Les saignements menstruels abondants, également appelés ménorragies, touchent une femme sur cinq et peuvent avoir un impact important sur la qualité de vie d’une femme, affectant sa santé physique et mentale. Reconnaître et traiter efficacement cette condition est essentiel pour le bien-être des femmes. Cet article vise à fournir une compréhension complète des saignements menstruels abondants, y compris leurs causes, leurs diagnostics et les diverses options de traitement disponibles.

Reconnaître les saignements menstruels abondants

Les saignements menstruels abondants englobent divers scénarios. Les ménorragies se caractérisent par des règles abondantes qui surviennent à intervalles réguliers, tandis que les métrorragies désignent des saignements qui surviennent entre les règles. Lorsqu’une personne présente à la fois des saignements abondants et des saignements entre les règles, on parle de ménométrorragie. Les règles normales durent généralement de trois à sept jours, avec une perte de sang d’environ 40 à 50 ml. Cependant, de nombreuses femmes peuvent sous-estimer ou surestimer leur flux menstruel en raison du tabou entourant les discussions sur le sang menstruel.

Plusieurs signes peuvent aider à identifier les saignements menstruels abondants :

  • Utilisation d’une coupe menstruelle : L’utilisation d’une coupe menstruelle permet aux femmes de mesurer précisément leur flux. Les coupes menstruelles ont des capacités spécifiques (par exemple, les coupes menstruelles So’Cup contiennent de 23 ml à 29 ml), ce qui permet aux femmes de suivre et de noter si la coupe est complètement ou partiellement remplie pendant leurs règles.
  • Score de Higham : Le score de Higham est un outil qui aide les femmes à évaluer leur flux menstruel en notant le nombre de serviettes et de tampons hygiéniques qu’elles utilisent par jour et leur niveau de saturation. Chaque protection se voit attribuer un nombre de points, qui sont ensuite additionnés pour obtenir un score final. Ce score peut aider à déterminer si les saignements sont excessifs.
  • Autres indicateurs : D’autres indicateurs de saignements menstruels abondants comprennent le besoin de changer de serviettes ou de tampons toutes les deux heures, la présence de caillots sanguins de plus de 2,5 cm, la nécessité d’utiliser plusieurs produits d’hygiène simultanément, les saignements à travers les vêtements ou les draps et la nécessité de se lever la nuit pour changer de protections.

Il est important de noter que des saignements abondants occasionnels peuvent ne pas être inquiétants, car des facteurs environnementaux et liés au mode de vie peuvent influencer le cycle menstruel. Cependant, des saignements abondants persistants peuvent entraîner une anémie et avoir un impact négatif sur la santé mentale et physique.

Causes des saignements menstruels abondants

Plusieurs facteurs peuvent contribuer aux saignements menstruels abondants ou hémorragiques. Ces facteurs comprennent :

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  1. Déséquilibre hormonal : Au moment de la puberté, les règles peuvent être plus abondantes en raison des cycles anovulatoires, où l’ovulation ne se produit pas. Cela limite la production de progestérone, ce qui entraîne une croissance excessive de l’endomètre et des saignements abondants, irréguliers et prolongés. Des irrégularités dans le cycle menstruel peuvent également survenir à l’adolescence. De même, pendant la préménopause, des ovulations aléatoires et des déséquilibres entre la progestérone et les œstrogènes peuvent provoquer des saignements abondants avec des caillots. Une production excessive d’œstrogènes par les ovaires peut également provoquer un épaississement de l’endomètre, entraînant des saignements abondants.

  2. Dispositif intra-utérin (DIU) en cuivre : Le DIU en cuivre, un contraceptif sans hormone, peut provoquer une inflammation de l’utérus et une croissance excessive de l’endomètre, ce qui entraîne des saignements abondants, en particulier dans les premiers mois après l’insertion.

  3. Fibromes : Les fibromes sont des excroissances non cancéreuses des parois de l’utérus. Ils peuvent varier en taille et entraîner des saignements, des douleurs et des envies fréquentes d’uriner. Les fibromes sont une cause fréquente de ménorragies, touchant un quart des femmes de plus de 40 ans.

  4. Adénomyose : L’adénomyose se caractérise par l’infiltration de la muqueuse utérine dans la paroi musculaire de l’utérus. Cette affection peut provoquer des saignements abondants, des douleurs et un gonflement de l’utérus.

  5. Polypes : Les polypes sont des excroissances qui se développent sur la muqueuse de l’utérus. Ils peuvent entraîner des saignements irréguliers, notamment des saignements entre les règles ou des saignements abondants pendant les règles.

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  6. Hyperplasie de l’endomètre : L’hyperplasie de l’endomètre se caractérise par un épaississement de la muqueuse de l’utérus. Cette affection peut être due à un excès d’œstrogènes et peut entraîner des saignements abondants et irréguliers.

  7. Cancer de l’endomètre : Dans de rares cas, les saignements menstruels abondants peuvent être un symptôme du cancer de l’endomètre, en particulier après la ménopause.

  8. Infections : Les infections de l’utérus ou du col de l’utérus peuvent provoquer des saignements irréguliers ou des saignements abondants.

  9. Troubles de la coagulation : Les troubles de la coagulation, tels que la maladie de von Willebrand, peuvent interférer avec la capacité du sang à coaguler, ce qui entraîne des saignements abondants pendant les règles.

  10. Hypothyroïdie : L’hypothyroïdie, une affection dans laquelle la glande thyroïde ne produit pas suffisamment d’hormones thyroïdiennes, peut perturber les cycles menstruels et provoquer des saignements abondants.

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  11. Lupus érythémateux disséminé : Le lupus érythémateux disséminé est une maladie auto-immune qui peut affecter divers organes, notamment le système reproducteur. Il peut provoquer des saignements menstruels abondants.

  12. Médicaments : Certains médicaments, tels que les anticoagulants (par exemple, la warfarine) et les compléments à base de plantes (par exemple, le ginseng, le ginkgo et le soja), peuvent augmenter les saignements menstruels.

  13. Facteurs liés au mode de vie : Des facteurs tels que le stress, les changements de poids, des habitudes alimentaires ou des routines d’exercice peuvent également contribuer aux saignements menstruels abondants.

Diagnostic des saignements menstruels abondants

Si vous présentez des symptômes de saignements menstruels abondants, il est essentiel de consulter un professionnel de la santé pour un diagnostic approfondi. Le médecin peut effectuer les examens suivants :

  1. Examen physique : Le médecin effectuera un examen physique, notamment un examen pelvien, pour évaluer les organes reproducteurs et détecter toute anomalie. Un spéculum est utilisé pour examiner le col de l’utérus afin de détecter des lésions, des polypes, une inflammation ou des tumeurs. Le vagin est également inspecté.

  2. Antécédents médicaux : Le médecin vous posera des questions sur vos antécédents menstruels, vos antécédents médicaux et tout médicament que vous prenez. Il vous demandera des informations concernant la durée d’évolution du saignement, sa survenue pendant les règles (ménorragies) ou en dehors (métrorragies). On vous demandera également si le saignement vous a obligée à changer de vêtements ou de draps, ou si vous avez remarqué des caillots.

  3. Analyses de sang : Des analyses de sang peuvent être effectuées pour vérifier la présence d’une anémie, de troubles de la coagulation ou d’affections thyroïdiennes. L’hémoglobinémie est mesurée pour évaluer l’impact du saignement. La microcytose indique une anémie ferriprive, et les taux de ferritine sont mesurés pour déterminer les taux de fer. Un bilan d’hémostase, comprenant un hémogramme, un TP et un TCA, permet de rechercher une coagulopathie. Le dosage de la TSH-us permet de rechercher une dysthyroïdie.

  4. Échographie : Une échographie pelvienne peut aider à identifier les anomalies de l’utérus, des ovaires ou de la muqueuse utérine. L’échographie peut être réalisée par voie endovaginale pour une meilleure visualisation.

  5. Biopsie de l’endomètre : Dans certains cas, une biopsie de l’endomètre peut être réalisée pour examiner la muqueuse de l’utérus et rechercher des anomalies, telles que l’hyperplasie ou le cancer. Chez les femmes ménopausées, un prélèvement de l’endomètre, une petite biopsie à l’aveugle, peut être effectué pour s’assurer qu’il n’y a pas de lésion cancéreuse.

  6. Hystéroscopie : L’hystéroscopie est une procédure qui consiste à insérer une fine caméra dans l’utérus pour visualiser la muqueuse utérine. Elle peut aider à identifier les polypes, les fibromes ou d’autres anomalies. Elle consiste à introduire dans la cavité utérine un endoscope, qui peut être souple ou rigide. La distension de la cavité utérine se réalise au sérum physiologique ou à l’aide de CO2. Cet examen diagnostique peut se réaliser en consultation, sous anesthésie locale et, du fait du faible calibre des hystéroscopes, ne nécessite en général pas de dilatation du col utérin.

  7. Hystérosalpingographie : Elle consiste à opacifier la cavité utérine et les trompes de Fallope par injection d’un produit de contraste hydro­soluble iodé après avoir cathétérisé le col utérin.

  8. IRM : L’imagerie par résonance magnétique (IRM) est l’examen de référence pour l’étude de la pathologie utérine et annexielle. Elle permet l’analyse du myomètre, de l’endomètre et de leur zone de jonction (diagnostic de certitude de l’adénomyose). Elle est très performante pour le bilan d’extension des cancers pelviens et l’étude des masses annexielles.

  9. Hystéronographie : Il s’agit d’injecter 5 mL de sérum physiologique dans la cavité utérine à l’aide d’un cathéter durant une échographie afin de décoller les faces antérieures et postérieures de l’utérus. Elle permet de visualiser les contours d’une pathologie endocavitaire. Cet examen apporte des indications comparables à celles obtenues par hystéroscopie diagnostique mais ne permet pas la réalisation de biopsies dirigées.

Le score de Higham peut être utilisé pour évaluer la perte sanguine menstruelle en cas de ménorragies.

Pendant l’examen, l’origine du saignement est déterminée après un décaillotage soigneux du vagin. Les lésions vaginales, les vaginites, les polypes utérins, les infections du col de l’utérus, les ectropions et les lésions néoplasiques du col de l’utérus sont recherchés.

Traitement des saignements menstruels abondants

Le traitement des saignements menstruels abondants dépend de la cause sous-jacente, de la gravité des saignements et des préférences de la femme. Les options de traitement peuvent inclure :

  1. Médicaments :

    • Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) : Les AINS peuvent aider à réduire le flux menstruel et à soulager les douleurs en réduisant la production de prostaglandines.
    • Acide tranéxamique : L’acide tranéxamique est un médicament antifibrinolytique qui aide à réduire les saignements en favorisant la coagulation.
    • Contraceptifs hormonaux : Les pilules contraceptives, les patchs ou les anneaux vaginaux peuvent aider à réguler les cycles menstruels et à réduire les saignements. Les stérilets hormonaux (SIU) libèrent du progestatif, ce qui peut réduire le flux menstruel.
    • Progestatifs : Les progestatifs peuvent aider à équilibrer les taux d’hormones et à réduire les saignements.
    • Suppléments de fer : Si les saignements abondants ont entraîné une anémie ferriprive, des suppléments de fer peuvent être recommandés pour reconstituer les taux de fer.
  2. Intervention chirurgicale :

    • Dilatation et curetage (D & C) : Une D & C est une procédure qui consiste à enlever la muqueuse de l’utérus. Elle peut être utilisée pour arrêter les saignements abondants ou pour diagnostiquer des anomalies.
    • Ablation de l’endomètre : L’ablation de l’endomètre est une procédure qui consiste à détruire la muqueuse de l’utérus. Elle peut être réalisée à l’aide de diverses techniques, telles que le laser, la chaleur ou les ondes radio. Cette intervention vise à diminuer l’épaisseur de la paroi interne de l’utérus, afin de réduire les saignements. Il est toutefois à noter que ces procédures peuvent avoir un impact sur la fertilité.
    • Myomectomie : La myomectomie est une intervention chirurgicale qui consiste à enlever les fibromes de l’utérus. Elle peut être réalisée par hystéroscopie, laparoscopie ou laparotomie.
    • Hystérectomie : L’hystérectomie est une intervention chirurgicale qui consiste à enlever l’utérus. Elle est généralement envisagée comme une solution de dernier recours pour les saignements menstruels abondants qui n’ont pas répondu à d’autres traitements. En dernier recours, et principalement chez les femmes sans projet de grossesse, une hystérectomie (ablation de l’utérus) peut être proposée. Cette solution est définitive et élimine tout risque de récidive.
    • Hystéroscopie : L’hystéroscopie est une procédure permettant de diagnostiquer et de traiter les anomalies intra-utérines, comme les polypes et les fibromes. Elle peut consister en l’ablation de ces lésions ou une résection de l’endomètre pour réduire les saignements.
    • Embolisation de l’artère utérine (EAU) : L’EAU est une procédure mini-invasive qui consiste à bloquer l’apport sanguin aux fibromes, ce qui les fait rétrécir.
  3. Autres traitements :

    • Acide tranéxamique : L’acide tranéxamique est un médicament non hormonal qui peut aider à réduire les saignements abondants en favorisant la coagulation.
    • DIU hormonal : Le système intra-utérin (SIU) aux hormones diffuse un progestatif et est assez efficace contre les règles hémorragiques tout en évitant la plupart des effets secondaires liés à la pilule.
    • Danazol ou Cyclomen : D’autres traitements, type Danazol° ou Cyclomen°, peuvent être administrés si les autres solutions proposées ne fonctionnent pas.

En plus de ces traitements médicaux, des mesures d’autogestion peuvent aider à gérer les saignements menstruels abondants. Ces mesures comprennent le repos, une alimentation saine et l’exercice régulier pour réduire les douleurs. L’utilisation de coupes menstruelles peut aider à surveiller le flux et à gérer les saignements abondants.

Il est important de consulter un professionnel de la santé pour déterminer l’option de traitement la plus appropriée en fonction de votre situation individuelle.

Gérer les complications associées

Les saignements menstruels abondants peuvent entraîner des complications, telles que l’anémie ferriprive. Une supplémentation en fer par voie orale est souvent nécessaire pour corriger la carence en fer et réduire les symptômes associés, comme la fatigue, la pâleur, les vertiges et l’essoufflement.

Saignements entre les règles (spotting)

Les saignements entre les règles, également appelés spotting, peuvent être inquiétants. Le spotting se définit comme un saignement vaginal qui survient en dehors des règles. Il est important de le distinguer des ménorragies (règles abondantes) et des ménométrorragies (où les deux phénomènes sont associés). Le spotting peut varier en couleur et en abondance, mais sa survenue en dehors du cycle doit toujours être vérifiée.

Les causes du spotting peuvent être multiples :

  • Grossesse : Chez une femme en âge de procréer, la première hypothèse à éliminer est la grossesse, même lorsqu’elle semble peu probable. Certaines grossesses peuvent s’accompagner de saignements inhabituels, y compris dans les cas de fausse couche ou de grossesse extra-utérine.
  • Infections : Les infections du col de l’utérus peuvent provoquer des saignements.
  • Polypes ou fibromes : Ces excroissances dans l’utérus peuvent entraîner des saignements entre les règles.
  • Déséquilibre hormonal : Un déséquilibre hormonal peut provoquer des saignements.
  • Lésions précancéreuses ou cancéreuses : Dans de rares cas, le spotting peut être un signe de lésions précancéreuses ou cancéreuses du col de l’utérus ou de l’utérus, surtout après la ménopause.
  • Contraception hormonale : Les pilules contraceptives, en particulier les pilules progestatives, peuvent provoquer des saignements.

La prise en charge du spotting dépend de la cause identifiée. Un traitement antibiotique peut être prescrit en cas d’infection, une intervention chirurgicale peut être proposée pour retirer un polype ou un fibrome, et une réévaluation du traitement hormonal ou contraceptif peut s’imposer en cas de déséquilibre.

Quand consulter un médecin

Il est important de consulter un médecin dans les cas suivants :

  • Tout saignement après la ménopause.
  • Saignements répétés entre les règles.
  • Saignements inexpliqués entre les règles.
  • Modifications importantes du cycle menstruel.

Le médecin tiendra compte des antécédents de la patiente, de son mode de contraception et de la régularité de ses cycles pour déterminer la cause du saignement et le traitement approprié.

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