Dans l'enceinte de la maison d'arrêt pour femmes de Fleury-Mérogis, un espace coloré et chaleureux contraste avec l'austérité carcérale : la micro-crèche "Les Globe Trotteurs". Inaugurée le mardi 24 septembre en présence de Christelle Dubos, secrétaire d'État auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé, cette structure unique en France offre un environnement propice à l'éveil et au bien-être des bébés vivant en détention avec leur mère.
Un lieu d'éveil et de normalisation
Avec ses jouets d'éveil, ses meubles colorés, ses murs ornés de pochoirs, sa courette équipée d'un toboggan et de tricycles, la micro-crèche ressemble à s'y méprendre à une crèche classique. Seuls les barbelés qui encerclent la cour et les barreaux aux fenêtres rappellent la réalité de son emplacement. Malgré ce contexte particulier, l'objectif est de créer un environnement stimulant et sécurisant pour les enfants, en leur offrant les mêmes opportunités d'épanouissement que ceux qui grandissent à l'extérieur. La crèche a été créée pour que les enfants aient accès aux mêmes choses qu'à l'extérieur.
Un partenariat inédit au service des mères et des enfants
La création de cette micro-crèche est le fruit d'un partenariat inédit entre plusieurs organismes et collectivités. Le conseil départemental de l'Essonne a investi 100 000 €, tandis que la caisse d'allocations familiales (CAF) a financé 80 % des 130 000 € de travaux nécessaires à l'aménagement de la nurserie et participe au financement du fonctionnement de la structure. La ville de Fleury-Mérogis joue également un rôle essentiel, en mettant à disposition trois auxiliaires de puériculture et une éducatrice de jeunes enfants, toutes employées du centre communal d'action sociale et volontaires pour travailler à la maison d'arrêt. Le Secours catholique apporte également son soutien en aidant au paiement des factures pour les mères ne pouvant bénéficier des droits sociaux, sans oublier l'administration pénitentiaire et l'association d'accompagnement Acepp91.
Un fonctionnement adapté aux contraintes de la détention
Ouverte depuis plusieurs mois, la micro-crèche dispose de 10 places et accueille les enfants de 0 à 18 mois du lundi au vendredi de 7h30 à 17 heures. Un contrat est signé avec chaque mère, fixant les jours et les horaires de garde de son enfant. Les mères détenues paient un tarif horaire de 0,36 centime, le barème le plus bas. Pour celles qui n'ont pas les moyens, le Secours catholique fournit une aide.
Des bénéfices multiples pour les mères et les enfants
La micro-crèche offre de nombreux avantages tant pour les mères que pour les enfants. Pour les mères, elle permet de dégager du temps pour effectuer des démarches administratives, consulter un avocat, suivre une formation ou travailler. Cela favorise leur réinsertion et leur permet de mieux préparer leur avenir. Comme le souligne Claire-Amélie Bertrand, directrice des politiques partenariales de la maison d'arrêt de Fleury, la micro-crèche "dégage du temps pour les détenues qui peuvent préparer leur réinsertion, suivre une formation ou travailler". Avant, les mères devaient faire garder leur enfant par une codétenue, ce qui pouvait entraîner des tensions. Quant à la nurserie, elle n'offrait qu'une prise en charge axée sur le soin. Avec la crèche, on développe un volet éducatif et une aide à la parentalité.
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Pour les enfants, la micro-crèche offre un environnement stimulant et sécurisant, propice à leur développement. Elle leur permet de bénéficier d'une prise en charge éducative de qualité, assurée par des professionnels de la petite enfance. De plus, des petites sorties à l'extérieur sont organisées pour les familiariser avec le monde extérieur, les bruits de la rue, la lumière naturelle et les promenades en poussette. Comme le souligne Anne, la responsable de la crèche, "les enfants ne sont pas détenus, donc on a la possibilité de faire des sorties". Pour ces bébés, il y a donc des promenades au parc, des rencontres avec d'autres enfants des crèches environnantes, pour permettre une sociabilisation jusqu'ici impossible.
Plusieurs mères témoignent des bienfaits de la micro-crèche. Chance* explique que sans la crèche, son fils resterait avec elle toute la journée en cellule. Cynthia* apprécie de pouvoir laisser son enfant en toute sérénité pour ses rendez-vous médicaux ou avec son avocat. Elle ajoute : "Jamais je n’aurais laissé mon enfant à une autre fille en cellule". Chelsea, maman d'une petite fille d'un mois, se sent rassurée par les conseils de l'équipe de la crèche : "Elles nous parlent, nous rassurent."
Un modèle à reproduire ?
La micro-crèche de Fleury-Mérogis est une expérience unique en France, qui humanise la prison et favorise la réinsertion. Son succès pourrait inspirer d'autres établissements pénitentiaires à mettre en place des structures similaires. Carole Lombard, responsable du projet au niveau de la Caf de l’Essonne, avance que ce nouveau modèle pourrait voir le jour très prochainement dans les autres prisons de France.
L'importance du maintien des liens familiaux en détention
La création de cette micro-crèche s'inscrit dans une politique de maintien des liens familiaux des personnes détenues. En France, une mère détenue peut s'occuper de son enfant jusqu'à ses 18 mois. Ce dispositif permet de préserver la relation mère-enfant et de favoriser le développement de l'enfant dans un contexte difficile.
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