L'émergence d'un certain nombre de pays du Sud tend à faire oublier que nombreux sont encore les pays marqués par une grande pauvreté. Le Nigéria, bien que n'étant pas classé parmi les Pays les Moins Avancés (PMA), partage certaines des problématiques et des défis auxquels ces pays sont confrontés. Cet article examine la situation du Nigéria dans le contexte des PMA, en mettant en lumière les défis économiques, sociaux et politiques auxquels le pays est confronté, ainsi que les perspectives d'amélioration et les stratégies potentielles pour un développement durable.
Qu'est-ce qu'un Pays Moins Avancé (PMA) ?
La catégorie des Pays les Moins Avancés (PMA) a été créée en 1971. Depuis, le nombre des pays qui en font partie est passé de 25 à 47. Quarante-sept pays sont actuellement classés par l’Organisation des Nations Unies (ONU) sous la dénomination « pays les moins avancés », ce qui leur donne droit, entre autres avantages, à une aide, à un accès préférentiel aux marchés et à une assistance technique spéciale. La liste des pays les moins avancés est réexaminée tous les trois ans par le Conseil économique et social de l’ONU d’après les recommandations du Comité des politiques de développement. En mars 2012, le Comité des politiques de développement a recommandé le reclassement des Tuvalu.
Les PMA sont d'abord définis par leur grande pauvreté, avec un revenu moyen par personne inférieur à 745 $ par an (320 $ au Libéria, 291 $ en RDC, 176 $ au Zimbabwe). La pauvreté des PMA impacte fortement leur indice de développement humain (IDH). L'espérance de vie, qui dépasse 80 ans dans les pays développés, tombe à 48 ans au Nigéria ou en Angola, à 46 ans au Lesotho, à moins de 45 ans en Afghanistan. Le risque de mourir en couche est de 1/16 dans les PMA, contre 1 sur 3 500 en Amérique du Nord par exemple. D'ailleurs, les principales causes de mortalité témoignent de la faiblesse des systèmes de santé : paludisme, sida, voire malnutrition.
Les PMA sont tous des pays à économie fragile, encore fondamentalement agricole, avec une population rurale souvent majoritaire (83 % au Niger, 85 % au Rwanda, 89 % au Burundi). Enfin, la plupart des PMA sont en situation de crise politique plus ou moins grave, plus ou moins structurelle. Les régimes en place sont souvent des régimes autoritaires et la corruption y est générale, ruinant toute tentative de développement autonome.
34 pays en Afrique font partie des PMA : Angola, Bénin, Burkina Faso, Burundi, République centrafricaine, Comores, République démocratique du Congo, Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Guinée-Équatoriale, Lesotho, Liberia, Madagascar, Malawi, Mali, Mauritanie, Mozambique, Niger, Ouganda, Rwanda, São Tomé-et-Príncipe, Sénégal, Sierra Leone, Somalie, Soudan, Tanzanie, Tchad, Togo, Zambie.
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Le Nigéria : Un Pays en Développement aux Multiples Facettes
Le Nigeria est un pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique) à revenus intermédiaires, tranche inférieure. Le Nigeria est une fédération de 36 États, plus le territoire de la capitale fédérale (Abuja). Le pays connaît une croissance démographie importante (2,7% en 2014, BM) : ses 177,5Mhab (BM, 2014) représentent un sixième de la population du continent et la moitié de celle de la CEDEAO (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest). Le Nigeria est un pays très urbanisé (51,47%) et représente aussi un important marché. L'alimentation des villes (24 villes comptant plus de 1 million d’habitants) est un débouché pour les produits agricoles et agro-alimentaires. Le PIB du Nigeria représente 80% du PIB de la CEDEAO (78,8% en 2014, BM).
L'agriculture (y compris la forêt et la pêche) joue un rôle primordial dans l'économie et la société nigériane. Elle emploie 22% de la population active selon la FAO (2014). cette part tend à se réduire (31,5% en 1990). Première puissance agricole d’Afrique de l’Ouest, le Nigeria représente 74% du PIB agricole de la CEDEAO, il ne pèse pourtant à ce jour que 8,6% des exports agricoles et agro-alimentaires de la CEDEAO (ITC, 2015), derrière la Côte d’Ivoire (42%) et le Ghana (22%).
Le pays comprend trois zones écologiques : la zone de savane sahélienne au nord, la savane guinéenne au centre, la zone de forêts au sud. Les précipitations annuelles moyennes sont de 1150mm, avec d'importantes variations (500mm au nord, 1000mm dans le centre, 2000mm en zone côtière).
Le pays dispose d'importantes ressources en eau superficielle (le bassin du Niger - fleuve Niger et ses affluents Benue, Sokoto et Kaduna - couvre 63% de la superficie du pays ; le bassin du lac Tchad couvre 20% de la superficie du pays, dans le nord-est ; les bassins des rivières littorales représentent 17% de la superficie du pays). Le Nigeria dispose également de ressources souterraines importantes.
Le potentiel irrigable au Nigeria est estimé à 2,1Mha (dont 1,6Mha depuis des eaux superficielles et 0,5Mha depuis des eaux souterraines) dont seuls 293000ha (soit 14% du potentiel) sont actuellement équipés pour l'irrigation (FAO, 2012). Le secteur agricole nigérian dépend ainsi encore fortement de la pluviométrie. L’agriculture nigériane se caractérise en majorité par de petites exploitations familiales peu productives, qui pratiquent en grande partie une agriculture pluviale de subsistance faiblement mécanisée.
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La pression exercée par la croissance démographique et le dérèglement climatique ont un impact sur les ressources menaçant la production alimentaire : la sur-exploitation des terres, la déforestation et le surpâturage sont sévères dans de nombreuses régions du pays. La sécheresse est devenue courante dans le nord, tandis que l'érosion et les inondations sont des problèmes majeurs dans le sud du pays.
Le Nigeria est le plus grand producteur de produits vivriers de la CEDEAO. Le Nigeria exporte vers les pays voisins, notamment le Niger, mais n’est pas autosuffisant (alors qu’il l’était dans les années 60, avant que ne soit découvert le pétrole) et importe de très grandes quantités de produits alimentaires à destination de l’importante population urbaine, faisant de lui un pays à déficit vivrier : il dépend des importations de (i) céréales pour 1,26Md€ en 2015 (ITC) avec le blé, premier poste avec 4,3Mt importées pour une valeur de 982M€ en 2015 (ITC), et le riz avec 783 000 t importées en 2015 pour une facture de 270 € (ITC) (ii) des fruits (plantain), (ii) du sucre, (iii) du poisson et (iv) de la viande de boeuf.
Le Nigeria est le premier producteur de céréales en Afrique de l’ouest, avec 45% de la production (2014, FAO). La production céréalière a doublé ces 20 dernières années, elle était de 25,8Mt en 2014. Diminuer le poids des importations de riz dans la balance commerciale est une priorité du pays. La demande intérieure de riz croît rapidement du fait de la croissance des populations urbaines, de l'évolution des préférences des consommateurs et de la hausse des revenus.
La production des oléagineux (soja, palmiers à huile) est en hausse au Nigeria, mais l'offre intérieure est toujours en retard par rapport à une demande croissante, tirée à la fois par le secteur avicole et les industries de transformation agro-alimentaires. Le Nigeria est le quatrième producteur africain de cacao, derrière la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Cameroun. La production (300000t en 2013 (USDA)), représente entre 5 et 6% de la production mondiale. Malgré un niveau de production relativement faible au regard de ses voisins, le cacao est néanmoins la première culture d’exportation au Nigeria, et le deuxième produit d’exportation après le pétrole. Les plantations de palmiers à huile ont été détruites pendant la guerre civile et la filière est en voie de relance. Le Nigeria est le troisième producteur ouest-africain de noix de cajou (anacarde) derrière la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, avec 155000 t produites en 2015.
L’élevage bovin (20M de têtes) est un élevage pastoral extensif pratiqué à 90% dans le nord du pays par les éleveurs nomades ou semi-nomades. 70% des petits ruminants sont élevés également dans cette zone (troupeaux mixtes). Le Nigeria dispose de 853km de côtes maritimes. À côté des eaux littorales, les eaux intérieures s'étendent sur 14Mha et constituent également une ressource. Le poisson est une source importante de l’alimentation des populations. Sa contribution représente 28% des protéines animales.
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Défis et Opportunités pour le Nigéria dans le Contexte des PMA
Bien que le Nigéria ne soit pas classé comme un PMA, il partage certains des défis auxquels ces pays sont confrontés, notamment :
Pauvreté et inégalités : Malgré sa richesse en ressources naturelles, le Nigéria reste un pays où la pauvreté est très répandue, avec des inégalités de revenus importantes entre les différentes régions et groupes sociaux.
Dépendance aux matières premières : L'économie nigériane est fortement dépendante des exportations de pétrole, ce qui la rend vulnérable aux fluctuations des prix mondiaux et limite la diversification économique.
Faiblesse des infrastructures : Le Nigéria souffre d'un manque d'infrastructures de base, notamment en matière d'énergie, de transport et d'accès à l'eau, ce qui entrave le développement économique et social.
Gouvernance et corruption : La corruption reste un problème majeur au Nigéria, affectant la gouvernance, la transparence et l'efficacité des services publics.
Défis sécuritaires : Le Nigéria est confronté à des défis sécuritaires importants, notamment les conflits liés à la terre et aux ressources, ainsi que la menace terroriste de Boko Haram dans le nord du pays.
Cependant, le Nigéria dispose également d'atouts considérables qui peuvent lui permettre de surmonter ces défis et de progresser vers un développement plus durable :
Population jeune et dynamique : Le Nigéria possède une population jeune et en croissance, ce qui représente un potentiel important pour la main-d'œuvre et l'entrepreneuriat.
Richesses naturelles : Outre le pétrole, le Nigéria dispose d'importantes ressources naturelles, notamment des terres arables, des minerais et des ressources en eau.
Position géographique stratégique : Le Nigéria est situé dans une région stratégique d'Afrique de l'Ouest, ce qui lui confère un rôle important dans le commerce régional et la coopération économique.
Potentiel agricole : Le Nigeria est le plus grand producteur de produits vivriers de la CEDEAO. L'agriculture (y compris la forêt et la pêche) joue un rôle primordial dans l'économie et la société nigériane. Première puissance agricole d’Afrique de l’Ouest, le Nigeria représente 74% du PIB agricole de la CEDEAO.
L'Aide Publique au Développement (APD) et le Nigéria
L’aide publique au développement (APD) constitue donc le principal moyen dont disposent les pays les moins avancés (PMA) africains pour faire face à leurs besoins financiers. Toutefois, d'après les prévisions de l’OCDE, l'aide publique au développement (APD) devrait enregistrer une baisse comprise entre 9 % et 17 % en 2025, qui viendrait s’ajouter à la diminution de 9 % observée en 2024. Les perspectives au-delà de 2025 restent pour leur part très incertaines.
Cette baisse prévue est essentiellement due aux réductions annoncées par quatre grands fournisseurs d’APD. Pour la première fois en près de 30 ans, l’Allemagne, les États‑Unis, la France et le Royaume‑Uni ont tous diminué leur APD en 2024. Si les baisses annoncées se concrétisent en 2025, on assistera pour la première fois de l'histoire à une réduction simultanée, et sur deux années consécutives, de l’APD consentie par ces quatre pays.
En 2025, les pays les moins avancés (PMA) devraient subir une diminution comprise entre 13 % et 25 % de l'APD bilatérale nette fournie par les pays du CAD. Cette baisse pourrait atteindre entre 16 % et 28 % pour les pays d'Afrique subsaharienne. Dans le domaine de la santé, l’APD bilatérale devrait afficher une baisse pouvant aller de 19 % à 33 % en 2025 par rapport à 2023, poursuivant ainsi la tendance à la baisse qui a fait suite aux niveaux élevés liés au soutien apporté face au COVID‑19. En 2025, l’APD allouée à la santé devrait chuter en dessous des niveaux antérieurs au COVID-19.
Si les tendances en matière d’affectation de l’aide observées ces dernières années se poursuivent, ce sont les PMA, les pays d'Afrique subsaharienne et le secteur de la santé qui devraient être particulièrement exposés à la diminution des financements concessionnels publics.
Stratégies pour un Développement Durable au Nigéria
Pour surmonter les défis auxquels il est confronté et progresser vers un développement durable, le Nigéria peut adopter les stratégies suivantes :
Diversification économique : Réduire la dépendance au pétrole en développant d'autres secteurs économiques, tels que l'agriculture, l'industrie manufacturière et les services. L’ATA mise sur la modernisation du secteur agricole pour augmenter la productivité et les revenus, renforcer les chaînes de valeur et établir des partenariats avec le secteur privé. Il vise à convaincre la population que « l’agriculture est un business » et faire émerger des «agro-entrepreneurs ».
Amélioration des infrastructures : Investir dans les infrastructures de base, notamment l'énergie, le transport et l'accès à l'eau, afin de stimuler la croissance économique et d'améliorer les conditions de vie.
Bonne gouvernance et lutte contre la corruption : Renforcer la gouvernance, la transparence et la redevabilité, et lutter contre la corruption à tous les niveaux de l'administration publique.
Investissement dans le capital humain : Améliorer l'accès à l'éducation, à la santé et à la formation professionnelle, afin de développer le capital humain et de favoriser l'innovation et l'entrepreneuriat.
Promotion de l'agriculture durable : Soutenir l'agriculture durable et la sécurité alimentaire, en investissant dans la recherche, la technologie et les infrastructures agricoles.
Renforcement de la coopération régionale : Collaborer avec les pays voisins dans le cadre de la CEDEAO pour promouvoir le commerce régional, la coopération économique et la sécurité collective. Le Nigeria est membre de la CEDEAO (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest) et abrite le siège de cette organisation économique régionale. L’ECOWAP/PDDAA se veut le cadre de référence des interventions régionales en matière de développement agricole. Il vise à construire un marché régional performant en s'appuyant sur les exploitations familiales et la promotion des entreprises agricoles grâce à l'implication du secteur privé. Il repose sur la coordination de Programmes Nationaux d’Investissements Agricoles (PNIA) des pays, et d’un Programme Régional d’Investissements Agricoles au niveau communautaire (PRIA). Le PRIA fédère les priorités régionales et combine les investissements et les reformes de politiques. La CEDEAO pilote un projet régional de réserves alimentaires d'urgence. Dans le cadre du G20, un projet pilote pour la mise en place au niveau régional de réserves alimentaires humanitaires d'urgence en Afrique de l'Ouest a été lancé.
Diversification des partenariats : Les pays africains doivent diversifier le paysage de la coopération au développement en renforçant les partenariats avec d'autres pays du Sud parmi lesquels la Chine, l’Inde, les États du Golfe persique et d'autres puissances moyennes comme la Corée du Sud et la Turquie. Ces partenariats (également avec l’Europe) devraient mettre l’accent sur les relations horizontales (d’égal à égal), à l’opposé des anciens schémas de dépendance et d’extraction, et promouvoir la participation de l'Afrique aux chaînes de valeur mondiales, ce qui nécessiterait des investissements dans la transformation locale des minerais, l'amélioration des réseaux routiers intra-africains et la fourniture d'énergie propre. En outre, les investissements privés des pays développés, notamment dans le secteur de l'énergie, qui jusqu’à présent se sont généralement concentrés sur des projets liés aux combustibles fossiles, devraient être diversifiés.
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