La création de l'État d'Israël en 1948 est un événement charnière du XXe siècle, fruit d'un long processus historique et de multiples enjeux géopolitiques. Ce projet, né des aspirations du mouvement sioniste, a abouti dans un contexte de tensions exacerbées et de conflits régionaux, dont les répercussions se font encore sentir aujourd'hui.

Les Racines du Sionisme et l'Émergence d'un État Juif

Le sionisme, un mouvement politique et religieux, émerge dans les années 1880, tirant son nom de Sion, l'ancienne citadelle de Jérusalem. Inspiré par le récit fondateur de la Torah et confronté à la montée de l'antisémitisme en Europe, il prône la création d'un foyer national pour les Juifs de la Diaspora en Palestine. L'affaire Dreyfus en France symbolise cette montée de l'antisémitisme, incitant des figures comme Theodor Herzl à militer pour un État juif.

En 1896, Theodor Herzl publie "L'État juif", un texte fondateur qui marque un tournant dans la pensée sioniste. L'année suivante, il convoque le premier Congrès sioniste à Bâle, en Suisse, où il fonde l'Organisation sioniste, dont il devient le premier président. Herzl écrira dans son journal : « À Bâle, j’ai créé l’État juif. Si je disais cela aujourd’hui publiquement, tout le monde se moquerait de moi. »

Bien que plusieurs options soient envisagées pour l'emplacement de cet État, la "terre d'Israël", berceau du peuple juif selon la Bible, devient la destination privilégiée des sionistes. Dès les années 1880, le mouvement Hibbat Zion organise les premières alyas, des vagues d'immigration de Juifs vers la Palestine. Le Fond national juif, créé en 1901, collecte des fonds pour l'achat de terres, suscitant un engouement mondial et les premières tensions avec les populations arabes locales.

Le Mandat Britannique et les Tensions Croissantes

La Première Guerre mondiale marque un tournant majeur. En 1917, la Déclaration Balfour du ministre britannique des Affaires étrangères, Lord Balfour, exprime le soutien du gouvernement britannique à l'établissement d'un foyer national juif en Palestine. Cette déclaration, motivée par des considérations stratégiques et géopolitiques, ouvre la voie à une augmentation significative de l'immigration juive en Palestine.

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En 1920, le traité de Sèvres démantèle l’Empire ottoman et la Société des Nations (SDN) place la Palestine sous mandat britannique. Les Britanniques sont confrontés à des promesses contradictoires faites aux Arabes et aux Juifs, exacerbant les tensions dans la région. L'article 2 du mandat précise que le mandataire assumera la responsabilité d’instituer dans le pays un état de choses politique, administratif et économique de nature à assurer l’établissement du foyer national pour le peuple juif.

Dès lors, la population juive en Palestine augmente considérablement, encouragée par les restrictions d’immigration aux États-Unis et la montée du nazisme en Allemagne. La tension monte sur le terrain, marquée par des affrontements entre les communautés juives et arabes. Le 22 juillet 1946, l'organisation nationaliste juive Irgoun attaque à l’explosif l’hôtel King David, où sont installés les bureaux du gouvernement britannique.

La Shoah et l'Accélération du Processus de Création d'Israël

La Shoah, l'extermination de six millions de Juifs par le régime nazi pendant la Seconde Guerre mondiale, agit comme un catalyseur dans la création de l'État d'Israël. Les survivants du génocide se tournent vers la Palestine, toujours sous mandat britannique, dans l'espoir d'y trouver un refuge.

En juillet 1947, le navire Exodus arrive près des côtes palestiniennes avec 4 500 Juifs rescapés de la Shoah, mais est intercepté par les forces navales britanniques. L'image de ces réfugiés refoulés et détenus derrière des barbelés choque l'opinion internationale et met le gouvernement britannique dans une situation difficile.

L'évocation de la Shoah tient une place déterminante dans l’argumentation des responsables sionistes. Lors de la réception en juillet 1947 des membres de la commission d’enquête des Nations-Unies, Ben Gourion leur déclare : « Qui veut et qui peut garantir que ce qui nous est arrivé en Europe ne se reproduira pas ? Il n’y a qu’une sauvegarde : une patrie et un Etat ».

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Le Plan de Partage de l'ONU et la Guerre de 1948

Incapable de gérer la situation en Palestine, le gouvernement britannique se tourne vers l'Organisation des Nations unies (ONU). Le 29 novembre 1947, l'ONU adopte un plan de partage de la Palestine, proposant la création de deux États indépendants, un juif et un arabe, avec Jérusalem sous contrôle international.

Tous les pays arabes rejettent ce plan, tandis que l'URSS et ses satellites, malgré leur hostilité au sionisme, votent en faveur du projet, Staline y voyant une opportunité d'accroître son influence dans la région. Le 14 mai 1948, le mandat britannique s'achève officiellement.

Le même jour, David Ben Gourion, président du Conseil national juif, proclame l'indépendance de l'État d'Israël à Tel-Aviv. Le nouvel État se fonde sur la "loi du Retour", qui accorde à tout Juif du monde le droit de s'installer en Israël.

Le lendemain, le 15 mai 1948, les troupes de plusieurs pays arabes (Égypte, Irak, Jordanie, Liban, Syrie, Yémen) envahissent la Palestine, déclenchant la première guerre israélo-arabe. En janvier 1949, Israël remporte la guerre, agrandissant son territoire d'un tiers et atteignant 78 % de la Palestine mandataire. Jérusalem est divisée en deux, l'est sous contrôle jordanien et l'ouest sous contrôle israélien, qui la désigne comme capitale.

Conséquences de la Guerre et l'Émergence de la Question Palestinienne

La guerre de 1948 a des conséquences majeures pour les populations arabes de Palestine. Près de 700 000 Palestiniens sont expulsés de leurs terres et contraints de fuir, un événement connu sous le nom de Nakba, la "catastrophe" en arabe. Ces réfugiés palestiniens se retrouvent dispersés dans les pays voisins, où ils vivent souvent dans des camps de réfugiés, contribuant à la création d'une identité palestinienne en exil.

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Dès la déclaration d’indépendance d’Israël en 1948, David Ben Gourion pose un principe fondateur : « L’État d’Israël sera ouvert à l’immigration des Juifs de tous les pays de leur dispersion. » Le 5 juillet 1950, le parlement israélien vote la loi sur le retour qui permet à tout Juif de pouvoir immigrer et s’installer librement en Israël.

L'Évolution d'Israël et les Défis Continus

Dans les années qui suivent sa création, Israël se consacre à la construction de son État et à l'intégration des nouveaux immigrants. Le pays bénéficie d'une aide financière de la République fédérale d'Allemagne et met en place des politiques de développement économique et social.

En 1956, la crise de Suez, déclenchée par la nationalisation du canal de Suez par l'Égypte, conduit à une intervention militaire conjointe d'Israël, de la France et du Royaume-Uni. Cette crise met en évidence les tensions persistantes dans la région et les enjeux géopolitiques liés au contrôle du canal.

En mai 1964 naît l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) qui prône la lutte armée contre Israël. Les années suivantes sont marquées par des conflits et des attentats, exacerbant les tensions entre Israéliens et Palestiniens.

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