Introduction

Le récit de la naissance de Jésus, tel que présenté dans l'Évangile de Matthieu, est un texte riche en significations théologiques et historiques. Il explore des thèmes tels que la filiation, la promesse divine, et l'accomplissement des prophéties. Cet article se propose d'examiner en détail ce récit, en tenant compte des contextes historiques, culturels et religieux de l'époque, tout en explorant les interprétations et les controverses qui l'entourent.

Le récit de Matthieu : une analyse

L'Évangile de Matthieu commence par une généalogie de Jésus, établissant son ascendance davidique. Cette généalogie est structurée en trois séries de quatorze noms, articulées autour d'Abraham et de David. Fait remarquable, elle inclut les noms de cinq femmes : Tamar, Rahab, Ruth, Bethsabée et Marie. Ces femmes ne sont pas des modèles de vertu, ce qui suggère que la lignée royale se poursuit malgré les irrégularités de la vie.

Le récit de la naissance proprement dite commence au verset 18 du chapitre 1. Matthieu rapporte que Marie, fiancée à Joseph, se trouve enceinte avant qu'ils aient cohabité. Il précise que cette grossesse est due à l'action du Saint-Esprit. Joseph, homme juste, décide de rompre secrètement les fiançailles pour ne pas dénoncer Marie publiquement. Cependant, un ange du Seigneur lui apparaît en songe et lui révèle que l'enfant à naître est conçu par le Saint-Esprit et qu'il doit l'appeler Jésus, car il sauvera son peuple de ses péchés. Joseph accepte alors de prendre Marie chez lui et d'adopter l'enfant.

Matthieu établit un lien direct entre la naissance de Jésus et les prophéties de l'Ancien Testament. Il cite notamment le prophète Isaïe (7,14) pour affirmer que Marie, vierge, concevra et enfantera un fils, qui sera appelé Emmanuel, c'est-à-dire « Dieu avec nous ».

Contexte historique et archéologique

Les Évangiles situent la naissance de Jésus à Bethléem, en Judée. Matthieu évoque sa naissance à Bethléem, sans plus de détails. L'Évangile de Luc précise que Marie et Joseph se rendent à Bethléem pour se faire recenser, conformément à un édit de l'empereur Auguste.

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Toutefois, les historiens soupçonnent les deux évangélistes d’avoir fait naître Jésus à Bethléem pour établir un lien entre lui, paysan de Galilée, et une ville de Judée dont l’Ancien Testament annonçait qu’elle serait le berceau du Messie. Les archéologues, eux, ne trouvent aucune trace de sa naissance dans la ville. Les fouilles dans la basilique de la Nativité, construite au niveau de l’étable, n’ont révélé ni objet de l’époque, ni indice suggérant que le site était consacré pour les premiers chrétiens. Le premier témoignage incontestable de vénération de la grotte remonte au IIIe siècle. Origène, un théologien d’Alexandrie, écrivait : « À Bethléem, on peut voir la grotte où [Jésus] est né. » Au début du IVe siècle, Constantin, premier empereur romain chrétien, envoya une délégation en Terre sainte afin d’identifier les lieux associés à la vie du Christ et de les sanctifier par la construction d’églises et de sanctuaires. Ayant localisé ce qu’ils considéraient être la grotte de la Nativité, les délégués y firent bâtir une église, ancêtre de celle d’aujourd’hui.

Les chercheurs ne savent donc pas quel est le véritable lieu de naissance du Christ, faute de preuves matérielles. Le vieil adage de l’archéologie est plus que jamais d’actualité : « L’absence de preuve n’est pas la preuve de l’absence.

La naissance virginale : un point de controverse

La naissance virginale de Jésus est un dogme central du christianisme, mais elle suscite des débats et des interrogations. Aujourd’hui, beaucoup ne croient pas que Jésus ait pu naître d’une femme sans l’intervention d’un homme, à peu près une personne sur deux chez les protestants, et les jeunes y croient moins que les autres… on a le choix. On peut penser que ça a été une manière imagée pour les premiers prédicateurs de l’Eglise de dire aux gens que Jésus était « fils de Dieu ». Dire que Jésus est fils de Dieu est une affirmation fondamentale du christianisme, mais ce peut être entendu dans un sens spirituel : il est fils de Dieu parce qu’il en est le meilleur représentant, parce qu’il tient l’essentiel de ce qu’il était intérieurement de Dieu lui-même. Il y a même eu une hérésie qu’on appelait « adoptianiste » qui affirmait que Jésus n’était pas « fils de Dieu » par sa conception, mais qu’il l’était devenu au moment de son baptême par Jean dans le Jourdain. Ainsi Dieu aurait adopté Jésus, et l’aurait appelé son fils à 30 ans. Et la parole qui est dite venir du Ciel : « celui-ci est mon fils en qui j’ai mis toute mon affection » ne serait pas pour dire quelque chose vrai depuis 30 ans, mais pour instaurer Jésus fils de Dieu.

Joseph : un rôle crucial

Le rôle de Joseph dans le récit de la naissance de Jésus est essentiel. Il est présenté comme un homme juste, respectueux de la loi, mais aussi plein de compassion et de miséricorde. Face à la grossesse inattendue de Marie, il choisit de ne pas la dénoncer publiquement, préférant une séparation discrète.

Autrefois, on croyait que Dieu parlait dans les rêves, et par des anges. C’était des façons d’exprimer leur expérience. Aujourd’hui, on pense plutôt que Dieu nous parle dans notre cœur, directement dans nos pensées quand on le cherche, quand on prie, quand on réfléchit en lisant la Bible. Et ce qu’il comprend, c’est que si il renvoie Marie, certes, il lui sauve la vie, mais il la condamne à une vie de mendicité et d’exclusion. Les « filles mères » étaient extrêmement mal vues, elles ne pouvaient avoir de place dans la société, ni de travail, et si cela pouvait se justifier pour elle, l’enfant qui allait naître serait condamné à cette même vie infâme. Or ça ce serait très injuste, parce que lui, il n’y est pour rien. Comme Joseph le comprend, l’enfant, lui, n’est pas l’enfant de l’adultère, ni du viol, mais il est, comme tout enfant, enfant de Dieu. Joseph décide donc à cause de l’enfant de garder sa fiancée, et d’adopter l’enfant.

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Cette lecture alternative du récit de la naissance de Jésus est, certes, assez peu conventionnelle, et peut en choquer certains, on pourrait se contenter d’une version édulcorée disant que Marie est bien enceinte « du saint Esprit », mais que pour Joseph et l’entourage, ça ne change rien, elle tombe enceinte sans en avoir le droit. Dans tous les cas donc, cette lecture historique a un sens bien intéressant, c’est qu’alors on verrait qu’à partir d’une situation effroyable d’adultère, de violence ou de tromperie, on arrive finalement par la bonté d’un homme inspiré par Dieu à la naissance du sauveur de l’humanité. C’est donc une bonne nouvelle, il n’y a pas de situation trop mauvaise pour qu’on doive désespérer, même du pire peut sortir le meilleur, le mal peut être transformé en bien. C’est le sens de bien des récits de la Bible, et en particulier de la mort du Christ qui deviendra la base de toute l’espérance chrétienne grâce à la résurrection. Et on peut ajouter qu’il y a là une critique de la religion établie, critique aussi est tout à fait dans le sens de l’Evangile : dans cette situation mauvaise, la religion ne faisait qu’aggraver les choses par le jugement et la peine de mort.

La généalogie : une signification profonde

Au départ, on trouve des gens célèbres, puis, petit à petit, seulement des inconnus. Or la succession aurait pu se prolonger indéfiniment par des inconnus engendrant des inconnus. Mais voilà que dans cette histoire humaine sans relief il y a l’irruption du saint Esprit, et alors tout change, et le banal engendre l’extraordinaire qui sera le Christ. C’est un vieux thème que l’on trouve même en dehors de la Bible, comme chez les philosophes stoïciens disant que la matière, féminine devait se laisser féconder par la parole créatrice pour donner le monde : le « logos spermatikos », la parole spermatique. Et dans la Bible, il y a toute la thématique du mariage, comme dans le Cantique des Cantiques, présentant la relation d’un amoureux avec sa belle comme une image de la relation de Dieu avec l’humanité. Le Christ se présentera comme l’ « époux ». Et Paul reprendra cela (2Cor 11 :2) : « je vous ai fiancés à un seul époux, pour vous présenter à Christ comme une vierge pure.

Les noms de Jésus : une richesse de sens

Dès le premier verset de Matthieu, Jésus est reconnu comme Christ et fils de David. Au début de notre séquence, au verset 18, à nouveau il est appelé Christ, c’est-à-dire le Messie attendu, consacré par l’onction de Dieu. Mais c’est Joseph qui est maintenant nommé fils de David par l’ange. Car c’est Joseph qui descend de la lignée de David, qui porte la promesse de Dieu pour le roi des Juifs.

Deux noms lui sont donnés de l’hébreu : Jésus et Emmanuel. Yéshoua veut dire « le Seigneur sauve ». C’est le même nom que Josué, même si par clarté nous distinguons Josué et Jésus en français. Josué est le successeur de Moïse, rempli de l’Esprit de Dieu, et celui qui fait entrer dans la terre que Dieu donne, une terre où coule le lait et le miel. L’ange explique le nom de Yéshoua : « Car lui, il sauvera son peuple de ses péchés ». Il annonce Jésus comme sauveur. « Les aveugles retrouvent la vue, les infirmes marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts se réveillent et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. Et par sa croix et sa résurrection, il nous sauve du pouvoir du mal de la mort elle-même.

Immanouel se traduit « Dieu avec nous ». Cette promesse que Dieu est avec nous traverse toute la Bible, et encadre en particulier l’évangile de Matthieu. Dieu est avec nous. La présence de Dieu est donnée à son peuple en prière. Or voici que ce « Dieu avec nous » prend un supplément de sens : de façon très concrète et littérale, Jésus est Dieu avec nous. Il est donc Immanouel.

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Alors quelle est l’origine et l’essence de Jésus ? Les réponses sont d’une immense richesse : fils de roi, Messie, sauveur, Dieu avec nous, fils de Dieu. Son être n’est pas épuisé par ces mots. Au contraire, il y a un excès de sens que les mots peinent à dire, que les images même n’arrivent pas à décrire.

Les critiques des récits de l'enfance

Les Évangiles de l’enfance ont été particulièrement critiqués, dépecés, désintégrés. Dans la perspective de Kant et de Hegel, soucieux de réduire le mythe à la raison, Strauss (1835) y voit des theologoumena : une théologie-fiction, exprimant en forme de récit une idée théologique a priori. Si ces récits étaient une fiction, il les aurait forgés, selon la lettre des Écritures.

Matthieu fait preuve d’exigence historique en assumant cette donnée scandaleuse, en la justifiant par des biais laborieux. Il recourt, pour cela, à la prophétie d’Isaïe 7,14. Mais c’est lui donner un sens nouveau, inattendu, car la Tradition juive ne l’interprète point en ce sens. Le nom d’Emmanuel, donné au Messie, selon Is 7,14 ne coïncidait pas avec le nom de Jésus. Selon le texte hébreu d’Is 7,14, c’est la mère qui donnait le nom à l’enfant. Selon le grec, c’était le roi Achaz qui donnait le nom. Et cela ne servait pas davantage le propos de Matthieu.

Matthieu aurait pu être tenté de modeler Jésus sur le type de Moïse. Et ses allusions montrent qu’il y a songé. « Pharaon… chercha à tuer Moïse. Moïse s’enfuit loin de Pharaon… Il se rendit au pays de Madian. L’analogie est mince : Moïse adulte s’enfuit lui-même parce qu’il sait que le Pharaon va le tuer. Jésus est emmené en Égypte par Joseph, sur un songe où lui apparaît l’ange du Seigneur. Moïse fuit l’Égypte et Joseph s’y réfugie. « YHWH dit à Moïse - Va, retourne en Égypte car ils sont morts ceux qui cherchent à te faire périr. « L’ange du Seigneur (…) dit à Joseph - Pars en Israël car ils sont morts ceux qui cherchaient la vie de l’enfant. Se levant, Joseph prit l’enfant et sa Mère et entra en terre d’Israël. mais, ici encore, les deux voyages sont en sens inverse : Moïse rentre en Égypte et Jésus la quitte. Moïse prend sa femme et son enfant. Mais Jésus est l’enfant dans le récit de Matthieu. « d’Égypte, j’ai rappelé mon fils » (Mt 2, 15, cf.

« Hérode, voyant qu’il avait été joué par les mages, fut pris d’une violente fureur et envoya mettre à mort, dans Bethléem et tout son territoire, tous les enfants de moins de deux ans, d’après le temps qu’il s’était fait préciser par les mages. Alors s’accomplit l’oracle du prophète Jérémie : Une voix dans Rama s’est fait entendre, pleur et longue plainte : c’est Rachel pleurant ses enfants ; et ne veut pas qu’on la console, car ils ne sont plus. La prophétie de Jérémie 31,15, utilisée pour illustrer le massacre des Innocents, ne présente pas le moindre trait qui ait pu déterminer, ou même inspirer ce récit, comme l’a montré minutieusement R.T. France.

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