La violence envers les enfants, même sous forme de gifle, est un sujet délicat qui suscite de vives émotions et des interrogations quant à la manière appropriée de réagir et d'intervenir. Cet article explore les conséquences de telles actions, les options disponibles pour les témoins et les ressources disponibles pour aider les enfants et les parents.
Un Acte de Violence : Gifle et Ses Implications Légales
Il est crucial de reconnaître qu'une gifle, tout comme une fessée, constitue un acte de violence physique. Sarah El Haïry, haute-commissaire à l'Enfance, souligne clairement qu'il n'y a pas à tergiverser face à de tels actes. La loi française punit ces agissements, avec des sanctions pouvant aller jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende. Signaler ces violences permet de déclencher une enquête pour déterminer s'il existe d'autres faits de maltraitance.
Rebecca Royer, avocate spécialisée en droit des mineurs, insiste sur le fait qu'il ne revient pas aux témoins de juger de la gravité de la situation. La gifle est un délit et ne doit pas être minimisée, car elle peut dissimuler d'autres formes de violence.
Réagir Face à la Violence en Public : Intervenir ou Appeler la Police ?
Plusieurs spécialistes interrogés soulignent un dilemme : appeler la police sans intervenir peut entraîner le départ de l'auteur des faits avant l'arrivée des forces de l'ordre. De plus, la police peut juger que le danger n'est plus immédiat si la violence a cessé.
Gilles Lazimi, président de l'association Stop VEO - Enfance sans violences, préconise d'intervenir d'abord, puis d'appeler la police si les violences persistent. Il n'hésite pas à rappeler à l'auteur de la gifle ou de la fessée que son acte est interdit par la loi.
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Marion Valéry, référente régionale au sein de la même association, souligne que rappeler la loi peut avoir un effet contraire. Elle propose d'autres approches, comme offrir de l'aide à un parent qui semble dépassé et en détresse. Une fois le dialogue instauré, il devient plus facile de rappeler la loi. Martine Brousse, présidente de La Voix De l’Enfant, souhaite également « rétablir du dialogue » entre les gens, car il s'agit souvent de parents en souffrance.
Que Faire Face aux Cris et aux Insultes ?
En l'absence de violence physique, les spécialistes sont moins enclins à appeler immédiatement la police si un parent crie ou insulte son enfant en public, bien que ces violences soient également interdites par la loi. Ils estiment qu'il est peu probable qu'un agent de police intervienne dans ce type de situation.
Claire Bourdille, fondatrice du Collectif Enfantiste, suggère de couper court à la situation et de montrer à l'enfant qu'il y a des adultes prêts à l'aider. Elle propose d'aborder le parent en lui demandant son chemin, ce qui peut le déstabiliser et faire retomber sa colère. On peut ensuite demander à l'enfant si tout va bien. Si cela ne fonctionne pas, il est possible d'interpeller les personnes autour de soi.
Claire Bourdille se souvient d'une situation où une mère criait sur son bébé dans sa poussette. Elle lui a proposé de l'eau, ce qui l'a calmée. Elle a ensuite pu engager la conversation et lui parler des dispositifs d'aide disponibles. Marion Valéry estime que l'on peut avoir des paroles rassurantes pour le parent en question, en lui signifiant que le bruit n'est pas grave et que c'est normal pour un enfant.
Le 119 : Un Numéro Essentiel pour l'Enfance en Danger
Dans les situations où le danger n'est pas immédiat et où l'on connaît l'identité des personnes en cause, il est recommandé d'appeler le 119, le Service national d'accueil téléphonique pour l'enfance en danger. Ce numéro est préconisé par Sarah El Haïry.
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Évolution des Mentalités et Prise de Conscience
Gilles Lazimi constate que les scènes de violence publique sont moins fréquentes qu'il y a quinze ans. Une prise de conscience s'est amorcée, à mesure que la société a pris conscience des conséquences des violences sur les enfants. Cependant, Claire Bourdille estime qu'il reste encore un long chemin à parcourir, car il existe une différence de traitement selon qu'il s'agisse d'un enfant ou d'un adulte.
La Loi et les Violences Éducatives Ordinaires
En 2019, la France a adopté une loi relative à l'interdiction des violences éducatives ordinaires. Le Code civil précise désormais que « les titulaires de l’autorité parentale doivent l’exercer sans violence et ne doivent pas utiliser la violence physique, verbale ou psychologique, les châtiments et l’humiliation à l’encontre de l’enfant ».
Cependant, cette loi n'est pas assortie de sanctions pénales spécifiques. En cas de jugement, c'est au juge de décider au cas par cas de la gravité des violences commises. L'Article 222-13 du Code pénal prévoit des sanctions à l'encontre des parents violents envers leurs enfants, notamment en cas de violences ayant entraîné une incapacité de travail inférieure ou égale à huit jours.
Les Violences Transgénérationnelles : Un Cycle à Briser
Selon un baromètre des Violences éducatives ordinaires - Ifop pour la Fondation pour l’Enfance mené en mai 2022, 79 % des parents admettent commettre au moins une violence éducative (comme crier très fort, le mettre au coin, le priver de quelque chose, donner une gifle) et 23 % reconnaissent donner des fessées.
De nombreuses initiatives sont lancées pour sensibiliser la population à ces violences récurrentes, comme la campagne de prévention des violences éducatives ordinaires de l’association StopVEO qui cible la transmission intergénérationnelle.
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Maltraitance : Définition et Signalement
La maltraitance sur un enfant correspond à toute atteinte portée à son intégrité physique, psychologique ou affective, ainsi qu’à son développement. Elle peut être exercée par ses parents, par d’autres membres de sa famille, ou par des personnes de son entourage.
Toute personne témoin d’un acte de maltraitance envers un enfant doit signaler les faits. Le signalement peut être anonyme. Lorsqu’une situation de maltraitance est constatée, il convient d’appeler le 119.
Où S’Adresser en Cas de Maltraitance ?
- Enfance en danger - 119
- Services d'urgence (15, 17, 18)
- Aide sociale à l'enfance (ASE)
- Procureur de la République
- Défenseur des droits
Conséquences Psychologiques des Violences Éducatives Ordinaires
La pédiatre Catherine Gueguen, spécialiste des neurosciences affectives et sociales, explique les dégâts que peuvent provoquer les violences éducatives ordinaires sur le cerveau des jeunes enfants. Elle souligne que le cerveau de l’enfant est beaucoup plus immature, malléable et fragile que ce que l’on pensait jusqu’à maintenant, ce qui le rend très vulnérable. Chaque relation s’imprime profondément dans son cerveau et modifie les molécules cérébrales, les neurones, les circuits cérébraux, les structures cérébrales et même l’expression de certains gènes.
Elle explique également que les humiliations verbales et/ou physiques provoquent un stress qui stimule l’amygdale cérébrale et déclenche alors la sécrétion de cortisol et d’adrénaline. Chez l’enfant, le cortisol peut être très toxique pour les neurones, la myéline, la transmission entre les neurones, les circuits neuronaux et certaines structures cérébrales en développement.
Comment Éduquer Sans Violence ?
Il est essentiel de comprendre ce qu’est un enfant petit à la lumière des recherches scientifiques. Ces études nous obligent à sortir de nos habitudes ancestrales et nous incitent à une véritable révolution éducative.
Face à un enfant en proie à des tempêtes émotionnelles, il est important d’avoir de l’empathie voire même de la compassion pour lui. L’enfant petit n’est pas méchant quand il mord, tape. Quand ses besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits, il est alors en grande insécurité et son cerveau archaïque s’active et peut l’inciter à taper, mordre, jeter ses jouets.
Il est très encourageant de savoir qu’un enfant élevé avec bienveillance, empathie, va devenir lui-même empathique, sociable et ne développera pas des comportements agressifs et antisociaux.
L’adulte donne des repères, un cadre, mais il le fait avec empathie et bienveillance. Quand il voit que l’enfant n’a pas un comportement adéquat, il lui dit son désaccord et lui donne confiance.
Les Punitions Corporelles : Des Effets Nocifs Prouvés
Akemi Tomoda montre que les « corrections » avec des ceintures, lanières ou autres « objets » provoquent une réduction du volume de la substance grise dans la région préfrontale. Jaimie Hanson nous apprend que les diverses punitions corporelles entraînent une diminution du volume du cortex orbito-frontal (COF).
Les études de Catherine Taylor, Rebecca Waller et Elisabeth Gershoff montrent que les enfants qui reçoivent des fessées sont plus agressifs, plus anxieux, plus dépressifs, ont plus de comportements antisociaux, plus de troubles psychiatriques, plus de relations négatives avec leurs parents, et ont une diminution des capacités cognitives et une mauvaise estime de soi. Devenus adultes, ils ont plus de conduites antisociales et plus de maladies psychiatriques.
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