Le blues, plus qu'un simple genre musical, est une expression profonde de l'expérience humaine. C'est une musique qui transcende ses racines douloureuses pour devenir un symbole universel de résilience et d'expression personnelle. Il est une tradition où le mystère plane, rendant difficile la détermination de ses origines précises. Il semble plutôt qu'un ensemble de facteurs ait conduit à sa naissance.
Les Racines du Blues : Un Mélange d'Influences
Le blues trouve ses racines dans les chants de travail et les "spirituals" chantés par les esclaves afro-américains dans les plantations du Sud des États-Unis au cours du 19ème siècle. Ces chants, souvent improvisés, exprimaient la douleur, la lutte, mais aussi l'espoir et la résilience. Ils parlaient des épouvantables conditions de vie et de l'envie d'évasion, permettant de communiquer et de garder leur identité à travers les épreuves communes. Ces chants étaient rythmé par les pioches, repris par des centaines de voix, ils donnaient la cadence à nos efforts.
On retient aujourd’hui plusieurs grandes influences : en premier lieu, le “negro spiritual”, un style de chants d’esclaves sacré qui voit sa naissance durant le 19ème siècle. L’une des principales différences entre les deux styles réside dans les thèmes abordés. Alors que le negro spiritual parle de la misère collective, le blues est quasi uniquement basé sur l’individu, sa vie, les difficultés qu’il peut rencontrer.
Il est à noter que le blues est aussi influencé par les chants traditionnels amérindiens et les gammes asiatiques. Le blues est la musique des minorités qui peuplent cette jeune et sauvage nation américaine. Et tout au long de son évolution, le genre ne cessera de s’adresser aux marginaux, aux révoltés et autres laissés pour compte de l’Histoire.
Le Negro Spiritual : Une Musique Divine d'Espérance
Privés de tout, même de notre humanité, nous nous sommes tournés vers Dieu avec simplicité et ferveur. Sur des rythmes venus d’Afrique, tous ensemble, nous avons loué et invoqué le Dieu libérateur de l’Ancien Testament. Et nous avons offert au Monde une musique divine, d’une espérance, d’une beauté et d’une force invraisemblable, une musique libératrice et salvatrice : Le negro spiritual. Dieu envoie Moïse en Égypte pour ordonner au pharaon : « laisse partir mon peuple », sinon « je frapperai tous tes premiers-nés ». Mon peuple « ne travaillera plus dans la servitude… Laisse-le partir avec le butin de l’Égypte.
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L'Émergence du Blues : Du Delta du Mississippi aux Villes du Nord
Le Delta du Mississippi est souvent cité comme le berceau du blues. Des artistes comme Charley Patton, Robert Johnson et Son House ont popularisé ce style dans les années 1920 et 1930.
À la fin du 19ème siècle, des artistes noirs se rassemblent et forment des spectacles dans des villes du sud des États-Unis. La popularité des musiciens est généralement limitée à leurs campagnes où aux villes qu’ils traversent. Des labels de musique s’intéressent alors à ce genre qu’ils viennent de découvrir et en font des disques : leur but est de les vendre à un nouveau public noir qui s’enrichit. Plusieurs artistes durant les années 1920 vont ainsi enregistrer, comme W.C Handy, Robert Johnson, Mamie Smith ou Ma Rainey. Cette période est celle du “classic blues”.
Dans les années 1940 et 1950, le blues a migré vers le nord, en particulier à Chicago et à Detroit, où il a été électrifié par des artistes comme Muddy Waters et Howlin' Wolf. C’est à Chicago que cela c’est électrifié. En 1950, avec l’arrivée de la première guitare électrique sans caisse (ou solid body), la Fender Broadcaster, le joueur peut à présent faire entendre des mélodies dans un orchestre : c’est enfin l’occasion de briller par des solos de guitare. L’harmonica s’amplifie lui aussi, et à présent on joue accompagné d’une basse et d’une batterie.
Robert Johnson : Mythe et Réalité d'une Légende du Blues
Robert Johnson est le premier du Club des 27, la série d’artistes « maudits » morts à l’âge de 27 ans. La légende raconte qu’il aurait signé un pacte avec le diable, à un carrefour (crossroad), ce qui lui aurait permis de devenir un virtuose du blues. Cependant, Robert Johnson ne serait pas le premier à avoir raconté cette histoire.
Caractéristiques Musicales du Blues
Le blues est toujours construit de la même façon : 12 mesures à 4 temps que l’on répète indéfiniment sur une gamme pentatonique (5 notes). Cette structure fixe permet aux musiciens de se repérer et d’improviser. La gamme pentatonique (souvent en mode mineur) est couramment utilisée dans la musique asiatique. Jouée ou chantée avec un léger abaissement (d’un demi-ton au maximum), cette note donne une sonorité particulière, caractéristique du blues. Discordante, venue d’ailleurs, probablement de la musique indienne, elle exprime le côté sombre voir ténébreux du blues.
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Le blues est un court morceau de 12 mesures se divisant en trois parties : (AAB) de quatre mesures chacune: 4 mesures sur la tonique (avec abaissement d’ un demi-ton du 7eme degré pendant la dernière demi-mesure), 2 mesures sur la tonique, 2 mesures de septième de dominante et 2 mesures sur la tonique. Cette structure est la séquence harmonique fondamentale du blues. Seule la mélodie inscrite sur ces accords diffère d’ un blues à l’ autre; et encore les mêmes phrases mélodiques se retrouvent-elles dans la plupart des blues chantés.
La principale caractéristique musicale du blues est l’altération d’un demi-ton vers le bas des 3eme , 7eme,voire 5eme degrés de la gamme. L’altération constituent une bémolisation ou plus exactement, selon Gilbert CHASE in Musique de l’ Amérique une « oscillation entre la note naturelle et la note bémolisée », c’ est à dire des notes « flottantes ». Bien que le blues soit dans le mode majeur, ces altérations incessantes créent une certaine équivoque, semblant les rejeter vers le mode mineur. Les notes ainsi altérées sont appelées en anglais les « blue notes ».
Dans la plupart des blues, chaque phrase chantée occupe 2 mesures puis vient une pause de 2 mesures pendant laquelle le ou les accompagnateurs du chanteur exécutent un break instrumental. La caractéristique essentielle et la plus originale du blues est le « swing ». Cette pulsation rythmique propre à la musique noire se retrouve sous des formes différentes en Afrique. Le rythme est la base d’une musique dansée, il existe aussi bien en Afrique qu’en Europe qu’en Asie, mais le balancement à contre- temps , le swing n’existe sous cette forme nulle part ailleurs qu’en Amérique.
Le Blues : Un État d'Âme et un Témoignage Social
Plus qu’une musique, « le blues c’est un état d’âme ». Le terme blues est une abréviation de l’expression anglaise blue devils : diables bleus, qui signifie idées noires.
Le blues a également joué un rôle dans le mouvement des droits civiques. Des chanteurs comme B.B. King et Nina Simone ont utilisé leur musique pour exprimer la lutte des Afro-Américains pour l'égalité et la justice.
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Je suis né, j’ai grandi et je suis devenu libre dans le delta du Mississippi. J’ai travaillé dur dans les champs de coton. Mon seul véritable espace de liberté était la musique. Plein d’espoir, je suis parti vers le nord chercher une vie meilleure, avec comme seul bagage ma vieille guitare aux cordes distendues. Je suis bien arrivé à Chicago mais ça ne s’est pas passé comme prévu… Je me suis heurté à la grande dépression et à la ségrégation. Ma déception a été énorme.
Tu t’es vu quand tu as bu ? Tu te crois au bout du rouleau alors que tu n’as pas encore touché le fond. Tu es là en train de pleurer sur ton sort. Tu te crois victime de ta propre vie. Tu titubes en plein jour. Tu es persuadé que Dieu ne peut rien pour toi, que tu as suivi le mauvais chemin. Tu as tenté le diable, tu croyais aux paradis artificiels.
Je suis ta plus douloureuse histoire d’amour : ta romance noire qui s’est mal finie. Elle t’a laissé avec le cœur blessé, meurtri mais toujours battant.
L'Héritage du Blues : Une Influence Indélébile sur la Musique Moderne
Le blues a influencé presque tous les genres de musique moderne, du rock au jazz en passant par la soul et le R&B. Des artistes comme Eric Clapton, les Rolling Stones et Jimi Hendrix ont tous puisé dans le blues pour créer leurs styles uniques.
Le genre donnera très vite naissance au Rythm and Blues puis au Rock’n’Roll, version du blues en binaire et au tempo plus acéré, interprété par des Blancs et pour des Blancs, tandis que le blues reste une musique majoritairement noire. Keith Richards, guitariste légendaire des Rolling Stones, se souvenait qu’adolescent, il récoltait avec ses camarades toutes leurs économies pour investir dans les dernières nouveautés du Chicago Blues arrivées fraîchement par bateau. La jeunesse anglaise en 1960 se reconnait rapidement dans le blues et le rock’n’roll, séduite par ce rythme libre, facile et diablement efficace qui envoutera tout le monde, des caves du Marquee Club aux ondes de la BBC.
Le Blues et la Culture Afro-Américaine
Dans « Le peuple du blues », Leroi Jones écrit: « Ce que je voudrais examiner, c’est le chemin pris par l’esclave pour arriver à la « citoyenneté ». Et je fonde mon analogie sur la musique de l’esclave citoyen- sur la musique qui lui est le plus étroitement associée: le blues, et une pousse ultérieure mais parallèle: le jazz. En d’autres termes, je dis que si l’on soumettait la musique du Noir en Amérique, dans toutes ses permutations, à un examen socio- anthropologique aussi bien que musicologique, il devrait en ressortir quelque chose ayant trait à la nature intrinsèque de l’existence du Noir dans ce pays aussi bien qu’à la nature intrinsèque de ce pays, c’est à dire sa société en général.
Seule la tradition orale permet aux individus de ce groupe social de se reconnaître, de garder leur identité et de se soutenir à travers les épreuves communes. Le chant, la musique, l’expérience commune du travail dans les champs, l’esclavage et ses contraintes en font partie. Les Noirs américains perpétuent donc par la musique et le blues une histoire commune.
La musique noire américaine a conservé la tradition africaine de participation des auditeurs. La séparation artificielle entre artistes et auditeurs de la musique occidentale n’ a pas cours ici. Au contraire, le succès de l’ artiste dépend très étroitement du soutien actif et des réponses que lui fournit son « public ». On retrouve au plus haut point dans l’ Eglise cet appel à une participation musicale de tous les instants lors des sermons dialogués des prédicateurs noirs avec leurs congrégations.
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