Tsuguharu Foujita, figure emblématique du XXe siècle, transcende les frontières stylistiques et culturelles, tant dans sa vie que dans son œuvre. Né à Tokyo en 1886 au sein d'une famille aristocratique et francophile, il nourrit dès son plus jeune âge une fascination pour la France, étudiant le français dès l'école primaire. Son rêve se concrétise lorsqu'il obtient son diplôme des Beaux-Arts à vingt-sept ans et s'installe à Paris.
L'École de Paris et les Années Folles
À Paris, Foujita se lie d'amitié avec les figures de proue de l'École de Paris, tels que Picasso, Modigliani et Soutine, et fréquente les cercles artistiques de Montparnasse. Cette période, marquée par la Première Guerre mondiale, influence profondément son art. Ses toiles se dépouillent de leurs couleurs vives pour adopter une palette plus sobre, dominée par le noir d'ébène et le blanc de coquillage. Il réalise alors des portraits de nus allongés, où les corps pâles se détachent sur des fonds sombres, rehaussés de touches subtiles de rose.
Les années 1920-1930 marquent l'apogée de la scène artistique parisienne, notamment dans le quartier de Montparnasse. Foujita s'intègre pleinement à ce bouillonnement créatif, côtoyant des artistes tels que Picasso, Matisse, Duchamps, Modigliani, Man Ray et Dalí. Il s'installe d'abord à l'Hôtel d'Odessa, puis rejoint Soutine et Modigliani cité Falguière, avant d'emménager rue Delambre avec sa première femme, Fernande Barrey, où il installe son atelier. Son style unique lui vaut rapidement un grand succès, et il expose dans les Salons de peinture parisiens et internationaux, devenant l'un des artistes les mieux payés de son époque.
Voyages et Évolutions Artistiques
Lassé de la vie parisienne et confronté à des problèmes fiscaux, Foujita entreprend un voyage en Amérique Latine, où il découvre la peinture murale mexicaine et une palette de couleurs chaudes et terriennes. Cette expérience le conduit vers un surréalisme nouveau, distinct de celui de l'Europe.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Foujita est mobilisé pour participer à l'effort de guerre japonais à travers son art. Il accompagne les troupes et réalise des compositions grandioses visant à exalter l'impérialisme nippon. Ses œuvres de cette période, telles que Morts héroïques sur l’île d’Attu (1943) et Nos frères de Saipan fidèles jusqu’à la mort (1944-45), témoignent de l'horreur de la guerre avec un camaïeu de bruns et de boue.
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Après la guerre, Foujita quitte le Japon pour les États-Unis, puis retourne en France. Le conflit mondial a fait naître chez lui de nouvelles obsessions figuratives et symboliques : les animaux, les enfants et les sujets religieux. Attiré par l'art sacré européen, il se convertit au catholicisme avec sa dernière épouse.
Nu couché à la toile de Jouy : Un Chef-d'Œuvre de Synthèse Culturelle
C'est dans ce contexte d'influences multiples et d'évolutions artistiques que Foujita réalise en 1922 Nu couché à la toile de Jouy. Ce tableau, librement inspiré de l'Olympia d'Édouard Manet et des odalisques de Titien et d'Ingres, représente une femme nue couchée sur un lit recouvert de draps blancs. Le modèle, aux traits asiatiques, serait Kiki de Montparnasse.
Foujita mêle à ce sujet classique la tradition japonaise en enchâssant le nu dans une alcôve constituée d'une cantonnière à volants et de deux embrases en toile de Jouy couleur sépia. Les saynètes représentées sur la toile de Jouy, évoquant les amours de Vénus et Mars, rappellent une scène de boudoir.
L'artiste réduit la gamme chromatique en utilisant la bichromie de la toile de Jouy et le blanc et noir pour la représentation de la femme, créant un contraste saisissant entre les deux images. Cette œuvre témoigne de la capacité de Foujita à synthétiser les influences occidentales et japonaises, créant ainsi un style unique et novateur.
Kiki de Montparnasse : Muse et Reine de la Nuit
Alice Ernestine Prin, plus connue sous le nom de Kiki de Montparnasse, est une figure emblématique des Années folles. Née en 1901 en Bourgogne, elle arrive à Paris et devient rapidement un modèle prisé par les artistes de Montparnasse. Elle pose pour de nombreux peintres, sculpteurs et photographes, dont Foujita et Man Ray.
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Kiki est une femme émancipée, qui s'essaie à la peinture, à l'écriture et à la chanson. Elle devient la reine de la nuit parisienne, fréquentant les cabarets et les lieux de divertissement de Montparnasse. Son esprit libre et sa personnalité attachante font d'elle une muse pour de nombreux artistes.
Foujita est inspiré par l'ambiance des Années folles et peint des nus féminins inspirés de l'Olympia de Manet ou des Majas de Goya, dont le célèbre Nu couché à la toile de Jouy. Il maîtrise les blancs transparents et opalescents grâce à un secret d'atelier : le mélange de talc à sa peinture.
L'Héritage de Foujita et l'Esprit de Montparnasse
Foujita est un artiste qui a marqué son époque par son talent et son originalité. Son œuvre témoigne de la richesse des échanges culturels entre l'Orient et l'Occident. Il est considéré comme l'un des artistes japonais les plus connus au Japon et en France, où il est associé à l'École de Paris et à l'ambiance festive des Années folles.
L'esprit de Montparnasse, qui a vu éclore le talent de Foujita, vibre encore aujourd'hui en quelques lieux choisis, tels que ses galeries, ses cinémas, la librairie Tschann ou l'Académie de la Grande Chaumière. Les cafés de Montparnasse, tels que la Rotonde, le Dôme, la Coupole et le Select, conservent un peu de l'atmosphère de cette époque.
Foujita se définissait lui-même comme le plus japonais des Parisiens et le plus parisien des Japonais. Son œuvre et sa vie témoignent de cette double identité, faisant de lui un artiste unique et inclassable.
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