Gastronomie et mode, deux domaines qui semblent distincts, se rejoignent souvent dans une quête d'élégance et de raffinement. La France, reconnue pour sa cuisine unique et sa mode admirée, incarne cette synergie. Pour Nathalie George, la cuisine et la mode sont deux passions qui se nourrissent mutuellement. Son parcours, marqué par des défis et une adaptation constante, témoigne d'une vie riche en expériences et en partage.

Un Parcours Inattendu

Nathalie George est une combattante. Pendant près de 20 ans, elle a vécu dans une chambre de bonne de 6,50 m², coincée sous les toits d’un vieil immeuble du 16ème arrondissement de Paris. Au début des années 2000, un revers du destin propulse Nathalie George dans une chambre de bonne de 7 mètres carrés. Espace, confort, dépenses… Elle renonce à tout, sauf à l'amour de la cuisine et du partage, qui font depuis toujours le sel de sa vie. En tailleur Chanel, sur son petit réchaud, elle mêle ainsi astuces, imagination et bon sens pour concocter de merveilleux menus avec trois fois rien. Il y a les soupes du quotidien, que les étudiants viennent chercher dans le couloir. Il y a les plats italiens et ceux hérités de sa grand-mère, dont raffolent les voisins. Sous les toits du 6? étage, vingt ans durant, Nathalie George a fait de la convivialité un art de vivre. Voisins, étudiants, grands chefs de passage, amis de toujours… De la soupe parisienne à la salade de patates, au 6?, on déguste d'abord la joie d'être ensemble.

Cette expérience, bien que modeste en apparence, s'est révélée être une source d'enrichissement personnel. "J’aurais même loupé quelque chose si je n’avais pas connu une telle expérience. Ce n’était certes pas facile tous les jours mais je me suis adaptée." Elle a su vivre en harmonie avec son environnement et ses voisins, souvent de jeunes étudiants peu enclins à cuisiner. Elle s'est occupée de ses voisins de palier. Elle les voyait monter les escaliers avec des sachets de salade. Elle leur disait qu'ils pouvaient faire de grandes économies en allant au marché du coin. De plus, la qualité était bien meilleure. Il lui est souvent arrivé d'accompagner ses jeunes voisins fauchés au marché. Elle voulait leur présenter au bon chaland.

Récemment, elle a déménagé de son minuscule studio du 16ème arrondissement de Paris. Puis le destin a toqué à la porte : il a fallu déménager, traverser Paris d'ouest en est et entamer un autre chapitre dans un logement social de la rue Poliveau. Un endroit plus classique, objet de nouveaux défis. Comment s'adapter ? Comment, dans un studio traditionnel, perpétuer l'esprit du 6? étage, voire même l'ouvrir à des horizons imprévus ?

L'Influence de Gilberte : Un Héritage Culinair

Gilberte dite Gigi, était sa grand-mère adorée. Originaire du Nord de la France, veuve de guerre, autoritaire, elle a su lui « former le palais ». Elle était une grande emmerdeuse par conséquent elle avait des choses à dire et à transmettre. Sans discussion aucune, vous deviez finir votre plat. Il ne pouvait y avoir de gaspillage. Issue d’une bourgeoisie aisée de la Picardie, Gilberte a été mariée à l’âge de 15 ans et est devenue veuve durant la Première Guerre mondiale. Elle a alors décidé d’aller vivre à Paris seule avec son fils. Son second mariage, avec son grand-père, Jean-Émile, ancien combattant dans l’armée de l’air, a été un mariage d’amour. C’est Gilberte qui l’a demandé en mariage. Il s’agissait d’un couple, certes d’un milieu favorisé mais c’était impensable de jeter la nourriture. Ses grands-parents étaient d’une grande rigueur et s’occupaient des autres. Gilberte était radical-socialiste et respectait son personnel de maison.

Lire aussi: Découvrez la biographie de Nathalie Corré

Les souvenirs de sa grand-mère Gilberte l'ont beaucoup aidée. Elle a hérité d'une grande imagination, inventant de nouvelles recettes selon ce qu'elle trouve. Elle achète toujours plus de nourriture que j'en ai besoin. C’est aussi un héritage de sa grand-mère Gilberte. Il y avait toujours des vivres pour autrui. Les spécialités du terroir de Gigi, sa grand-mère Gilberte, occupent une place importante dans son cœur et dans sa cuisine.

Un Goût Précoce pour l'Italie

Même si elle est une vraie française, il est vrai que lorsque sa mère, qu’elle appelle Françoise, l’a emmenée à Portofino en Italie alors qu’elle était enfant, elle s’est sentie en osmose avec le lieu et les personnes qui ont été très affectueuses. De 7 à 17 ans, elle y passait une grande partie de ses vacances d’été. Portofino était plus joli à son sens que Saint-Tropez. L’Italie est son pays de cœur. La simplicité et l’accessibilité de la gastronomie italienne ont fait son succès. Le risotto, la mozzarella et les pâtes sont formidables, la réalisation est somme toute assez simple. La cuisine française, quant à elle, est plus élaborée. Cependant, la préparation de l’omelette peut s’apparenter au risotto.

Parcours Professionnel : De Dior à Christofle

Passionnée de mode, Nathalie George a commencé sa carrière chez Dior, Avenue Montaigne à Paris, où elle a occupé divers postes : ramasse-miettes pendant dix ans, vendeuse à tous les rayons, caissière, emballeuse et stockiste. "Il n’y a aucun sot métier. J’ai pu vendre à tous les rayons. J’ai été également caissière, emballeuse et stockiste. Passionnée de mode, j’ai aimé vendre les sacs à mains, les gants, les chapeaux bref tous les colifichets. J’ai appris à connaître le comportement des femmes. J’ai appris à faire les paquets ce qui lui a été fort utile lors de son époque chez Christofle. Nous devions porter un uniforme." Elle y a appris à connaître le comportement des femmes et à maîtriser l'art de l'emballage.

Elle devient ensuite styliste chez Christofle. Elle a commencé à travailler chez Christofle en 1980. Gilberte est décédée deux ans plus tard. Christofle a été la chance de sa vie. Au départ, elle était responsable des sélections de produits. En novembre 1982, par chance, on lui a demandé de sortir une collection d’objets cadeaux pour avril de l’année suivante. Elle n’a eu rien à perdre et elle s’est jetée corps et âme dans sa nouvelle fonction. Elle ne savait pas plus que cela du monde de la fabrication. Mais ayant à l’emballage chez Dior, elle a retrouvé les lieux de fabrication des objets (les plateaux, les cadres, les cache-pots) qu’elle avait emballés, en retrouvant les factures des objets. Sans le savoir, elle avait acquis chez Dior une culture et une connaissance des produits. Le service en porcelaine qu’elle a réalisé a été vendu chez Christofle pendant plus de dix ans.

Par la suite, elle a été contactée par Air France en tant que spécialiste des arts de la table et elle a gagné le concours pour la création du matériel de restauration à bord pour les trois classes. Le processus étant long et avec le changement de présidence d’Air France, le service n’a finalement pas été intégré à la Première. Elle a également travaillé au Japon grâce à la réunion des musées nationaux en réalisant l’identité visuelle d’un musée à Karuizawa. Elle a ensuite travaillé pour les chemins de fer japonais. Elle a un grand amour pour le Japon, pour la rigueur et le côté professionnel. Son expérience chez Dior lui a été à nouveau bénéfique car elle avait eu une collègue japonaise qui l’avait initiée aux codes de son pays natal. Elle a d’ailleurs été sa première interprète pour son premier projet.

Lire aussi: Nathalie Andreani : Vérité ou prank ?

La Table : Un Lieu de Partage et de Décisions

Nathalie George est convaincue que les déjeuners et dîners sont indispensables pour le bon déroulement d’un travail. La table est un moment de partage et de retrouvailles. La France a cette tradition de régler des affaires autour d’une table. Cela existe mais nous n’avons pas réussi à le mettre en valeur. Elle déplore que les femmes préfèrent souvent des salades industrielles à des plats traditionnels et savoureux. "Les femmes de nos jours ont tort de préférer déguster une salade toute faite pleine de sucre ajouté au lieu d’un sandwich aux rillettes. La Française de l’après-guerre n’a jamais été grosse et pourtant elle cuisinait et mangeait de tout. Il y a du bon gras. C’est comme l’amour. La préparation est tout aussi agréable que l’acte de manger."

Anecdotes et Préférences Culinaires

Pour Nathalie George, le croque-monsieur est un plat délicieux, meilleur qu’un panini. Elle recommande la flamiche picarde, peu grasse, ainsi que les endives au jambon. Pour les non-végétariens, elle suggère les salades de pomme de terre avec une sauce échalote et du poisson fumé. Elle trouve la pâtisserie italienne trop sucrée et apprécie le retour au goût du jour du mont-blanc, du baba et des mille-feuilles.

Un Livre Autobiographique

Ce livre se lit plus comme une biographie que comme un livre de recettes de cuisine classique. Il associe bien l’histoire peu banale de Nathalie George et (surtout celle de sa grand mère pour qui elle voue un amour et une admiration sans borne) et la cuisine. France Télévisions est allé à la rencontre d'une cuisinière pas comme les autres. Un escalier de service, des chambres de bonnes, et, au bout du couloir, la cuisine du 6e étage. Nathalie George, 68 ans, a travaillé pour Christian Dior et la National Gallery de Londres. Elle a mené une vie confortable, puis il y a 15 ans, a essuyé un revers de fortune : elle a alors trouvé refuge dans une, puis deux chambres de bonnes. La passion de la cuisine ne l'a jamais abandonnée ; alors, elle a décidé de faire à manger pour ses voisins. Pour les légumes, un critère de poids : leur dimension. "Un gros chou vert, je ne peux ni le rentrer dans le réfrigérateur, ni le faire cuire", précise Nathalie George. Au menu : non pas les recettes de son ami, le chef Joël Robuchon, mais les spécialités du terroir de Gigi, sa grand-mère Gilberte. Élevée par ses grands-parents, la famille de la sexagénaire est désormais constituée de ses voisins, plus ou moins éloignés. Ce livre se lit d'avantage comme une biographie que comme un livre de recettes classique.

Lire aussi: Les défis de la maternité selon Nathalie Koah

tags: #Nathalie #George #biographie

Articles populaires: