Introduction

L'amour, un sentiment universellement recherché et célébré, est au cœur de nombreuses relations humaines. Cependant, la nature véritable de l'amour et sa capacité à engendrer la fécondité sont souvent mal comprises. Cet article se penche sur la signification profonde de l'amour, en s'inspirant de récits bibliques, de réflexions philosophiques et de conseils pratiques, afin d'explorer comment l'amour peut être une source de vie, de croissance et d'épanouissement.

Amour et Désir: Une Distinction Essentielle

L'histoire de Jacob, Léa et Rachel, tirée du livre de la Genèse, offre un point de départ fascinant pour explorer la complexité de l'amour. Jacob aimait Rachel plus que Léa, attiré par sa beauté physique. Le texte nous dit que Rachel est un vrai top modèle (ligne parfaite, et si belle à voir). Jacob tombe raide dingue amoureux à l’instant où il l’aperçoit pour la première fois, de loin menant son troupeau. Est-ce cela être amoureux ? Parfois, oui. Est-ce cela aimer, aimer vraiment ? Cela peut effectivement être un élément mais c’est quand même un petit peu limité comme conception de l’amour. Extrêmement limité. Car, oui, nous sommes un corps, c’est donc normal que l’attrait physique compte. Mais l’être humain a quand même quelques autres qualités qui ne sont pas négligeables, et quelques défauts aussi qui peuvent compter. La question est de savoir de qui Jacob est-il amoureux quand ce qu’il retient de cette fille, Rachel, « a une belle ligne et qu’elle est belle à voir » ? Il voit son physique et cela lui suffit. Elle n’est qu’un objet pour Jacob, à ce moment là. Qu’est-ce que Jacob aime alors en aimant Rachel ? c’est son propre désir à lui qu’il aime et qu’il honore par son dur travail et par son impatience de coucher avec elle. Ce qu’aime Jacob, ce n’est pas Rachel, c’est lui-même.

Ce récit met en lumière la distinction cruciale entre l'attirance physique et l'amour véritable. L'attirance physique, bien que naturelle et importante, ne suffit pas à définir l'amour. Jacob, fasciné par la beauté de Rachel, la réduit à un objet de désir, ignorant sa personnalité et sa capacité à voir le monde. Il voit son physique et cela lui suffit. Elle n’est qu’un objet pour Jacob, à ce moment là. Qu’est-ce que Jacob aime alors en aimant Rachel ? c’est son propre désir à lui qu’il aime et qu’il honore par son dur travail et par son impatience de coucher avec elle. Ce qu’aime Jacob, ce n’est pas Rachel, c’est lui-même.

Le Regard et la Fécondité: Voir au-Delà de l'Apparence

Contrairement à Rachel, Léa est décrite comme ayant « des yeux délicats », « des yeux fragiles », ou « des yeux doux ». Cette variété d’expressions révèle l’embarras des traducteurs devant le texte hébreu. Mais ce qui est sûr, en tout cas, c’est que Léa a des yeux, elle a un regard. Et c’est déjà une formidable qualité par rapport à l’objet sexuel que Rachel est pour Jacob. Un objet n’a pas de regard. Alors quel est ce regard qu’a Léa, qu’a-t-il de particulier ? Si les traducteurs hésitent c’est que l’adjectif hébreu utilisé pour parler des yeux de Léa ne convient pas du tout. Elle a des yeux twkr « racotte », cet adjectif, kr est utilisé pour parler de quelque chose qui est doux et de souple, de tendre comme, par exemple la joue d’un bébé. On ne peut pas dire cela d’un œil, bien sûr, car on a rarement l’occasion de caresser un œil du doigt pour voir si c’est doux et souple. Ça ne l’est probablement pas, et ce n’est certainement pas de cela dont il est question ici. Il est donc clair qu’il faut comprendre ce point clef de notre épisode comme à comprendre au sens figuré. Les relations de Léa et Rachel avec Jacob sont des types de relation. Et la question de la fécondité ou de la stérilité de ces unions est une métaphore.

La question de la fécondité ou de la stérilité de Léa et Rachel nous interrogent sur notre capacité à influer sur le monde autour de nous, ce que nous produisons qui nous dépasse un petit peu. Un regard peut être plein de fécondité. Il peut faire apparaître de la beauté, de la bonté, de la vie. Jacob regarde les deux sœurs, il fait ainsi attention à l’autre. C’est un bon début. Mais il y a une façon de regarder qui transforme l’autre en objet. Par exemple en objet de notre désir. Autre exemple : notre regard sur une personne démunie peut la transformer en objet de notre attention, ce regard est stérilisant, et alors même les gestes de service que nous pourrions avoir ne porteront pas vraiment la vie. Le regard que Jacob est ainsi. Par contre, Jacob regarde et voit le regard de Léa. Un objet n’a pas de regard. Elle n’est pas pour lui un objet mais une personne. C’est ce que développe le philosophe Lévinas dans son insistance sur le visage de l’autre, un visage, c’est la partie du corps qui peut se tourner vers l’autre et qui peut regarder son regard, ce sont alors deux personnalités, deux libertés qui se saluent. C’est pourquoi, même si Jacob « aime Rachel plus que Léa » (29:30) la façon dont il a regardé Léa est bien plus fécond comme façon de voir l’autre, bien plus fécond comme façon d’aimer l’autre que sa passion pour le corps de Rachel.

Lire aussi: Services de pédiatrie à Montréal

Les yeux de Léa sont doux, souples et tendres comme la joue d’un bébé. Qu’est-ce que cela peut nous dire sur sa façon de voir ? La douceur évoque une bienveillance, le côté tendre évoque la jeunesse, c’est un regard qui peut donc encore grandir, qui s’élèvera sans doute avec le temps. La croissance de notre regard, pour mieux aimer encore, c’est ce que l’apôtre Paul évoque dans son célèbre hymne à l‘amour : « Lorsque j’étais enfant, j’avais une façon de voir d’enfant, devenu homme, j’ai changé. De même, nous voyons aujourd’hui comme à travers un miroir trouble, de façon confuse, mais un jour, enfin, nous verrons face à face. Aujourd’hui, c’est partiellement que je connais, alors, je connaîtrai comme je suis connu . » C’est à dire qu’enfin, un jour, nous serons capable d’aimer comme nous avons été aimé par Dieu, en regardant le regard de Dieu sur nous et sur le monde. Par contre, pour Jacob, Rachel est juste belle à voir, pour lui, peu importe qu’elle ait sa propre façon de voir le monde, tant qu’elle ne regarde pas ailleurs, peu importe qu’elle ait un regard, car ce que Jacob aime alors c’est sa propre satisfaction à lui, anticipée dans son propre regard sur elle qui se suffit à lui-même. Cela me fait penser à une très subtile publicité dont le slogan était « Regardez-moi dans les yeux… j’ai dit les yeux ». L’histoire de Jacob, Léa et Rachel c’est exactement cela. Ce regard à sens unique est stérilisant.

Ce regard est source de fécondité, car il reconnaît l'autre comme une personne à part entière, avec sa propre vision du monde. En revanche, le regard qui transforme l'autre en objet, même en objet de désir, est stérilisant. Car sa réponse est nulle, sa colère contre Rachel fait pitié : « Suis-je, moi, à la place de Dieu ? » nous disent bien des traductions qui cherchent à améliorer un peu l’image du héros biblique. « Suis-je, à la place de Dieu ? » : ça passe pour de l’humilité, cela montre qu’il ne se prend pas pour Dieu, ce qui est assez sage et fidèle. Mais littéralement, Jacob répond « Suis-je, moi, en dessous de Dieu ? » Il sous entend que non. C’est un mensonge, car oui, il est en dessous de Dieu, et Jacob le sait très bien puisqu’un des épisodes précédents et très célèbre de sa vie est cette expérience de foi qu’il dépeint comme une échelle entre lui et Dieu, qui est donc au dessus de lui avec des anges qui montent et qui descendent, avec cette promesse que Dieu est et sera toujours « avec lui » (Gen 28). Donc oui, Jacob est « en dessous de Dieu ». Rachel a raison, il avait le droit et même le devoir de prier pour demander à Dieu que l’amour qui le lie à Rachel soit source de vie et non de mort. C’est d’ailleurs ce qu’ont fait aussi bien Abraham (son père dans la foi), c’est ce qu’a fait aussi Isaac. Mais Jacob n’a pas cette façon là d’aimer. Son amour pour elle n’est pas tourné vers la vie. Jacob sait très bien que la présence de Dieu ouvre la fécondité. C’est vrai. Même si Dieu ne peut pas toujours guérir la fécondité biologique, il est en tout cas très efficace de l’inviter à rendre vivant et source de vie notre façon d’aimer.

L'Évolution de l'Amour: Apprendre à Aimer

Les héros bibliques ne sont souvent pas du tout des exemples à suivre. Abraham, Isaac, Jacob, David, Salomon, les apôtres de Jésus, l’apôtre Paul… sont comme nous, ils ont énormément à apprendre pour vivre un peu mieux leur vie, et chacun des épisodes de leurs histoires, chacune de leurs erreurs est un élément passionnant pour nous poser des questions et nous former nous-mêmes. Grâce à Rachel, Jacob va progresser. Elle se rend compte de la situation où cet « amour » de Jacob fait d’elle une morte vivante (30:1). Elle est jalouse de la vitalité de sa sœur, jalouse comme Caïn ? L’histoire va heureusement mieux se terminer. Elle va vers Jacob et lui parle. Elle est pour lui sans regard, elle ouvre la bouche, elle force son attention. Ça y est, il lui parle enfin : cela montre qu’elle n’est plus pour lui un simple objet mais une personne. Il y a déjà du progrès même s’il a d’autres progrès encore à faire.

Finalement les deux sœurs auront des enfants, même si Rachel aura toujours plus de mal. Il y a une fécondité des deux côtés. Et à la fin elles s’entraident : Léa apprend à Rachel à être plus féconde, et Rachel apprend à Léa à mieux se faire apprécier. L’idée est de fusionner Léa et Rachel en une seule vraie personne par qu’il n’y a que souffrance pour tous de les dissocier. Le corps et la personnalité. Le visage de celui que l’on aime ainsi est à la fois pour nous : beau à voir et beau dans sa façon toute personnelle de voir.

Ce texte est ainsi une leçon sur l’amour ou plutôt une invitation à nous questionner sur notre façon d’aimer nos proches, notre amoureux, si nous en avons un, nos amis,, nos collègues. Ce texte parle encore de l’amour de Dieu pour nous, et de l’amour que nous pouvons recevoir de Dieu. Car dans la Bible, tout est lié. Au début de ce même livre de la Genèse il nous est dit que le projet de Dieu est de créer l’humain à son image et à sa ressemblance, et que cela ne peut se faire que dans un travail d’équipe entre lui et nous tous. Faire équipe avec Dieu, par l’étude, la prière, dans le dialogue avec d’autres, en regardant leur regard. La façon dont nous aimons sera inspirée par ce que nous aurons reçu de sa façon à lui d’aimer, selon ce qui nous aura semblé. Dans sa vision mystique de l’échelle, Jacob a connu l’amour de Dieu pour lui sans condition : avance où tu veux comme tu veux, de toute façon je t ‘accompagnerai. Sur quoi est basé cet amour de Dieu pour lui ? Jacob n’a encore rien fait de bien sympathique ni de bien créatif dans l’existence. Cet amour de Dieu repose donc uniquement sur la subjectivité de Dieu qui aime Jacob tel qu’il est sans condition. Dans un certain sens, Jacob a pu se sentir aimé comme un objet, et c’est ainsi qu’il aime Rachel ensuite. Mais c’est une mauvaise interprétation de l’amour de Dieu pour nous. Car dans cette bénédiction de Dieu donnée à Jacob, supprimant tout chantage, Il y a un encouragement à une véritable créativité personnelle, un encouragement à avoir une visée, un regard personnel sur sa propre vie, comme Léa. C’est ce qui va être développé dans la deuxième nuit torride de Jacob avec Dieu, quand il combat avec un homme qui se révèle être un ange et même Dieu. Un combat contre soi-même et avec Dieu. Il y a là une invitation à devenir comme Léa, une invitation à reconnaître et à aimer nos proches comme ayant eux-mêmes un regard, une vision pouvant l’emporter sur la nôtre, et sur celle de Dieu, forçant la bénédiction. Jacob apprend ainsi à réconcilier un amour du type Rachel et un amour du type Léa. Aimer en laissant l’autre libre mais sans que ce soit de l’indifférence mais un croisement de regard. Aimer corps et âme. Mais le premier, le plus grand, le plus préférable est d’aimer Léa plus qua Rachel, contrairement à la première intuition de Jacob. Léa est une figure de Dieu en nous, son regard, tendre, est celui de Dieu pour nous et pour l’humanité, il est un effort désespéré de Dieu nous regardant, nous écoutant, cherchant à entrer en relation avec nous, espérant notre amour. Et nous sommes un peu ce Jacob, arrogant et transformant les autres autour de lui en objet au service de son bon plaisir.

Lire aussi: Recommandations de pédiatres à Charleroi

L’amour pour Léa est très fécond, elle a ici 4 fils qui sont tout un programme, qui sont une promesse et une bénédiction. Le premier, Ruben, est le fruit du regard pour celui qui est seul, mal-aimé. C’est une promesse de Dieu et une vocation pour nous. Le second, Siméon, est le fruit de l’écoute de l’autre. C’est une promesse de Dieu et une vocation pour nous. Le troisième, Lévi, est le fruit de l’attachement à l’autre, dans une relation fidèle, tenue. C’est une promesse de Dieu et une vocation pour nous. Le quatrième, Judas, couronne le tout puisque c’est la tribu la plus importante, qui donnera son nom au royaume et qui donnera au monde le Christ, le Messie, le salut. Amen.

L'Amour Charité: Un Amour Fondé sur Dieu

L’amour entre les époux chrétiens est avant tout un « amour charité », fondé d’abord sur l’amour de Dieu. On doit aimer son conjoint par amour de Dieu, on doit vouloir avant tout son salut, on doit œuvrer à sa sanctification. Si on conquiert la lune pour sa femme, si on n’a pas la charité, on est une cymbale qui retentit. Si on travaille comme un forcené pour les siens, si on ne le fait pas par amour de Dieu, on n’est rien. Si on se donne tous les jours pour ses enfants et son mari, aux mille petites tâches du quotidien, même avec constance, si on ne le fait pas par amour de Dieu, alors cela ne compte pour rien. Si nous vivons de la charité dans le couple, alors tout s’adoucit, alors la paix envahit le foyer : notre amour pour notre conjoint ou nos enfants sera patient, bon, humble, ne cherchant pas son intérêt mais le bien de l’âme de l’autre. Cet amour sera désintéressé, plein de pudeur et de délicatesse, sans envie, jamais irrité, prêt à tout pardonner, à tout supporter, à tout endurer. Cet amour se réjouira de la vérité, sera fortifié par l’espérance, guidé par la foi. Cet amour sera comme une image de l’amour de Dieu, un avant-goût du Paradis, une marche vers l’éternité bienheureuse.

L'amour charité, inspiré par l'amour de Dieu, se manifeste par la patience, la bonté, l'humilité et le désintéressement. Il ne cherche pas son propre intérêt, mais le bien de l'autre. Cet amour est patient, bon, humble, ne cherchant pas son intérêt mais le bien de l’âme de l’autre. Cet amour sera désintéressé, plein de pudeur et de délicatesse, sans envie, jamais irrité, prêt à tout pardonner, à tout supporter, à tout endurer. Cet amour se réjouira de la vérité, sera fortifié par l’espérance, guidé par la foi. Cet amour sera comme une image de l’amour de Dieu, un avant-goût du Paradis, une marche vers l’éternité bienheureuse.

Les Vertus et l'Équilibre du Couple

L’équilibre du couple se fonde ainsi sur la vertu. La prudence, nous la voyons souvent comme l’homme qui hésite à sortir, regarde par la fenêtre, voit un orage qui menace, et décide alors de rester au chaud près du feu. Non, la prudence, c’est la capacité à agir, en toutes circonstances, en vue d’un bien véritable. La prudence ce n’est pas l’homme qui tergiverse, c’est l’homme qui agit. C’est l’homme qui d’abord analyse une situation, réfléchit. Puis, après avoir réfléchi, l’homme juge : ce qu’il est bien de faire, ce qu’il est mal de faire. Enfin, après avoir réfléchi, après avoir jugé, l’homme agit. Voilà la prudence. La prudence est peut-être la vertu que monseigneur Lefebvre a poussée au plus haut point : analyser une situation, prier, réfléchir, puis juger, décider et agir. C’est aussi la vertu par excellence de saint Joseph. Lors des grandes décisions, notamment prendre Marie chez lui ou non, Dieu attend que saint Joseph agisse avant de lui envoyer l’ange : « N’aie crainte de prendre Marie chez toi ». La prudence est la vertu des hommes courageux, des hommes d’action, des hommes qui changent le monde et travaillent au règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ. La prudence, c’est la vertu par excellence du chef, c’est la vertu du père de famille. La douceur. Quelle belle vertu ! Plus exactement, la douceur n’est pas une vertu, elle en est le reflet. La douceur est le reflet de la charité et de l’humilité. Par l’humilité, la femme retrouve sa vocation : soumise à son mari pour aller au Ciel, l’épouse humble trouve la joie dans le sacrifice de ses caprices pour le bien de tous et dans la répétition des petites choses du quotidien. L’humilité la prépare à aimer plus, à donner plus, à rayonner dans le cœur de chacun, en tant que mère, en tant qu’épouse. Puis la charité, l’amour. Par la charité, l’épouse sait se rendre disponible pour écouter et consoler, elle ouvre son cœur pour pardonner. Pour pardonner, il faut être doux. Taire son ego. La douceur est patiente, elle attend, elle est paisible, elle a confiance en Dieu et en son mari, elle supporte tout, ne se plaint pas, trouve sa joie dans l’amour de Dieu et dans l’amour des autres pour Dieu. La douceur, c’est la troisième béatitude : « Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage ». La terre en héritage… Les doux, en perdant l’arrogance et la volonté de puissance des brutes, désarment et apaisent les cœurs. Par sa douceur, Jésus, « doux et humble de cœur », a conquis la terre, l’a soumise et fécondée de son sang.

L'équilibre du couple repose sur les vertus, telles que la prudence, la douceur et la tempérance. La prudence permet d'agir avec discernement et sagesse, en analysant les situations et en prenant des décisions éclairées. La douceur, reflet de la charité et de l'humilité, favorise l'écoute, la compassion et le pardon. La tempérance permet d'utiliser les biens matériels avec modération, en les ordonnant au salut éternel.

Lire aussi: Tout savoir sur l'École Maternelle Notre-Dame de Liesse

La Fécondité de l'Amour: Au-Delà de la Procréation

La fécondité est une manifestation de l'amour, son fruit et son prolongement. Au-delà de l’enfant, qui parfois ne viendra pas, toute famille est invitée à « développer d’autres formes de fécondité qui sont comme la prolongation de l’amour qui l’anime » (181). Cette affirmation d’une fécondité intrinsèque à l’amour, depuis le plus intime du couple jusqu’au plus vaste du social, peut orienter toutes les préparations au mariage, chrétiennes ou non. Les trois parties de ce chapitre visent à élargir à la fois la fécondité et le cercle familial, et donnent lieu à des réflexions nouvelles.

La fécondité de l'amour ne se limite pas à la procréation biologique. Elle englobe également la capacité à créer, à innover, à contribuer au bien-être de la société et à transmettre des valeurs aux générations futures. Elle inclut également la capacité à se donner à l'autre, à le soutenir et à l'aider à grandir.

Les Défis de l'Amour: Patience, Service et Pardon

Dans son exhortation apostolique Amoris Laetitia, le pape François souligne l'importance de la patience, du service et du pardon dans la vie conjugale. Il rappelle que l'amour n'est pas seulement un sentiment, mais une attitude active qui se manifeste par des actes concrets. Il exhorte les couples à cultiver la patience, à se mettre au service l'un de l'autre et à se pardonner mutuellement leurs erreurs et leurs faiblesses.

Avoir patience, ce n’est pas permettre qu’on nous maltraite en permanence, ni tolérer les agressions physiques, ni permettre qu’on nous traite comme des objets. Le problème survient lorsque nous exigeons que les relations soient idylliques ou que les personnes soient parfaites, ou bien quand nous nous mettons au centre et espérons que notre seule volonté s’accomplisse. Alors, tout nous impatiente, tout nous porte à réagir avec agressivité. Si nous ne cultivons pas la patience, nous aurons toujours des excuses pour répondre avec colère, et en fin de compte nous deviendrons des personnes qui ne savent pas cohabiter, antisociales et incapables de refréner les pulsions, et la famille se convertira en champ de bataille. C’est pourquoi la Parole de Dieu nous exhorte : « Aigreur, emportement, colère, clameurs, outrages, tout cela doit être extirpé de chez vous, avec la malice sous toutes ses formes » (Ep 4, 31). Cette patience se renforce quand je reconnais que l’autre aussi a le droit de vivre sur cette terre près de moi, tel qu’il est. Peu importe qu’il soit pour moi un fardeau, qu’il contrarie mes plans, qu’il me dérange par sa manière d’être ou par ses idées, qu’il ne soit pas tout ce que j’espérais.

Dans tout le texte, on voit que Paul veut insister sur le fait que l’amour n’est pas seulement un sentiment, mais qu’il doit se comprendre dans le sens du verbe ‘‘aimer’’ en hébreu : c’est ‘‘faire le bien’’.

L’amour nous porte à un sentiment de valorisation de chaque être humain, en reconnaissant son droit au bonheur. J’aime cette personne, je la regarde avec le regard de Dieu le Père qui nous offre tout « afin que nous en jouissions » (1Tm 6, 17), et donc j’accepte en moi-même qu’elle puisse jouir d’un bon moment. Cette même racine de l’amour, dans tous les cas, est ce qui me porte à m’opposer à l’injustice qui consiste en ce que certains ont trop et que d’autres n’ont rien ; ou bien ce qui me pousse à contribuer à ce que les marginalisés de la société puissent aussi connaître un peu de joie.

Aimer c’est aussi être aimable, et là, l’expression asxemonéi prend sens. Elle veut indiquer que l’amour n’œuvre pas avec rudesse, il n’agit pas de manière discourtoise, il n’est pas dur dans les relations. Ses manières, ses mots, ses gestes sont agréables et non pas rugueux ni rigides. Il déteste faire souffrir les autres. La courtoisie « est une école de délicatesse et de gratuité » qui exige « qu’on cultive son esprit et ses sens, qu’on apprenne à sentir, qu’on parle, qu’on se taise à certains moments ».[107] Etre aimable n’est pas un style que le chrétien peut choisir ou rejeter : cela fait partie des exigences indispensables de l’amour ; par conséquent « l’homme est tenu à rendre agréables ses relations avec les autres ».[108] Chaque jour « entrer dans la vie de l’autre, même quand il fait partie de notre vie, demande la délicatesse d’une attitude qui n’est pas envahissante, qui renouvelle la confiance et le respect […].

Si la première expression de l’hymne nous invitait à la patience qui empêche de réagir brusquement devant les faiblesses et les erreurs des autres, maintenant un autre mot apparaît - paroxýnetai - qui se réfère à une action intérieure d’indignation provoquée par quelque chose d’extérieur. Il s’agit d’une violence interne, d’une irritation dissimulée qui nous met sur la défensive devant les autres, comme s’ils étaient des ennemis gênants qu’il faut éviter. Alimenter cette agressivité intime ne sert à rien. Cela ne fait que nous rendre malades et finit par nous isoler.

L’Évangile invite plutôt à regarder la poutre qui se trouve dans notre œil (cf. Mt 7, 5). Et nous, chrétiens, nous ne pouvons pas ignorer la constante invitation de la Parole de Dieu à ne pas alimenter la colère : « Ne te laisse pas vaincre par le mal » (Rm 12, 21). « Ne nous lassons pas de faire le bien » (Ga 6, 9). Sentir la force de l’agressivité qui jaillit est une chose, y consentir, la laisser se convertir en une attitude permanente, en est une autre : « Emportez-vous, mais ne commettez pas le péché : que le soleil ne se couche pas sur votre colère » (Ep 4, 26). Voilà pourquoi il ne faut jamais terminer la journée sans faire la paix en famille. « Et comment dois-je faire la paix ? Me mettre à genoux ? Non ! Seulement un petit geste, une petite chose et l’harmonie familiale revient. Une caresse suffit, sans [rien dire]. Mais ne jamais finir la journée sans faire la paix ».[112] La réaction intérieure devant une gêne que nous causent les autres devrait être avant tout de bénir dans le cœur, de désirer le bien de l’autre, de demander à Dieu qu’il le libère et le guérisse : « Bénissez, au contraire, car c’est à cela que vous avez été appelés, afin d’hériter la bénédiction » (1P 3, 9).

tags: #notre #amour #sera #fecond #signification

Articles populaires: