La Garonne, fleuve emblématique du sud-ouest de la France, entretient une relation particulière avec les Toulousains, qui l'aiment, la boivent et la voient couler sous leurs ponts. Pourtant, l'origine précise de ce fleuve reste une énigme, un mystère que les géographes et les habitants n'ont cessé d'explorer et de débattre.

Un Val d'Aran aux Multiples Sources

Les géographes s'accordent généralement à situer la source de la Garonne au cœur du Val d'Aran, en Espagne. Cependant, ce val est vaste et abrite de nombreuses sources potentielles. En effet, les flancs des montagnes de cette région catalane regorgent de mares, de lacs, de rigoles, de rus, de suintements et de jaillissements, chacun pouvant prétendre être LA source de la Garonne.

La difficulté réside dans la définition même de la source d'un fleuve. Traditionnellement, il s'agit du point le plus élevé d'où jaillit l'eau. Or, dans le cas de la Garonne, l'eau apparaît en plusieurs endroits, mais disparaît rapidement sous terre, rendant difficile l'identification du jaillissement le plus haut et de celui qui alimente la résurgence en venant du plus loin.

Le Débat Entre Altitude et Longueur du Parcours

Un débat oppose les géographes quant à la définition de la source : faut-il privilégier le point le plus haut ou le point qui permet le parcours le plus long à l'eau ? Celui qui tutoie le ciel ou celui qui vient de plus loin ? Cette question a alimenté de nombreuses polémiques, dignes des débats socratiques, autour de la source de la Garonne.

Le Trou du Toro et l'Hypothèse de Ramond de Carbonnières

Une autre énigme complexifie la question de la source de la Garonne : le Trou du Toro (Forau de Aigualluts en aranais). Ce gouffre impressionnant, situé à proximité de l'Aneto, engloutit les eaux provenant des glaciers environnants.

Lire aussi: Démarches en ligne : Avis de Naissance (Lot-et-Garonne)

En 1787, le pyrénéiste Ramond de Carbonnières émit l'hypothèse que ces eaux englouties ressortaient ailleurs et donnaient naissance à la Garonne. Cette théorie fut contestée, notamment par Émile Belloc.

L'Expérience de Norbert Casteret et la Confirmation du Guelh de Joéu

En 1931, Norbert Casteret réalisa une expérience audacieuse : il versa clandestinement six bidons de fluorescéine dans le Trou du Toro. Quelques heures plus tard, l'eau colorée réapparut dans une résurgence du Val d'Aran, le Guelh de Joéu (Uelh de Joeu, « l'Œil de Jupiter »), confirmant ainsi l'hypothèse de Carbonnières et faisant de Casteret un héros local.

Cependant, cette découverte ne résout pas complètement le mystère. L'eau du Guelh de Joéu provient du Trou du Toro, lui-même alimenté par divers rus, dont un que les Aranais situent au Pla de Berets et un autre que Casteret situe à l'est de la Maladeta, à l'Aneto, dans les glaciers orientaux des Monts Maudits, en Aragon.

Garonne Française, Aranaise ou Toulousaine ?

La question de la source de la Garonne soulève également des questions d'identité. Française ou Aranaise ? "Agenaise, Monsieur", répondit un vieil homme à un journaliste. Toulousaine, répondit un autre.

Au fond, l'important est peut-être moins de savoir d'où l'on vient que de savoir où l'on va. La Garonne est un fleuve multiple, aux sources diverses, qui traverse les territoires et les cultures, unissant les hommes et les paysages.

Lire aussi: Retour sur le parcours de Fernando Alonso

L'Étymologie du Nom "Garonne"

Le nom "Garonne" recèle également des mystères. Souvent issu du gaulois ou du latin, il pourrait avoir des origines encore plus anciennes. Le mot résulterait de deux racines pré-indo-européennes : "gar" ou "garra" (initialement "kar"), pour "pierre, caillou" et "unda" pour "eau". "Gar-unda" désignerait donc un "fleuve au lit caillouteux".

Cette appellation archaïque a évolué pour donner Gar umna (»unmna », « unna » ou « onno » signifiant « fleuve », en gaulois), « Gar unda » en latin, puis « Garonne «, en français et « Garona » en espagnol.

D'autres hypothèses suggèrent que "Garonne", qui s'appelle en occitan la/era Garona, signifierait "la rivière de (Celle de) l'Eau", une divinisation du cours d'eau bien connue chez les Celtes.

Au fil des siècles, le nom du fleuve a connu de nombreuses variations, en grec comme en latin : Garounas, Garina, Garumna, Garuna, Garunda…

La Garonne, de Toulouse à Bordeaux

Entre Toulouse et Bordeaux, la Garonne traverse Agen et reçoit ses principaux affluents sur la rive droite, le Tarn et le Lot, avant de se joindre à la Dordogne pour former l'estuaire de la Gironde et se jeter dans l'Océan Atlantique.

Lire aussi: Guide complet : taille des filles à la naissance

Le nom de "Gironde" viendrait vraisemblablement aussi du mot ligure "Garunda", qui sous l'influence du saintongeais, une langue d'oïl, a pris la forme de "Girunda", puis "Gironda". D'autres explications, plus poétiques, font venir Gironde du latin "girus rundae", "l'eau qui tourne".

Le Parcours de la Garonne : Des Pyrénées à l'Océan

La Garonne est un fleuve d'Espagne et de France, qui draine la majeure partie du Sud-Ouest français, confluant avec la Dordogne pour former l'estuaire de la Gironde. Sa longueur est de 650 km (575 km en excluant la Gironde).

La Garonne supérieure traverse, en Espagne, le riche val d'Aran : elle est formée de deux branches. La plus longue, la Garona de Ruda, sert de déversoir à plusieurs petits lacs dont le principal est situé à 2 343 m d'altitude ; elle reçoit bientôt sur sa droite un torrent descendu du Pla de Beret, que l'on considère localement comme la véritable source du fleuve. La branche occidentale de la Garonne, la Garona de Jueù, rejoint la rive gauche de la branche orientale, près du village de Las Bordas.

À son entrée en France, par les gorges de Pont-du-Roi, en Haute-Garonne, la Garonne n'est plus qu'à 575 m d'altitude, mais sa pente reste forte dans le Luchonnais, où des centrales hydroélectriques ont été aménagées dans les bassins de ses affluents. Elle draine un bassin-versant alors peu étendu (et dont la partie située en plaine est peu arrosée). Elle passe à Saint-Béat ; puis, dans le bassin de Marignac, elle reçoit, à gauche, le principal affluent de son cours montagnard, la Pique. Elle draine ensuite les bassins de Siradan et de Saint-Bertrand-de-Comminges et, au sortir de la montagne, reçoit à gauche la Neste (venue du Néouvielle).

Désormais, de Montréjeau à Saint-Martory, son cours, orienté de l'O. à l'E., est compris dans une ample dépression bordée par des terrasses alluviales ; la principale, à 50 ou 60 m au-dessus de la rivière, porte Montréjeau et Saint-Gaudens. Après le défilé de Saint-Martory, la Garonne reçoit la Noue, à gauche, et la Salat, à droite, sort des Petites Pyrénées par la cluse de Boussens, prend la direction du nord-est puis du N. et, grossie du Volp, de l'Arize, de la Louge.

La Garonne coule alors dans une plaine alluviale, la plus large de France, entaillée au Quaternaire dans les roches tendres de la mollasse. Le fleuve conserve néanmoins un caractère semi-torrentiel jusqu'aux portes de Toulouse, tant la pente longitudinale est sensible dans la large plaine ; aussi des hydrocentrales de basse chute, travaillant au fil de l'eau, jalonnent-elles ce fleuve. Par ailleurs, une partie des eaux permet, grâce au canal de Saint-Martory, d'irriguer la plaine de la rive gauche.

Le fleuve reçoit son dernier grand affluent pyrénéen, Ariège (descendue du massif du Carlitte, à droite), arrose Muret et Toulouse (point le plus oriental de son cours), où conflue le Touch. Ici encore, le fleuve est encadré de terrasses étagées bien développées, qui le dominent de 8 à 10 m, 15 à 20 m, 40 à 45 m.

En aval de Toulouse et jusqu'à son embouchure dans la Gironde, le fleuve coule vers le nord-ouest, et sa vallée est un peu rétrécie dans la gouttière aquitaine, entre les plateaux de Gascogne et le Massif central. De Toulouse à Ambès, la Garonne a une pente beaucoup moins forte que dans sa section amont (jusqu'à la construction du canal latéral, entre Toulouse et Castets-en-Dorthe, au milieu du xixes., des bateaux y circulèrent), mais les caractères pyrénéens ne s'atténuent que progressivement. Sur 193 km, de Toulouse à Castets-en-Dorthe, elle ne descend que de 130 m. Elle coule dans une plaine alluviale, moins large qu'en amont de Toulouse et dont la basse terrasse, souvent plantée de peupliers, est menacée par les inondations.

La région de la confluence avec le Tarn (rive droite, né sur le versant sud du mont Lozère, forme une vaste plaine humide couverte de prairies et dominée par des terrasses, domaine d'une polyculture (blé, maïs et arbres fruitiers). Le Tarn est grossi de l'Aveyron et de l'Agout. Vers la moyenne Garonne convergent toute une série d'affluents. En bordure du bas Quercy, la vallée, rétrécie à nouveau, s'oriente vers l'O. et l'O.-N.-O., baigne Agen, puis forme un coude vers le N., de part et d'autre du confluent du Lot (rive droite, né sur le versant nord du mont Lozère). Le Lot est grossi de la Truyère, descendue de la Margeride et sur le cours de laquelle ont été aménagées de puissantes centrales hydroélectriques (Grandval, Sarrans, Brommat, Couesque).

Après Tonneins, la vallée s'élargit dans la mollasse vers Marmande et reprend la direction du N.-O. et de l'O. Autrefois, une active navigation avait suscité le développement de nombreuses communautés de mariniers le long de la Garonne moyenne. Aujourd'hui, le fleuve et ses affluents traversent en étrangers le bas Quercy, l'Agenais et le Marmandais. Ils ne seraient d'aucune utilité s'ils ne fournissaient de l'eau pour l'irrigation des vergers et des cultures légumières : ici encore, l'économie rurale de la vallée est caractérisée par une polyculture associant les sols très variés compris entre la plaine inondable et les hautes terrasses ; mais des cultures commerciales spécialisées jouent un rôle essentiel : tabac, cultures maraîchères et, surtout, fruitières (prunes, chasselas, pêches). De petites centrales hydroélectriques ont été aménagées sur le Tarn, en aval d'Albi, et sur le Lot, en aval de Cahors.

À partir de la région de La Réole, la Garonne entre dans le Bordelais. Rétrécie vers Langon, elle s'élargit en aval, où elle est bordée de « palus ». La Garonne reçoit des affluents très courts, tels le Dropt à droite et le Ciron à gauche. Si l'écoulement des eaux reflète largement les influences d'amont, il est aussi rythmé par la marée, dont l'influence se fait sentir jusqu'à Castets-en-Dorthes, à l'entrée du canal latéral.

Il reste qu'à Bordeaux, port de mer, la Garonne est un ample fleuve de plus de 500 m de largeur, transportant en moyenne 690 m3s. Son régime est franchement pluvial. Le ralentissement de l'écoulement est à l'origine de fortes accumulations de sables et de graviers dans le lit du fleuve, entre Langon et Bordeaux : ils sont activement exploités aujourd'hui, et leur évacuation représente la très grosse majorité d'un trafic fluvial au total fort modeste.

Toute l'économie de la région qu'elle traverse est maintenant dominée par l'importance de la vigne, qui couvre les coteaux dominant le fleuve ; ce sont, en particulier, les Premières Côtes, sur la rive droite, et les Graves, sur la rive gauche. En aval de Bordeaux, la zone des palus s'élargit considérablement, mais ces terres font l'objet d'assèchement depuis le xvie s.

Au bec d'Ambès, au terme d'un cours d'environ 575 km, la Garonne joint ses eaux à celles de la Dordogne, qui draine avec ses affluents une bonne partie de l'ouest du Massif central. La Dordogne supérieure ainsi que son affluent de gauche, la Cère, née dans le massif du Cantal, coulent au fond de gorges profondes. Des puissants barrages sont destinés à régulariser les apports saisonniers (Bort-les-Orgues, Marèges, l'Aigle et Chastang sur la Dordogne, Saint-Étienne-Cantalès sur la Cère). Dans la partie aquitaine de son cours, la Dordogne reçoit des affluents à alimentation pluviale, mais parfois sujets à de fortes crues liées à d'abondantes précipitations sur les terrains imperméables du Limousin : la Vézère, grossie de la Corrèze, et l'Isle, qui reçoit la Dronne.

La Gironde est le plus vaste estuaire français. Allongé selon une direction méridienne en amont de Pauillac et sensiblement S.-E.-N.-O. en aval, cet estuaire est logé dans des synclinaux faillés et dissymétriques qui affectent les formations calcaires charentaises. Le colmatage postflandrien est à l'origine des marais qui ourlent les rives médocaine et saintongeaise. Les îles sont dans la partie méridionale, mais partout la présence de bancs de sable et de hauts-fonds incite les navigateurs à de grandes précautions.

Le Régime Hydrologique de la Garonne : Crues et Étiages

Le régime de la Garonne est d'abord caractérisé par la violence des crues du fleuve et de ses affluents : ainsi, à Toulouse, on a pu observer des débits insignifiants (32 m3 à la seconde), mais, au maximum de certaines crues, le volume des eaux débitées a pu être évalué à 8 000 m3 environ, alors que le débit moyen n'est que de 200 m3 à Toulouse.

Les fortes pentes des cours supérieurs du fleuve et de ses affluents sont responsables de montées aussi rapides des eaux qui ont provoqué des inondations maintes fois redoutables : celles de juin 1875 a été le fait de violentes pluies qui se produisirent sur la bordure des Pyrénées ; les inondations de mars 1930 ont été surtout sensibles en aval de Toulouse, car elles furent dues aux pluies propres au climat méditerranéen, qui se produisirent sur les bassins supérieurs du Tarn et du Lot, et qui accompagnèrent la fonte des neiges.

Le Tarn et le Lot sont essentiellement des rivières océaniques à régime pluvio-nival, drainant chacune de vastes bassins-versants. Aussi sont-ils presque aussi puissants que la Garonne : au confluent, le Tarn roule 250 m3s, et le Lot 180. Mais les sections amont de ces bassins reçoivent parfois au printemps et en automne de brutales averses d'origine méditerranéenne : le Tarn peut alors évacuer 8 200 m3s, et le Lot 4 000. Ce flot, qui s'écoule très rapidement dans les gorges des Ségalas et des Causses, s'étale amplement dans les larges vallées alluviales aquitaines, dont celles de la Garonne jusqu'aux portes de Bordeaux.

La Garonne : Un Enjeu Environnemental

Afin de préserver à la fois le fleuve et la population du bassin, un plan d'action a été engagé pour la période 2009-2013. Ce plan, qui couvre 19 000 km2 et 1 600 communes, comporte trois volets. Il s'agit d'abord de mener des études de prévention des inondations, de réaliser des travaux de protection et des plans de sauvegarde et de constituer un atlas. Pour concilier la préservation du fleuve et le développement économique, il s'agit aussi de mettre en œuvre le plan de gestion des étiages et les pollutions agricoles et industrielles qui menacent les poissons et l'approvisionnement en eau potable.

La Garonne et le Mascaret

Comme tous les fleuves continentaux, l’eau de la Garonne est de l’eau douce, et heureusement puisque de nombreuses villes sur son passage l’utilise pour l’arrosage ou pour l’eau potable. Cependant la question n’est pas si bête car, à cause des marées présentes dans l’estuaire de la Gironde (l’embouchure de la Garonne donc), il est parfois possible d’avoir un léger taux de salinité. En effet, le Mascaret qui est la vague formée par la rencontre entre l’eau salée de la marée et l’eau douce du fleuve, remonte la Garonne sur de nombreux kilomètres au plus grand bonheur des surfeurs. On pourrait donc penser que l’eau de mer remonte le long de la Garonne lui conférant une certaine salinité. Et bien non, la vague du Mascaret est un phénomène d’onde. Ce n’est donc pas l’eau salée qui remonte mais simplement une onde à la surface de l’eau.

tags: #naissance #de #la #garonne #source

Articles populaires: