Introduction
La santé des femmes au travail est un sujet encore trop souvent négligé. Pourtant, les spécificités physiologiques et hormonales des femmes peuvent avoir un impact significatif sur leur bien-être et leur productivité. Cet article explore les risques psychosociaux liés aux menstruations et à la santé hormonale des femmes dans le monde du travail, en mettant en lumière les initiatives récentes et les revendications syndicales visant à améliorer leurs conditions de travail.
Un accord novateur à la Fondation Arc-en-Ciel
La section CFDT de la Fondation Arc-en-Ciel, une structure du secteur sanitaire et médico-social, a signé en juillet 2025 un accord relatif à la qualité de vie et aux conditions de travail. Cet accord met en place des mesures concrètes en faveur de la santé des femmes, qui représentent 86 % des effectifs de la Fondation.
Les mesures phares de l'accord
- Congé en cas d'interruption de grossesse : Trois jours de congé sont accordés en cas d'interruption spontanée ou volontaire de grossesse, aussi bien à la femme concernée qu'à son partenaire.
- Congé menstruel : Les femmes souffrant d'endométriose ou de dysménorrhée bénéficient de douze jours de congé menstruel par an.
- Absence pour dépistage du cancer du sein : Les salariées peuvent s'absenter, sans perte de salaire, pour passer un examen de dépistage du cancer du sein.
- Aménagements du travail : Des aménagements du temps de travail et de l'organisation du travail sont possibles en fonction des besoins de la salariée.
Dominique Heidet, délégué syndical CFDT, considère cet accord comme « moderne », soulignant qu'il contribue à prévenir les risques psychosociaux, à améliorer la santé mentale et à réduire le nombre d'arrêts maladie. La section CFDT précise qu'il ne s'agit ni d'un cadeau ni d'un privilège, mais bien de l'expression d'un droit fondé sur des besoins réels.
Les défis persistants : mentalités et organisation du travail
Malgré ces avancées, l'évolution des mentalités prend du temps. Frédérique Gerbereux Dato, déléguée syndicale, rapporte qu'il n'est pas rare d'entendre des propos tels que : « Il y en a qui vont en abuser », « Elles simulent ! », « Et pour nous, les hommes ? ».
L'impact des horaires de douze heures
L'adoption de l'organisation du travail en douze heures soulève également des préoccupations. Une enquête menée auprès des salariées de l'Ehpad La Maison Blanche de Beaucourt révèle un fort accroissement général des arrêts maladies, ainsi qu'une dégradation de nombreux indicateurs tels que la fatigue et les problèmes de sommeil.
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Laetitia Bonomi, élue CSE et aide-soignante, observe que certaines salariées ne souhaitent pas forcément revenir en arrière, car elles estiment mieux concilier vie professionnelle et vie personnelle, malgré les effets néfastes des douze heures de travail consécutives sur leur santé.
La nécessité d'une approche globale de la santé des femmes au travail
Annabel Brochier, ergonome et psychologue du travail, souligne la nécessité de prendre en compte la spécificité de la santé hormonale et menstruelle des femmes dans le cadre du travail. Elle met en évidence que ces conditions physiologiques participent grandement de leur épuisement au travail.
Les revendications pour un congé hormonal
Annabel Brochier critique les propositions de loi qui se limitent aux menstruations et plaide pour un congé hormonal plus large, qui prendrait en compte toutes les étapes de la vie hormonale des femmes, depuis les premières règles jusqu'à la post-ménopause. Elle insiste sur la nécessité d'évaluer les risques genrés et d'interroger les femmes sur la manière dont elles concilient leur vie hormonale, procréative et menstruelle avec leur travail.
Les initiatives syndicales et les expérimentations en cours
Plusieurs syndicats se sont emparés de la question du congé menstruel et hormonal.
Exemples de revendications syndicales
- Sud PTT : 12 jours par an de congé, capitalisables ou partageables avec des collègues, sans justificatif médical. Salles de pause adaptées et mise à disposition de protections hygiéniques gratuites.
- Sud Education : Congés menstruels sous forme d'autorisation spéciale d'absence (20 jours par an, sans délai de dépôt ni jour de carence). Reconnaissance de l'endométriose comme ALD 30. Accès à des salles de détente et pause adaptées. Protections périodiques gratuites et formation du personnel sur les enjeux des problématiques hormonales et menstruelles.
- Sud Cultures BNF : Augmentation du droit à 12 jours de congé maladie sans justificatif (déjà existant à hauteur de 6 jours). Possibilité de monter jusqu'à 24 jours en passant par la médecine du travail/de prévention.
Les expérimentations locales
Plusieurs collectivités territoriales ont lancé des expérimentations de congé menstruel, telles que la mairie de Saint-Ouen et la métropole de Lyon. Cependant, ces initiatives sont souvent remises en cause par les préfets et les tribunaux administratifs, en l'absence de cadre législatif national.
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Les inégalités de genre et leurs conséquences sur la santé des femmes
Les inégalités de genre au travail ont des conséquences importantes sur la santé des femmes.
Les inégalités salariales et l'accès aux responsabilités
Selon l'observatoire des inégalités, les femmes gagnent 24 % de moins en moyenne que les hommes pour un emploi similaire. Elles sont également moins représentées aux postes à responsabilités. Ces inégalités affectent leur pouvoir économique et limitent leurs dépenses liées à la santé.
La charge parentale et les temps partiels subis
Les femmes sont souvent celles qui gèrent les tâches ménagères et s'occupent des enfants, ce qui peut les conduire à accepter des temps partiels subis avec tout ce que cela comporte en termes de salaire et de droits amoindris.
Les troubles musculosquelettiques et les risques psychosociaux
Les femmes occupent majoritairement des métiers dits féminisés très exposés, tels qu'aides-soignantes, infirmières, aides à domicile, caissières, où elles sont soumises à des contraintes physiques et à des risques psychosociaux importants. Elles sont plus touchées par les troubles musculosquelettiques et les souffrances chroniques associées au travail.
Les maux invisibles et la nécessité de lever les tabous
Certains maux et maladies, éprouvés par les femmes, restent quasiment ignorés ou minimisés, tels que le burn-out et la fibromyalgie. Il est essentiel de lever les tabous et de reconnaître la spécificité de la santé des femmes au travail.
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Les stéréotypes de genre et l'orientation professionnelle
La société patriarcale a tendance à orienter les femmes vers des métiers de services et d'aide, où le don de soi est demandé. Il est important de lutter contre ces stéréotypes et de permettre aux femmes de s'épanouir dans tous les domaines professionnels.
Les obstacles à la mise en place du congé menstruel
Malgré les avancées, la mise en place du congé menstruel se heurte à plusieurs obstacles.
Les craintes de discrimination
Certains craignent que le congé menstruel ne renforce les discriminations faites aux femmes sur le marché du travail.
Les suspicions d'abus
Des détracteurs insinuent des suspicions d'abus, remettant en question la légitimité des femmes à demander un congé menstruel.
L'absence de cadre législatif national
L'absence de cadre législatif national conduit à des expérimentations locales hétérogènes et souvent remises en cause.
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