Dans l'espèce humaine, la naissance est un événement social accompagné de nombreux gestes religieux et sociaux. Cependant, à côté de ces naissances ordinaires, la mythologie traite parfois de naissances sociales, des sociogonies, qui expliquent la raison d’être d’un collectif. Cet article se concentre sur une série de mythes sociogoniques grecs où apparaît une figure de sage-femme inattendue : Prométhée.
Prométhée : Sage-femme des Naissances Sociales
L’ennemi juré de Zeus, l’ami proverbial des hommes, le Titan Prométhée, retrousse ses manches pour jouer le rôle de sage-femme quand il s’agit d’une naissance sociale. On étudie les mythes qui présentent de façon cohérente Prométhée agissant comme sage-femme dans les contextes où est en question une naissance sociale.
Prométhée, Avorteur Frustré : Le Mythe de Pandore
Nous partons du récit d’Hésiode sur la naissance de Pandore. La confrontation entre Prométhée et Zeus racontée par Hésiode dans la Théogonie et Les Travaux et les Jours crée la condition humaine. L’analyse magistrale qu’en fait Vernant montre un duel d’intelligences entre le père et roi des hommes et des dieux et le Titanide, dans lequel Zeus gagne et impose une distance définitive entre les immortels et les mortels. On évoque ce récit pour s'attarder sur un élément apparemment secondaire qui permet de comprendre un aspect de la pensée mythique des Grecs en relation avec la constitution d’une société humaine viable.
Hésiode nous indique dans Les Travaux et les Jours la raison de la naissance de Pandore formée comme παρθένος pour être mariée : la vengeance du Cronide contre les hommes pour punir le vol du feu par Prométhée : « Moi, en place du feu, je leur ferai présent d’un mal. »
Les acteurs du drame sont Athéna, Héphaïstos, la terre (en tant que matière première fondamentale de la créature) et Prométhée. Dans cette partie de sa confrontation brutale avec Zeus, le rôle du Titan peut passer presque inaperçu ; le sujet du texte est la vengeance de Zeus. Cependant, l’avertissement de Prométhée à Épiméthée est capital car il cherche à empêcher la cession de Pandore à Épiméthée en tant que première épouse de la race humaine. Le dessein de Zeus est d’introduire le mariage et la reproduction sexuelle des humains pour établir leur condition mortelle. Si le conseil de Prométhée réussissait, le κακὸν καλός de Zeus ne naîtrait tout simplement pas, n’existerait pas, serait futile dans la mesure où Épiméthée (le futur époux) ne l’accepte pas. Prométhée essaie de faire avorter sa naissance.
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Cette figure d’une sage-femme avorteuse n’est pas étrangère à la pensée antique. Chez Platon, Socrate interroge Théétète sur les fonctions des sage-femmes en exposant des évidences « s’il leur paraît bon de faire avorter le fruit non encore mûr, provoquer l’avortement ? »
Dans cette perspective, le κακὸν καλός (Pandore) prend un sens très précis. Prométhée ne cherche pas simplement à empêcher la naissance, mais son intention évidente est de faire avorter un fœtus déjà formé.
Prométhée et la Naissance de l'Humanité : Le Mythe de Protagoras
Ensuite, nous allons approfondirons cette qualité du Titan en examinant la naissance des hommes racontée par Platon dans le mythe attribué à Protagoras. Platon présente le mythe raconté par le sophiste Protagoras dans le dialogue qui porte son nom dans un contexte social soigneusement construit à travers des longs prolégomènes. Une fois établi le contexte d’énonciation, la discussion démarre finalement sur la question de savoir si la vertu peut être enseignée. Socrate pense que non, tandis que Protagoras soutient le contraire en proposant un double argument. D’une part il expose le mythe sur l’origine de la vie sociale organisée en poleis et, d’autre part, un logos d’une certaine extension. Nous nous limitons à aborder la question du caractère mythique du mythe et pour cela il faut éviter deux problèmes. Le premier est la question de la paternité et, le second, l’hypothèse, jamais confirmée, selon laquelle la philosophie est pleinement institutionalisée au ve siècle à Athènes, et que les textes des « philosophes » retracent une histoire continue depuis son début.
Il est pertinent, au contraire, de prendre le texte comme un mythe pour la simple raison que c’est comme ça que Protagoras présente le récit devant l’audience réunie chez Calias. Ainsi nous suivons la ligne des quelques auteurs qui se sont occupés du récit en reconnaissant sa condition de mythe et en prenant des distances par rapport aux lectures fréquentes qui, en mettant l’accent sur l’argument philosophique, négligent le contenu mythique du texte.
C’est certainement une création littéraire, ce qui nourrit les doutes sur son véritable caractère mythique. Cela dit, toutes les représentations de mythes à travers le monde sont autant d’actes d’énonciation littéraire sans que ceci mette en cause leur caractère mythique. Ensuite, lorsque Protagoras expose la morale du récit, les « hommes » deviennent les Ἀθηναῖοι et ἅπαντες ἀνδρες. Ceci indique que le sujet du mythe sont les Athéniens en tant que collectivité et qu’il doit être compris en ligne avec des pratiques telles que les enterrements collectifs et les oraisons funèbres. Ainsi, le passage de « l’homme » aux « Athéniens » ne surprendrait aucun contemporain de l’action dramatique du dialogue, vers les années 20 du ve siècle, ou à l’époque où Platon écrit son dialogue. Pour toutes ces raisons, le mythe doit être compris comme une sociogonie athénienne, ou d’une façon plus précise, en suivant Bettini, comme une « urbigonie ». Il y a sans doute aussi des évocations panhelléniques, notamment à travers la fonction de Prométhée, bien qu’il soit également important dans le panthéon athénien.
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La première phase est celle de la fécondation et la gestation. Les dieux façonnent les mortels sous terre (γῆς ἔνδον, 320d) en combinant (μίγνυμι) le feu, la terre et d’autres éléments. Le verbe μίγνυμι, qui fait allusion au mélange des quatre éléments de la nature, peut également indiquer une relation sexuelle. Il en suit une gestation manquée, confiée à Épiméthée « dont la sagesse était imparfaite » (οὐ πάνυ τι σοφὸς, 321b), qui dépensa toutes les capacités disponibles sur les animaux en laissant la race des hommes (ἀνθρώπων γένος) sans moyens de survie.
Ensuite a lieu l’accouchement. Dans ces conditions l’homme était « …nu, sans chaussures, sans couvertures, sans armes » (Prt. 321c). La formule souligne l’absence de trois formes de protection résultant de la τέχνη. Alors la terre perd les eaux et le travail de Gaïa commence, car c’est le jour où l’homme doit émerger dans la lumière (καὶ ἄνθρωπον ἐξιέναι ἐκ γῆς εἰς φῶς, 321c). Prométhée, coupable de ne pas avoir veillé sur Epiméthée, prend la situation en main. Il se transforme aussitôt en sage-femme pour assurer la viabilité du nouveau-né (σωτηρίαν τῷ ἀνθρώπῳ εὕροι, 321c) et dérobe à Athéna et Héphaïstos la sagesse technique et le feu (ἔντεχνον σοφίαν σὺν πυρί) qu’il donne à l’homme. Ce savoir était nécessaire à la vie (περὶ τὸν βίον σοφίαν), bien qu’il fût insuffisant, car il manquait le savoir politique monopolisé par Zeus sur son Acropole inaccessible. Prométhée pénètre dans la demeure partagée par Héphaïstos et Athéna (οἴκημα τὸ κοινόν, 321d) où sont conservées les techniques du feu (Héphaïstos) et toutes les autres (Athéna) (321e). De cette manière, Athéna et Héphaïstos sont un couple, une sorte de « mariage », qui « conçoit » des mortels en utilisant Gaïa comme un utérus externe, comme une « mère porteuse » ou « gestatrice », et avec Prométhée dans le rôle de « sage-femme » qui utilise les ressources disponibles dans la demeure de la parturiente pour assurer la survie du nouveau-né (321d-322a).
L’enfance correspond à la vie précaire des hommes munis du feu. Le texte se limite à évoquer la punition de Prométhée (322a), pour que les auditeurs se rappellent que le vol du feu est en rapport avec l’instauration du sacrifice, et sa disparition de la scène. La première chose que fait l’homme/enfant, doté du feu et d’autres arts, est d’adorer les dieux, de construire des autels et de sculpter des statues. La mention des biens obtenus par les τέχναι répond aux termes utilisés pour souligner la nudité dans laquelle Épiméthée avait laissé l’homme (321c-322a ; et voir infra).
L’humanité acquiert la maturité, finalement, quand Zeus intervient dès son Acropole pour permettre la survie de l’espèce humaine.
Afin de contextualiser le rôle joué par Prométhée, il est pertinent de rappeler les témoignages qui le présentent comme le créateur des hommes et des animaux, et même comme un « sculpteur de figures vivantes ». Certains témoignages indiquent qu’il a créé les animaux, et d’autres sources affirment qu’il a créé les hommes (ἄνθρωπος est le terme choisi) à partir du mélange de terre et d’eau. L’iconographie renforce l’idée. Par exemple, dans des gemmes italiques du ie siècle av. J.-C., on voit Prométhée en train de construire, ou même de sculpter, un squelette humain ; il apparaît également sur des sarcophages romains en train de modeler des figures humaines masculines avec un panier d’argile à ses côtés.
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Naissance d'Athéna
Finalement nous analyserons le récit de la naissance des Athéniens, dans lequel on ne trouve pas Prométhée, mais où sont protagonistes d’autres dieux connus dans les récits précédents : Gaïa, Athéna et Héphaïstos. En revenant sur le rôle de sage-femme de Prométhée, nous pouvons nous attarder sur certaines versions de la naissance d’Athéna. Euripide, dans l’Ion déclare : « Ô toi qui vis le jour sans l’aide d’Ilithyie, je t’invoque, ô notre Athéna toi que le Titan Prométhée fit naître du sommet de la tête de Zeus ». Le dramaturge utilise la terminologie de l’accouchement quand il emploie λοχευθεῖσαν et relie directement le Titan à celui-ci : Προμηθεῖ Τιτᾶνι λοχευθεῖσαν. Le mot λόχος, duquel dérive λοχευθεῖσαν, est lié aux termes indiquant la naissance tels que λοχεύω, « accoucher », employés aussi bien pour la mère que pour la sage-femme ; λοχεία, « naissance », « enfantement » ; λόχιος, « à qui appartient l’enfantement » ; ou encore λοχεύτρια, « parturiente ». Il associe ainsi Prométhée au monde de l’enfantement, des parturientes et des sage-femmes.
L’intervention de Prométhée comme accoucheur de Zeus n’apparaît que dans ces textes, car, comme l’indique Apollodore, Héphaïstos aurait pu jouer ce rôle en utilisant la hache comme si elle était un forceps brutal. Nous sommes donc confrontés à deux expressions marginales de la fonction de sage-femme de Prométhée : son rôle d’avorteur frustré lors la naissance de Pandore passe presque inaperçu et les versions de sa participation à la naissance d’Athéna sont tardives et marginales.
Conclusion
Prométhée, figure complexe et ambivalente, se révèle être un acteur inattendu dans les mythes de la naissance, qu'il s'agisse de tentatives d'avortement ou d'accouchements divins. Son rôle de sage-femme des naissances sociales souligne son statut de bienfaiteur de l'humanité et son opposition à l'ordre établi par Zeus.
Figures féminines protectrices des femmes mariées et aide aux parturientes
Au-delà de Prométhée, certaines figures féminines jouent un rôle crucial dans la protection des femmes mariées et l'assistance aux parturientes.
Aphrodite
Dans la mythologie grecque, Aphrodite, déesse de l'amour, de la beauté et de la fertilité, est étroitement associée à la protection des femmes mariées et à l'aide aux parturientes. De nombreux symboles lui sont associés, tels que la pomme, la grenade, la colombe et le myrte, qui incarnent la fertilité, la beauté et l'amour.
Symboles d'Aphrodite et leur signification
- La pomme : Symbole de l'amour et de la séduction, la pomme était souvent offerte en cadeau aux jeunes mariées pour leur souhaiter bonheur et fertilité.
- La grenade : Associée à la fertilité et à l'abondance, la grenade était un fruit sacré pour Aphrodite. Ses nombreux grains symbolisaient la multitude d'enfants que l'on souhaitait aux femmes mariées.
- La colombe : Symbole de paix, d'amour et de fidélité, la colombe était l'oiseau préféré d'Aphrodite. On croyait que les colombes protégeaient les femmes mariées et leur assuraient un mariage heureux.
- Le myrte : Plante sacrée pour Aphrodite, le myrte était associé à la beauté, à la jeunesse et à l'amour éternel. Les jeunes mariées portaient souvent des couronnes de myrte lors de leur mariage pour honorer la déesse et s'assurer de sa protection.
Cultes et rituels dédiés à Aphrodite
De nombreux cultes et rituels étaient dédiés à Aphrodite dans toute la Grèce antique. Les femmes mariées lui offraient des sacrifices et des prières pour obtenir sa protection et son aide lors de la grossesse et de l'accouchement. Des fêtes étaient également organisées en son honneur, où les femmes dansaient, chantaient et célébraient la beauté, l'amour et la fertilité.
Aphrodite à Chypre
L'île de Chypre était particulièrement associée à Aphrodite, qui était considérée comme sa terre natale. De nombreux sanctuaires lui étaient dédiés sur l'île, où les femmes venaient chercher sa protection et son aide. Les figurines et les statues d'Aphrodite découvertes à Chypre témoignent de l'importance de son culte dans la vie religieuse et sociale de l'île.
Artémis
Artémis, déesse de la chasse, de la nature sauvage et de la lune, était également vénérée comme protectrice des jeunes filles, des femmes et des animaux. Bien qu'elle soit souvent associée à la virginité et à la chasteté, Artémis était également considérée comme une déesse de l'accouchement et une protectrice des parturientes.
Artémis et l'accouchement
Dans certaines régions de la Grèce antique, Artémis était invoquée lors de l'accouchement pour soulager la douleur et assurer un accouchement sans complications. On croyait que sa présence protégeait la mère et l'enfant des forces maléfiques.
Sanctuaires d'Artémis
De nombreux sanctuaires étaient dédiés à Artémis dans toute la Grèce antique, où les femmes venaient chercher sa protection et son aide. Les offrandes et les prières étaient souvent accompagnées de rituels de purification et de sacrifices d'animaux.
Héra
Héra, déesse du mariage, de la famille et de la fidélité, était la protectrice des femmes mariées et la gardienne de l'institution du mariage. Elle était vénérée comme la déesse suprême du mariage et de la famille, et son culte était étroitement lié à la protection des femmes et des enfants.
Héra et le mariage
Héra était invoquée lors des mariages pour assurer la fidélité et la prospérité du couple. Les femmes mariées lui offraient des sacrifices et des prières pour obtenir sa protection et son aide dans leur vie conjugale.
Héra et la famille
Héra était également la protectrice de la famille et des enfants. On croyait qu'elle veillait sur les femmes enceintes et les nourrissons, et qu'elle leur accordait sa bénédiction.
Cultes et rituels dédiés à Héra
De nombreux cultes et rituels étaient dédiés à Héra dans toute la Grèce antique. Les femmes mariées lui offraient des sacrifices et des prières pour obtenir sa protection et son aide dans leur vie conjugale et familiale. Des fêtes étaient également organisées en son honneur, où les femmes célébraient le mariage, la famille et la fidélité.
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