La célébration de Noël, moment de joie et de partage pour des millions de chrétiens à travers le monde, commémore la naissance de Jésus. Cependant, derrière la tradition et la ferveur, se cache une question historique complexe : quelle est la date réelle de cet événement fondateur ? Cet article se penche sur les sources, les calculs et les découvertes qui tentent d'éclairer l'énigme de la naissance de Jésus.

L'Année Zéro : Une Convention Discutable

La tradition situe la naissance de Jésus en l'an 1 de notre ère. Pourtant, cette datation, établie au VIe siècle par le moine Denys le Petit, est aujourd'hui remise en question. En effet, Denys le Petit, chargé par le pape Jean Ier d'établir un calendrier chrétien, fixa l'année de l'Incarnation en se basant sur des calculs et des reconstitutions historiques qui se sont avérés inexacts.

L'erreur de Denys le Petit

Denys le Petit effectua le comput des années depuis la naissance du Sauveur, établissant la date conventionnelle de Noël et le point zéro de notre calendrier. Le choix de Denys, qui identifia l’an 753 depuis la fondation de Rome comme année de l’Incarnation ne semble pas correspondre à la réalité. Il semble avoir commis une erreur en situant la naissance de Jésus en l'an 753 après la fondation de Rome, ce qui correspond à l'an 1 de notre ère. Cette erreur a conduit à un décalage de plusieurs années. En effet, des éléments historiques suggèrent que Jésus serait né sous le règne d'Hérode le Grand, décédé en 4 avant J.-C.

L'absence d'année zéro

Il est important de noter qu'il n'existe pas d'année zéro dans le calendrier actuel. On passe directement du 31 décembre de l'an -1 au 1er janvier de l'an 1.

Les Indices Historiques et Astronomiques

Face à l'imprécision de la datation traditionnelle, les historiens et les astronomes ont cherché d'autres indices pour déterminer l'année de la naissance de Jésus.

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Le règne d'Hérode le Grand

Les évangiles de Matthieu et Luc situent la naissance de Jésus sous le règne d'Hérode le Grand. Or, Hérode est décédé en 4 avant J.-C. Cela implique que Jésus est né au plus tard en cette année.

L'étoile de Bethléem

L'évangile de Matthieu mentionne une étoile qui guida les Rois Mages jusqu'à Bethléem. L'astronome Johannes Kepler a suggéré que cette étoile pourrait être une conjonction de Jupiter et de Saturne. En 1614, Johannes Kepler publie le fruit de ses recherches dans un compte-rendu intitulé De Vero Anno quo Aeternus Dei Filius Humanam Naturam in Utero Benedictae Virginis Mariae Assumpsit («La véritable année au cours de laquelle le Fils éternel de Dieu a pris la nature humaine dans le sein de la Bienheureuse Vierge Marie»). En orientant ses travaux sur l'étoile de Bethléem qui, d'après les écrits de la Bible, aurait annoncé la naissance de Jésus aux Rois mages, Johannes Kepler en conclut que cet imposant point lumineux observé dans le ciel de Judée ne serait autre que la conjoncture des planètes Jupiter et Saturne. Selon ses calculs, une telle conjonction s'est produite en 7 avant J.-C.

Certains ajoutent la question de l’étoile des mages, qui pourrait être identifiée à une comète signalée en l’an -5 par des astronomes chinois et coréens (et décrites comme des « étoiles poilues» !), ou encore une conjonction planétaire identifiée en 1614 par Johannes Kepler et qui se serait produite entre octobre et décembre de l’an -7.

Le recensement de Quirinius

L'évangile de Luc mentionne un recensement ordonné par l'empereur Auguste et réalisé par Quirinius, gouverneur de Syrie. Ce recensement est daté de l'an 6 après J.-C. Cependant, cette information est contradictoire avec le règne d'Hérode, ce qui soulève des questions sur la fiabilité historique de ce passage de l'évangile.

Les Hypothèses et les Débats

En croisant ces différents indices, les historiens ont formulé plusieurs hypothèses sur la date de la naissance de Jésus.

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Une naissance entre 7 et 4 avant J.-C.

La plupart des historiens s'accordent aujourd'hui pour situer la naissance de Jésus entre 7 et 4 avant J.-C. Cette fourchette tient compte du règne d'Hérode le Grand et de la possible conjonction de Jupiter et de Saturne en 7 avant J.-C.

L'Évangile de Luc et ses Imprécisions

L'Évangile de Luc présente de nombreuses imprécisions chronologiques par rapport à ce que nous connaissons du paysage politique de la Palestine du 1er siècle. Comme vous pouvez le voir, l'Evangile de Luc présente de nombreuses imprécisions chronologiques par rapport à ce que nous connaissons du paysage politique de la Palestine du 1er siècle. Quelle date pouvons nous retenir ? Et bien, comme à chaque fois lorsque nous parlons de Jésus en tant que figure historique, cela reste flou.

Les Évangiles : Sources Contradictoires

Les deux seules sources que nous avons à notre disposition sont les Evangiles de Matthieu et de Luc, les seuls qui nous parlent de la naissance de Jésus, c'est ce que nous appelons les récits de l’enfance. Quant aux autres écrits néo-testamentaires, comme les épîtres pauliniennes, elles ne mentionnent pas du tout la naissance de Jésus. Dans l'Evangile de Matthieu, si vous lisez le premier verset du chapitre 2, vous trouvez la première mention d'Hérode "Jésus étant né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode", puis au verset 22 "ayant appris qu’Archélaüs régnait sur la Judée à la place d’Hérode, son père, il craignit de s'y rendre". Nous avons donc une claire mention de la dynastie Hérodienne, qui colle d’ailleurs à ce que nous pouvons savoir sur la violence d’Hérode Archélaüs, et nous pouvons donc dater la naissance de Jésus comme étant avant -4, car avant la mort d’Hérode le Grand, et le retour de la fuite en Egypte avant l'an 6. Nous avons donc l’Evangile de Mathieu un Jésus qui serait né en -4 avant Jésus-Christ, et qui serait rentré en Galilée avant ses 10 ans. Et ça ne colle pas avec l’Evangile de Luc ? Et non ! L'Evangile de Luc nous parle de la grossesse d’Elisabeth dans son chapitre 1 au verset 5 comme étant sous Hérode, roi de Judée, et le doute plane : on peut penser à Hérode le Grand, car lui seul a porté le nom de Roi, ces fils étant tétrarques, mais il était roi sur l'ensemble de la Palestine, et non pas seulement sur la Judée, ce qui était le cas de son fils Archélaüs, lui tétrarque. Mais au chapitre 3, nous voyons que les rédacteurs de l’Evangile de Luc sont au courant que les descendants d’Hérode sont tétrarques, et non rois. Il n’est donc pas clair de quel Hérode parle Luc pour la naissance de Jean-Baptiste. Pour rendre les choses encore moins claires, Luc au chapitre 2, verset 1 et 2, nous parle de la naissance de Jésus qui aurait eu lieu lors d’un grand recensement qui aurait réalisé sous édit de l’Empereur Romain sous un certain Quirinius, gouverneur de Syrie. C’est à cause de ce recensement que Joseph a du faire le déplacement en Judée, où se situe Bethléem, où Jésus est né. La bonne nouvelle, c’est que nous avons bien un Quirinius, mandate par l’Empereur Romain Auguste en tant que légat et qui a gouverné la Syrie…mais la mauvaise nouvelle, c’est que celui-ci a été nommé en 6 après Jésus-Christ ! Nous avons aussi des traces d’un grand recensement aux alentours de 6 après Jésus-Christ, suite à la déposition d’Hérode Archélaüs, une fois que la Judée est devenue province romaine. Il était alors commun pour l’Empire Romain de faire le tour du propriétaire des nouvelles provinces acquises. Nous avons donc dans l’Evangile de Luc un Jésus qui serait né en 6 après Jésus-Christ ! Mais si nous lisons le reste de l’Evangile de Luc, nous avons un nouveau souci : celui-ci nous donne un début du ministère de Jean Baptiste la 15ème année du règne de Tibère, soit en 29, au cours duquel Jésus aurait eu environ 30 ans : cela pointe alors vers une naissance…en -1 ! Comme vous pouvez le voir, l'Evangile de Luc présente de nombreuses imprécisions chronologiques par rapport à ce que nous connaissons du paysage politique de la Palestine du 1er siècle.

La Date du 25 Décembre : Une Construction Symbolique

La fixation de la date de Noël au 25 décembre est une construction tardive, apparue au IVe siècle. Elle est liée à la volonté de l'Église de christianiser les fêtes païennes du solstice d'hiver, notamment la fête du Sol Invictus, le soleil invaincu.

La christianisation des fêtes païennes

Au IVe siècle, les chrétiens ne s’inquiètent pas de cette ignorance et de cette datation tardive ; leur foi ne consiste pas seulement à faire mémoire d’un passé révolu, mais à affirmer aussi la présence du Seigneur vivant aujourd’hui, aux côtés des siens et de tous les hommes de bonne volonté. Raconter sa vie et son histoire, c’est montrer que celui qui naquit ignoré de tous sous Hérode le Grand, et qui mourut crucifié ignoblement sous Ponce Pilate est bien le Seigneur ressuscité qui vient à notre rencontre et transforme nos vies. En lui Dieu nous a définitivement rejoints. Nous avons besoin de repères et d’anniversaires qui ponctuent le temps de notre vie et accompagnent notre chemin de foi personnel et communautaire. Nous célébrons donc l’anniversaire de la naissance de Jésus le 25 décembre. Pourtant Noël fut d’abord fêté en lien avec l’Épiphanie, le 6 janvier, et aujourd’hui encore, certaines Eglises orthodoxes et catholiques de rite byzantin célèbrent ensemble Noël et Épiphanie. La célébration de la Nativité un 25 décembre n'est apparue qu'au milieu du IVe siècle. Le plus vieux document attestant sans équivoque cette festivité est un calendrier latin datant de l'an 354. Cette année-là, Libère, l'évêque de Rome, invite les chrétiens à honorer la naissance de Jésus à Bethléem, en Judée, «huit jours avant les calendes de janvier», soit le 25 décembre. Une date qui n'a guère été choisie au hasard par l'Église. Cette période de l'année à partir de laquelle les jours commencent à rallonger est célébrée depuis de nombreux siècles déjà par diverses civilisations. Au temps des célébrations de Sol Invictus à Rome, l'Église cherche à étendre son pouvoir et asseoir sa domination partout où elle le peut. Le choix du 25 décembre comme jour de la Nativité peut ainsi être vu comme une manière de prendre le contrôle sur cette fête païenne très populaire dans l'Empire romain, et la transformer en une célébration chrétienne.

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La date de Noël : Un symbole de lumière

Le 25 décembre, jour du solstice d'hiver, symbolise le retour de la lumière après les ténèbres. Cette symbolique a été associée à la naissance de Jésus, considéré comme la lumière du monde.

La Saison de la Naissance : Remise en Question de l'Hiver

À en croire le récit conté par Luc dans son Évangile, les bergers gardaient, de nuit, leurs troupeaux dans les champs lorsqu'ils apprirent la naissance de Jésus. Ainsi, sous condition que ce détail ne relève pas de l'imaginaire, l'idée d'une naissance en hiver est probablement à exclure. Jésus serait peut-être né entre mars et octobre, époque de l'année durant laquelle les bergers de Judée laissaient autrefois leurs moutons pâturer, avant de les rentrer à l'étable lorsque venaient l'hiver et le froid. Un autre passage de l'Évangile selon Luc semble appuyer cette hypothèse et pencher en faveur d'une naissance en septembre. Dans le chapitre premier, on découvre le personnage de Zacharie, prêtre au temple de Jérusalem du groupe d'Abia, et sa femme Élisabeth. Les versets 23 et 24 mentionnent la conception d'un enfant par Élisabeth, quelque temps après que Zacharie eût achevé son service liturgique. Les connaissances historiques sur le fonctionnement du temple de Jérusalem et le système de rotation des vingt-quatre groupes, dont celui d'Abia, permettent de dater la fin du service de Zacharie à la fin du mois de Sivan dans le calendrier juif, soit aux alentours du mois de juin. Son fils, Jean-Baptiste, aurait donc été conçu en juin et serait ainsi né neuf mois plus tard, en mars. Quelques versets plus loin (versets 36 à 40), on comprend que Jean-Baptiste et Jésus possèdent six mois d'écart. Ce dernier serait, par conséquent, né aux alentours du mois de septembre -toujours sous la condition que les faits mentionnés par Luc soient justes.

L'Importance de l'Historicité de Jésus

L’existence, au Ier siècle de notre ère, d’un charismatique rabbi juif nommé Ieschoua (Jésus) - nom très répandu à l’époque, comme étant la contraction de Yehoshoua’ (Josué), « Dieu sauve » -, sa crucifixion à Jérusalem par ordre de Ponce Pilate, préfet de Judée de l’an 26 à 36 sont des faits avérés. Indépendamment des quatre évangiles canoniques, son existence est attestée par plusieurs auteurs extérieurs au christianisme : Tacite, ancien gouverneur de la province d’Asie, Pline le Jeune, proconsul de Bithynie au début du IIe siècle, Suétone, chef du bureau des correspondances de l’empereur Hadrien un peu plus tard… Un texte capital est celui d’un écrivain juif romanisé du Ier siècle, Flavius Josèphe, qui avait connu à Jérusalem les premières communautés judéo-chrétiennes : il parle d’un « sage » nommé Jésus qui fit de nombreux adeptes. « Pilate le condamna à être crucifié et à mourir. Mais ceux qui étaient devenus ses disciples disaient qu’il leur était apparu trois jours après sa crucifixion et qu’il était vivant : ainsi, il était peut-être le Messie au sujet duquel les prophètes ont raconté des merveilles. » Le Traité Sanhédrin du Talmud de Babylone évoque pour sa part Yeshû ha-notsri (Jésus le Nazaréen) exécuté « la veille de la Pâque » pour avoir « séduit et égaré Israël ». Même le philosophe platonicien Celse (IIe siècle), violent polémiste qui haïssait le Christ, ne contestait nullement son existence historique. Le christianisme, religion de l’Incarnation, se fonde donc sur l’existence d’un homme véritable, et non sur une créature mythique, accomplissant fictivement les prophéties de l’Ancien Testament , comme quelques penseurs marginaux l’ont prétendu à partir du XIXe siècle (ou comme le fait aujourd’hui encore Michel Onfray), sans étude sérieuse des sources. Outre les apôtres, plus de cinq cents frères, dit saint Paul, ont été témoins de la Résurrection de Jésus. Comment imaginer que de pauvres pêcheurs du lac de Tibériade, apeurés à la mort de leur maître, aient soudainement lâché leurs filets, abandonné femmes et enfants pour parcourir le monde pour un personnage fictif conçu par quelques individus dans l’arrière-salle d’une taverne de Judée ? Saisi par l’éblouissement pascal, brûlant de conviction, ils ont tout supporté, les quolibets, les insultes, la prison, la torture, la mort même, sans jamais se renier. Meurt-on en martyr pour un hologramme ?

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