La notion de couche sociale est complexe et multidimensionnelle. Elle ne se réduit pas à une simple catégorie socioprofessionnelle, bien qu'elle s'en inspire. Il est crucial de ne pas confondre classes sociales et hiérarchie sociale, où la position est déterminée à la naissance et immuable, contrairement aux sociétés démocratiques où la position dépend en partie des mérites.
Approches théoriques des classes sociales
La vision marxiste
Karl Marx a développé le concept de classes sociales en l'articulant avec la propriété des moyens de production. Pour Marx, une classe sociale est un ensemble d'individus caractérisé par la place qu'il tient au sein du système productif. Les classes entretiennent des rapports de production, c'est-à-dire des liens économiques et sociaux correspondant à un état donné des forces productives. Dans le mode de production capitaliste, Marx identifie un antagonisme entre les capitalistes, propriétaires du capital, et la classe ouvrière, qui ne possède que sa force de travail. Il existe un rapport de domination des capitalistes sur les ouvriers, car les capitalistes vivent du travail des ouvriers. Le profit qui rémunère les capitalistes est une partie des richesses produites par les ouvriers, ce qui constitue une exploitation selon Marx. Cette opposition engendre une lutte des classes, favorisant une prise de conscience des intérêts communs au sein de chaque classe : la conscience de classe.
La perspective de Max Weber
Max Weber propose une autre approche, considérant que les classes sociales regroupent des individus selon leur plus ou moins grande chance de se procurer des biens et services. Pour Weber, il n'y a pas forcément lutte des classes, car les classes sociales peuvent être des constructions nominales, utiles pour comprendre la réalité économique. Il peut exister une multiplicité de classes sociales, suivant les chances différenciées d'accès aux biens et aux services. Weber distingue quatre classes sociales : la classe ouvrière, la petite bourgeoisie, les intellectuels et les spécialistes sans biens, et les classes des possédants et de ceux qui sont privilégiés par leur éducation.
Les critères d'appartenance à une classe sociale
Plusieurs critères permettent de se situer dans une classe sociale.
Revenus
Les revenus sont un indicateur important. En France, ils permettent de savoir si l'on appartient à la classe populaire, moyenne ou aisée. Selon l'Observatoire des inégalités, d'après les données 2021 de l'Insee, une personne seule appartient aux classes populaires si elle gagne moins de 1 530 euros par mois après impôts et prestations sociales. Pour une analyse plus précise, l'Observatoire des inégalités a détaillé son découpage des classes sociales en termes de revenus selon le type de ménage.
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Diplôme
Le niveau de diplôme est aussi un marqueur en matière de classe sociale. Dans son enquête Emploi 2021, l'Insee fournit des informations sur le plus haut diplôme obtenu des personnes en emploi selon leur catégorie socioprofessionnelle. Le plus haut diplôme détenu par les agriculteurs est souvent le CAP, le BEP ou un niveau équivalent (35 %). Un constat similaire est observé chez les artisans, commerçants et chefs d'entreprise. Pour appartenir à la catégorie sociale des cadres et professions intellectuelles supérieures, être titulaire d'un diplôme supérieur long est la norme. Le niveau de diplôme des professions intermédiaires est moins tranché. Chez les employés, à peine un tiers sont titulaires soit d'un CAP ou d'un BEP, soit d'un baccalauréat.
Catégorie Socioprofessionnelle (PCS)
Pour mener ses enquêtes auprès des ménages et décrire la société française, l'Insee utilise la "nomenclature des Professions et Catégories Socioprofessionnelles (PCS)". Cette catégorie socioprofessionnelle est classée selon le secteur d'activité (artisanat, commerce, hôtellerie, restauration, services) et la taille de l'entreprise. Les professions intermédiaires regroupent les personnes qui ont une activité professionnelle qui les place entre la catégorie des cadres et celle des exécutants (ouvriers et employés), ce qui explique pourquoi elles sont souvent considérées comme la classe moyenne. Le groupe socioprofessionnel des employés est vaste et hétérogène, regroupant ceux qui n'ont pas ou peu de responsabilité d'encadrement. La catégorie socioprofessionnelle des ouvriers comprend toutes les personnes qui occupent des fonctions d'exécution. En France, la proportion de cadres et de professions intermédiaires a fortement augmenté depuis une quarantaine d'années.
Tendances et enjeux contemporains
La moyennisation de la société
Le sentiment d'appartenance à une classe sociale au sens marxiste diminue, et la conscience de classe n'est plus aussi nette qu'autrefois. La classe sociale "subjective" d'appartenance est de plus en plus fréquemment la classe moyenne, qu'il est difficile de définir. On assisterait donc à une moyennisation de la société, contre la bipolarisation prévue par Marx. Un mode de vie de classe moyenne tendrait à se généraliser, faisant dire à certains que la classe moyenne devient la "classe centrale". Il n'y aurait donc plus de classes rivales, mais plutôt des constellations non homogènes de groupes sociaux gravitant autour de la classe moyenne. Cette tendance expliquerait la baisse de la conflictualité sur le marché du travail, la perte de puissance des partis de travailleurs et le déclin syndical.
Les enjeux de la conscience de classe
L'enjeu essentiel de l'analyse marxiste des classes sociales reste la constitution d'une conscience de classe. Une classe "en soi", matériellement observable, peut exister sans que le sentiment d'y appartenir ne soit discernable. Pour passer à une classe "pour soi", il faut que les individus prennent conscience d'un rapport d'exploitation. Cette prise de conscience va pousser à la révolte, qui se manifeste par l'organisation des travailleurs en partis et syndicats. Aujourd'hui, plusieurs questions se posent : les classes sociales existent-elles encore objectivement ? L'amélioration du statut des travailleurs et la résorption des inégalités les plus criantes ont-elles rendu obsolète la notion de classe sociale ? La conscience de classe fait-elle défaut ? L'individualisme de masse limite-t-il toute possibilité d'organisations sociales et d'actions collectives, alors que les rapports de production restent inégalitaires ? Le travail n'est plus qu'un élément parmi d'autres dans la formation des identités sociales, au même titre que le genre, la génération, les loisirs et les modes de consommation.
Les indicateurs d'appartenance
Il n'existe pas d'indicateur précis d'appartenance à une classe sociale. On peut l'approcher par le taux de syndicalisation, le nombre de jours de grève et des sondages sur le sentiment d'appartenir ou non à une classe sociale déterminée.
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Évolution historique des classes sociales
Si toutes les sociétés connues ont été caractérisées par des modes de différenciation sociale, les classes sociales sont une réalité relativement récente. La stratification en castes ou en états est l'expression d'un niveau développé de division sociale du travail qui se reproduit selon des règles immuables. Dans la société capitaliste, la structuration en classes ne peut être conçue comme un caractère fixe. Les classes, à travers les activités des groupes et des individus qui les composent, ne cessent de procéder à des évaluations des prestations qu'elles échangent. Il n'y a pas de liaison directe entre position économique et conscience de classe. Aucune classe n'est prédestinée à une conscience de classe inscrite par avance dans son être. Cette conscience est le fruit d'élaborations et de confrontations menées au sein d'une classe par ceux qui contribuent le plus directement à son organisation et à ses relations avec les autres classes de la société.
La lutte des classes a un effet paradoxal : elle modifie les classes elles-mêmes, qui doivent répondre aux défis. La bourgeoisie a beaucoup changé depuis le début du XXe siècle. Ses liens avec les propriétés financière, commerciale et industrielle sont devenus plus complexes. Le pouvoir au sein des entreprises s'est démultiplié. La petite et moyenne bourgeoisie indépendante s'est transformée en une couche dynamique de sous-traitants et de fournisseurs des grandes entreprises. La petite bourgeoisie dépendante, c'est-à-dire salariée, connaît des développements spectaculaires dans le secteur tertiaire.
Le cas de la classe ouvrière est plus complexe. Elle est devenue un agent très actif dans la production du droit, notamment dans celui du travail. Dans les pays occidentaux, elle n'est pas une classe sans pouvoir : elle est présente dans les institutions et dans les entreprises. Lorsqu'il n'y a plus de plein-emploi, partis et syndicats se heurtent à des difficultés pour obtenir des infléchissements en matière de politique économique et sociale. Il en résulte une tendance à l'éclatement de la lutte des classes, qui est de moins en moins centralisée par des organisations politiques et syndicales et peut prendre des formes très diverses.
Les mutations contemporaines et l'avenir des classes sociales
Les classiques de la sociologie ont montré que la réalité des classes sociales était dynamique. Les classes entretiennent simultanément des relations d'opposition et de coopération. Elles s'opposent sur la répartition des richesses matérielles et symboliques, sur l'organisation des pouvoirs légitimes, mais elles doivent coopérer pour rendre possible la production sociale.
Il faut sans doute dire « adieu au prolétariat ». Toutefois, il faut se garder de croire que la confrontation entre le capital et le travail cesse pour autant. Les ouvriers d'aujourd'hui ne sont certes plus les prolétaires d'autrefois. Ils ont globalement une formation générale plus solide et, le plus souvent, ne travaillent plus directement sur des matières premières. La bataille ne se livre pas seulement au niveau des entreprises ou des systèmes de production, mais aussi dans les systèmes de formation où il faut réussir pour obtenir un droit d'accès aux carrières les plus intéressantes et les moins directement soumises à contrainte. L'échec scolaire et une moindre réussite dans les systèmes éducatifs semblent vouer les individus à des trajectoires sociales dévalorisantes.
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La révolution culturelle qui se produit dans le domaine de la production va nécessairement modifier la structuration en classes de la société. La classe ouvrière au sens traditionnel du terme a cessé depuis longtemps de croître, mais elle est rejointe, dans le rapport salarial qui s'articule au capital, par des couches d'employés, d'administratifs, de travailleurs intellectuels parcellaires, de chercheurs scientifiques. L'ensemble que constituent les salariés dépendants ressemble de moins en moins à une classe subordonnée au sens traditionnel du terme. Il est, au moins potentiellement, détenteur des puissances intellectuelles de la production et de la puissance sociale multiforme qui se manifeste dans la coopération au travail.
Reproduction sociale et mobilité
Le terme de reproduction sociale désigne le fait que ceux qui naissent dans une classe sociale ont tendance à rester au cours de leur vie dans la même classe. Ce mécanisme est inclus dans la notion de classe sociale, car s'il n'existait pas, il n'y aurait pas de sens à parler de structures stables comme les classes. L'inverse, phénomène statistiquement minoritaire, est la mobilité sociale : ascension sociale ou déclassement. Les transfuges de classe sont ceux qui passent d'une classe à une autre.
Les sociologues ont montré que la hiérarchie sociale ne repose pas uniquement sur le capital économique, mais également sur un capital culturel (niveau du diplôme et maîtrise de la culture légitime) et un capital social (relations familiales, professionnelles et amicales). Évidemment, il y a un lien avec le capital économique, mais celui-ci n'est pas mécanique.
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