La commémoration de la naissance du Prophète Muhammad ﷺ, connue sous le nom de Mawlid al-Nabawi, est un moment de joie et de spiritualité pour de nombreux musulmans à travers le monde. Cependant, cette célébration est aussi source de débats théologiques et de divergences d'opinions au sein de la communauté musulmane. Cet article explore les différentes facettes de la naissance du Prophète, les traditions associées au Mawlid, ainsi que les controverses qui l'entourent.

Le contexte de la naissance du Prophète

La péninsule arabique, au moment de la naissance du Prophète, était un désert hostile parsemé de rares oasis. Elle était parcourue par des tribus d'éleveurs et des caravanes. Les grands empires orientaux, Byzance et la Perse, dédaignaient de l'occuper. C'est dans ce contexte que naquit Muhammad, dont le nom signifie "Celui qui est louangé". Les Iraniens l'appellent Mahmoud, les Turcs Mehmet, et les musulmans d'Afrique occidentale Mamadou. En Europe, les Anglo-Saxons l'appellent Muhammad, tandis que les Français, les Espagnols et les Allemands, ayant connu l'islam à travers les Ottomans, le désignent par Mahomet, une déformation phonétique du mot turc Mehmet.

La date de naissance : entre histoire et tradition

La date précise de la naissance du Prophète est un sujet de discussion parmi les érudits musulmans. Les dates estimées se basent sur les calculs du calendrier saoudien d'Umm Al-Qura. La fête du Mawlid an-nabaoui est célébrée le 12 rabîʿ al awal (troisième mois du calendrier musulman). Plusieurs sources historiques et biographies du Prophète mentionnent le 12 Rabi al-Awwal comme date de naissance.

  • Ibn Hisham (213 H): Le Prophète ﷺ est né le 12 de Rabi al-Awwal de Aam ul-Feel.
  • Allama Abu-ul-Hasan Ali Bin Muhammad Al-Mawardi (370-480 H): Le Prophète ﷺ est né 50 jours après l’événement de Ashab-ul-Feel et après la mort de Son père le Lundi 12th de Rabi al-Awwal.
  • Allama Ibn Khaldun (732-808 H): Le Prophète ﷺ est né le 12 de Rabi al-Awwal de Aam ul-Feel, la 40e année de l’Empereur Kasra Noshairwan.
  • Sheykh Abdul-Haq Muhadath Dehlvi (950-1052 H): La majorité des biographes et historiens soutiennent que le Prophète ﷺ est né dans Aam ul-Feel, le 12 de Rabi al-Awwal.
  • Nawab Muhammad Sadiq Hasan Khan Bohapalvi: La naissance (du Prophète ﷺ) eu lieu à La Mecque au moment de Fajr le Lundi 12 de Rabi al-Awwal de Aam ul-Feel. L’imam Ibn Jawzi a rapporté le consensus (Ijmah) des savants sur cette question.

L'émergence et l'évolution du Mawlid

La commémoration du Mawlid est une fête extra-canonique et tardive, dont l'inspiration serait chiite. Elle aurait vu le jour à la cour des califes fatimides (909-1174), chiites ismaéliens. Cette célébration palatine s'inscrivait dans le cadre des six mawlids qui commémoraient Ahl al bayt (les proches du Prophète). La fête du Mawlid est absente des livres des ʿibâdât (études sur les pratiques cultuelles). La première mention de sa célébration daterait du XIIe siècle. Depuis 1910, il est devenu fête nationale dans l’Empire ottoman.

Les traditions et les célébrations du Mawlid

La célébration du Mawlid prend diverses formes selon les régions et les cultures musulmanes. Il n’y a pas de prière spécifique à cette fête comme celle de ʿÎd al-Fitr ou ʿÎd al-Adhâ. Néanmoins, des rencontres et des conférences, qui rappellent la vie du Prophète, sont organisées au sein des mosquées ou des zaouias (édifice religieux musulman tenu par une confrérie). Au centre de ces cérémonies se situe la récitation d’un mawlid.

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La célébration du Mawlid met à l’honneur des poèmes relevant du genre littéraire arabe le panégyrique, al madh. En référence à cette fête, on les appelle aussi mawlidiyyat (sing. mawlidiyya, poème composé en l’honneur du Prophète à l’occasion de l’anniversaire de sa naissance). L’un des poèmes les plus connus est Qasidat al-Burda (Le poème du manteau), écrit par Sharaf Muhammad al-Din al-Busîri (1211-1294). Il est de coutume de réciter ce burda, ou « poème du Manteau » d’al Busîri, qui se compose de dix chapitres, dans les mosquées pendant le Mawlid. L’un des mawlids en arabe les plus largement récités actuellement est celui qu’a composé Jaʿfar b. Hasan al-Barzanjî (m.1119/1765) connu sous le titre ʿÎqd al-jawâhir. Le plus populaire des mawlids en turc (appelé Mevlid) est celui de Süleymân Celebi (m.825/1421) qui est toujours récité dans les mosquées de toute la Turquie lors de la célébration de l’anniversaire du Prophète.

C’est au sein des différentes confréries rattachées au soufisme (mystique musulmane) que la commémoration du Mawlid à une place de choix. À part les chants et les danses, cette fête s’accompagne aussi de pèlerinages et de processions. C’est le cas de la confrérie Tijâniyya répandue au Maghreb (Maroc et Algérie) et en Afrique subsaharienne (Sénégal et Mali). La ville de Tivaoune, au Sénégal, attire de nombreux disciples de la Tijâniyya pour commémorer la naissance du Prophète. Le terme gamou, qui désigne en wolof le mois de rabîʿ al awal, renvoie aussi au pèlerinage d’al Mawlid. La ville de Salé au Maroc est connue pour son moussem (fête annuelle qui associe une célébration religieuse à des activités festives et commerciales) des cierges de Moulay Abdallah Benhassoun qui a lieu lors du Mawlid. Cette tradition remonte au règne du Sultan saâdien Ahmed El Mansour Addahbi (1578-1603), qui avait été impressionné par la procession des cierges à Istanbul.

La fête du Mawlid s’exprime aussi par des mets spécifiques qui sont mis à l’honneur ce jour-là. À cette occasion ʿassîdat zgougou (mets à base de graines d’Alep farine sucre, œufs lait eau de rose) est préparée en Tunisie, alors que tamina (préparation à bases de semoule, miel et beurre) est consommée en Algérie.

Dans les moments d’aisance comme dans la difficulté, les gens se réunissent pour célébrer le Mawlid. Ils récitent le Qour’an القرآن, racontent la biographie du Prophète, se rappellent ses bons caractères… tout en partageant de la nourriture et en faisant des aumônes.

Controverses et oppositions au Mawlid

Néanmoins, cette pratique a engendré de nombreuses controverses et continue encore à susciter des divergences au sein des savants musulmans. Pour les opposants, elle relève d’une bidʿa, innovation blâmable, qui intègre des pratiques polythéistes comme l’imploration du secours du Prophète, mais aussi des pratiques réprouvées comme le chant dans les cérémonies qui accompagnent la fête. Par ailleurs, cette commémoration s’appuie sur une date n’ayant aucun fondement du point de vue historique.

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Certains musulmans hésitent à célébrer le Mawlid car ils ont entendu des choses qui ont pu les perturber, se demandant s’il est permis de célébrer le Mawlid. Les opposants au Mawlid se basent sur l'argument que ni le Prophète lui-même, ni ses compagnons, ni les générations suivantes n'ont célébré cet événement. Ils considèrent donc que c'est une innovation religieuse (bid'a) qui doit être évitée. Ils estiment que si le fait de commémorer la naissance était réelle et légiférée et qu’il y a en cela du bien, ils ne l’auraient pas délaissée.

Arguments en faveur de la commémoration du Mawlid

Malgré les controverses, de nombreux musulmans considèrent que la commémoration du Mawlid est une bonne innovation. Ils estiment que cela témoigne de l’amour pour le Prophète, de sa glorification et de la grandeur qu’il occupe dans le cœur de celui qui agit ainsi, et constitue une reconnaissance envers Dieu pour la grâce qu’Il a accordée en faisant apparaître Son Messager, qu’Il a envoyé comme une miséricorde pour les mondes.

L’Imam Abou Chamah, le Chaykh de l’Imam An-Nawawiyy a dit : « Et parmi les meilleures innovations de notre époque dans ce domaine, il y a ce qui se faisait dans la ville d’Erbil (que Dieu la protège) chaque année, le jour correspondant à la naissance du Prophète que Dieu l’honore davantage, à travers les aumônes, les bonnes œuvres, et l’expression de la joie par des décorations et des festivités. »

As-Souyoutiyy, dans son livre Al-Waça‘il fi Charhi ch-Chama‘il, a écrit : « Il n’y a pas de maison, de mosquée ou de quartier où l’on récite l’histoire de la naissance du Prophète sans que les anges n’entourent ce lieu, et sans que la miséricorde de Dieu n’embrasse tous ceux qui s’y trouvent. Les anges invoquent Dieu pour qu’Il leur accorde le bien. De plus, chaque musulman qui récite dans sa maison l’histoire de la naissance du Prophète verra Dieu écarter de lui et des siens la sécheresse, les épidémies, les incendies, les fléaux, les calamités, les malheurs, la haine, l’envie, le mauvais œil et les voleurs. Et lorsqu’il mourra, Dieu lui facilitera la réponse aux questions de Mounkar et Nakir et il sera placé en une résidence honorable, accordée par un Souverain tout-puissant. En effet, cette récitation témoigne de son amour et de sa joie pour notre maître Mouhammad (que Dieu l’honore davantage et le préserve de ce qu’il craint pour sa communauté). »

Le Chaykh ^Abdou l-Lah Al-Harariyy a dit : « Manifester la joie et installer des décorations et des banderoles pendant le mois de Ramadan fait partie de la glorification des symboles de la religion agréée par Allah, si l’intention est d’inciter les gens à jeûner et à accomplir les prescriptions du jeûne. Il en va de même pour la célébration de la naissance du Prophète صلى الله عليه وسلم (Al-Mawlid) et la commémoration du Voyage nocturne et de l’Ascension (Al-‘Isra‘ wal-Mi^raj). »

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