Chaque année, la question de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) suscite un intérêt particulier en France, tant sur le plan social que médical. La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publie régulièrement des études approfondies sur le recours à l’IVG, offrant ainsi un éclairage précieux sur les tendances, les disparités territoriales et les évolutions des pratiques. Cet article se propose d'analyser les données les plus récentes, notamment celles de l'année 2024, afin de dresser un tableau complet de la situation en France.
Augmentation du nombre d'IVG en 2024
En 2024, la France a enregistré 251 270 interruptions volontaires de grossesse (IVG), selon une étude de la Drees. Ce chiffre marque une augmentation par rapport aux années précédentes, avec environ 7 000 IVG de plus qu'en 2023. Cette hausse s'inscrit dans une tendance observée depuis 2022, après une période de baisse en 2020 et 2021, liée à la pandémie de Covid-19. Le taux de recours à l’IVG s’établit ainsi à 17,3 IVG pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans en 2024, contre 16,8 ‰ en 2023.
Cette augmentation du nombre d’IVG survient dans un contexte de baisse de la natalité, accentuant ainsi le rapport entre le nombre d’IVG et le nombre de naissances vivantes. En 2024, ce rapport atteint 0,38, contre 0,28 en 2016. Plusieurs facteurs pourraient expliquer cette tendance, notamment la dégradation du contexte socio-économique qui a pu influencer les décisions d’accueillir un enfant, ainsi que l’allongement du délai légal de recours à l’IVG.
Répartition par âge et disparités territoriales
L'étude de la Drees révèle également des variations significatives en fonction de l'âge et du lieu de résidence. En 2024, les taux de recours augmentent pour toutes les classes d’âge, avec un taux de recours qui reste le plus élevé parmi les 25-29 ans : 29,8 ‰ contre 29,4 en 2023. Parmi les moins de 20 ans, le taux de recours demeure plus faible qu’il n’était il y a dix ans (5,5 ‰ contre 8,7 ‰).
Les disparités territoriales demeurent marquées, avec des taux de recours variant du simple au quadruple entre Les Pays de la Loire et la Guyane. En France métropolitaine, ils oscillent entre 12,4 ‰ dans les Pays de la Loire à 23,1 ‰ en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Dans les DROM, les taux fluctuent entre 19,0 ‰ à Mayotte et 46,5 ‰ en Guyane. Ces écarts peuvent être attribués à divers facteurs, tels que l'accès aux services de santé, les politiques locales en matière de contraception et d'éducation sexuelle, ainsi que les contextes socio-économiques spécifiques à chaque région.
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Prédominance de la méthode médicamenteuse et évolution des lieux de réalisation
Un autre enseignement majeur de l'étude de la Drees est la prédominance croissante de la méthode médicamenteuse pour la réalisation des IVG. En 2024, 80 % des IVG ont été réalisées par cette méthode, contre 68 % en 2019 et seulement 31 % en 2000. Cette évolution est en partie liée à l'autorisation de la pratique de l'IVG médicamenteuse hors des établissements de santé depuis 2005.
Ainsi, en 2024, 45 % des IVG ont été réalisées en dehors des établissements de santé, soit 112 310 IVG contre 43 067 en 2016. Cette tendance témoigne d'une volonté de faciliter l'accès à l'IVG et de proposer aux femmes un choix plus large de lieux de réalisation.
Rôle croissant des sages-femmes et impact de l'allongement du délai légal
La pratique de l'IVG par les sages-femmes en cabinet libéral s'est considérablement développée ces dernières années. En 2024, elles ont réalisé plus de 50 000 IVG, soit la moitié des IVG effectuées en cabinet libéral. Cette évolution contribue à une diversification des professionnels impliqués dans la prise en charge des IVG et permet d'améliorer l'accès aux soins, notamment en milieu rural ou dans les zones sous-dotées en médecins.
L’allongement du délai légal de recours à l’IVG, passé de 12 à 14 semaines de grossesse en mars 2022, a eu un impact limité sur le nombre total d’IVG. Selon la Drees, cette mesure n'a concerné que 2 à 3 % des IVG en établissement de santé. Toutefois, elle a permis d’offrir une solution aux femmes dont la grossesse dépassait le délai initial et qui souhaitaient recourir à une IVG.
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