 2 ans et demi/trois ans. En soi, il n’y a aucun intérêt à vouloir habituer trop tôt l’enfant à aller dans le même sens que tout le monde, à passer par l’étape 1 puis 2, pas le 4 avant le 3. Il le fera assez tôt.

Les parcours psychomoteurs utilisent du matériel varié afin de permettre aux enfants d’explorer leurs habiletés physiques et l’espace qui les entoure. Évolutifs, ces parcours s’adaptent aux capacités de l’enfant et sollicitent ses compétences motrices, sensorielles et cognitives. Ces circuits sont un vrai moment de jeu et de découverte. Ils éprouvent un réel plaisir à se confronter à des situations inhabituelles et à manipuler le matériel sur lequel ils évoluent. Les parcours de motricité utilisent du matériel, tels que des cerceaux, des cônes, des planches ou des arches afin de composer un enchaînement d’obstacles et d’épreuves plus ou moins faciles à réaliser. La diversité des situations permet aux enfants de découvrir, explorer et expérimenter l’espace par le jeu.

Coordonner sa motricité : sauter, grimper, rouler, ramper… Les obstacles du parcours vont stimuler le corps et les muscles de l’enfant. Augmenter la confiance en soi. Structurer l’espace. Les parcours psychomoteurs offrent de nombreuses possibilités d’évolution. Grâce à la grande variété du matériel, ils peuvent être adaptés à l’âge et aux capacités de l’enfant. L’activité pourra se complexifier peu à peu selon les progrès et l’assurance qu’il développera. Les marquages au sol, avec leurs formes et leurs couleurs variées, permettent de donner des indications visuelles. Chez Hop’Toys, vous pourrez également trouver des marquages au sol sensoriels. Les plaques sensori-motrices, les dalles de motricité sensorielles ou les tapis sensoriels vont permettre de rajouter une stimulation sensorielle au parcours psychomoteur.

La Motricité Libre et Dirigée : Un Équilibre Essentiel

Dans l’inconscient collectif, la crèche répond essentiellement à un besoin d’accueil de la petite enfance. Pourtant, sa mission est bien plus vaste : favoriser les interactions sociales, être un appui éducatif ou bien encore rassembler les conditions les plus propices au développement psychomoteur… Sur ce dernier point, l’installation de parcours de motricité en crèche prend tout son sens.

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Le point commun de ces deux termes : motricité autrement dit l’ensemble des fonctions qui assurent le mouvement. Quand elle est libre, la motricité offre à Bébé la possibilité d’explorer au gré de ses envies, le laissant maître de ses décisions (ou presque !). À l’inverse, la motricité dirigée, comme dans le cadre d’un parcours, vient ajouter une contrainte qui est celle de la compréhension et du respect d’une consigne (par exemple : “le parcours débute ici et voici tous les obstacles que tu vas devoir franchir pour arriver au point final”). Il va de soi que ces deux types de motricité sont très complémentaires. En les proposant à Bébé, vous lui offrirez une formidable opportunité d’évoluer, d’acquérir des repères spatio-temporels et de se révéler à sa manière.

Parcours de Motricité Adaptés à Chaque Âge

En crèche, les bébés sont généralement répartis par tranches d’âge. Parce qu’ils n’ont pas tous les mêmes besoins ni la même soif de découverte, il est primordial de leur proposer une expérience motrice différenciée répondant à des périodes précises d’acquisitions psychomotrices.

Les Tout-Petits (Avant 12 Mois)

Dès les premiers mois de garde jusqu’à l’acquisition de la position assise (voire de la pré-marche), l’espace doit permettre au tout-petit d’évoluer librement. Il doit avoir la possibilité de se mouvoir sans risque de se heurter à des éléments qui pourraient le contraindre. Passer du ventre au dos, relever sa tête, tenir assis… sont autant d’étapes clés pour appréhender son corps, l’espace et stimuler ses sens. Le Nido Montessori est d’ailleurs particulièrement intéressant pour favoriser l’éveil de Bébé.

Les Moyens (À Partir de 12 Mois)

Lorsque la marche est rondement menée (qu’elle soit acquise ou encore approximative), de nouvelles perspectives s’offrent à ces tout-petits qui ne sont plus tout à fait bébés. On peut alors leur proposer les premières activités motrices dirigées où on les encouragera à ramper dans un tunnel, glisser sur un toboggan… Soit autant de possibilité de travailler la coordination des membres inférieurs et supérieurs.

Les Plus Grands (Vers 24 Mois)

Cet âge-là est synonyme d’une période intense pour les tout-petits. Entre la volonté farouche d’autonomie, l’expérience du pot et autres joyeusetés et le grand saut à l’école maternelle quelques mois après, pas de quoi s’ennuyer ! Ainsi, vous pouvez proposer des activités motrices qui montent en intensité et dont les niveaux de difficulté montent crescendo. C’est aussi une période où les interactions sociales ont du sens. Dans le cadre d’un parcours de motricité, vous pouvez faire entrer le jeu et la coopération : sauter en tenant les mains d’un camarade, faire la course pour gravir le parcours de motricité le plus vite possible…

Ces tranches d’âge sont bien évidemment données à titre indicatif, loin de nous l’idée de ranger les bébés dans des cases (les pauvres !). Un parcours de motricité réussi est avant tout un parcours qui s’adapte à la capacité de l’enfant à l’instant T et qui permet à celui-ci de révéler tout son potentiel tout en s’amusant.

Créer un Parcours de Motricité Sécurisé et Stimulant

Un parcours de motricité bien construit est un parcours qui :

  • S’adapte à l’âge des enfants en mettant en scène des modules de motricité à la taille adaptée (- de 3 ans et + de 3 ans)
  • Représente un dessin à parcourir (en U, en L, en demi cercle)
  • Induit un point de départ et un point d’arrivée
  • Propose un enchaînement d’actions motrices (marcher, sauter, ramper, trouver l’équilibre…)
  • Est sécurisé grâce à des modules de motricité répondant à la norme NF S54-300 (sécurité des activités motrices).

La combinaison de ces critères permettra au tout-petit d’en tirer tous les bénéfices (coordination des mouvements, compréhension d’une consigne…) et d’évoluer en toute confiance.

L'Importance de l'Expérience Sensorielle

Pour les enfants, les sens sont l’accès au monde. Leurs premières expériences sensorielles constituent la base de tout apprentissage. Dès le premier jour, les enfants veulent découvrir leur environnement avec tous leurs sens. Les expériences sensorimotrices que l’enfant fait au cours des premières années de sa vie déterminent l’ensemble de son épanouissement. Mais aujourd’hui, les plus petits ne sont pas seulement menacés par le manque de motricité: ils manquent aussi d’expériences physiques et sensorielles.

Qu'est-ce qu'une Activité Sensorielle ?

C’est tout simplement une activité qui va stimuler les sens de bébé : l’ouïe, la vue, le toucher, l’odorat ou encore le goût. Afin de pouvoir faire face à la réalité de leur vie, les enfants doivent être capables de percevoir attentivement. La perception sensorielle est à la base de toute expérience par laquelle l’enfant apprend à construire et à comprendre son environnement. Les sens de bébé sont déjà stimulés grâce aux activités et objets auxquels ils sont confrontés quotidiennement. Explorer le monde avec tous les sens : c’est ainsi que les petits apprennent chaque jour quelque chose de nouveau. L’énergie qui les anime est leur curiosité. Ils veulent toucher, observer et essayer toutes les choses qui les intéressent. En mouvement, l’enfant apprend à se connaître et à connaître son environnement. Les premières expériences physiques de l’enfant façonnent l’image qu’il a de lui-même, sa compréhension de son environnement et sa confiance en lui.

Au cours des sept premières années de leur vie, les bébés apprennent à s’orienter sur le plan sensorimoteur. Ce n’est que progressivement que la capacité à penser de manière abstraite se développe. Ainsi, le sentiment et la pensée de chaque être humain sont basés sur les expériences sensorielles de la petite enfance. Les professionnels de la petite enfance savent à quel point les exercices, les activités et les jeux destinés à stimuler les sens, améliorent également la capacité d’attention. Beaucoup d’enfants ont du mal à rester concentrés. En maternelle, les jeux et activités sensoriels, à l’intérieur comme à l’extérieur, peuvent favoriser la perception sensorielle en offrant aux enfants des stimuli différenciés et des possibilités d’expérimentation autres que rencontrées habituellement.

Créer un Parcours Sensoriel

Une pelouse est idéale pour la création d’un parcours des sens en extérieur. Mais vous pouvez aussi trouver une place dans une petite cour de récréation ou sur des surfaces pavées. Concevez toujours le parcours de manière à ce que les matériaux à forte stimulation alternent avec ceux à faible stimulation. Les matériaux qui peuvent rester dehors toute l’année sont particulièrement adaptés. Les enfants marchent généralement sans chaussures dans la salle de classe, mais le cheminement des sens consiste à ressentir les choses. Vous pouvez ici réutiliser les mêmes matériaux qu’en extérieur. Pour éviter que les matériaux en vrac ne se répandent dans la pièce, remplissez-les dans des récipients tels que des bassines en plastique. Demandez aux enfants de décrire ce que leurs pieds ressentent. Qu’est-ce que ça fait ? Chaud ou froid, rugueux ou lisse, dur ou moelleux. Créez des jeux, des activités et des défis autour de ce parcours.

Motricité en Crèche : Un Enjeu Social

Il est important de souligner que l'accès à des espaces et du matériel favorisant la motricité est particulièrement crucial pour les enfants issus de milieux défavorisés. Comme l'illustrent les exemples de la crèche Les Petites pousses du lac à Bordeaux et de L’Envol à Pierrefitte, de nombreuses familles vivent dans des logements exigus, sans extérieur, et n'ont pas les moyens d'offrir à leurs enfants des opportunités de développement moteur optimales.

Dans ces contextes, la crèche joue un rôle essentiel en offrant un environnement stimulant et sécurisé où les enfants peuvent explorer, bouger et développer leurs compétences motrices. Les professionnels de la petite enfance sont également sensibilisés à l'importance de soutenir les parents dans le respect du rythme d'acquisition des compétences motrices de chaque enfant et à limiter l'exposition aux écrans, qui peuvent entraver le développement moteur et cognitif.

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