L'offensive libertaire et sociale, notamment concernant la PMA (Procréation Médicalement Assistée), est un sujet complexe et multidimensionnel, suscitant des débats passionnés et des positions divergentes. Cet article vise à explorer les différentes facettes de cette question, en s'appuyant sur des analyses théoriques, des observations sociopolitiques et des témoignages de personnalités engagées.

I. Critique de l'institution et autonomie individuelle

I.1. La survie du capitalisme et la remise en question de l'institution

Dans son ouvrage "La survie du capitalisme" (2002), Henri Lefebvre soulève la question de la capacité de l'activité critique et de l'intervention politique à viser l'institution dans la société capitalisée actuelle. Il interroge la nécessité d'une "institution imaginaire de la société", une invention collective de formes, pour qu'une révolution soit possible.

Avec la fin du cycle historique de la modernité et l'épuisement de la contradiction capital-travail, le processus d'autonomisation de l'État tend à disparaître. L'État, autrefois centralisateur et répressif, se fragmente sous l'effet de la décentralisation, de la mondialisation et de la "participation citoyenne". Les "réformes de l'État" visent à socialiser ses anciennes attributions régaliennes, le rendant plus "modeste", "débureaucratisé" et "transparent".

I.2. Le capital et la gestion des rapports sociaux

Cherchant à s'affranchir de sa détermination à l'exploitation du travail productif, le capital tend à se passer de la forme-État pour gérer directement les rapports sociaux. La médiation politique réalisée par l'État-nation, consistant à attribuer aux rapports sociaux une détermination de classe, est remise en question.

Dans les révolutions modernes, toutes les institutions de la société ont été mises en forme, qu'il s'agisse des formes bourgeoises (propriété privée, représentation parlementaire) ou prolétariennes (administration bureaucratique du travail productif dans l'État-ouvrier). Ces institutions, tirant leur puissance d'une représentation étatique d'une unité formelle de la société, sont perçues par les groupes dirigeants actuels comme trop rigides et archaïques.

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I.3. De l'État-nation à l'État-réseau et à l'immédiateté virtuelle

Instrumentalisant l'ancienne critique des bureaucraties syndicales et d'État, les gestionnaires publics et privés désignent les institutions comme des "mammouths" à "flexibiliser". Ce mouvement d'autonomisation des institutions conduit à parler d'État-réseau, bien qu'il soit en grande partie promu par ce qui demeure de la forme de l'État-nation.

Les réseaux permettraient d'atteindre cet objectif d'autonomisation, en passant de l'État-nation à l'État-réseau. Par des réformes successives, les puissances multipolaires du capital et de l'État créent une "connexion" d'intermédiaires que l'on peut combiner et gérer à distance. Cependant, ces intermédiaires deviennent à leur tour trop opaques, et il faut les faire disparaître dans l'immédiateté des réalités virtuelles (cyberdémocraties, guerres virtuelles, procréation artificielle, etc.).

I.4. La décomposition/recomposition particulariste et les "mouvements sociaux"

Dans la décomposition/recomposition particulariste de la société, les luttes anticapitalistes ont perdu leur ancrage prolétarien. Elles expriment le niveau supérieur d'individualisation atteint par les rapports sociaux et les contradictions occultées par la "contradiction principale" entre le capital et le travail (mouvements des femmes, écologie, etc.).

Ces "mouvements" s'altérant dans la recherche de leur possible médiation historique (la réforme), le discours du capital désigne toute lutte prenant des formes ou des contenus nouveaux sous le nom de "mouvements sociaux". La notion de "mouvement social" exprime-t-elle autre chose que l'instrumentalisation politique de ce qui était le mouvement réel de l'ancien sujet de la révolution : le prolétariat ?

I.5. La dialectique mouvement-institution et le mouvementisme

Issue de la Réforme et portée à son apogée par les révolutions de la société moderne, l'ancienne dialectique politique entre le mouvement et l'institution n'opère plus aujourd'hui. Certains courants d'extrême gauche et gauchistes ont réactivé cette dialectique, en distinguant un moment instituant (celui de la critique) et un moment institué (celui du positif).

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Cependant, ils sont restés fixés à une conception mouvementiste de l'institution, autonomisant la forme du mouvement aux dépens de son contenu historique et de sa visée politique. L'individu mouvementiste se veut en permanence "en mouvement", et les activités dans lesquelles il s'investit doivent elles aussi être "en mouvement".

II. Critique de l'autonomie et de l'autoréférence

II.1. Mouvement réel et mouvementisme

Pour Hegel, la contradiction est à la fois l'impulsion et l'activité d'un mouvement, engendrant un résultat : la raison dans l'histoire (l'État) et l'esprit dans le monde (le Savoir absolu). Marx donne un contenu historique à la notion de mouvement réel dans les révolutions modernes : celui de la classe sociale et de sa négation.

Il distingue le simple aboutissement juridico-politique d'un mouvement historique et son moment révolutionnaire réel, celui qui renverse l'ancienne société. Dans ce schéma, les actions politiques qui opèrent en référence à l'ancien mouvement réel de la révolution, mais qui, privées de leur contenu historique, ne s'attachent qu'à la forme du mouvement, peuvent être qualifiées de mouvementistes.

II.2. Autonomie, autoréférence et autogestion

L'autonomie et l'autoréférence, aussi bien pour la société que pour l'individu, furent des pratiques portées par la contre-révolution de mai 68. Tel fut le cas de l'autogestion, qui a contribué à la formation d'individus aliénés dans "l'affranchissement" de leur subjectivité mis au service de la capitalisation des activités humaines.

La théorie castoriadienne de l'auto-institution de la société et celle d'une dialectique de "l'instituant contre l'institué" peuvent être désignées comme une matrice idéologique et pratique de l'autonomisme. Dans "l'institution imaginaire de la société", on a converti en "principe d'autonomie" ce qui, dans l'ancienne théorie révolutionnaire, était donné comme l'opérateur de la révolution : l'auto-praxis du prolétariat.

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III. Offensive réactionnaire et instrumentalisation des droits des femmes

III.1. La réaction anti-genre et l'extrême droite

Suite à une "offensive réactionnaire" suscitée par une affiche du Planning Familial, un large collectif d'organisations et personnalités dénonce l'"instrumentalisation des droits des femmes", luttant "contre toute opposition entre féminisme et luttes trans" et refusant une vision essentialiste des femmes.

Les militant·es anti-trans dénoncent une essentialisation des femmes de la part d'un prétendu "transactivisme", tout en réduisant les femmes à leurs simples organes génitaux. Cette définition contredit la majorité des écrits féministes produits depuis les années 1960, selon lesquels "on ne naît pas femme, on le devient". Être une femme ne découle pas de la seule assignation sexuée, mais d'une exploitation qui prend plusieurs formes : économique, domestique, sexuelle.

III.2. Diabolisation des parcours de transition et retour de bâton sur les droits des femmes

En faisant reposer leur argumentaire sur la méconnaissance du grand public des luttes et vécus des personnes trans, les militant·es anti-trans diabolisent les parcours de transition. Iels font preuve d'une malhonnêteté intellectuelle jouant notamment sur la peur vis-à-vis des enfants trans. La dysphorie de genre deviendrait alors un trouble mental, les opérations, des mutilations, et le soutien du personnel médical et de la communauté trans, des thérapies de conversion.

La période politique actuelle voit un violent retour de bâton s'abattre sur les droits des femmes, alors que le gouvernement français maintient en poste des ministres accusés de viols. Ailleurs dans le monde, le droit à l'avortement est bafoué. La situation politique actuelle oblige le mouvement féministe à se positionner en soutien des revendications des personnes trans.

III.3. Importation des stratégies d'extrême droite et agenda anti-genre

Maud Royer analyse dans son livre "Le Lobby transphobe" (2024) les offensives réactionnaires anti-trans portées par divers acteur·ice·s politiques : certains courants féministes, les psychanalystes conservateurs de l'Observatoire de la Petite Sirène, ou encore les droites extrêmes.

À partir du printemps 2021, la transphobie fait partie du répertoire des discours médiatiques convenus de l'extrême droite et de la droite réactionnaire française. On peut lire dans cette opération une importation des stratégies d'extrême droite outre-Atlantique et outre-Manche. Les Républicains qui font campagne contre les droits des personnes trans sont les mêmes qui travaillent depuis des années contre le droit à l'avortement.

III.4. Mobilisation des réseaux catholiques et discours anti-genre

Les secteurs de la droite déjà habituellement mobilisés contre les droits des femmes se sont emparés en premier du sujet de la transidentité, en particulier ceux issus de la Manif pour tous et proches de l'Église catholique. On retrouve des similarités entre les mobilisations contre les droits des personnes trans et celles contre le mariage homosexuel.

En 2012, la création de la Manif pour tous est l'aboutissement, dans les milieux catholiques, d'une longue construction d'un discours anti-genre. C'est le Vatican qui place au centre du débat le terme de genre, et plus particulièrement les expressions de "théorie du genre" et d'"idéologie du genre". Toutes les mobilisations aboutissent à un seul argument : ces progrès mettraient en danger la binarité et la complémentarité homme-femme, et à ce titre seraient contre-nature et dangereux.

IV. Enjeux politiques et perspectives d'avenir

IV.1. Convergence des luttes et reconstruction de la gauche

Face à ces offensives réactionnaires, il est essentiel de soutenir les luttes locales et de les nourrir de propositions alternatives. Le programme du Parti Communiste Français (PCF), intitulé "La France en commun", propose des mesures pour faire reculer les logiques capitalistes et faire progresser le projet communiste.

Ce programme aborde des enjeux tels que le combat contre la finance, la révolution politique, l'investissement pour l'emploi, l'égalité femmes-hommes, la protection sociale, la production écologique et la paix. Il partage des orientations politiques avec d'autres forces de gauche, tout en affirmant ses divergences sur certains sujets.

IV.2. La place du travail et la révolution informationnelle

Les luttes menées pour l'abandon de la loi El Khomri ont placé le travail au cœur des questions sociales en débat. La question du travail ne peut être isolée de son contexte, dans une société soumise à la domination du grand capital financiarisé et mondialisé, mais aussi traversée par des aspirations contraires.

La révolution informationnelle peut être abordée dans la complexité des rapports sociaux, non pas comme une fatalité intangible, mais en fonction des choix exercés par la partie dominante de la société et des changements auxquels peuvent la contraindre les luttes des travailleurs.

IV.3. Droits LGBT+ et nécessité de légiférer

Bien que des avancées aient été réalisées en matière de droits LGBT+, les discriminations liées à l'orientation sexuelle ou à l'identité de genre persistent. Le contexte sociopolitique a des conséquences sur ces tendances alarmantes.

Il est donc nécessaire de continuer à légiférer pour garantir l'égalité des droits et lutter contre les discriminations. Ouvrir le mariage aux couples de personnes de même sexe est une étape importante dans cette direction.

IV.4. Le mariage : contrat ou institution ?

Ouvrir le mariage aux personnes de même sexe soulève la question de la nature du mariage : est-ce un simple contrat ou une institution sociale ? Certains y voient une révolution anthropologique, tandis que d'autres considèrent qu'il s'agit d'une simple extension des droits.

Quoi qu'il en soit, l'inscription des couples de personnes de même sexe dans l'institution du mariage est un élément fondamental pour assurer l'égalité des droits et la reconnaissance de la diversité des familles.

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