L'interruption volontaire de grossesse (IVG), ou avortement, est un droit fondamental pour toutes les femmes. En France, des mesures significatives ont été prises pour renforcer ce droit et améliorer l'accès aux soins de santé reproductive. Cet article explore en détail l'IVG chirurgicale, en abordant la procédure, les délais, les conditions d'accès, les évolutions récentes et les aspects financiers.

Introduction

Le gouvernement français a récemment présenté un projet de loi visant à constitutionnaliser l'avortement, témoignant de l'engagement à consolider ce droit. Parallèlement, des mesures concrètes ont été mises en place pour améliorer l'accès à l'IVG, notamment par la généralisation de l'IVG chirurgicale pratiquée par les sages-femmes sur l'ensemble du territoire.

IVG Chirurgicale : Une Alternative Nécessaire

L'IVG chirurgicale, également appelée IVG instrumentale, est une méthode d'interruption de grossesse qui devient la seule alternative lorsque l'IVG médicamenteuse n'est plus possible. Elle consiste à aspirer le contenu de l'utérus à l'aide d'une canule introduite par voie vaginale, après dilatation du col de l'utérus.

Délai et Lieu de Pratique

L'IVG instrumentale peut être pratiquée jusqu'à la fin de la 14ème semaine de grossesse, soit 16 semaines après le début des dernières règles. Contrairement à l'IVG médicamenteuse, elle doit impérativement être réalisée dans un établissement de santé autorisé, tel qu'un hôpital ou une clinique. Dans certaines conditions, elle peut avoir lieu dans un centre de santé autorisé ayant établi une convention de coopération avec un établissement de santé.

Déroulement de l'IVG Chirurgicale

L’IVG se passe en 5 étapes :

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  1. La première consultation avec un-e médecin ou un-e sage-femme. Il t’examine. Il te parle des deux méthodes d’IVG. Il te donne une attestation de consultation médicale.
  2. L’entretien psychologique. Si tu as moins de 18 ans, cet entretien est obligatoire. Si tu as 18 ans ou plus, tu choisis si tu veux faire cet entretien ou non. Il se déroule dans un EVARS (espace vie affective, relationnelle et sexuelle), dans un centre de santé sexuelle ou avec un-e conseiller-ère conjugal-e et familial-e.
  3. La deuxième consultation avec un médecin ou une sage-femme. Il te donne une deuxième attestation de consultation. Tu confirmes par écrit que tu veux faire l’IVG. Tu choisis la méthode de l’IVG.
  4. L’IVG médicamenteuse ou instrumentale.
  5. La consultation de suivi avec le/la médecin ou le/la sage-femme pour vérifier que tout s’est bien passé et que tu vas bien.

Rôle Croissant des Sages-Femmes

Une avancée significative a été la possibilité pour les sages-femmes de pratiquer l'IVG chirurgicale. Cette mesure vise à lutter contre les inégalités en matière d'accès à l'avortement, en particulier dans les régions où le manque de praticiens spécialisés est un défi.

Formation Spécialisée des Sages-Femmes

Dans cette perspective, les sages-femmes suivront une formation spécialisée afin d'acquérir les compétences nécessaires pour pratiquer l'IVG chirurgicale en toute sécurité. Les sages-femmes effectuant des interruptions volontaires de grossesse par méthode instrumentale justifient du respect des conditions suivantes :

  1. Être titulaire d'un diplôme ou disposer d'une expérience professionnelle répondant à l'une des situations suivantes :
    • Être titulaire du diplôme d'État de docteur en maïeutique.
    • Disposer d'une expérience professionnelle préalable minimale d'un an dans le domaine de la santé de la femme, dont six mois en orthogénie, et avoir suivi une formation théorique préalable de deux jours portant sur le geste chirurgical d'interruption volontaire de grossesse, ses complications et l'analgésie locale.
    • Être titulaire d'un diplôme universitaire en orthogénie.
  2. Avoir suivi une formation pratique, dont la réalisation est validée par le responsable du service au sein duquel est réalisée la formation, répondant aux conditions suivantes :
    • L'observation d'au moins dix actes d'interruptions volontaires de grossesse par méthode instrumentale.
    • La réalisation d'au moins trente actes d'interruptions volontaires de grossesse par méthode instrumentale, sous la supervision d'un médecin ou d'une sage-femme, formé à cette activité et disposant d'une expérience en la matière de plus de deux ans ou ayant réalisé plus de soixante de ces actes.

Le directeur de l'établissement siège de la réalisation de cette formation remet une attestation de formation à la sage-femme.

Expérimentation et Généralisation

L'expérimentation de cette pratique a déjà été mise en œuvre avec succès dans 26 centres hospitaliers. Les résultats de ces expériences sont encourageants, démontrant la compétence et l'efficacité des sages-femmes dans la réalisation de l'IVG instrumentale. L'interruption volontaire de grossesse par méthode instrumentale est réalisée dans un établissement mentionné aux articles R. 2212-4 et R. 2212-5 du code de la santé publique. L'organisation de l'établissement de santé permet l'intervention, sur site et dans des délais compatibles avec les impératifs de sécurité des soins, d'un médecin compétent en matière d'interruptions volontaires de grossesse par méthode instrumentale, d'un gynécologue-obstétricien et d'un anesthésiste-réanimateur. Elle permet la prise en charge, sur site ou par convention avec un autre établissement de santé, des embolisations artérielles, dans des délais compatibles avec les impératifs de sécurité des soins, par des médecins justifiant d'une formation et d'une expérience dans la pratique de ces actes.

Aspects Financiers et Prise en Charge

Une IVG chirurgicale peut rapidement devenir une charge financière conséquente. En cas de dépassements d'honoraires, il est possible de faire face à des frais importants. Afin de couvrir ces frais supplémentaires et de garantir une prise en charge optimale, il est fortement recommandé de souscrire une mutuelle adaptée.

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IVG Médicamenteuse : Une Alternative

L’IVG médicamenteuse est une méthode d’avortement qui peut se pratiquer jusqu’à la fin de la 7ème semaine de grossesse, soit 9 semaines après le début des dernières règles.

Où pratiquer l’IVG médicamenteuse ?

L’IVG médicamenteuse est pratiquée par un ou une médecin ou sage-femme d’un cabinet de ville, d’un centre de santé, ou d’un centre de planification ayant signé une convention avec un établissement de santé.

Comment se déroule l’IVG médicamenteuse ?

La méthode de l’IVG médicamenteuse consiste à provoquer une fausse couche en prenant 2 médicaments différents : la mifépristone (MYFEGINE) qui interrompt le développement de la grossesse et le misoprostol (GYMISO) qui provoque l’expulsion de la grossesse. La prise de misoprostol est déconseillée par voie vaginale par les laboratoires (risque de douleurs abdomino pelviennes plus fréquentes).

Les saignements de la patiente lors d’une interruption de grossesse médicamenteuse peuvent survenir entre 30mn et 3 jours après la prise de médicament. Dans la grande majorité des cas, ils surviennent dans les 2 à 4 heures après la prise du 2ème médicament, le misoprostol. Dans 5% des cas, ces saignements surviennent dès la prise de la mifépristone (prévoir des protections menstruelles dès ce moment). La prise de misoprostol est toujours nécessaire car il peut rester des résidus de grossesse qu’il est important d’évacuer.

Les saignements qui s’ensuivent, plus ou moins importants peuvent durer de 10 à 20 jours. Ils sont comparables ou plus abondants que les règles, plus épais avec des caillots (qui proviennent de la muqueuse utérine). Leur abondance dépend du stade de la grossesse et sont souvent plus abondants après 7 SA (semaines d’aménorrhées) c’est-à-dire 5 semaines de grossesse. On peut parfois voir une boule blanche gélatineuse qui correspond à l’œuf appelé aussi le sac ovulaire dans les saignements.

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S’il n’y a pas de saignement à 24h, il faut contacter le ou la médecin ou sage-femme pour avoir une appréciation de la situation. Si aucun saignement ne se déclenche après 24h, il faut reconsulter sans attendre.

Le contrôle de l’efficacité de l’IVG médicamenteuse

Le contrôle de l’efficacité de l’IVG médicamenteuse est indispensable car il existe entre 1 à 5% d’échec et ou de complications. Ce contrôle peut se faire par une échographie de contrôle ou par une prise de sang de dosage d’hormones de grossesse (Bêta HCG). Le résultat de cette prise de sang sera encore positif même si l’IVG a fonctionné.

La vérification du fonctionnement de l’IVG médicamenteuse peut se faire par comparaison des dosages BHCG pré et post IVG. Lorsque le taux de Bêta HCG (dosage d’hormones de grossesse dans le sang), est inférieur à 2000 mUI/ml 2 semaines après l’IVG cela veut dire que l’avortement à fonctionné. Si le taux de Bêta HCG est supérieur au taux initial : la grossesse est évolutive et l’ivg par médicament n’a pas fonctionné.

Les règles reviennent généralement 4 à 6 semaines après l’IVG, selon la méthode contraceptive mise en place. Des complications peuvent parfois survenir jusqu’à un mois après l’IVG si la consultation de contrôle n’a pas été réalisée dans de bonnes conditions ou pas faite du tout.

La douleur lors d’une IVG médicamenteuse

Pratiquer une IVG par médicaments peut entraîner des douleurs plus ou moins fortes et qui sont très variables selon les femmes. Ces douleurs sont liées aux contractions que fait l’utérus pour expulser l’œuf. Le rapport à la douleur est variable selon les femmes et pour une même femme selon les situations.

Des anti-douleurs (antalgiques de la famille des anti inflammatoires non stéroïdiens couplet avec des anti-douleurs de niveau 2 disponible eux sur ordonnance) sont prescrits systématiquement par le ou la médecin ou sage-femme qui suit l’IVG et la prise de ces cachets est recommandée en prévention de la douleur 30 mn avant la prise de misoprostol.

Les complications possibles après une IVG médicamenteuse

Il peut arriver dans certains cas, que des complications surviennent parfois jusqu’à 1 mois après l’IVG. Ces complications peuvent se présenter sous formes de symptômes d’infection (fièvre à 38°qui dure plus de 24h après la prise de misoprostol), des douleurs différentes de celles des règles, des pertes inhabituelles en couleur et odeur. Il peut survenir également des effets indésirables (douleurs, fièvre, vomissements, diarrhées, maux de tête, vertiges, malaises, frissons et bouffées de chaleur) insoutenables et/ou qui persistent plus de 24h. Dans ce cas, la femme doit se rendre aux urgences avec la fiche de liaison IVG que la personne professionnelle de santé lui a donné.

IVG médicamenteuse et fertilité

Avoir recours à un ou plusieurs avortements médicamenteux dans sa vie n’entraine pas de risque d’infertilité, n’a aucune conséquence sur la fertilité et ne diminue pas la fécondité, contrairement à certaines idées reçues. Les femmes qui pratiquent une IVG médicamenteuse ne développent pas non plus de troubles psychologiques systématiques post-IVG comme une dépression ou un comportement suicidaire si elles n’en avaient pas avant et elles ne seront pas forcément traumatisées. Chaque femme va vivre l’IVG de manière singulière et si elle ressent le besoin de partager ses sentiments et d’en parler, elle pourra demander à être reçue en entretien individuel.

Les contre-indications à l’IVG médicamenteuse

Le risque principal d’une IVG médicamenteuse est le risque d’hémorragie. La Grossesse Extra Utérine (GEU) est une contre-indication à l’IVG médicamenteuse. Elle peut être repérée aux signes cliniques ainsi qu’avec la surveillance du dosage des BHCG. Cependant, en l’absence de facteurs de risque et de symptômes, une grossesse de localisation indéterminée ne contre-indique pas la prise des médicaments pour l’IVG. A contrario, les symptômes possibles d’une grossesse intra utérine peuvent être des seins tendus, des douleurs qui ressemblent aux douleurs de règles ou aux syndromes pré-menstruels, des nausées. Enfin, il existe d’autres contre-indications à pratiquer une IVG médicamenteuse comme les corticothérapies à long terme, porphyrie, troubles de la coagulation, insuffisance surrénale.

Droit à l'IVG pour les Mineures

Une femme enceinte, y compris mineure, qui ne souhaite pas poursuivre une grossesse peut en demander l’interruption. Il n’y a pas de limite d’âge. Si tu as moins de 18 ans, tu peux faire une IVG sans l’autorisation de tes parents. Si tu t’entends bien avec tes parents ou avec tes tuteurs légaux, tu peux leur demander une autorisation écrite si tu as moins de 18 ans. Mais cette autorisation écrite n’est pas obligatoire. Ce qui est nécessaire, c’est de te faire accompagner par une personne majeure, mais pas forcément tes parents. Si tu ne sais pas à qui demander, tu peux te faire aider en appelant IVG, contraception, sexualités au 0800 081 111 (appel anonyme et gratuit), du lundi au samedi, de 9 h à 20 h.

Qui aller voir pour faire une IVG ?

Il y a deux professionnels de santé que tu peux aller voir pour l’IVG : médecin et sage-femme. Tu peux trouver un-e médecin ou un-e sage-femme :

  • dans leur cabinet médical en ville ;
  • dans un centre de santé ou dans un centre de santé sexuelle ;
  • à l’hôpital ou dans une clinique.

A noter : les sages-femmes ne sont autorisé-e-s à réaliser des IVG instrumentales que dans un cadre hospitalier sous conditions. Tu peux te renseigner auprès d'un-e sage-femme ou dans le lieu que tu choisiras pour réaliser l'IVG.

Accompagnement et Soutien Post-IVG

Chaque personne vit différemment son IVG et la période qui suit. Ça peut être une période où tu es heureuse, une période où tu te poses des questions, ou une période où tu es triste.

Amélioration de l'Offre de Soins

Afin d’améliorer l’offre de soins proposée aux femmes souhaitant recourir à une IVG, la HAS actualise ses recommandations concernant l’intervention par méthode médicamenteuse. Trois quarts des IVG médicamenteuses sont assurées par les établissements de santé, où elles sont possibles jusqu’à 9 semaines d’aménorrhée, quand un quart le sont en ville, où le droit commun ne prévoit leur autorisation que jusqu’à 7 semaines d’aménorrhée.

La HAS considère que les IVG médicamenteuses peuvent être réalisées jusqu’à 9 semaines d’aménorrhée par un médecin ou une sage-femme, dans le cadre de son activité en cabinet de ville, dans un centre d’éducation et de planning familial (CPEF) ou dans un centre de santé. L'accès à l'IVG doit être simple et rapide : chaque femme doit obtenir un rendez-vous dans les 5 jours suivant son appel.

Séquence des Consultations et Informations Essentielles

La séquence des consultations relatives à l’IVG médicamenteuse à domicile ou à l’hôpital reste identique. Dès la première consultation, le professionnel doit informer la femme sur différents sujets : la nécessité du contrôle après 2 semaines en raison d’un risque possible de poursuite de grossesse, et l’obligation - en cas d’échec par méthode médicamenteuse - d’avoir recours à une méthode chirurgicale si l’interruption de grossesse est toujours le choix de la femme. Cette première consultation doit également être l’occasion de rechercher auprès de la femme d’éventuelles violences conjugales afin de pouvoir l’aider le cas échéant.

Entretien Psychosocial et Délai de Réflexion

La HAS précise qu’à l’occasion de la demande d’IVG, un entretien d’information, de soutien et d’écoute (c’est-à-dire un entretien psychosocial) doit être proposé par le médecin ou la sage-femme et réalisé pour les femmes qui souhaiteraient en bénéficier. Cet entretien est obligatoire pour les femmes mineures. Un délai de réflexion de 48 heures est prévu entre l’entretien et la deuxième consultation. Lors de cette deuxième consultation, la femme signe le consentement.

Protocole Médicamenteux et Sécurité

Dans sa recommandation, la HAS fait le point sur le protocole médicamenteux d’une IVG en ville ou à domicile jusqu’à 9 semaines, avec une présentation de ce protocole sous forme d’un schéma afin de guider au mieux les professionnels. Il faut souligner que la HAS recommande de ne pas administrer le misoprostol par voie vaginale mais par voie transmuqueuse orale ou sublinguale. Afin de garantir la sécurité de la femme, la HAS recommande aux professionnels d’évaluer la possibilité pour celle-ci de se rendre ou de joindre rapidement 24h/24 un établissement de santé qui puisse prendre en charge les complications de l’IVG.

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