L’affaire des « biens mal acquis » continue de faire des vagues au sein de la famille Bongo. Cinq enfants du défunt président gabonais, Omar Bongo Ondimba, ont été mis en examen à Paris entre juin et juillet, rejoignant ainsi d’autres membres de la fratrie déjà visés par cette enquête. Ces mises en examen marquent une nouvelle étape dans cette affaire complexe qui vise à faire la lumière sur l’origine et la gestion du patrimoine de l’ancien chef d’État gabonais.
Les mises en examen de juin et juillet
Cinq enfants d’Omar Bongo Ondimba, dont sa fille aînée Pascaline, ont été mis en examen à Paris dans le cadre de l’affaire des « biens mal acquis ». Pascaline Bongo, 66 ans, ex-directrice de cabinet de son père, Omar Denis Jr Bongo, 28 ans, également petit-fils du président congolais, Denis Sassou Nguesso, Jeanne Matoua, 38 ans, et Joseph Matoua, 40 ans, ont été mis en examen entre juin et juillet. Ils sont poursuivis pour recel de détournement de fonds publics, corruption active et passive, blanchiment et abus de biens sociaux. La justice française les soupçonne d’avoir « sciemment » bénéficié d’un important patrimoine immobilier « frauduleusement » assemblé en France par le patriarche, président du Gabon de 1967 jusqu’à sa mort, en 2009. La valeur de ces biens a récemment été évaluée par la justice « à au moins 85 millions d’euros ».
Soupçons de recel et de blanchiment
La justice française soupçonne plusieurs membres de la famille Bongo d’avoir sciemment bénéficié d’un important patrimoine immobilier acquis frauduleusement en France par Omar Bongo Ondimba. Les enfants mis en examen sont accusés de recel de détournement de fonds publics, de corruption active et passive, de blanchiment et d’abus de biens sociaux. La justice les soupçonne d’avoir profité du patrimoine immobilier frauduleusement acquis par leur père.
Un patrimoine immobilier considérable
Le patrimoine immobilier en question est estimé à au moins 85 millions d’euros. Selon des éléments obtenus par l’AFP, Pascaline Bongo a déclaré devant les enquêteurs en janvier 2020 posséder, entre autres, plusieurs appartements dans des quartiers chics de Paris, acquis par son père des années 1970 à 1990.
Réactions et contestations
Pour l’avocate de Pascaline Bongo, Me Corinne Dreyfus-Schmidt, il y a dans cette procédure « un anachronisme tant juridique que factuel ». Avocat d’Omar Denis Jr Bongo, Me Jean-Marie Viala a contesté auprès de l’AFP la mise en examen de son client « sur la base du droit », « non de la morale ». Les quatre enfants mis en examen de celui qui fut président du Gabon de 1967 à sa mort en 2009 ont tous contesté devant le juge avoir conscience de cette origine frauduleuse.
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Les autres enfants déjà mis en examen
Entre mars et avril, le juge financier parisien Dominique Blanc avait déjà mis en examen Grâce, Betty, Arthur, puis Hermine Bongo, d’autres enfants du défunt président. Ces quinquagénaires ont tous contesté avoir eu connaissance du caractère frauduleux de cette fortune. Cela porte à au moins neuf le nombre d’enfants d’Omar Bongo poursuivis dans cette information judiciaire.
L’origine de la fortune en question
La « fortune immense » de la famille Bongo, selon un arrêt de février de la cour d’appel de Paris, provient « de l’argent issu de détournements de fonds publics et des sommes considérables provenant du délit de corruption des sociétés pétrolières », notamment Elf Aquitaine, aujourd’hui TotalEnergies. Ce que « les investigations menées dans la présente procédure ont confirmé », selon le magistrat instructeur.
Réaction de Transparency International France
« C’est tout un clan familial qui va devoir rendre des comptes », a réagi auprès de l’AFP Me William Bourdon, avocat de Transparency International France, partie civile dans le dossier. « Les bénéficiaires, y compris français, ont été épinglés ; ce qui permettra un panorama judiciaire complet. Chacun doit mesurer les montants colossaux qui sont en cause », a-t-il ajouté.
La position de la présidence gabonaise
« Cela ne concerne ni le président de la République, ni aucun membre de présidence de la République gabonaise, donc il n’y a pas à commenter », a déclaré Jessye Ella Ekogha, porte-parole de la présidence gabonaise, sollicité par l’AFP. « Cependant, il apparaît que les médias ont adopté comme stratégie marketing d’associer systématiquement le chef de l’État, Ali Bongo Ondimba, à une affaire pour laquelle il n’a jamais été inquiété, ni entendu. Cela doit cesser », a-t-il ajouté. Chef de l’État en exercice, Ali Bongo bénéficie d’une immunité et ne risque donc pas de poursuites dans l’immédiat.
Le rôle de la BNP Paribas
Après la mise en examen de la BNP en mai 2021, ces mises en cause marquent une nouvelle accélération dans cette enquête difficile et au long cours, déclenchée après une plainte en mars 2007.
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La succession d’Omar Bongo
L'instruction finalement ouverte à Paris en novembre 2010, après trois années de procédure, concerne donc directement certains des héritiers et pourrait peser sur le règlement d'une succession dont la complexité est déjà hors du commun. Me Christine Damiano, notaire à Nice, chargée du règlement de cette succession, a dressé la longue liste des enfants du président gabonais. Elle a dénombré pas moins de 54 enfants - dont l'un est décédé -, issus des deux épouses et des 31 compagnes d'Omar Bongo. L'ancien président était si prolifique que plusieurs de ces enfants sont nés la même année. Dans le testament rédigé en 1987, dont Le Monde a pu prendre connaissance, Omar Bongo avait choisi pour légataires universels son fils Ali et sa soeur Pascaline, actuellement "haute représentante personnelle" du président, marginalisée politiquement mais femme d'affaires active.
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