L'ostéopathie pour nourrissons est une pratique de plus en plus répandue en France, suscitant à la fois l'espoir chez les parents et la controverse au sein de la communauté médicale. Cet article vise à explorer les tenants et aboutissants de cette approche, en examinant ses bénéfices potentiels, les risques associés et les points de vue divergents des professionnels de la santé.
Popularité croissante et questions soulevées
L'ostéopathie pédiatrique s'est largement diffusée, et le passage chez un ostéopathe est devenu courant pour réparer le traumatisme de l'accouchement. Le nombre d'ostéopathes a doublé en dix ans, passant de 20 000 en 2014 à près de 40 000 en 2024, faisant de la France l'un des pays où cette pratique est la plus courante chez les nourrissons. Cette popularité croissante soulève des questions quant à son efficacité et sa sécurité, et fait l’objet d’une controverse croissante dans le monde médical.
Principes et indications de l'ostéopathie pour nourrissons
L'ostéopathie pour nourrissons applique les principes généraux de l'ostéopathie à la prise en charge des plus jeunes. Cette approche manuelle, douce et globale, permet d’agir sur les structures musculo-squelettiques, viscérales et crâniennes des bébés dès leurs premiers jours de vie. Contrairement à l’ostéopathie pour adultes, l’ostéopathie pour les nourrissons se caractérise par des manipulations extrêmement douces, adaptées aux tissus encore souples du bébé.
Les indications de l’ostéopathie nourrissons couvrent différents troubles auxquels un nourrisson peut être confronté :
Coliques du nourrisson : Se manifestent par des pleurs inconsolables, souvent en fin de journée, associées à des ballonnements ou des gaz.
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Reflux gastro-œsophagien (RGO) : Très fréquent chez les bébés, le RGO se traduit par des régurgitations ou des vomissements, et parfois par une œsophagite inflammatoire.
Troubles du sommeil : Un bébé qui dort mal peut être perturbé pour diverses raisons : inconfort digestif, tensions musculaires, immaturité du système nerveux, etc.
Infections ORL : Les bébés sont particulièrement sujets aux infections ORL (otites, rhumes, bronchiolites), en raison de l’immaturité de leur système immunitaire et de leur anatomie (trompes d’Eustache plus courtes, par exemple).
Plagiocéphalie : Lorsqu’un bébé reste trop longtemps dans la même position, une déformation du crâne peut survenir (arrière ou côté aplati).
Dans cette optique, de nombreux problèmes, tels que les coliques, le reflux gastro-œsophagien, la plagiocéphalie, ou encore les troubles du sommeil, peuvent trouver un soutien grâce à l’ostéopathie pour les nourrissons.
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Contre-indications et précautions
Malgré ses nombreux bienfaits, l’ostéopathie pour les nourrissons n’est pas adaptée à toutes les situations. Il est important de prendre en compte les contre-indications suivantes :
Infection sévère : En cas d’infection sévère (pneumonie, méningite, forte fièvre), la priorité est de consulter le pédiatre et de suivre le traitement prescrit. L’ostéopathie pourrait être envisagée après la phase aiguë, et uniquement si le médecin l’autorise.
Traumatisme : Lorsque le nourrisson a subi une fracture, une luxation ou tout autre traumatisme, il faut impérativement un avis médical spécialisé. Toute manipulation, même douce, pourrait compliquer la guérison ou provoquer une douleur supplémentaire.
Malformations : Certaines malformations cardiaques, neurologiques ou osseuses requièrent une surveillance étroite et des soins spécifiques (chirurgie, suivi hospitalier, etc.).
Troubles neurologiques : L’hydrocéphalie, la paralysie cérébrale ou d’autres troubles neurologiques nécessitent souvent un suivi pluridisciplinaire (neuropédiatre, kinésithérapeute, ergothérapeute…).
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L’ostéopathie nourrissons n’intervient qu’après avis médical, afin de s’assurer qu’il n’y ait pas de contre-indication. Pour une prise en charge globale et sécurisée, la communication entre l’ostéopathe et le pédiatre s’avère essentielle.
Techniques utilisées
Indispensables en ostéopathie nourrissons, les techniques crâniennes consistent en de très légères pressions sur les os du crâne. Chez le nourrisson, la sphère digestive est souvent à l’origine de plaintes (coliques, reflux, constipation). Le corps du nourrisson est enveloppé de fascias, ces membranes conjonctives qui relient muscles, os et organes entre eux. Très utiles dans le cadre de problèmes ORL, les techniques de drainage lymphatique consistent à stimuler en douceur la circulation de la lymphe. Les techniques de l’ostéopathie pour les nourrissons sont réalisées avec une extrême douceur. Il n’y a pas de mouvements brusques ni de craquements, comme on peut en voir chez les adultes.
Controverses et absence de preuves scientifiques
La pratique de l’ostéopathie pour les nourrissons continue de faire débat dans les cercles médicaux et paramédicaux. La Société Française de Pédiatrie (SPF) a souligné « l’absence d’évaluation d’efficacité » et « le risque auquel sont exposés les nouveau-nés qui font l’objet de ces manipulations, au mieux inutiles ». Elle affirme qu’il n’existe aucune indication médicale à l’ostéopathie chez les nouveau-nés (le premier mois) et les nourrissons (jusqu’à 1 an), ni d’étude scientifique dont le niveau de preuves est suffisant pour assurer que cette pratique apporte un bénéfice. Elle se positionne « pour contre-indiquer la pratique de l’ostéopathie chez les nouveaux-nés et les nourrissons en l’absence d’évaluation d’efficacité, et surtout devant le risque auxquels sont exposés les nouveaux-nés qui font l’objet de ces manipulations, au mieux inutiles ».
Les principes de l’ostéopathie crânienne, comme "repositionner les os du crâne" ou encore "rétablir des flux cérébraux", ne reposent sur aucun fondement scientifique avéré. Les rares études scientifiques disponibles n’ont en effet pas démontré de bénéfices mesurables de l’ostéopathie chez les nourrissons. Par exemple, une étude menée en 2021 par le CHU de Nantes (essai NEOSTEO) sur 128 nouveau-nés à terme présentant des difficultés d’allaitement n’a observé aucun bénéfice de l’ostéopathie.
L'Académie de médecine insiste sur la nécessité d'évaluer objectivement la pratique de l'ostéopathie et souhaite que la qualité de la formation à ces pratiques soit renforcée dans les établissements de formation en ostéopathie de façon objective par des spécialistes médicaux de la périnatalité. Elle dénonce également le matraquage publicitaire visant à faire la promotion de ces techniques au sein même des maternités, mais aussi sur les réseaux sociaux où se multiplient les vidéos plus spectaculaires les unes que les autres.
Réactions des ostéopathes
L’Unité Pour l’Ostéopathie (UPO) a répondu aux inquiétudes de la SFP, prétextant au contraire que « l’ostéopathie pédiatrique a fait l’objet de plusieurs dizaines d’études cliniques rigoureuses, montrant notamment une diminution significative des pleurs dans les coliques du nourrisson, une amélioration des difficultés d’allaitement, une réduction des asymétries crâniennes, une diminution de la durée d’hospitalisation des prématurés, une stabilisation des paramètres physiologiques des nourrissons ».
Selon l’UPO, l’efficacité de la pratique est attestée si elle est réalisée par des personnes compétentes, et constitue selon l’unité « une démarche sans risque susceptible d’améliorer de nombreux troubles fonctionnels des premiers mois de la vie, voire de diminuer le risque d’une asymétrie crânienne aux conséquences de mieux en mieux explorées ». L’UPO propose à la SFP d’engager un travail commun visant à définir des standards d’évaluation rigoureux de l’efficacité et de la sécurité des soins ostéopathiques chez le nourrisson, dans le respect mutuel des expertises de chacune des disciplines.
Le Registre des Ostéopathes de France (R.O.F.) et la Société Européenne de Recherche en Ostéopathie Périnatale et Pédiatrique (SEROPP) avaient déjà réagi en décembre dernier suite au communiqué de l’Académie de médecine. Ils avaient assuré partager “l’appel à une évaluation rigoureuse de ces pratiques et à une surveillance des éventuels effets indésirables”, voyant l’ostéopathie comme “une pratique qui, exercée dans un cadre réglementé, apporte des solutions adaptées aux besoins des patients, y compris des plus jeunes”.
Cadre légal et remboursement
La réglementation interdit aux ostéopathes de manipuler le crâne et le rachis des enfants de moins de 6 mois en l'absence d'un certificat de non-contre-indication établi par un médecin. En France, l’ostéopathie n’est pas couverte par la Sécurité sociale. Toutefois, de nombreuses mutuelles prennent en charge un certain nombre de séances par an. Les séances d’ostéopathie ont un coût non négligeable (40 à 50 € par séance environ). Tout juste peut-on espérer une petite prise en charge par la complémentaire santé, certaines mutuelles ayant instauré un forfait “médecine douce” avec une à plusieurs séances remboursées par an.
Conseils aux parents
Il est important de choisir un professionnel ayant une formation spécifique en ostéopathie pour les nourrissons. Il est possible de consulter dès les premiers jours de vie, surtout en cas d’accouchement difficile. Certains parents préfèrent attendre la fin de la première semaine pour que le bébé s’adapte à son nouvel environnement. Le nombre de séances varie selon le motif de consultation et l’intensité du trouble. Quelques consultations (1 à 3) peuvent suffire pour des coliques ou un reflux léger, tandis qu’un suivi plus régulier peut être requis pour une plagiocéphalie marquée ou un torticolis congénital. Après une séance d’ostéopathie nourrissons, l’enfant peut être plus calme ou, au contraire, légèrement plus agité pendant quelques heures.
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