La situation actuelle dans la bande de Gaza, marquée par une guerre génocidaire menée par l’armée d’occupation israélienne contre la population palestinienne, met en lumière la nécessité de comprendre les origines et le développement du Hamas. Ce mouvement, diabolisé depuis les attentats du 7 octobre 2023, a des racines profondes dans l'histoire du conflit israélo-palestinien. Avant d'analyser la nature politique du Hamas, il est essentiel de reconnaître qu'Israël est perçu par beaucoup comme un projet colonial de peuplement visant à déplacer les Palestiniens de leurs terres.

Contexte Politique et Soutien International

Tout au long de son histoire, le mouvement sioniste, puis l’État israélien, se sont alliés aux puissances impérialistes occidentales, bénéficiant de leur soutien. Le génocide actuel à Gaza se déroule avec le soutien actif de ces puissances, qui relaient la propagande israélienne sur le « droit d’Israël à se défendre ». Dans ce contexte, il est crucial de réaffirmer le droit à la résistance des Palestiniens face à un régime d’apartheid, raciste et colonial. Ce droit inclut la possibilité d'utiliser des moyens militaires, comme toute autre population confrontée à des défis similaires.

L’État israélien criminalise toute contestation des structures d’occupation et de colonisation, qu’elle soit pacifique ou armée. Avant le Hamas et jusqu’à aujourd’hui, les factions de l’OLP, les organisations à la gauche du Fatah, les progressistes et démocrates palestinien.ne.s, ainsi que les civils sans idéologie affirmée, ont tous subi la répression israélienne. Même les manifestations pacifiques, comme la « Grande marche du retour », ont été violemment réprimées par l’armée d’occupation israélienne.

Les Origines du Hamas

Le Hamas, acronyme arabe de « Mouvement de résistance islamique », a été officiellement créé en décembre 1987, au début de la première Intifada palestinienne. Cependant, ses racines remontent à l’organisation égyptienne des Frères musulmans (FM), active dans la bande de Gaza depuis les années 1940, et à l’association al-Mujamma al-Islami fondée par Cheikh Ahmad Yassin en 1973 à Gaza et légalisée par l’armée d’occupation israélienne en 1979.

Initialement, les autorités d’occupation israéliennes ont encouragé le développement des structures d’al-Mujamma al-Islami dans toute la bande de Gaza, en particulier les institutions sociales et les activités politiques, afin d’affaiblir le camp nationaliste et de gauche. Les FM avaient adopté une attitude de non-confrontation envers les forces d’occupation israéliennes, se concentrant sur l’islamisation de la société.

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Évolution et Confrontation

Le choix de la confrontation non armée avec l’occupant israélien a été contesté au sein des FM au début des années 1980, conduisant à la création d’une nouvelle entité politique, le Jihad islamique, dirigé à Gaza par Fathi Shikaki. La création du Hamas en 1987 marque la fin de cette approche non armée, notamment sous la pression d’une partie de la base du parti, qui critiquait l’absence de résistance à l’occupation israélienne.

Le déclenchement de l’Intifada en 1987 a permis aux partisans d’une ligne de résistance contre l’occupation de gagner une position plus forte au sein du mouvement. Ils ont convaincu les plus récalcitrants de la nécessité de s’impliquer dans l’Intifada, arguant que le mouvement des FM et al-Mujamma al-Islami perdrait en popularité s’il refusait de le faire.

Un accord a finalement été trouvé entre la vieille garde conservatrice, favorable à une approche non conflictuelle avec Israël, et une jeune génération de nouveaux cadres militants, favorables à la résistance, par la création du Hamas en tant qu’organisation affiliée distincte. Cette formule permettait de rejoindre l’Intifada sans mettre directement en péril l’avenir des institutions du mouvement et de l’association al-Mujamma al-Islami.

La participation du Hamas à l’Intifada a été un grand succès. Le développement du Hamas a également été stimulé par des événements régionaux tels que le boom pétrolier d’après 1973, permettant aux monarchies du Golfe d’augmenter leurs investissements dans les mouvements fondamentalistes islamiques, et la création de la République Islamique d’Iran (RII).

Facteurs Régionaux et Internes

Les mouvements fondamentalistes islamiques dans les territoires palestiniens occupés (TPO) ont également bénéficié des revers majeurs de l’OLP, à commencer par la Jordanie en 1970 avec « Septembre noir » et la violente répression du régime jordanien contre les forces palestiniennes, qui a conduit à son transfert au Liban. Suite à la nouvelle expulsion des forces de l’OLP de Beyrouth vers Tunis en 1982, le mouvement national palestinien fut encore affaibli.

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Les dirigeants du Hamas ont refusé l’orientation de l’OLP et ont soutenu la résistance armée. Le Hamas a joué un rôle significatif dans la première (1987-1993) et la deuxième Intifada (2000-2005), tout en maintenant une position rhétorique forte contre l’accord de paix d’Oslo entre l’OLP et Israël.

De l'Opposition à la Participation Politique

Après sa conclusion, l’accord d’Oslo a été de plus en plus largement perçu comme une capitulation totale de l’OLP face aux exigences d’Israël. Dans ce cadre, le Hamas a gagné en popularité au sein des TPO. Dans le même temps, l’Autorité Palestinienne (AP) a été de plus en plus critiquée en raison de son incapacité à atteindre les objectifs nationaux palestiniens face à l’occupation et à la colonisation israélienne continue.

Le Hamas s’est lentement transformé d’un parti initialement refusant toute participation institutionnelle dans les années 1990 aux institutions héritées de l’accord d’Oslo à un accommodement politique avec ce dernier. Lors des élections législatives palestiniennes de janvier 2006, le Hamas a remporté la majorité des sièges.

Les puissances occidentales et Israël ont réagi en boycottant et en imposant un embargo sur le gouvernement dirigé par le Hamas, et en suspendant toute aide étrangère aux TPO. Les tensions entre le Hamas et le Fatah se sont intensifiées et ont mené à un conflit entre les deux acteurs, le Hamas chassant le Fatah de Gaza en juin 2007, tandis que l’AP prenait le contrôle total de la Cisjordanie.

Renforcement Militaire et Alliances

Parallèlement, le Hamas s’est considérablement renforcé militairement depuis la première incursion terrestre d’Israël lors de la guerre de 2008-2009, en partie grâce à ses liens croissants avec les Gardiens de la révolution iraniens et le Hezbollah, et au partage de l’expertise militaire de ses acteurs au mouvement palestinien.

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L’aile militaire dispose de roquettes fabriquées localement, mais les roquettes à longue portée proviennent de l’étranger, d’Iran, de Syrie et d’autres pays, en passant par l’Égypte. Le Hamas utilise également de nombreux pièges armés, tels que les engins explosifs improvisés (IED), un type d’arme non conventionnelle qui peuvent être activés de diverses manières et sous diverses formes. La faction utilise des obus et des mines.

Évolution Idéologique et Politique

Le Hamas a adopté sa première Charte le 18 août 1988, dans laquelle il reconnait son affiliation aux FM. Le mouvement islamique palestinien « considère la terre de Palestine comme un waqf islamique pour toutes les générations de musulmans jusqu’au jour de la résurrection ». L’opposition du Hamas à l’OLP a toujours été essentiellement politique et non religieuse.

La dernière charte du Hamas publiée en 2017 a connu des modifications majeures et représente une véritable tentative par le leadership du parti d’exprimer ses orientations politiques principales, par rapport à la première charte de 1988 considérée comme caduque depuis de nombreuses années par les principaux dirigeants du parti palestinien.

Dans la nouvelle charte, le contenu antisémite a été supprimé et la lutte du parti se tourne contre le sionisme. Le nouveau document ne mentionne plus aucun lien avec les FM, alors que l’Islam reste évoqué comme son cadre de référence. Dans ce contexte, la comparaison entre Daesh et Hamas doit être totalement rejetée.

Distinctions avec les Groupes Djihadistes

Alors que le Hamas est ancré dans l’histoire palestinienne et s’oppose à la colonisation et à l’occupation israélienne, Daesh est né de l’occupation américaine de l’Irak. Il est né d’Al-Qaïda en Irak, qui a combattu à la fois l’occupation américaine et le régime fondamentaliste chiite installé par les États-Unis et soutenu par l’Iran.

Les tentatives d’Israël et des gouvernements occidentaux de présenter le Hamas, et plus généralement les Palestiniens, comme des terroristes similaires aux organisations djihadistes ne sont pas nouvelles. Indépendamment de ce que nous pensons des attentats suicides, les opérations du Hamas s’inscrivaient dans le cadre d’une opposition à l’occupation et à la colonisation israéliennes, et non dans le cadre d’une lutte islamique mondiale.

Le Hamas a justifié le recours aux attentats suicides pour saper les discussions d’Oslo et empêcher toute sécurité de la population israélienne. Des organisations telles que Daesh ou Al-Qaïda présentent des différences dans leur formation, leur développement, leur composition et leur stratégie avec des partis politiques tels que le Hamas ou le Hezbollah au Liban.

Le Hamas a par exemple participé aux élections et aux institutions héritées des accords d’Oslo, tout en acceptant la diversité religieuse de la société palestinienne. En revanche, les djihadistes comme al-Qaïda et Daesh considèrent généralement la participation aux élections des institutions étatiques comme non islamique et se tournent plutôt vers des tactiques de guérilla ou de terrorisme dans l’espoir de s’emparer à terme de l’État, tout en s’attaquant aux minorités religieuses.

Rôle d'Israël dans l'Émergence du Hamas

Après l'assassinat d'Anouar El Sadate par des fondamentalistes en 1981, les autorités égyptiennes expulsent des islamistes palestiniens issus des Frères musulmans. Ariel Sharon, alors ministre de la Défense d'Israël, les autorise à revenir à Gaza. Les généraux de Tsahal ne craignent pas l’activisme des Frères, qui privilégient la réislamisation de la société plutôt que la résistance active à Israël.

En 1984, les services de sécurité israéliens découvrent que le cheikh Ahmed Yassine détient des fusils d'assaut destinés à l'organisation de commandos militaires. En décembre 1987, éclate la première Intifada. Les dirigeants israéliens pensent que l'OLP pourrait profiter de ce soulèvement pour devenir politiquement plus puissant et concentrent la répression sur le Fatah.

En 1988, tandis que s'accélère la militarisation du Hamas, l'OLP infléchit sa politique et finit par reconnaître le droit d'Israël à vivre « en paix et en sécurité ». Le 13 septembre 1993, Israël décide de s'entendre avec le Fatah pour signer les accords d'Oslo et donner naissance à l’Autorité palestinienne.

Le Hamas, qui s'oppose à toute négociation avec Israël, décide de torpiller le processus de paix par une série d’attentats-suicides anti-israéliens, en 1995 et 1996. L'opinion publique israélienne se radicalise et porte au pouvoir en 1996 Benyamin Netanyahou, opposé aux accords d'Oslo. À la fin de l'année 2000, le processus d'Oslo est complètement compromis et une seconde Intifada commence.

Éclairage Média et Évolution Récente

Un reportage de France 2 en 2003 souligne que le Hamas n'a pas toujours été traité en ennemi par Israël. En 1997, Israël libère Abdel Aziz Al-Rantissi, un dirigeant du Hamas, une décision aux lourdes conséquences. Le reporter souligne que cette organisation politique, considérée comme terroriste par la plupart des pays occidentaux, n'a pas toujours été traitée en ennemie par Israël.

Le Hamas se renforce et prend le contrôle de la rue à Gaza. Espérant renforcer son contrôle sur le territoire, l'État hébreu a également commis l'erreur d'affaiblir les services de sécurité palestiniens. À la faveur de la seconde Intifada qui éclate en 2000, le Hamas s'impose. Mouvement de résistance palestinien, le Hamas est sunnite et appartient à la mouvance des Frères musulmans, dont il se scinde en 1987.

L’idéologie du Hamas est la lutte contre l’occupation de la Bande de Gaza et de la Cisjordanie par Israël, la reconquête de ces territoires mais également de ceux constituant l’Etat d’Israël. Une charte est adoptée le 18 août 1988, dans laquelle les revendications politiques sont annoncées, notamment la reprise des territoires palestiniens mais également la disparition de « l’entité sioniste ».

À la différence de l’OLP qui est laïque, la dimension religieuse est essentielle pour le Hamas. Ainsi, la réislamisation de la société palestinienne est essentielle afin de résister à Israël, de reconquérir toute la Palestine et d’y instaurer la Charia. Le Hamas est investi dans les réseaux sociaux, éducatifs et humanitaires, comme les Frères musulmans.

Sur le plan politique, le Hamas est organisé en deux entités : l’une s’occupe l’intérieur, c’est-à-dire de la Bande de Gaza et de la Cisjordanie, l’autre s’occupe de l’extérieur et est basée en Syrie. Ces deux entités sont les organes de décision. Dans cette logique de la reprise de toute la Palestine, le processus de paix est refusé par le Hamas, notamment les accords d’Oslo négociés entre l’OLP et Israël en 1993.

À la suite des accords d’Oslo, le Hamas lance des attaques contre Israël. Son mode de fonctionnement est celui des attaques suicides, afin de protester contre l’occupation d’Israël mais également contre le processus de paix lancé à Oslo. A partir de la seconde intifada, les attentats suicides se multiplient.

Suite au décès de Yasser Arafat le 11 novembre 2004, des élections présidentielles sont organisées le 9 janvier 2005 et portent Mahmoud Abbas au pouvoir. Le Hamas ne présente aucun candidat à ces élections. Mais la situation change à la suite de l’élection de Mahmoud Abbas à la tête de l’Autorité palestinienne, qui décide de mener une politique de démocratisation des institutions palestiniennes, par la tenue d’élections municipales et législatives.

Le Hamas participe ainsi aux élections municipales de 2005 et remporte les municipales et décide de participer aux élections législatives qui se tiennent le 26 janvier 2006. Le Hamas les remporte avec 76 sièges sur 132. Cette victoire s’explique par la sanction des électeurs à l’encontre de l’Autorité palestinienne et du Fatah, notamment leur gestion du processus de paix et les questions de sécurité.

Sur le plan international, la victoire du Hamas entraine la fin des aides financières et économiques, mais le Quartet (USA, ONU, Union européenne, Russie) décide d’apporter une aide à la population, dans les domaines de la santé et de l’éducation. Certains Etat se désolidarisent néanmoins de la décision d’ostraciser le Hamas, comme la Russie en mars 2006 et comme l’Iran. Pour Israël, cette élection est durement vécue, car le Hamas refuse de le reconnaître.

En 2007, après plusieurs mois de difficultés, Mahmoud Abbas et le chef du bureau politique du Hamas Khaled Mechaal forment un gouvernement d’union nationale le 8 février, et Ismaïl Haniyeh reste Premier ministre. Les relations sont toujours difficiles avec Israël, qui maintient sa politique envers le Hamas et refuse de coopérer avec lui tant que les conditions de la feuille de route (reconnaissance d’Israël et fin de la violence) ne seront pas respectées, et les affrontements reprennent tant dans la bande de Gaza qu’en Cisjordanie.

Le 14 juin, le Hamas réussit à reprendre les positions détenues par le Fatah à Gaza. A partir de ce moment, l’Autorité palestinienne ne s’exerce plus qu’en Cisjordanie, la Bande de Gaza étant sous l’autorité du Hamas. Mahmoud Abbas déclare alors l’Etat d’urgence, dissout le gouvernement et prépare la tenue de nouvelles élections.

Pendant l’année 2008, les violences se poursuivent dans la Bande de Gaza, entre le Fatah et le Hamas mais également entre Israël et le Hamas, avec des tirs de roquette du Hamas vers Israël et des raids israéliens à Gaza. Dans ce contexte de très vive tension, l’Etat hébreu déclenche le 27 décembre 2008 l’opération « plomb durci » dont le but est de faire cesser les tirs de roquette touchant le sud d’Israël.

Le Conflit Israélo-Palestinien: Un Conflit Territorial

Le conflit israélo-palestinien est avant tout un conflit territorial entre deux peuples. Un peuple, les Palestiniens, vivait sur cette terre, administrée par les Ottomans puis par les Anglais. Un autre peuple, les Juifs, persécutés ailleurs, a commencé à émigrer sur cette même terre avec laquelle ils ont un lien religieux et historique.

Toutes les grandes étapes du conflit sont profondément liées à des enjeux territoriaux. Le conflit israélo-palestinien est donc né de la création d’un nouvel État revendiquant sa souveraineté sur une terre et de l’expulsion du peuple qui habitait cette terre. La guerre de 1967, qui a été un moment charnière, n’était autre qu’une affaire de conquête de territoires.

Dans cette guerre pour le territoire, le combat se mène mètre carré par mètre carré. En ce sens, Israël utilise de nombreux outils. La colonisation est une des armes principales. La construction du « mûr de sécurité » est aussi un outil territorial. Officiellement, le mur devait être construit sur la « ligne verte » et devait avoir pour fonction de faire un barrage sécuritaire. Cependant, le mur est construit plus à l’Est que la frontière prévue par l’ONU, ce qui permet aux Israéliens de gagner, de facto, du terrain.

De l’autre côté, les Palestiniens ne se déclarent pas vaincus et essayent désespérément de garder des bouts de terre. Certains Palestiniens expulsés choisissent de rejoindre des camps de réfugiés en Cisjordanie ou à Gaza plutôt que de partir dans les pays voisins ; parce qu’ils estiment que rester est une manière de résister.

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