Le rock and roll, une forme musicale électrifiée et dansante, a émergé aux États-Unis au début des années 1950. Mais qui sont ces rockers pionniers, ces figures à l'origine de cette révolution musicale, sociologique et culturelle? Cet article vous propose un voyage dans le temps pour explorer les racines et l'évolution de ce genre musical emblématique.

Les Racines Afro-Américaines et la Ségrégation Raciale

Le rock'n'roll est le fruit d'une sédimentation et d'une hybridation des musiques populaires américaines, particulièrement dans les États du Sud, marqués par l'histoire de l'esclavage. Les esclaves arrachés à leurs terres d'Afrique ont apporté avec eux des imaginaires et des rythmes étrangers aux traditions musicales européennes. Le rock est issu en droite ligne du rhythm and blues (R&B), une forme très rythmique et dansante du blues, cette mélopée rugueuse et triste créée par les esclaves dans les plantations. Il est également influencé par la country, pratiquée par les petits fermiers blancs. Ce sont les Afro-Américains qui, les premiers, ont fait résonner cette musique et l'ont baptisée rock'n'roll, des termes empruntés au vocabulaire des marins et chargés d'érotisme.

Les musiques afro-américaines, matrice essentielle du rock, foisonnent dans les conditions difficiles de la ségrégation et du poids des préjugés raciaux aux États-Unis. L'appellation "race records" désigne le marché spécifique d’artistes noirs, classés et vendus "à part". Ces musiques accompagnent l’immense mouvement pour les droits civiques conduit par le pasteur Martin Luther King. Des auteurs et compositrices tels que Ray Charles, Marvin Gaye, Diana Ross et les Supremes, Wilson Pickett et Eartha Kitt produisent des chefs-d’œuvre divinement chantés, dont les paroles, la musique et le rythme sont adoptés par des millions de personnes.

La Formule de Base et les Pionniers

Dans sa formule de base, le rock est une musique à quatre temps dont les premier et troisième sont accentués. Il est généralement joué par un chanteur (souvent guitariste), un bassiste, un batteur et un guitariste soliste. Si les hommes sont les acteurs les plus nombreux et visibles (Chuck Berry, Gene Vincent, Buddy Holly, Eddie Cochran), de nombreuses femmes ont occupé la scène dès les années 1950, notamment en tant que chanteuses. Big Mama Thornton, par exemple, a enregistré la chanson "Hound Dog" en 1952, qui a inspiré de nombreux musiciens. D'autres figures féminines incluent Wanda Jackson et Janis Martin.

Elvis Presley et l'Explosion du Rock

Elvis Presley, un jeune camionneur de Memphis, met le feu aux poudres en 1956 lorsqu'il enregistre "That’s All Right Mama", une chanson d'Arthur "Big Boy" Crudup, guitariste de rhythm'n'blues, comme cadeau pour sa mère. La guitare country, légère et souple, remplace la guitare rhythm'n'blues, dure et rude. Elvis, enlacé à son pied de micro et agitant son bassin avec régularité, se fait plus que suggestif : le rock est là. Le signal est très clair pour des milliers, puis des millions de jeunes.

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Le succès d'Elvis Presley est phénoménal : sa voix, son sourire et son sens de la scène le placent rapidement au firmament. Un avantage majeur est qu'il est blanc, ce qui fait la différence dans une Amérique toujours ankylosée dans la ségrégation raciale. Cependant, le retour de bâton est sévère. On n’enfreint pas impunément les règles et la morale : des interpellations ont lieu partout, des autodafés sont organisés dans les États du Sud, et des chansons d’amour prudes et joliment sucrées à la radio remettent tout ce petit monde au pas.

Le Rock : Un Symbole de la Jeunesse et de la Révolte

L’allongement de la scolarité et l’extension du domaine des loisirs modifient la façon d’être jeune. Avec le cinéma, la musique rock en est un des premiers attributs. Le très vif succès que rencontre cette musique révèle le profond besoin que ressentaient à ce moment les jeunes, filles et garçons, de ne plus être les absents d’une société américaine guindée, engoncée dans ses préjugés raciaux, sociaux et religieux, habitée d’anticommunisme et installée dans le confort qui la gagnait alors : l’American Way of Life vanté d’une même voix par les publicitaires et les hommes politiques de l’Amérique blanche.

Cette nouveauté extraordinaire emporte l'adhésion des jeunes, et le rock est vite propulsé par la formidable puissance que sont en train d’acquérir les médias : radio, télévision et magazines, avant que le cinéma ne s’en mêle. Des films comme "L’Équipée Sauvage" en 1953, "Graine de Violence" et surtout "La Fureur de Vivre" en 1955, avec l’iconique James Dean, ont mis en image cette jeunesse insatisfaite et inquiétante pour la bonne société. Les quartiers populaires des grandes villes sont gagnés : les enfants d’ouvriers s’emparent avidement de cet étendard et défient le monde des adultes (parents, policiers, enseignants et religieux). Le rock ne réveille-t-il pas le goût de la liberté, cette vieille promesse américaine assoupie ?

L'Expansion du Rock en Europe et en France

Le coup est parti, difficile de l’arrêter. Partout en Europe, les radios installées dans les bases militaires américaines (sauf en France) diffusent du rock, du rhythm’n’blues, voire du blues. Les jeunes anglais y sont particulièrement réceptifs et forment des centaines de groupes dans toute la Grande-Bretagne.

En France, après-guerre, le jazz occupe une grande place à côté des formes plus traditionnelles d’une chanson riche d’un vaste répertoire et d’imposantes personnalités (Édith Piaf, Yves Montand, puis Georges Brassens, Jacques Brel). Méprisé par les élites parisiennes, le rock est édulcoré par une variante bon enfant, le twist, nom d’une danse où l’on se "tortille", adoubé par un show-business très conservateur. Johnny Hallyday sort en septembre 1961 "Viens danser le twist", une reprise du chanteur américain Chubby Checker. Le twist est dansé par les yéyés, nom quelque peu péjoratif reprenant le fameux « yeah yeah » traînant des bluesmen et autres rockers américains. Toutefois, l’engouement est vif et impressionnant : en France aussi, les jeunes veulent secouer leur époque et oublier la guerre d’Algérie qui guette les jeunes appelés au service militaire.

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L’émission de radio « Salut les copains », lancée en 1959, remporte un énorme succès et fait connaître jeunes chanteuses et chanteurs à peine majeurs, jetés sur le marché par des firmes de disques qui se font une concurrence sans pitié. Certains s’affirmeront comme des artistes majeurs : Françoise Hardy, Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, France Gall, Sheila, Claude François et quelques autres.

L'Évolution du Rock dans les Années 1960 et au-delà

En Grande-Bretagne, en 1963, les Beatles révolutionnent la musique, la mode et les états d’esprits de cette période. Audacieux, intrépides, s’affranchissant des règles et autres bienséances, ils font souffler dans les esprits un vent de liberté qui vient bousculer les normes en vigueur, qu’elles soient culturelles, politiques ou sociales. Sous l’influence des Beatles, le rock devient pop music (popular music), la musique dont tout le monde (ou presque) se réclame. Elle est partout : publicité, cinéma, roman, arts plastiques en subissent l’influence créatrice.

Aux États-Unis, les poètes de la Beat Generation ont jeté les fondements de la contre-culture. Dans leur sillage, Bob Dylan fait entrer poésie et introspection dans le monde du rock, accédant vite au statut d’icône. L’influence de Dylan est gigantesque : elle aura marqué l’ensemble de la sphère artistique et culturelle jusqu’à lui valoir l’attribution du prix Nobel de littérature en 2016.

Les progrès de l’amplification et des techniques d’enregistrement, l’amélioration sensible du niveau des musiciens et musiciennes, comme l’arrivée de substances sensées doper l’imagination et la créativité (qui ne feront hélas qu’engendrer morts, trafics et violences), propulsent le rock et ses rejetons vers de nouveaux horizons sonores. L’arborescence n’en finira pas de s’étendre : surf music (Beach Boys), folk rock (The Byrds), psychédélisme (Grateful Dead), garage rock (The Count Five), rock symphonique (Moody Blues) ou expérimental (Mothers of Invention).

Le Rock et les Festivals

Les concerts sont de mieux en mieux organisés, dans des salles de plus en plus grandes, et ils sont de plus en plus rentables, jusqu’à ce que s’impose la notion de festival. Le premier festival se joue à Monterey (Californie) en 1965 et réunit le gotha du rock de l’époque (Jefferson Airplane, Jimi Hendrix, The Who, Janis Joplin, The Mama’s and Papa’s), révélant une recette très rentable, notamment grâce au film et aux disques qui en sont tirés. En 1969, le festival de Woodstock est un événement aux résonances multiples qui donne raison aux jeunes et ambitieux promoteurs qui font du rock un business fructueux.

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Les Années 1970 et l'Évolution Continue

Bienvenue dans les années 1970 ! C'est l'arrivée de nouveaux groupes, de nouveaux noms, de nouveaux sons, plus durs, plus égocentrés, moins utopiques. Les Beatles se sont séparés, le rock est devenu un gros business et les nouveaux dieux du genre poussent les guitares et les voix dans les aigus. Les maisons de disques signent à tour de bras essayant de saisir la moindre nouvelle tendance. Le rock est envahi par des milliers de musiciens et musiciennes de plus en plus capables. Cette musique voyage, se métisse et s’enrichit, avec toujours cette constante : c’est d’abord une musique de danse. Et on danse partout !

L’électronique, de plus en plus présente dans la musique, encourage des changements colossaux : les studios d’enregistrement se multiplient, leur accès se démocratise tandis que la texture des sons, leur étirement, leur coloration sont à portée de mains sur une pléiade d’effets sonores (pédale wah-wah, sustain, fuzz, delay, etc.). Les synthétiseurs ouvrent un nouvel horizon musical largement popularisé au début des années 1970.

La composition, les musiques et les paroles ne suffisent plus à caractériser une chanson, un morceau de musique. Leur production va tout autant compter. La production, c’est justement cet agencement des sons que l’enregistrement permet de parfaire. Les Beatles et quelques autres avaient ouvert la voie à la fin des années 1960 en inaugurant le concept d’album : produire un disque, c’est un projet global, des chansons enchaînées à dessein, une cohérence d’ensemble qui permet de construire une œuvre et une pochette qui documente.

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