L'histoire des Poppys, groupe d'enfants chanteurs français, est un phénomène culturel complexe qui mérite une analyse approfondie. En utilisant une approche multidisciplinaire, allant de la mystique ancienne à la théorie sociologique, cet article explore l'histoire des Poppys, en s'appuyant sur l'autorité du dévoreur de pop culture Pacôme Thiellement et en utilisant des exemples tirés de la littérature, du cinéma, des jeux vidéo et de la musique.

La Conférence des Oiseaux et la Quête de Soi

Pour comprendre l'impact des Poppys, il est utile de se référer à un récit mystique ancien : « La Conférence des oiseaux » de Farid-Ud-In’ Attar. Ce conte persan et chiite raconte l'histoire d'oiseaux qui partent à la recherche de leur roi, le Simorg, qui réside dans la montagne de Qâf. Leur voyage est ardu et semé d'embûches, mais ceux qui persévèrent finissent par atteindre leur but et se découvrir eux-mêmes.

Ce récit initiatique se retrouve dans de nombreuses œuvres de la culture pop, comme Lost, Journey, Star Wars, Harry Potter et Matrix. Dans Lost, par exemple, les naufragés qui arrivent sur l'île ne veulent que la quitter, mais en fuyant l'île et ceux qu'ils appellent les « autres », ils deviennent eux-mêmes les « autres » et les gardiens de l'île. De façon exemplaire, le coup de théâtre de la saison 5 prend la forme d’une boucle de causalité : « En voulant l’annuler, Jack invente littéralement le point de départ de leur récit de vienote. » Lost emprunte donc la même forme que celle du conte soufi, et brode seulement mille histoires dans les histoires, flash-back dans les flash-backs, jusqu’à ce que tous ces plis narratifs ne forment plus qu’un seul énorme cerveau fou dans lequel les personnages sont enfermés.

Journey est un jeu vidéo culte inspiré de la lecture de Joseph Campbell par son créateur, Jenova Chen, mais également très proche de ce récit perse. Une étoile file dans le désert, à travers les dunes, puis à travers un cimetière étrange. Une petite silhouette masquée la regarde tomber, et se lève. C’est vous. Le joueur voit alors au sommet d’une montagne une lueur étrange d’où s’échappent probablement ces comètes. Le voyage commence : il traverse un désert, un sous-sol, des chutes de sable et de neige… Plus il se rapproche de la lumière et du sommet de la montagne, plus il prend de risques et perd ses pouvoirs. Et, finalement, il meurt. Il rejoint alors la source même de cette lumière et devient une âme parmi les autres s’étirant comme un faisceau lumineux à travers le ciel. Après un moment d’euphorie où l’on peut voler dans tous les sens, entouré d’anges mystérieux, on se change finalement en une de ces comètes aperçues au début du jeu (retour à la case départ). Le joueur devient ainsi exactement ce qu’il cherchait initialement. Ce jeu est de nos jours considéré comme le meilleur candidat au statut de chef-d’œuvrenote.

Ce qui est cherché se met justement à exister parce qu'il est cherché.

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La Prophétie Autoréalisatrice et le Pouvoir de la Croyance

La notion de prophétie autoréalisatrice, popularisée par le sociologue Robert K. Merton, est également pertinente pour comprendre l'impact des Poppys. Merton a décrit ces situations prophétiques comme résultant souvent d’une « perversité de la logique sociale », qui enraye le processus de délibération rationnel. Une prophétie autoréalisatrice est une prédiction qui, par le simple fait d'être énoncée, modifie le comportement des individus et finit par se réaliser.

Par exemple, en mars 1979, les journaux californiens annoncent des difficultés imminentes d’approvisionnement en essence, les automobilistes se ruent alors sur la station la plus proche pour remplir leurs réservoirs, mettant ainsi bientôt la Californie dans un état réel de pénurie. En réalité, l’acheminement de carburant était presque resté le même.

Dans le contexte des Poppys, on peut considérer que leur succès a été en partie dû à une prophétie autoréalisatrice. En chantant des chansons sur la paix et l'harmonie, ils ont contribué à créer un climat d'optimisme et d'espoir, qui a encouragé les gens à croire en un avenir meilleur. Cette croyance collective a, à son tour, renforcé leur popularité et leur influence.

La Pop Culture comme Vecteur de Transformation Personnelle

La culture pop, et la musique en particulier, peut être un puissant vecteur de transformation personnelle. Comme le dit RuPaul : « Fake it till you make it ! » (« Fais semblant jusqu’à ce que ça le fasse »). En d'autres termes, en adoptant une attitude positive et en se projetant dans un futur désiré, on peut influencer sa propre réalité.

Les Beatles, dans les paroles de la chanson Revolution, formulaient le modèle de ce type de conversion pop : « You say you’ll change the constitution/Well, you know/We all want to change your head/You tell me it’s the institution/Well, you know/You better free you mind instead. » La révolution est une révolution personnelle d’abord.

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Leonard Bernstein parlant de la pop music et de la politique dans le documentaire Inside Pop (1967), fait preuve du même scepticisme que les Beatles concernant le pouvoir politique de la pop music. Le message proprement révolutionnaire de ces jeunes chevelus glisse sur le chef d’orchestre comme l’eau sur les plumes d’un vieux canard. Bernstein s’en méfie un peu, et se range dans le camp de Zappa qui prédisait une révolution forcément bâclée (sloppy) à force de fumette. La drogue, l’amour et les déclarations intempestives du chanteur des Hollies (« la pop music peut contrôler le monde ») ne lui paraissent qu’être un prétexte pour montrer que « les kids peuvent être les héros des kids », c’est-à-dire constituer un motif d’inspiration personnelle.

Les Poppys : Un Phénomène Culturel Complexe

Les Poppys, avec leurs chansons pacifistes et leur image d'enfants innocents, ont incarné cette idée de transformation personnelle et collective. Ils ont offert à leur public un modèle d'espoir et de fraternité, et ont contribué à façonner une vision du monde plus positive.

Cependant, il est important de ne pas idéaliser ce phénomène. Comme le souligne Thiellement, la pop culture peut aussi être utilisée à des fins commerciales ou idéologiques. Il est donc essentiel de conserver un esprit critique et de ne pas se laisser aveugler par les messages simplistes ou les promesses illusoires.

Conclusion

L'histoire des Poppys est un exemple fascinant de la manière dont la culture pop peut influencer nos croyances, nos comportements et notre perception du monde. En analysant ce phénomène à travers le prisme de la mystique ancienne, de la sociologie et de la théorie de la communication, on peut mieux comprendre l'impact de la musique et de l'image sur notre société.

Il est important de se rappeler que la culture pop n'est pas une force monolithique, mais un ensemble complexe de discours, de pratiques et de représentations. En tant que consommateurs de culture, il est de notre responsabilité de nous informer, de réfléchir et de choisir les messages auxquels nous voulons adhérer.

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Annexe : Autres exemples de prophéties autoréalisatrices dans la culture pop

  • Le vision board : Vendu par Oprah Winfrey en personne, dont le principe consiste à imaginer son futur en composant un tableau d’images découpées dans des journaux et jetées pêle-mêle, de façon à se souvenir de ses projets, à reconnaître les opportunités et à les réaliser.
  • Les candidats de téléréalité et les chanteuses de R'n'B : Qui répètent qu'ils « écrivent leur légende », comme si le récit engendrait la réalité.
  • Les analystes financiers : Qui notent les marchés pour qu'ils ne s'écroulent pas sous le coup d'on ne sait plus quelle prophétie autoréalisatrice.

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