Au cours d'un cycle menstruel normal, les ovaires produisent des follicules, qui sont de petits sacs contenant un ovule. Certains de ces follicules parviennent à maturité et libèrent des ovules qui peuvent être fécondés en cas de rapport sexuel, permettant ainsi le début d'une grossesse. Cependant, dans le cas d'un ovaire multifolliculaire (OMF), la situation est différente. Cet article explore les risques associés à l'ovaire multifolliculaire et les options disponibles pour les femmes qui souhaitent concevoir.
Qu'est-ce qu'un ovaire multifolliculaire ?
Un ovaire multifolliculaire (OMF) se caractérise par la présence d'un nombre anormalement élevé de follicules. L'ovaire est dit multifolliculaire lorsqu'il présente de nombreux follicules disposés en couronne dans l'ovaire. Pour mieux comprendre la différence, il faut préciser que l’ovaire multifolliculaire est un diagnostic échographique, où l’on observe plus de 12 follicules antraux dans chaque ovaire. Un ovaire normal contient généralement moins de 20 follicules, mesurant de 4 à 10 mm de diamètre. Les follicules antraux représentent la réserve ovarienne et leur nombre diminue avec l'âge.
Contrairement aux ovaires polykystiques (OPK), où les follicules sont bloqués à un stade de développement précoce et peuvent entraîner des problèmes hormonaux, dans le cas d'un OMF, les follicules sont présents en grand nombre mais ne parviennent pas à maturité. Ces follicules n'entrent pas dans la phase de maturation. Ils restent au stade immature et ne relâchent donc pas d'ovule. Résultat : l'ovulation n'a pas lieu (on parle d'anovulation) et donc la grossesse est logiquement impossible.
Causes possibles des ovaires multifolliculaires
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à l'apparition d'ovaires multifolliculaires.
- Fluctuations hormonales: Les troubles hormonaux peuvent perturber le cycle ovarien et entraîner la formation de nombreux follicules.
- Âge: À la puberté, pendant les premières années de menstruations, il est habituel de constater un aspect d’ovaires multifolliculaires, avec présence de nombreux follicules de taille variable, occupant le volume ovarien.
- Contraception hormonale: L'arrêt de la contraception permet de résoudre le problème au bout de quelques mois.
- Aménorrhée hypothalamique: L'aménorrhée hypothalamique peut aussi être liée à des troubles alimentaires, comme la boulimie, l’anorexie, ou une perte de poids trop importante. Parmi les facteurs responsables de ce trouble, on note aussi l’hyperactivité, le sport à trop haute dose, le stress, et les chocs émotionnels. Cela peut expliquer le dysfonctionnement de l'hypothalamus. Celui-ci ne sécrète pas l'hormone nécessaire à la maturation des follicules : la LH ou hormone lutéinisante.
Symptômes et diagnostic
Le principal signe d'un ovaire multifolliculaire est l'absence de règles. Chez certaines personnes, les ovaires multifolliculaires peuvent être associés à des cycles anovulatoires et à des règles irrégulières, voire à une aménorrhée (une absence totale de règles). Cependant, il est important de noter que la présence d'ovaires multifolliculaires ne signifie pas nécessairement qu'une femme est infertile.
Lire aussi: Comprendre le SOPK et l'ovulation
Le diagnostic d'ovaires multifolliculaires est fait lors d'une échographie prescrite lors d'une consultation pour des troubles menstruels. De plus, un bilan hormonal est effectués pour aider au diagnostic. Ce diagnostic n’est pas toujours évident à poser, puisque cela ne se voit pas forcément lors d’une échographie. C’est pour cette raison que le docteur Pascale Mirakian, gynéco-endocrinologue explique que c’est bien de consulter un médecin ayant la double compétence de gynécologue et endocrinologue. C’est un bilan hormonal qui permettra de déterminer s’il s’agit d’une aménorrhée hypothalamique. Dans ce cas-là, les hormones sexuelles, à savoir l’oestrogène et la progestérone seront très basses.
Risques pour la grossesse
Bien que les ovaires multifolliculaires ne soient pas synonymes de stérilité, ils peuvent compliquer la conception. Les femmes ayant des ovaires multifolliculaires, ovulent peu ou pas. "Sur le moment, la probabilité de tomber enceinte est faible, mais ce n'est pas définitif et cette anomalie ne risque pas de rendre stérile. Cependant, parfois avec le dysfonctionnement hormonal existant, à savoir le manque d'hormone lutéinisante (LH), le nombre de cycles ovulatoires diminue. Chez certaines femmes hypofertiles, la conception peut tarder un peu plus, car le nombre des ovulations annuelles est moins nombreux.
Il est important de noter que dans le cas des femmes avec des OMF, qui au bout d’un an n’ont pas réussi à concevoir, elles peuvent parfois y parvenir avec des traitements simples utilisant le Clomifène oral, ce qui peut inverser le manque d’ovulation.
Traitements et solutions
Heureusement, il existe plusieurs options de traitement pour les femmes atteintes d'ovaires multifolliculaires qui souhaitent concevoir.
- Inducteurs d'ovulation: Si vous désirez être enceinte, la solution en cas d'ovaire multifolliculaire est la prise d'un inducteur de l'ovulation. En clair, le traitement (clomifène) permet de stimuler l'ovulation cycle après cycle. A noter : il faut compter en moyenne au moins trois mois de traitement avant une grossesse.
- Changement de mode de vie: Dans le cas d’une aménorrhée hypothalamique liée à un trouble du comportement alimentaire, ou une hyperactivité, l’arrêt du sport, une prise de poids et un changement d’alimentation vont très probablement permettre un retour de cycle.
- Stimulation ovarienne: La stimulation ovarienne a pour but d’optimiser la phase folliculaire du cycle ovarien. Un traitement hormonal est prescrit : les doses sont adaptées aux données cliniques de la patiente, notamment à la réserve ovarienne. Ce traitement consiste en une injection quotidienne d’hormones par voie sous-cutanée. C’est à la patiente elle-même de s’administrer le traitement ! Aux femmes présentant des troubles de l’ovulation (dysovulation) ou une absence totale d’ovulation (anovulation).
- Pompe à GnRH: Ce dispositif placé sur le ventre de la patiente libère dans le sang des microdoses de GnRH qui vont stimuler la libération de LH et FSH par l’hypophyse.
- Metformine: L’obésité, le diabète ou le syndrome des ovaires polykystiques peuvent perturber l’ovulation.
Il faut dire que tous les traitements chez les femmes avec des ovaires multi folliculaires doivent être étroitement surveillés par un gynécologue, car ces ovaires peuvent répondre de manière exagérée à la stimulation avec le risque de provoquer une hyperstimulation ovarienne.
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Stimulation ovarienne : les étapes
Le processus de stimulation ovarienne comprend plusieurs étapes clés :
- Blocage des ovaires: Afin de pouvoir contrôler totalement les cycles ovarien et menstruel de la patiente, celle-ci subit une phase de blocage de l’ovaire, via une inhibition de la production hormonale par l’hypophyse (FSH et LH). Cela peut se faire par Les agonistes du GnRH ou Les antagonistes du GnRH. Une échographie et une prise de sang sont réalisées 15 à 20 jours suivant le début du traitement afin de s’assurer que les ovaires sont au repos.
- Stimulation ovarienne: Dans le cadre d’un protocole d’insémination artificielle intra-utérine, la stimulation ovarienne permet d’améliorer l’ovulation et d’en contrôler le timing. Le traitement hormonal induit la maturation de trois follicules ovariens, maximum. Cela a pour but de réduire les risques de grossesses gémellaires. En revanche, lors de protocoles de fécondation in vitro (FIV classique ou FIV-ICSI) l’objectif est de stimuler au maximum les ovaires afin que ceux-ci produisent le plus grand nombre d’ovocytes possible.
- Déclenchement de l'ovulation: Lorsque les follicules ovariens ont atteint un nombre et une taille satisfaisants, l’ovulation est déclenchée. Pour cela, une injection unique d’hormone chorionique gonadotrope (Ovitrelle®) est réalisée afin de mimer le pic de LH spécifique de l’ovulation. Dans le cas d’une FIV classique ou d’une FIV-ICSI : la ponction ovocytaire aura lieu avant l’ovulation, c’est-à-dire avant que l’ovaire ne libère les ovocytes dans les trompes de Fallope.
Surveillance de la stimulation ovarienne
La phase de stimulation hormonale de l’ovaire n’a pas de durée précise : elle dépend de la réponse de la patiente au traitement. Le bon déroulement de cette période est donc contrôlé toutes les 48 heures par le gynécologue au cours du monitorage des ovaires. Une échographie permet de quantifier le nombre de follicules ovariens en croissance. Ceux-ci sont aussi mesurés. Une prise de sang permet de doser le taux de certaines hormones. L’ovulation est déclenchée lorsque le 17β-estradiol - reflet de la maturation folliculaire - atteint un seuil jugé satisfaisant.
Risques de la stimulation ovarienne
L’un des principaux effets secondaires de la stimulation ovarienne est l’augmentation du risque de grossesse gémellaire (qui est potentiellement plus difficile et plus risquée que la grossesse simple). Le plus gros danger de la stimulation ovarienne demeure l’hyperstimulation observée en cas de réponse excessive de l’ovaire aux traitements. Elle se manifeste par une augmentation du volume des ovaires qui contiennent un nombre élevé de corps jaunes. Parallèlement, sous l’effet des gonadotrophines administrées au cours de la stimulation, des vaisseaux sanguins se sont formés en nombre au sein de l’ovaire. Ceux-ci produisent de nombreuses molécules, en particulier du VEGF, qui augment la perméabilité des vaisseaux sanguins. Enfin, les traitements hormonaux de la stimulation ovarienne peuvent être responsables de différents symptômes désagréables.
Ovaires multifolliculaires et SOPK
Les ovaires multifolliculaires (OMF) se retrouvent notamment dans deux pathologies : le syndrome des ovaires polykystiques, ou SOPK, et l’aménorrhée hypothalamique fonctionnelle. Néanmoins, il est possible d’avoir des ovaires multifolliculaires de façon fortuite, en dehors d’une pathologie, bien que cela soit plutôt rare.
Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) se caractérise par des difficultés d’ovulation, de nombreux follicules à l’échographie, et des symptômes hormonaux associés. Des anomalies biologiques viennent alors s’ajouter aux anomalies échographiques (en l’occurrence, les OMF) : ce syndrome se traduit par une augmentation des hormones masculines ou « masculinisantes » (testostérone), c’est pourquoi un bilan hormonal est souvent prescrit en parallèle de l’examen échographique. Ces taux d’hormones masculines trop élevés peuvent engendrer des symptômes plus ou moins visibles, plus ou moins gênants : obésité, troubles métaboliques (diabète), prise de poids, hirsutisme ou hyperpilosité (poils visibles à des endroits inhabituels chez une femme, comme sur le menton ou les tempes, le torse), acné, alopécie (chute des cheveux).
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Ovaires multifolliculaires et aménorrhée hypothalamique fonctionnelle
En cas d’aménorrhée hypothalamique fonctionnelle, autre pathologie associée aux OMF, l’absence de règles et donc de cycle menstruel découle d’un stress intense, d’un choc psychologique ou d’une perte de poids, par exemple.
Réserve ovarienne et ovaires multifolliculaires
La réserve ovarienne est la quantité d’ovules d’une femme à un moment déterminé. Il existe plusieurs examens qui permettent de l’évaluer, mais le plus courant est le comptage des follicules antraux (CFA) grâce à une échographie endovaginale. Le comptage des follicules présents dans chaque ovaire est une des méthodes les plus courantes pour déterminer la réserve ovarienne. Il indique le nombre de follicules par ovaire (à savoir les follicules antraux mentionnés auparavant) observés lors d’une échographie vaginale réalisée durant les premiers jours du cycle.
- Réserve ovarienne normale : de 6 à 10 follicules.
- Réserve ovarienne faible : si le comptage est inférieur à 6.
Si on stimule le développement folliculaire lors d’un cycle, il est possible d’ obtenir un plus grand nombre d’ovules mûrs et d’augmenter la probabilité d’être enceinte .
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