Le jazz, une musique née au début du XXe siècle aux États-Unis, plus précisément à La Nouvelle-Orléans, est le fruit d'un métissage culturel unique. Bien qu'il soit difficile de dater précisément sa naissance, l'effervescence des quartiers chauds de La Nouvelle-Orléans a rapidement conquis l'est américain. Le premier enregistrement considéré comme de la musique jazz date de février 1917 : un 78 tours de l’Original Dixieland Jazz Band. Cependant, le jazz existait déjà sous d'autres formes et appellations.
Les Racines du Jazz: Un Mélange d'Influences
Le jazz est une musique relativement jeune comparée à la musique classique, mais son évolution a été rapide. Il est un métissage entre la culture du peuple noir américain, la culture européenne et les chants d'église. Le jazz trouve ses origines dans un mélange culturel, résultat de l'intégration de traditions africaines emmenées aux États-Unis du XVIe au XIXe siècle par les esclaves, et de méthodes instrumentales, harmoniques et mélodiques inventées en Europe.
Le Blues: L'Âme du Jazz
L'une des influences principales du jazz est le blues, une autre musique noire rurale de la fin du XVIIIe siècle. Le blues est considéré comme le "papa historique du jazz" et influence plusieurs genres musicaux, dont le rock. Il s'agit d'un thème musical né dans la communauté afro-américaine, dérivé des chants de travail. L'histoire de ce genre musical a débuté dans le sud des États-Unis vers le XIXe siècle. Le blues est une complainte chantée, où le chanteur exprime sa tristesse. Le terme "blues" est une abréviation de l'expression anglaise "blues devils" ou "diables bleus", signifiant "idées noires".
En 1920, Mamie Smith enregistre "Crazy Blues" avec les Jazz Hounds, une fanfare jazz. Cet enregistrement est considéré comme le premier blues vocal et le premier enregistrement de musiciens afro-américains. On imagine bien dans les cabarets de La Nouvelle-Orléans, dès le début du siècle, les chanteuses accompagnées de cuivres chantant le blues à pleine voix.
Les Works Songs et Negro Spirituals: L'Héritage de l'Esclavage
À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, au sud des États-Unis, les ancêtres du jazz que sont les work songs chantés dans les plantations de coton par les esclaves, ainsi que le blues, sont considérés comme rustiques, prolétaires et d'assez mauvais renom. Les "work songs" étaient utilisés par les esclaves pour alléger la dureté de leur travail, apaiser la douleur causée par l'oppression et vaincre l'ennui. Ils permettaient également de synchroniser les mouvements lors de l'exécution des travaux de champs et de renforcer la solidarité. Le "call and response", une technique où un soliste commence le chant et le reste des travailleurs répond en chœur, est l'un des fondements du jazz.
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Le chant d'église ou negro spiritual a aussi vu le jour dans les plantations de coton dans le sud des États-Unis, vers le XVIIIe siècle. Les esclaves afro-américains ont interprété les chansons chrétiennes à leur manière, donnant naissance aux négros spirituals. Tout comme le "work song", le negro spiritual a permis aux esclaves afro-américains de créer des liens encore plus forts et symbolisait l'espoir d'un peuple opprimé.
Le Ragtime: Un Rythme Syncopé
Le ragtime fait partie des précurseurs du jazz. C'est un genre musical apparu aux États-Unis en 1897, mélangeant la musique des esclaves noirs avec de la musique classique européenne. Le ragtime désigne un syncopé, un motif rythmique régulier qui est interrompu soudainement par une note. Au début, le ragtime était une musique jouée avec un piano. Il a connu une forte popularité grâce au compositeur et pianiste américain Scott Joplin.
La Nouvelle-Orléans: Le Berceau du Jazz
Berceau du jazz, tel est le nom attribué à La Nouvelle-Orléans. La Nouvelle-Orléans était une ville réunissant plusieurs groupes ethniques, se démarquant par sa richesse culturelle. Elle a été fondée par les Français, mais est incluse dans le territoire américain. Bon nombre des Afro-américains abolis de l'esclavage ont vécu dans cette ville. Certains d'entre eux étaient sans emploi et ont trouvé refuge à Storyville. C'est dans ce quartier des plaisirs que la musique jazz a vu le jour, mettant en évidence la lutte sociale et les revendications de ces Afro-américains.
Après la fermeture du quartier de Storyville en 1917, les musiciens ont été obligés de se rendre dans d'autres villes dont Chicago et New York, générant le développement de la musique jazz. Les musiciens afro-américains originaires de La Nouvelle-Orléans se produisaient dans des bars clandestins.
Le jazz de La Nouvelle-Orléans était unique, devant son authenticité à sa richesse en improvisation. Le leader incitait les musiciens à proposer leurs propres idées pour enrichir les morceaux, créant l'improvisation collective, la signature du jazz de La Nouvelle-Orléans. Ce style de jazz a inspiré la musique jazz moderne, constituant un véritable laboratoire musical, une variante festive et inventive, qui a apporté un nouveau souffle au jazz blues et au jazz ragtime. Il était joué dans les rues, dans les bars et les cabarets.
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Charles « Buddy » Bolden (1877 - 1931) est considéré comme étant à l’origine du premier groupe de jazz de l'histoire. C’est en 1895 qu’il fonde son orchestre en mélangeant les styles de l’époque. A partir d'un répertoire de valses, mazurkas, ragtimes, blues rural, negro spirituals et musiques de défilés de rue, Bolden va rapidement créer un nouveau genre de musique en partie improvisé.
L'Expansion du Jazz: De Chicago à New York
Après la fermeture du quartier de Storyville en 1917, les jazzmen migrent vers le nord, à Chicago, où le « vieux style », le New Orleans jazz et ses adaptations, rayonnent. Le genre intègre du spiritual, du ragtime, les codes du blues, des compositions de jazzmen et des airs à la mode. C’est l’époque de l’improvisation collective polyphonique, dans une ambiance chaleureuse et spontanée. Les jazz-bands accompagnent régulièrement des numéros de claquettes ou tap dance dans les clubs de Chicago ou de Harlem. L’un des ensembles légendaires du « vieux style » est le Creole Jazz Band, dirigé par King Oliver. C’est le premier groupe de Louis Armstrong. Cette formation typique de 7 musiciens enregistrera en 1923 le célèbre morceau Dipper Mouth Blues. Les années 20 sont aussi marquées par les orchestres New Orleans Rhythm Kings ou Red Hot Peppers et l’émergence du style Chicago ou Chicago jazz. C’est le début des improvisations solistes. Parmi ses représentants majeurs, on retrouve Louis Armstrong, pionnier de la trompette solo et le cornettiste, pianiste et compositeur Bix Beiderbecke.
Dans les années 30, le jazz sort des cabarets et s’immisce dans le monde du spectacle. Il rythme désormais les prestigieux dancings de New-York. Les jazz-bands s’étoffent et se transforment en grands orchestres, les big bands, dont le pianiste et compositeur Fletcher Henderson est l’un des pionniers. Ces ensembles spectaculaires et disciplinés comptent jusqu’à 18 ou 20 musiciens.
L'Ère du Swing: La Popularisation du Jazz
Les années 30 ont beaucoup marqué l’histoire du jazz. Il a été finalement reconnu comme un genre musical à part entière. La période 1938 -1944 est « l’époque du swing » par excellence : jazz rime avec joie de vivre et le genre gagne en popularité. Les improvisations solistes deviennent plus fréquentes, puis essentielles. Chaque instrument a son moment pour briller. Benny Goodman, Glenn Miller, Gene Krupa, Duke Ellington ou Count Basie sont les célèbres chefs orchestraux des ensembles portant leur nom. Les années 1930-1940 correspondent à l’âge d’or des big bands.
Le swing, avec son rythme captivant, est l’essence du jazz. Si vous écoutez de la musique jazz, mais que vous n’arrivez pas à frapper les bons temps, c’est du swing. S’il faut parler de la structure du swing, elle est formée de couplets, de refrains et d’une partie de solos improvisés. Selon les musicologues, il bénéficie d’une ligne rythmique assez spéciale. C’est une combinaison des rythmes binaire et ternaire. C’est ce qui donne l’effet swing.
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L'Évolution du Jazz: Du Bebop au Jazz Fusion
Puis le jazz prend un tournant radical avec la naissance du bebop. Les musiciens, en quête de liberté, s’affranchissent de la discipline et de l’esprit des grands orchestres, jugés commerciaux, malgré la qualité des prestations. Cette rupture marque la fin des jazz-bands au sens strict du terme.
En 1940, c'est la révolution du bebop et l'apparition d'un répertoire original qui transforme complètement et complète celui issu du blues et des standards. Le bebop sera créé en réaction à la musique, joué par les big bands, en partie voués à l'animation musicale et à la danse. Pour la première fois, apparaissent des enchaînements harmoniques complexes et des compositions musicales aux tempi d'enfer. Le jeu be-bop est la première vraie révolution de cette musique afro-américaine qu'est le jazz. Les musiciens noirs affichent une nouvelle conception de leur art. Le saxophoniste américain Charlie Parker (1920 - 1955) est un très grand virtuose, ainsi qu'un musicien qui à marqué l'histoire du jazz. Il a joué un rôle essentiel dans l'apparition du style "Be-bop" dans les années 1940.
Pendant les années 40 de nouvelles tendances musicales ne tardent pas à apparaître. Le cool (littéralement : frais) est en rupture avec l'exubérance du be-bop, sans agressivité sonore. Il intégre des arrangements musicaux élaborés comme ceux de Gil Evans, Gerry Mulligan, ou du pianiste John Lewis. Le style harmonieux du cool jazz prend vraiment le contre-pied du be-bop en adoptant souvent des tempi plus modérés ainsi qu'en s'inspirant de la musique classique. Il se développe surtout sur la cote ouest des Etats-Unis, d'où son appellation jazz west coast.
Le hard bop qui apparaît début des années 50, se caractérise par l'intégration de thèmes bluesifiés aux structures harmoniques plus complexes du bebop. Dans l'histoire de la musique, le hard bop est en quelque sorte l'évolution naturelle du be-bop volontairement provocateur vers un style musical moins élitiste, plus consensuel et plus "grand public".
La musique jazz funk commence à apparaître aux États-Unis à la fin des années 50. Il marque une sorte de retour au jeu "sale" avec des rythmes aux motifs syncopés, marqués et insistants. C'est à la fin des années 60 que le groupe de James Brown, "The JB's" dont un des tubes est "Sex machine", invente le rythme syncopé très groove typique du funk que l'on nommera funk beat.
Le style afro-cubain issu du mélange du bebop et de la musique cubaine, est apparu dans les années 45 avec des artistes comme Machito, Dizzy Gillespie, Stan Kenton, Cab Calloway. Le matériau thématique du jazz s'enrichi d'influences puisées dans les musiques d'Amérique latine comme le Mambo ou la Rumba. Le percussionniste cubain Mongo Santamaria né à La Havane (1922 - 2003) fut un des précurseurs du genre.
La bossa nova, signifiant littéralement "nouvelle vague", est née au Brésil vers la fin des années 50. Selon Antônio Carlos Jobim, son principal inventeur avec João Gilberto, elle est issue de la rencontre de la samba brésilienne et du jazz. Les harmonies et les structures de la bossa nova sont issues du jazz et plus précisément du cool jazz, une des principales tendances stylistiques des années 1950.
La Salsa, musique d'influence cubaine, est faite à l'origine pour danser. Elle trouve ses origines dans le "Son" Cubain qui est un genre musical lui même datant de la fin du 19eme siècle. A partir des années 50, l'émigration portoricaine vers les Etats Unis a été intensive. De nombreux cubains émigrent aux États-Unis après la fin de la révolution cubaine. Les groupes de salsa apparaissent en grand nombre et s'installent sur l'axe New York - Miami - La Havane - San Juan.
Le jazz modal apparaît à la toute fin des années 50. L'album "Kind of Blue" en est définitivement le représentant le plus célèbre, et sera par ailleurs le disque le plus vendu de l'histoire du jazz. Le jazz modal est structuré autour d'un minimum d'accords et exige un maximum de liberté mélodique, d'enrichissements harmoniques et rythmiques de la part des musiciens improvisateurs.
Le free jazz qui se développe à la fin des années 50 et dans les années 60, se caractérise par la disparition du swing "classique", par un renoncement au thème, à la trame harmonique et à la tonalité. Les principes harmoniques et mélodiques n'étant plus d'actualité, le discours musical est en totale rupture avec ce qui à été composé et joué jusqu'à lors.
L'un des premiers groupes de jazz fusion, Weather Report, a été formé en 1971 par le pianiste Joe Zawinul et le saxophoniste Wayne Shorter. Il sera l'un des plus influents. Leur composition la plus célèbre reste Birdland. Les années 80 verront apparaître de nouvelles tendances, plus grand public, comme le smooth jazz.
Le Jazz Manouche: Une Spécificité Française
Dans les années 30, la France a été aussi marquée par l’apparition d’un style de musique un peu particulier : le jazz manouche. Ce style de jazz a vu le jour grâce au guitariste Django Reinhardt. C’est une combinaison du « swing américain », de la musique de danse populaire française et de mélodies gitanes. Son créateur était aussi un grand fan de musique classique. Le jazz manouche est devenu très populaire dans les années 30 grâce au « Quintet du Hot club de France », dirigé par Django Reinhardt et Stéphane Grappelli.
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