Introduction
Le rôle du microbiote intestinal sur notre santé est de plus en plus reconnu. Mais qu'en est-il de son rôle avant la naissance? L'utérus, autrefois considéré comme stérile, est maintenant reconnu comme un environnement où les bactéries, provenant de l'intestin et du vagin de la mère, jouent un rôle potentiellement crucial dans le développement du fœtus. Cet article explore le rôle du microbiote placentaire, ses conséquences potentielles sur la santé de la mère et de l'enfant, et les controverses qui l'entourent.
Qu'est-ce que le Microbiote Placentaire?
Le microbiote, anciennement appelé « flore », est l'ensemble des micro-organismes (bactéries, levures, champignons, virus) vivant dans un environnement spécifique. Chez l'humain, les trois principaux microbiotes sont ceux de la peau, de l'intestin et du vagin. Le microbiote placentaire, quant à lui, est un écosystème bactérien présent dans le placenta. Il est pauvre mais spécifique. Il produit certaines substances et vitamines nécessaires au développement du fœtus.
Origine et Établissement du Microbiote Placentaire
Plusieurs hypothèses existent quant à l'origine du microbiote placentaire, notamment une origine buccale, intestinale ou vaginale. Le tube digestif du fœtus est stérile. La colonisation bactérienne commence à l'accouchement, dès la rupture des membranes, avec des bactéries provenant de la mère. Le mode d'accouchement influence la composition du microbiote intestinal du nouveau-né : un accouchement par voie naturelle favorise la colonisation par des bactéries vaginales, tandis qu'une césarienne favorise la colonisation par des bactéries cutanées maternelles. L'environnement joue également un rôle important.
Rôle du Microbiote Placentaire
Le rôle physiologique exact du microbiote placentaire reste encore méconnu, mais il est de plus en plus évident qu'il peut jouer un rôle important dans le développement du fœtus et la santé de la mère.
Production de Substances Essentielles
Le microbiote placentaire produit des substances et des vitamines nécessaires au développement du fœtus.
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Protection Contre les Pathogènes
Des études récentes ont révélé que le placenta possède un mécanisme de défense antiviral actif. À l'interface placentaire, les cellules fœtales interagissent directement avec le sang maternel, augmentant ainsi le risque de transmission de pathogènes. Cependant, une production continue d'interférons, des molécules impliquées dans la communication cellulaire lors d'infections, met en œuvre des défenses antivirales puissantes. Ces interférons sont produits en grande quantité grâce à la transcription constante de certains ARN à partir de rétrotransposons situés sur les chromosomes.
Influence sur le Développement Placentaire et Fœtal
Des études sur des modèles animaux ont montré que le microbiote intestinal maternel favorise le développement placentaire. L'appauvrissement du microbiote intestinal maternel limite la croissance du placenta et altère la vascularisation fœto-placentaire. Le microbiote intestinal maternel module les métabolites dans la circulation maternelle et fœtale. Les acides gras à chaîne courte (AGCC) stimulent la formation de tubes dans les cellules endothéliales cultivées et préviennent les anomalies de la vascularisation placentaire chez les souris déficientes en microbiote. De plus, dans un modèle de malnutrition maternelle, la supplémentation gestationnelle en AGCC prévient la restriction de la croissance placentaire et l’insuffisance vasculaire.
Conséquences d'un Déséquilibre du Microbiote Placentaire
Un déséquilibre du microbiote placentaire, ou dysbiose, peut avoir des conséquences néfastes sur la santé de la mère et du fœtus. Des profils microbiens particuliers ont été associés à des complications de la grossesse, telles que:
Chorioamniotite
La chorioamniotite est une infection grave du placenta et/ou du liquide amniotique. Elle peut être causée par une infection par voie ascendante, c'est-à-dire via le vagin ou la sphère digestive. Des touchers vaginaux répétés peuvent être une cause indirecte de chorioamniotite, du fait de l'introduction de germes pathogènes dans la sphère vaginale, notamment en cas de rupture prématurée des membranes. Plus rarement, l'infection survient par voie hématogène, via la circulation sanguine.
Les symptômes de la chorioamniotite peuvent inclure fièvre, saignements, pertes vaginales pathologiques ou anormales, perte de liquide amniotique, sensibilité utérine accrue, douleurs pelviennes et tachycardie. Le diagnostic repose sur des analyses sanguines révélant une hausse du nombre de globules blancs. Le traitement consiste en une antibiothérapie à large spectre et des antipyrétiques.
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La chorioamniotite peut entraîner des complications graves pour le bébé, notamment la prématurité, une infection néonatale et, dans les cas les plus graves, la mort fœtale in utero.
Listériose
La listériose est une infection causée par la bactérie Listeria monocytogenes, qui peut être contractée par l'ingestion d'aliments contaminés. Chez la femme enceinte, l'infection peut être asymptomatique ou se manifester par de la fièvre et des contractions. La listériose peut provoquer un avortement spontané, un accouchement prématuré ou une mort fœtale. Le nouveau-né infecté peut présenter une infection sévère. Le placenta peut être le siège de foyers infectieux. Le traitement antibiotique repose sur l'administration d'amoxicilline, souvent combinée à la gentamicine.
Autres Infections Maternelles
Outre la chorioamniotite et la listériose, d'autres infections maternelles peuvent avoir des conséquences graves pendant la grossesse. Il est donc nécessaire d’établir une surveillance accrue durant la grossesse, afin de veiller à la bonne santé de la future maman et de son enfant à naître. Les infections maternelles peuvent conduire à la transmission d’une infection de la mère à son bébé et impacter son bon développement, provoquer des malformations, voire entraîner le décès in-utéro.
Les 7 principales infections à dépister par un bilan sanguin complet au cours du premier trimestre de grossesse sont les suivantes:
- Les IST (Infections Sexuellement Transmissibles): VIH, syphilis, hépatite B.
- La toxoplasmose: Elle se transmet par un parasite : le Toxoplasma gondii.
- Le Cytomégalovirus (CMV): En cas de contamination de la mère pendant la grossesse, une surveillance doit être mise en place.
- La rubéole: Si la mère n’est pas immunisée et qu’elle la contracte, la transmission du virus au bébé se fait à travers le placenta.
- Le streptocoque B: Cette bactérie s’avère dangereuse pour le bébé, notamment au moment de l’accouchement.
Prévention des Infections Maternelles
Pour prévenir ces infections, il est tout d’abord indispensable de procéder à une analyse biologique complète en laboratoire de biologie médicale dès le début de la grossesse pour dresser un premier état des lieux de la santé de la mère. Cette analyse globale consiste à vérifier les immunités acquises et à s’assurer que la future maman ne soit pas atteinte d’une maladie pouvant nuire à son bébé. Il est également vivement conseillé, avant d’envisager une grossesse, de vérifier que l’on est bien à jour de ses vaccins (rubéole, coqueluche, etc.).
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Pendant toute la grossesse, il convient ensuite, de prendre un maximum de précautions et d’adapter son hygiène de vie afin de se protéger de ces possibles infections maternelles:
- Avoir une alimentation saine, en prenant soin de bien laver ses fruits et ses légumes pouvant être vecteurs de parasites et de bien cuire ses viandes et poissons avant de les consommer.
- Chaque future maman est orientée par son gynécologue, sage-femme ou médecin généraliste pour réaliser les sérologies nécessaires. Selon son niveau d'immunité, des analyses sanguines régulières en laboratoire de biologie médicale, seront effectuées.
Controverses Autour du Microbiote Placentaire
Malgré les avancées récentes, le microbiote placentaire reste au centre d'une controverse. Certaines études ont démontré que la quantité d'ADN bactérien retrouvée dans le placenta et dans le liquide amniotique était similaire à celle retrouvée dans des contrôles négatifs. Devant les possibles modifications de prise en charge de la grossesse (antibiotiques, probiotiques, prébiotiques), des études supplémentaires sont nécessaires afin de répondre à cette question : existe-t-il un microbiote placentaire ?
Une étude récente a été menée dans 3 maternités (Port Royal, Béclère et Sainte Félicité) afin d'étudier l'existence du microbiote placentaire. Les résultats de culture indiquent que les bactéries présentes dans le milieu in utero proviennent de contamination lors de la délivrance. De plus, les données de biologie moléculaire ne permettent pas de distinguer l'ADN bactérien contaminant de l'ADN bactérien à l'intérieur du placenta.
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