Les archives, véritables mines d'informations, permettent de retrouver l'histoire de nos ancêtres, de nos maisons, de personnages célèbres et d'événements marquants. En France, les archivistes valorisent les 4 000 km linéaires d'archives conservées à travers des publications, des expositions et d'autres activités culturelles et éducatives. Les historiens, quant à eux, exploitent ces documents pour leurs recherches. Les services d'archives publiques, répartis sur l'ensemble du territoire, incluent les Archives nationales, départementales, régionales, communales et intercommunales, ainsi que les Archives des ministères de l'Europe et des Affaires étrangères, des Armées et de nombreux autres organismes publics. Les archives publiques, produites par les organismes publics et privés chargés d'une mission de service public, sont soumises à des règles spécifiques de collecte, de traitement, de conservation et d'accès.
Cet article se penche sur l'histoire de la maternité de Pontarlier, en explorant son évolution à travers les siècles et les transformations qu'elle a subies pour répondre aux besoins de la population.
Les origines hospitalières de Pontarlier
Pontarlier, située sur un axe reliant l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon à celle de Saint-Maurice d'Agaune (dans le Valais Suisse), fut probablement dotée assez tôt d'une chapelle et d'un hôpital. La première mention écrite de cet hôpital remonte au XIIe siècle (dans une charte de 1189). Cet établissement aurait été fondé par les sires de Joux et construit dans le faubourg Saint-Pierre, près de l'ancienne chapelle Saint-Pierre, entre les routes menant à Salins et à Besançon.
Reconstructions et agrandissements successifs
En attendant la reconstruction d'un bâtiment plus modeste (qui s'avérera insuffisant) qui ne débutera qu'en 1651, les malades sont hébergés dans la chapelle. Malheureusement, le 27 janvier 1656, un nouvel incendie ravage tout. Une nouvelle salle est reconstruite pour accueillir les malades et les passants, et les Ursulines, nouvellement arrivées à Pontarlier, prennent soin des malades.
En 1678, la Franche-Comté devient française. L'hôpital s'avère trop petit et son agrandissement est impossible en raison de la proximité des maisons et des deux rues qui l'entourent (emplacement de l'actuel hôtel Saint-Pierre). En 1684, la décision est prise de construire un nouvel hôpital au faubourg Saint-Étienne. Le 23 novembre 1685, les autorités municipales achètent « la maison du sieur Louis Tavernier au faubourg Saint-Étienne, pour faire l’hôpital ». Le nouvel hôpital, plus grand et placé sous la protection de Saint Joseph (et non plus de Saint Pierre) est achevé en 1700 selon les plans de l’architecte Jean Richard. En 1702 les anciens bâtiments sont vendus à la famille Beuque.
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Ce nouvel hôpital est à son tour détruit par le grand incendie accidentel de 1736. Il est reconstruit en 1740 sur les plans de l'ingénieur Querret, et agrandi en 1756 par la construction d'un bâtiment supplémentaire. En 1769, l'hôpital achète l'ancien emplacement de l'église Saint-Étienne (détruite par l'incendie de 1736), de sa cure et de son cimetière, pour permettre son extension. En 1854, ce nouvel établissement est rehaussé d'un étage suivant les plans de l'architecte Girod. En 1892, un orphelinat lui est adjoint, grâce au mécénat des frères Cretin, ainsi qu'un asile pour vieillards.
Au XXe siècle, l'hôpital est transformé, restructuré et agrandi à plusieurs reprises en fonction des nouvelles exigences hospitalières. La première maternité y est inaugurée en février 1935 en présence de Monsieur Georges Pernot, député de l'arrondissement de Pontarlier et ministre de la Justice.
Le rôle des communautés religieuses
Au XVIIe siècle, le service hospitalier était assuré par des religieuses Ursulines assistées d'un hospitalier, à la fois concierge et gardien. En 1700, ce sont deux religieuses hospitalières de l'ordre des Filles de Notre-Dame des Sept Douleurs (congrégation hospitalière issue de Beaune) qui sont détachées de l'hôpital Saint-Jacques de Besançon pour assurer le service hospitalier (et il est stipulé que les jeunes filles de la ville désirant devenir hospitalières seront préférées aux étrangères !).
Au début du XVIIIe siècle, l'hôpital peut soigner une douzaine de malades, hommes et femmes, dans une salle commune. Les lits sont séparés par des rideaux. Les matelas sont de paille. On se chauffe à la tourbe, on s'éclaire à l'huile. Dans le jardin, un coin est réservé pour le cimetière des religieuses. Les religieuses hospitalières sont 6 en 1719, puis 8 en 1789, pour s'occuper d'une trentaine de malades répartis en 37 lits en deux salles communes de 16 et 12 places, et quatre chambres particulières de 2 et 3 lits.
En 1790, les hospitalières de Besançon doivent quitter l'habit religieux. La mesure ne sera exécutée qu'en septembre 1792 après le décret du 18 août 1792 qui supprime les Communautés hospitalières. Les religieuses laïcisées peuvent continuer d'exercer leurs fonctions mais seulement à titre individuel. Expulsées en 1793 les religieuses sont remplacées par des infirmières improvisées ! Elles sont rapidement rappelées d'abord pour former le nouveau personnel laïque puis définitivement en 1795. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, elles ont été peu à peu remplacées par du personnel civil.
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Les chapelles de l'hôpital
Il y a effectivement deux chapelles à l’hôpital de Pontarlier : l’une, la plus récente est assez bien connue du public puisqu’elle est régulièrement utilisée pour les offices et par la communauté des religieuses de l’hôpital ; l’autre est beaucoup moins connue puisqu’elle a été intégrée dans les bâtiments administratifs de l’hôpital - tout en gardant sa structure primitive - et qu’elle n’est donc pas accessible au public. Toutes deux sont placées sous le vocable de Saint Joseph.
La plus récente est une curieuse construction du XIXe siècle réalisée en 1897 sur les plans de l’architecte E. Bérard. Le plan est tout à fait classique : une sorte de narthex ouvre sur une nef unique prolongée par un chœur en abside ; les colonnes du narthex supportent une tribune qui permettait aux malades du premier étage de suivre les offices ; des baies à vitrail dans le chœur et la nef éclairent l’ensemble. A noter que sous le maître-autel, ont été placées les reliques de Saint Eléodore et de Sainte Aurélie. Mais, c’est moins le plan de cet édifice qui est curieux que son décor, hérité d’une certaine mode orientaliste : colonnes à fût cylindrique et chapiteaux à décors, vitraux à décor de feuillages luxuriants, papyrus, voûte de la nef à ciel étoilé, voûte du chœur avec un Christ d’inspiration byzantine… Les peintures assez foncées du revêtement des murs et des colonnes et un éclairage naturel limité donnent à cette chapelle un aspect intérieur plutôt sombre et le contraste est violent avec le couloir de circulation très éclairé sur laquelle elle ouvre.
La chapelle du XVIIIe siècle Elle est beaucoup plus petite. Le retable, dont l’ensemble des boiseries a pu être conservé, est constitué par une partie centrale, deux retours latéraux de biais et deux autres retours incluant les portes d’accès : un tableau, la Sainte Famille, occupe la partie centrale du retable au-dessus du maître-autel qui, lui n’existe plus, deux autres tableaux sur les retours latéraux et deux statues situées au-dessus des portes, l’ensemble des boiseries étant de couleur claire, ornées de légers décors de couleur or. Ce sont surtout les deux statues qui méritent l’attention : un Christ aux outrages et une Vierge de déploration toutes deux en bois polychromé et doré. Le Christ est représenté assis, les mains liées, les yeux mis clos, nez pincé et lèvres entrouvertes comme en reprise de souffle, pommettes saillantes, portant une courte barbe et des cheveux mi-longs retombant sur ses épaules, drapé dans un manteau doré ; il se dégage du corps une certaine élégance ainsi qu’une réelle force physique tandis que le visage semble marqué par la fatigue. Au-dessus de l’autre porte, en pendant, la statue de la Vierge : drapée dans un manteau doré, la tête couverte par un long voile qui retombe en plis élégants, les mains croisées sur la poitrine, le visage levé vers le ciel, yeux mi-clos et pommettes saillantes elle aussi. Les deux sculptures semblent être de la même main, les visages présentant effectivement des caractéristiques identiques. Mais, il est difficile, voire impossible, de percer le secret de ces deux visages, de savoir quels sentiments le sculpteur a voulu leur faire porter : douleur, souffrance, lassitude, prière, interrogation, inquiétude… ? On peut aussi souligner le curieux rapprochement qui prévaut dans cet ensemble : les deux statues qui s’inscrivent dans le cycle du drame de la Passion encadrant le tableau d’une Sainte Famille au bonheur tranquille et souriant. Hasard ou volonté de construire une mise en scène, d’adresser au visiteur et au fidèle un message sur la fragilité de la vie ?
L'apothicairerie : ancêtre de la pharmacie
C’est la Révolution qui a organisé la pharmacie et sa pratique en France et remplacé le nom d’apothicaire par celui de pharmacien. Dans les hôpitaux, les médecins et les chirurgiens étaient des hommes mais les infirmières étaient des religieuses ; et c’est elles qui tenaient aussi l’apothicairerie. Ces apothicaireries, qui étaient en fait les pharmacies des hôpitaux, avaient en commun l’utilisation de remèdes à base de plantes et d’animaux et si l’on excepte quelques préparations très locales, les poudres, drogues et pilules concoctées étaient les mêmes dans les hôpitaux. symbole de la profession d'apothicaire, la chevrette était destinée à conserver des sirops, des huiles et diverses préparations liquides. L’apothicairerie proprement dite : c’est ici qu’étaient conservés les ingrédients nécessaires à la fabrication des onguents, pilules et autres élixirs. Une centaine de tiroirs à couvercle en bois (les tiroirs-coffres) servaient à la conservation des plantes médicinales. Ils sont sans doute de fabrication franc-comtoise avec une influence nivernaise, les faînceries comtoises étant d’origine nivernaise. Ils sont en forme d’urne. Ils ont remplacés de nombreuses pièces détruites et sont décorés de deux branches de laurier nouées délimitant l’emplacement pour le nom du médicament. Au XIXe siècle la faïence était progressivement remplacée par la porcelaine plus légère, plus résistante et plus imperméable. -1- La faïence[] est une terre cuite à base d'argile. -2- La porcelaine est une céramique fine et translucide produite à partir du kaolin par cuisson à plus de 1 200 °C.
L'évolution des maternités : l'exemple de Besançon
L'histoire de la maternité de Pontarlier peut être mise en parallèle avec celle d'autres maternités de la région, comme celle de Besançon. À Besançon, plus de 100 000 Bisontins sont nés dans un bâtiment construit au début des années soixante-dix, l’édifice de l’ancienne maternité La Mère et l’enfant qui va bientôt disparaître. C’était il y a un peu plus de 50 ans : le 2 mars 1973, la maternité de l’hôpital Saint-Jacques - qui se trouvait au sein de l’Hôtel de Montmartin depuis le début du XXe siècle - déménageait dans un nouvel édifice récemment construit le long de l’avenue du 8-Mai-1945. C’était l’acte de naissance du pavillon de La Mère et l’enfant, soit si l’on en croit L’Est républicain du 10 janvier de cette année-là, « 90 lits de gynécologie obstétrique », « 60 lits de pédiatrie » et « 15 lits de prématurés ».
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C’est là, ce même 2 mars 1973, qu’une « jolie petite fille de 2 800 grammes, prénommée Séverine » poussait « son premier vagissement », toujours selon L’Est républicain. Et c’est là que sont nés de nombreux Bisontins et Bisontines dans les années suivantes, soit plus de 100 000 enfants, selon Anne Vignot, la maire EELV de la Ville. Bref, un bâtiment, mais aussi un morceau d’histoire collective, comme le montrent les témoignages qu’a recueillis la collectivité (lire par ailleurs).
Le lieu a beau ne plus accueillir de parturientes depuis plus de dix ans - la maternité a déménagé sur le site Jean-Minjoz en octobre 2012 - il reste évidemment chargé d’histoires et de mémoire. « Je me rappelle, j’étais entre les cartons, raconte l’une des dernières mamans à avoir accouché là, le 30 septembre 2012. Il y avait une ambiance de fête.
L’édifice va cependant disparaître. Sa démolition débutera officiellement le 25 mai prochain : un évènement que la Ville a voulu rendre festif et populaire, « parce qu’on a tous une petite histoire qui nous lie à ce bâtiment », souligne la maire. Ce jour-là, de 14 h à 18 h 30, le site Saint-Jacques évoquera à la fois le passé et le futur - puisque cette partie de la cité est appelée à être profondément transformé. Des ateliers sont prévus, des visites de l’apothicairerie, mais aussi des expositions (lire par ailleurs) et de la musique sur une scène dressée pour l’occasion. Ce qui reste des salles de l’ancienne maternité. Et puis il y aura donc, à 15 h, le premier acte de grignotage du bâtiment. L’édifice qui était synonyme d’une certaine modernité il y a cinquante ans - ce qui n’était plus le cas au moment de sa fermeture - a déjà été désamianté et curé. Il devrait être entièrement démoli à la fin du mois de septembre.
L’une d’elles a répondu à l’appel à témoignages de la collectivité. Elle dit son émotion encore aujourd’hui chaque fois qu’elle passe devant La Mère et l’enfant. « Mon fils Cédric est né dans cette maternité presque flambant neuve en novembre 1973. Je vivais en Côte d’Ivoire en tant que coopérante, mais j’avais préféré venir accoucher ici, mes parents habitant Besançon […]. J’étais impressionnée par la modernité du lieu […]. À cette époque, les mamans avaient la chance d’être dorlotées par un personnel dévoué, mais sûrement en plus grand nombre que maintenant […].
Une nouvelle naissance se profile pourtant à l’horizon : un nouveau quartier doit en effet sortir de terre dans les années qui viennent sur le site de l’ancien hôpital Saint-Jacques. En commençant par la fameuse Grande bibliothèque qui réunira en un seul lieu une médiathèque d’agglomération, la bibliothèque d’études et de conservation et une bibliothèque universitaire. Soit 1 700 places, plus de 600 000 ouvrages et une surface plancher totale de plus de 14 000 m² pour un montant total de 85 millions d’euros. Le début des travaux, initialement prévu fin 2023 est maintenant annoncé en septembre 2024 avec un « objectif de livraison de l’ouvrage en 2027 ».
Ce sont donc près de 3 générations de francs-comtois et de bisontins qui ont fréquenté les berceaux de la maternité Saint-Jacques. Il fallait une journée symbolique pour marquer « le passage de témoin » aux générations futures. « D’un lieu qui prend soin et qui délivre la vie, nous souhaitons le transformer en un lieu…qui prendra soin des habitants et de la nature ». Anne Vignot, la Maire de Besançon, fière du morceau de béton arraché à l’ancienne maternité. Anne Vignot souhaite faire rêver les bisontins et les nouveaux habitants ! Pour passer du rêve à la réalité, il faudra que « Territoire 25 », l’aménageur public en charge de ce rêve éveillé, ne le transforme pas en cauchemar.
Si des architectes, nostalgiques des constructions béton sans âme, s’irritent de cette déconstruction, d’autres y trouvent l’occasion d’ouvrir ce nouveau quartier de cœur de ville vers la boucle du Doubs, emblème naturel de Besançon. Cette déconstruction va se faire sur une période de 3 mois par la société Cardem Centre-Est (filiale de Vinci Construction) à l’aide de deux énormes pinces dont la plus puissante a une force de 150 tonnes par cm².
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