La musique, à travers les âges, s'est révélée être un puissant vecteur d'expression et de revendication, notamment pour les femmes. Bien au-delà du simple divertissement, elle a servi de tribune pour dénoncer les inégalités, les injustices et les violences sexistes. Des figures pionnières aux artistes contemporaines, la musique a accompagné et amplifié les mouvements féministes, contribuant à lever des tabous et à faire entendre des voix longtemps invisibilisées.
L'Éveil d'un Féminisme Musical
L'histoire de la musique, souvent racontée au masculin, tend à occulter la contribution des femmes. Pourtant, elles ont toujours été présentes, créant, chantant, écrivant et composant. Des compositrices du XIe siècle comme Hildegarde de Bingen aux artistes contemporaines, les femmes ont constamment défié les barrières et les stéréotypes.
Chloé Thibaud, autrice de "Ni Muses ni Groupies, une histoire féministe de la musique", souligne que l'histoire de la musique a toujours été racontée au masculin, invisibilisant les artistes féminines. Elle explique que les femmes ont toujours été présentes dans la musique, mais n'avaient pas accès aux mêmes institutions, aux mêmes postes, aux mêmes studios, aux mêmes clubs que les hommes.
L'éveil féministe a permis de prendre conscience de cette invisibilisation et de la nécessité de revaloriser la contribution des femmes à la musique. Ce livre est né de l’envie de retracer une espèce d’histoire du ‘féminisme musical’. Cette expression n’existe pas vraiment, mais l’idée n’était pas juste de se poser la question des femmes qui font de la musique ou qui chantent, mais de se demander comment les mouvements féministes ont pu être accompagnés par la musique.
La Musique, une Arme de Dénonciation
La musique s'est avérée être une arme puissante pour de nombreuses artistes féminines qui souhaitent dénoncer les inégalités, les injustices, les violences. Des chansons de manifestation puissantes comme "L'hymne des femmes", à l'apparition d'une pop féministe avec Beyoncé en figure de proue, la musique a toujours été un bon médium pour exprimer des idées et clamer des revendications avec force.
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Cyndi Lauper, au-delà de son tube "Girls Just Wanna Have Fun", a dénoncé l'avortement clandestin avec sa chanson "Sally's Pigeons", inspirée par l'histoire d'une amie décédée suite à un avortement illégal. Anne Sylvestre, avec sa chanson "Non, tu n'as pas de nom", a brisé le tabou de l'avortement, diffusée dans les plannings familiaux.
En France, Louane chante « 3919 » en référence au numéro national pour les femmes victimes de violences conjugales, Yseult avec « Bad Boy » ou encore Clara Luciani avec « Cœur ». Elles disent les termes.
L'Avortement en Musique : Lever les Tabous et Éveiller les Consciences
L'avortement, sujet longtemps tabou, a trouvé une résonance particulière dans la musique. Des artistes ont osé briser le silence et partager leurs expériences, contribuant à la libération de la parole et à la sensibilisation du public.
Barbara Pravi, avec sa chanson "CHAIR", met en scène l'avortement qu'elle a vécu à 17 ans, dénonçant la violence et le jugement dont elle a été victime. Elle se confie : « Durant mon avortement, j’ai été accompagnée de manière hyper violente et hyper douloureuse. On m’a jugée, méprisée, insultée… ». Elle ajoute que cette expérience a impacté le rapport à son corps et à sa sexualité, mais que c'est aussi ce qui l'a construite, même en tant qu'artiste.
Le film "Il suffit d’écouter les femmes", réalisé par Sonia Gonzalez, donne la parole à des femmes ayant vécu l'avortement clandestin avant sa légalisation en France. Ces témoignages poignants révèlent la détresse, l'humiliation et les blessures infligées par la clandestinité.
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Des Chansons Motivées par la Colère
La colère, émotion souvent interdite aux femmes, s'exprime avec force dans certaines chansons féministes. Solann, par exemple, s'est dite motivée par une forme de colère pour écrire "Rome", dénonçant le harcèlement de rue et les violences sexistes.
Angèle, après avoir été importunée dans le tram, a écrit "Balance ton quoi", faisant référence au mouvement #balancetonporc. Clara Luciani, avec "La Grenade", met en avant la colère des femmes face aux injustices qu'elles rencontrent.
Les Défis Persistants et l'Espoir d'un Changement
Malgré les avancées, le sexisme et les violences persistent dans l'industrie musicale. Flore Benguigui, après avoir quitté le groupe L'Impératrice, a dénoncé des "humiliations", une "emprise" et une "sensation d'isolement très forte".
Chloé Thibaud souligne que dès l’instant où la musique implique une dimension technique, ça renforce encore plus ce stéréotype sexiste. Elle ajoute que les femmes sont encore la cible de violences sexistes et sexuelles sur scène, d’où l’intérêt du mouvement « Réinventer la nuit ».
Cependant, l'engagement des artistes féminines d'aujourd'hui, favorisé par les réseaux sociaux, suscite l'enthousiasme. Chloé Thibaud affirme que quand tu vois Chappell Roan ou Charli XCX, tu comprends que les artistes féminines d’aujourd’hui sont toutes engagées. C’est même ringard de le préciser. C’est fabuleux de voir fleurir autant de chansons, favorisées comme hymnes grâce aux réseaux sociaux.
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