La méthode du calendrier d'ovulation, également connue sous le nom de méthode Ogino-Knaus ou méthode du calendrier, est une forme de contraception naturelle qui consiste à suivre les jours du cycle menstruel pour identifier la période fertile, au cours de laquelle les rapports sexuels doivent être évités pour prévenir une grossesse. Bien qu'elle soit exempte d'hormones et d'effets secondaires, il est essentiel d'en comprendre les limites et la fiabilité avant de la choisir comme méthode de contraception.
Contraception naturelle : une alternative aux méthodes conventionnelles
Ces dernières années, les méthodes de contraception classiques telles que la pilule, qui reste la méthode la plus utilisée en France selon l'INSEE, suscitent de plus en plus d'interrogations. Les contraceptifs oraux contiennent des hormones, tandis que les dispositifs intra-utérins (DIU) peuvent être en cuivre, ce qui peut avoir des conséquences sur la santé. Par exemple, certaines pilules sont associées à un risque accru de thrombose, et les DIU en cuivre peuvent modifier le microbiote vaginal. En outre, 8 % de la population n'utilise aucune contraception.
Contrairement aux méthodes contraceptives comme la pilule ou le stérilet, les contraceptions naturelles ne se basent pas sur l’utilisation d’un produit spécifique, mais sur l’observation et l’écoute du corps.
Face à ces préoccupations, de nombreuses femmes se tournent vers des méthodes de contraception plus "naturelles" pour se réapproprier leur corps et éviter les effets secondaires liés à la prise d'hormones. Les applications de suivi du cycle menstruel répondent à ce besoin en offrant une alternative pratique et apparemment fiable.
Les principes de la méthode du calendrier
La méthode du calendrier, mise au point par un gynécologue japonais, repose sur le suivi calendaire des jours les plus fertiles où les rapports sexuels doivent être évités. Pour la méthode Ogino, le calcul des cycles se base sur les 12 derniers mois en identifiant le cycle le plus long et le cycle le plus court. À titre d’exemple, lorsque le cycle le plus court de la femme est de 25 jours et le plus long de 33, la période de fécondité devrait commencer au 7ème jour et se terminer au 22ème jour.
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L'abstinence périodique (ou "méthode Ogino-Knaus" ou "méthode du calendrier") est une méthode reposant sur le comptage des jours du cycle dans le but de repérer la période fertile (pendant laquelle un risque de fécondation existe).
Cette méthode, qui ne tient pas compte de la physiologie du cycle féminin, repose sur l'hypothèse fausse que l'ovulation a toujours lieu au même moment. Elle suppose aussi que la période fertile du cycle démarre 4 jours avant l'ovulation alors qu'en réalité, les spermatozoïdes peuvent survivre jusqu'à 5 jours dans le tractus génital féminin (1).
Avant de pouvoir utiliser la méthode de l'abstinence périodique, il est nécessaire de respecter une période d'observation de 12 cycles menstruels sans contraception hormonale. Pendant cette période, il est possible d'utiliser une méthode barrière (préservatif interne ou externe, diaphragme, cape cervicale…) pour minimiser le risque de grossesse. A la fin de la période d'observation, il est possible de calculer les jours fertiles lors de chaque cycle (avec un risque d'erreur élevé). Le début de la période fertile est calculé en soustrayant 18 jours au nombre de jours du cycle le plus long. La fin de la période fertile est calculé en soustrayant 11 jours au cycle le plus court.
Fiabilité limitée et facteurs d'influence
L'abstinence périodique est une méthode reposant sur le comptage des jours du cycle dans le but de repérer la période fertile. Cette méthode repose sur l'hypothèse fausse que l'ovulation a toujours lieu au même moment.
Bien que toutes les femmes puissent opter pour une contraception naturelle si elles le souhaitent, la méthode du calendrier n'est pas faite pour toutes les femmes et s'adresse plus particulièrement aux femmes ayant des cycles très réguliers. En raison de la rigueur et de la connaissance du corps que les différentes techniques imposent, elles seront déconseillées à l'adolescence ainsi qu'à la ménopause, périodes où les cycles menstruels ne sont pas fixes et peuvent fluctuer.
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La méthode Ogino présente également un risque car l’ovulation est par nature imprévisible, même lorsque l’on a des cycles réguliers habituellement.
En effet, de nombreuses études démontrent qu'il n'existe en réalité aucune période de fertilité standard pour chaque femme. Une recherche menée sur 213 femmes aux États-Unis donne même un constat des plus surprenants : l'on peut tomber enceinte même au-delà de l'intervalle de fécondité calculé avec la méthode Ogino. Certaines femmes semblent tout aussi bien fécondes quelques jours seulement après leurs règles qu'au-delà de la supposée limite de la 17e journée.
L'observation des cycles menstruels permet de savoir avec plus ou moins de précision la période de fécondité. Cette seule analyse n'est toutefois pas fiable à 100 %.
Applications de suivi menstruel : une version numérique de la méthode Ogino ?
Plus de 100 millions de femmes dans le monde utilisent ce qu’on appelle des applications menstruelles. Parmi les plus populaires, on trouve Flo et Clue qui se présentent toutes les deux comme des outils de suivi de règles et d’ovulation. Leur format est simple. Il y a un calendrier dans lequel les utilisatrices rentrent les jours où elles ont leurs règles, et grâce à ces données, l’application calcule automatiquement les dates des prochaines règles. Ainsi que les jours d'ovulation où l’utilisatrice a le plus de chance de tomber enceinte. Et des applications dans le même genre, il y en a maintenant des centaines.
La majorité de ces applications (54,4 %) utilisent le calendrier des règles pour prédire période de fertilité et date d’ovulation. Ce constat est alarmant car cette méthode, basée sur la date d’ovulation 14 jours après le début des règles, est largement reconnue comme non fiable. Même les femmes avec des cycles très réguliers ont des jours d’ovulation variables. Des variations de durée de cycles de sept jours et plus concernent la moitié de la population féminine, ce qui ôte toute capacité de prédiction à ces apps.
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Plus de la moitié de ces applications s’appuient sur des paramètres peu fiables pour prédire la période de fertilité et la date d’ovulation. En effet, comme l’ont montré des études rigoureuses et des revues de littérature, elles se fondent sur la méthode du calendrier des règles, en fait une « méthode Ogino »[1] version numérique. Or, celle-ci connait des limites significatives puisque des variations de durée de cycles de 7 jours et plus concernent la moitié de la population féminine. Même les femmes avec des cycles très réguliers ont des jours d’ovulation variables. Des données publiées suggèrent ainsi qu’en s’appuyant uniquement sur la méthode du calendrier, la plupart de ces applications font des erreurs de prédiction.
Des recherches récentes ont scruté les méthodologies proposées par les apps de suivi menstruel. Il s’avère que la majorité d’entre elles (54,4 %) utilisent le calendrier des règles pour prédire période de fertilité et date d’ovulation. Ce constat est alarmant car cette méthode, basée sur la date d’ovulation 14 jours après le début des règles, est largement reconnue comme non fiable. Même les femmes avec des cycles très réguliers ont des jours d’ovulation variables. Des variations de durée de cycles de sept jours et plus concernent la moitié de la population féminine, ce qui ôte toute capacité de prédiction à ces apps.
Alternatives plus fiables : méthodes d'observation du cycle et tests d'ovulation
Heureusement, il existe des alternatives plus fiables pour identifier la période de fertilité. Les méthodes d'observation du cycle (MOC) reposent sur une connaissance précise de la physiologie de l'ovulation et du cycle menstruel. Ces méthodes requièrent une observation et une interprétation quotidienne des biomarqueurs de fertilité de la femme (selon la méthode : mucus cervical, température basale, position du col utérin, taux hormonaux dans les urines), selon un protocole scientifiquement établi et validé.
Il existe des paramètres plus fiables comme la température corporelle (+ 0,2/0,4 °C après l’ovulation), l’aspect de la glaire cervicale[2] ou la concentration urinaire de l’hormone lutéinisante (qui augmente juste avant l’ovulation). Or ils sont rarement pris en compte dans les algorithmes des applications.
La méthode symptothermique repose sur la surveillance quotidienne de la glaire cervicale, de la et la palpation du . Son efficacité a été démontrée dans le cadre d’une utilisation après une formation à la méthode.
Pour utiliser cette méthode, il est nécessaire, chaque jour :- de mesurer et noter sa température basale au réveil, à heure fixe ;- d'observer la présence et la consistance de la glaire cervicale ;- de vérifier la position du col de l'utérus. Le relevé de ces observations permet ensuite de calculer les jours pendant lesquels un risque de grossesse existe. Les rapports vaginaux doivent être évités pendant les jours fertiles.
Dans un article sur le sujet, The Guardian prend comme exemple l’application Cycles. Dans sa description, on peut lire que grâce à elle les femmes n’auront plus de mauvaises surprises. Mais comme ils sont malins, sur leur site, il y a aussi une clause de non responsabilité qui précise que l’application ne relai que des informations. Sous-entendu, s'il y a un souci médical, inutile de se retourner contre l’entreprise. Et c’est là le problème. La majorité de ces applications ne sont pas homologuées par des organismes de santé. La raison ? Elles sont généralement placées dans la même catégorie que les applications de santé et de fitness, qui ne sont pas classées comme des dispositifs médicaux. Ce sont juste des applications dites d’accompagnement, donc pas besoin d’être approuvées par des experts ou des organismes officiels.
Indice de Pearl et efficacité des méthodes contraceptives
L’indice de Pearl est le nombre de femmes qui tombent enceintes malgré l’utilisation d’une contraception pendant une période d’un an.
L’une des applications les plus populaires, Natural Cycles, avait fait du bruit dans les médias en annonçant qu’elle avait un indice de Pearl de 8 (nombre de grossesses sur 100 malgré l’utilisation d’une contraception), comparable à celui de la pilule. Cependant, des études ont pointé du doigt des failles méthodologiques pour parvenir à ce résultat. Par ailleurs, la plupart des données disponibles sur la contraception naturelle et les applications de suivi de la fertilité indiquent que leur indice de Pearl se situe en moyenne autour de 24.
Chaque moyen de contraception comporte ses propres risques : oubli pour la pilule, déplacement pour le stérilet, altération du préservatif, etc. Les contraceptions naturelles présentent également des risques non négligeables d’inefficacité qui peuvent conduire à une grossesse.
15-25 % C'est le taux d'échec de la méthode de l'abstinence périodique après un an d'utilisation.
Protection des données personnelles : un enjeu éthique majeur
La popularité grandissante de ces applications soulève plusieurs questions éthiques en ce qui concerne la protection des données personnelles des usagères et aussi les défauts de fiabilité de prédiction des applications pour le contrôle de la fertilité.
L’autre question éthique majeure associée à l’utilisation de ces applications - la protection des données personnelles - a fait l’objet de nombreux travaux, portés notamment par des ONG qui défendent la vie privée. Il ressort de ces investigations que la plupart des applications ne prennent pas suffisamment de mesures pour protéger les données personnelles des utilisatrices, les partageant notamment avec des sociétés tierces (dont Google et Amazon). Or, les femmes sont rarement informées sur le risque de voir leurs données sur leur vie sexuelle intime exploitées par des tiers à des fins commerciales ou autres.
Il convient que les concepteurs utilisent des méthodes fiables de prédiction, basées sur des connaissances scientifiques solides. Ce n’est pas le cas pour une majorité d’apps qui offrent le service minimum de la méthode du calendrier des règles aux failles avérées. On ne peut que déplorer l’absence de procédures de contrôle qualité dans ce domaine. D’autre part, une information compréhensible par tout public sur leur fonctionnement est indispensable pour sensibiliser à la réalité souvent occultée du risque de voir les données de la vie sexuelle intime exploitées par des tiers à des fins commerciales - ou autres. L’enjeu économique que représente le marché du suivi menstruel laisse planer une menace, celle de privilégier les intérêts économiques au détriment de la vie intime des femmes.
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